dimanche 30 août 2020

"The Link", une interface R/W sur le cerveau


Vendredi dernier, Elon Musk a tenu une conférence (Neuralink Progress Update - Summer 2020), qui pour GreenSI pourrait dans quelque temps entrer dans l'histoire comme celle de Steve Jobs en 2007 présentant les concepts de l'iPhone couplant 3 produits révolutionnaires (musique, téléphone, internet).

Ce second rendez-vous avec la presse, après la conférence de lancement il y a un an, a abordé les progrès de sa nouvelle start-up Neuralink vieille de 4 ans. Cette dernière développe "The Link" un composant électronique implanté dans le cerveau humain, pour en améliorer le fonctionnement, quand le cerveau est la cause de maladies comme la perte de la mémoire ou de la vue, l'anxiété ou certaines paralysies.

 

Non, vous n'êtes pas dans un épisode de Black Mirror, ce n'est pas non plus un billet du 1er avril, mais visiblement le futur accélère en 2020 pour Elon Musk.

Neuralink veut produire un implant capable de lire et écrire des données neuronales auxquelles il peut avoir accès par la surface du cerveau (pour l'instant). Elle développe pour cela un "objet interface". L'annonce avait été faite il y a un an, mais cette conférence permet de mieux comprendre l'approche retenue depuis et d'assister à une première démonstration de cette interface. Elle ne concerne bien sûr pas encore l'être humain mais l'animal qui lui ressemble le plus : le cochon ;-)

Ce sujet d'interface cérébrale n'est pourtant pas nouveau. Plusieurs équipes travaillent dessus dans le monde.

En France, CEA-Tech par exemple, dans son laboratoire LETI de Grenoble, a une équipe qui travaille sur les interfaces cerveau-machine (Brain Computer Interface) dont j'ai pu voir des travaux il y a plus d'un an. Cette recherche porte sur la facilitation du pilotage d'un exosquelette comme le présente le schéma ci-contre.

Mais à la différence de Neuralink, l'interface, appelée ici capteur, est juste posée sur le cuir chevelu et non implantée, comme on va le voir.

L'implant fait rentrer cette interface dans le domaine de l'homme augmenté. Un domaine qui a autant de fans passionnés que de détracteurs virulents. La vidéo de la conférence de vendredi a par exemple été vue 1,6 million de fois en 2 jours au moment où j'écris ces lignes, avec quand même 4 % d'avis négatifs. Il existe bien une opposition inhérente à ce type de recherches.

D'ailleurs, lors de sa présentation d'introduction, on trouve un Elon Musk qui cherche ses mots et veut les cibler juste, alors qu'il est aussi connu dans ses interviews et ses communications pour la provocation de son auditoire.

Alors pourquoi tant de précautions sur ce sujet ? Aujourd'hui, les pacemakers sont bien des composants d'électrostimulation devenus classiques dans certains traitements. Ils sont implantés dans le corps par la chirurgie, et permettent de réguler le cœur quand il faiblit ou quand il s'emballe.

Ce qui fait peut-être peur, c'est de remplacer ce type d'asservissement fermé proche de l'automatisme, par une interface ouverte qui peut bénéficier de tout le potentiel de la puissance informatique et notamment des progrès en intelligence artificielle. L'approche industrielle de Neuralink, avec des coûts de production en baisse pour permettre à une majorité de s'en équiper, peut aussi susciter des interrogations et des craintes pour l'évolution de la société. Quoi qu'il en soit, ce billet ne cherche pas à traiter de la valeur ou de l'acceptabilité de cet implant. Vous pouvez toujours dire ce que vous en pensez dans les commentaires.

Ce qui intéresse GreenSI, c'est le décodage d'une approche de l'innovation qui est presque une marque de fabrique chez Elon Musk, aussi dirigeant de Tesla et SpaceX, et dont on peut certainement beaucoup apprendre.

Neuralink a découpé le problème complexe qu'elle veut résoudre en problèmes plus simples, avec des composants industrialisables, interconnectables, qui pour GreenSI sont : l'implant "The Link", le robot chirurgien, sa recharge, l'interface R/W, l'architecture permettant le versionning et demain les applications médicales.

 

L'objectif affiché par Elon Musk pour cette conférence était de recruter des talents pour Neuralink.

Ce ne sont pas moins de 13 fiches de postes d'ingénieurs ouvertes sur le site de Neuralink, avec des spécialisations systèmes et firmware, robotiques, neurologique, implants, etc. Elon Musk, lui-même ingénieur, croit à l'architecte et au design. Il ne cherche pas d'argent et n'est pas là pour vendre un concept, mais pour fabriquer des choses et il croit à l'ingénierie pour ça. Lors de la session de questions/réponses qui a suivi, c'est une dizaine de personnes, certainement soigneusement choisies pour montrer la diversité de Neuralink, qui sont venus expliquer leurs choix et donner envie de les rejoindre.

Le design de chacun de ces composants qui résout un problème plus simple est confié à une équipe qui travaille avec les autres pour que les composants puissent fonctionner ensemble. Le nombre de technologies à maîtriser pour exécuter la vision de Neuralink est impressionnant, pourtant le choix est de réaliser tout le design en interne.

Le robot chirurgien, qui seul serait capable de réaliser les connexions des électrodes, est déjà une innovation majeure en soit et aurait pu faire l'objet d'une société dédiée. Le fait de s'intéresser à l'implantation du Link dans le cerveau, mais aussi à son retrait ("réversibilité" pour Elon Musk), par ce robot chirurgien totalement autonome, montre le niveau élevé d'industrialisation visé dès le départ.

Ceci n'est pas sans rappeler l'approche de Telsa, où l'usine (Giga factory reconvertible), a été créée en même temps que le produit (le modèle Tesla). De même, l'Autopilot a de suite été une cible, alors qu'une voiture électrique puissante aurait déjà été en avance sur l'industrie automobile, même sans Autopilot. Elon Musk semble nous dire que cumuler les innovations dans un système intégré, au sein des mêmes équipes, est plus une stimulation qu'un frein.

Dans une démarche agile, on raisonne souvent en MVP – Minimum Viable Product – pour réduire la complexité. Ici, l'approche de Neuralink suggère avec cette première implémentation, que la conception générale d'ensemble et l'industrialisation peuvent également être pensés très tôt. C'est cette architecture qui permettra ensuite de versionner les composants de la chaîne et de réfléchir dès maintenant sur comment mettre à jour les implants des premiers utilisateurs quand des progrès, certainement rapides, auront été réalisés. On retrouve ici encore le parallèle avec la Tesla et son système de mise à jour automatique, logiciel puis hardware, qui a été une rupture pour l'industrie automobile.

La démonstration qui a suivi a donc considéré trois cochons, un non équipé, un équipé et un qui avait été équipé et dont l'implant a été enlevé. Neuralink aurait pu simplement faire la démonstration du produit avec le cochon équipé, mais le fait d'aborder la réversibilité permet de dérouler complètement l'expérience utilisateur : on n'aime pas The Link, on l'enlève !

The Link, c’est donc un implant dans le cerveau de 23 mm par 8 mm, connecté avec de petits filaments, capable de transmettre des données sans-fil à un débit d'un mégabit par seconde issus de l'activité des neurones. Il a une autonomie recherchée d'une journée et se recharge par induction.

Le module de lecture récupère les données électriques, les convertit et peut les traiter informatiquement. C'est là le domaine de prédilection de l'intelligence artificielle puisque ces signaux ne sont pas compréhensibles et doivent être reconnus.

Lors de la démonstration "en live", il s'agissait d'émettre un bip quand le cochon reniflait, ce qui a été probant, démontrant ainsi que les signaux lisait bien une activité (le reniflement) du cochon.

Une autre expérience (montrée en vidéo) était de corréler les données du cerveau à la marche d'un cochon et de montrer qu'on est capable d'en prédire les mouvements, la position des pattes et de vérifier la précision de la prédiction. On retrouve ici l'approche sur les jumeaux numériques quand un système de lecture de données, après apprentissage, permet de représenter l'état d'un système dont il devient le jumeau numérique. On sait le faire avec des machines de l'IoT, mais l'implant ouvre le champ au vivant.

A partir de ces données, on imagine demain l'environnement de développement qui permettra d'écrire des applications de suivi médical, comme actuellement le font les Fitbit et autres Withings, après avoir remonté les données de leurs montres ou balances connectées. Des algorithmes centralisés calculent des scores de sommeil ou de santé qui sont renvoyés à l'utilisateur. Mais à la différence de ces dispositifs en "lecture seule" associés à des objets connectés, Neuralink peut "écrire" des données et donc stimuler les neurones, qui ensuite auront une action sur le corps humain. C'est là tout l'enjeu du dispositif.

Aujourd'hui la FDA (Food & drugs administration), qui aux Etats-Unis valide les produits alimentaires ou de santé, a donné son approbation et classé The Link dans la catégorie des équipements qui peuvent sauver des vies. Comme pour l'Autopilot de Tesla, Elon Musk va maintenant devoir convaincre que The Link peut réellement en sauver, et toute l'attention de la presse sera là en cas d'accident. Mais pour cela, il reste encore des étapes à franchir pour l'expérimentation sur des humains, même si le chemin parcouru est déjà considérable avec cet implant, ce robot-chirurgien et cette IA dans un même produit industriel.

samedi 14 mars 2020

Quand la crise fait accepter le changement

Le problème de toutes les transformations, et notamment de la transformation digitale, c'est la conduite des changements. Le mot "digital" traite de technologies mais le mot "transformation" traite des femmes et des hommes, d'adaptation et de changement.

GreenSI avait déjà abordé les démarches qui permettent de conduire cette transformation et notamment celle du professeur de Harvard, John P.Kotter dans ses travaux qui datent déjà de 14 ans.
Cette démarche, "Leading Change, repose sur une vision globale des organisations et s'articule en 8 étapes, pour progressivement installer le changement.

 
Toute les étapes sont importantes, mais elle a surtout mis en évidence la première étape, qui est essentielle: créer un sentiment d'urgence !
Ce déclencheur, souvent difficile à obtenir, fait qu'il est parfois nécessaire de dramatiser la situation de l'entreprise pour obtenir l'écoute et une chance de passer à l'étape suivante : formaliser une nouvelle vision qui aura alors une chance d'être comprise et adoptée par une majorité. 

Depuis le 17 mars 2020 à 12h  et le début du confinement pour lutter contre le COVID-19, nous sommes rentrés dans un environnement de test de la conduite des changements pour adopter le numérique, à l'échelle ! Le sentiment d'urgence n'est plus questionné et il a créé les conditions pour basculer la France dans le numérique pour ses relations sociales, l'éducation et même pour le travail.

L'éducation en ligne

L'Éducation Nationale n'a pas eu d'autre choix que de faire ce qu'elle s'est toujours refusée à faire : aménager des classes virtuelles.
Des classes qui repositionnent le rôle de l'enseignant et demandent de nouveaux outils pour diffuser les savoirs et pratiquer les évaluations. Un billet de 2014 résumait la vision d'Emmanuel Davidenkoff et de son livre à succès "Le Tsunami numérique".
Il mettait en évidence le changement de modèle économique majeur de l'Education, conduisant à une baisse des tarifs de l'éducation privée et une prise de pouvoir du "consommateur d'école" sur le "citoyen usager" du service public.
Pourtant la réforme du Bac de 2020, contestée comme tout changement à l'Éducation Nationale, n'a même pas osé ouvrir le volet des évaluations en ligne permettant le contrôle en continu des connaissances dont elle a fait sa stratégie.

Et puis il y aussi les freins du passage aux ouvrages numériques, qui datent de plus de 8 ans. Ils sont spécifiques à la France en Europe. Cette semaine ils se sont miraculeusement résorbés quand les éditeurs de manuels scolaires mettent leurs ouvrages en ligne gratuitement pendant la fermeture des établissements. Pourtant de multiples associations de parents d'élèves avaient déjà essayé depuis des années de réduire, en vain, le poids du cartable de l'écolier et chercher à supprimer ces manuels au format papier et demander l'accès au numérique... réservé aux professeurs.

Cette éducation en ligne a aussi exacerbé la compétition avec un adversaire jusque là ignoré car interdit sur le lieu scolaire, les jeux en ligne. C'est une toute autre histoire quand la même pièce sert de salle de jeux et de salle de classe. Les SIMsMinecraft et autres jeux collaboratifs en ligne, ont bien compris tout l'enjeu du confinement et sont partis à la conquête de ces minutes d'audiences confinées mais en ligne.

La télévision public cherche aussi à capturer ce "temps de jeune cerveau disponible" et propose des programmes pédagogiques pour supporter les parents. Il aura fallu cette crise pour que deux services publics de l’État se parlent enfin, pour produire ce qui existe déjà dans de nombreux pays où la TV est aussi un média éducatif.

Le télétravail dans la "Digital workplace"

Le télétravail n'est pas non plus une idée nouvelle. Depuis 25 ans, bien avant Internet mais depuis le téléphone, il est considéré comme un atout économique écologique et social permettant gain de temps de transports et bien-être au travail. Pourtant dans une étude de 2018 seuls 6 % des salariés français le pratiquait dans le cadre de leur contrat de travail et jusqu'à 25% de façon occasionnelle.

Depuis cette semaine, c'est devenu une obligation pour une partie des salariés non indispensables à la logistique opérationnelle de production des entreprises. Les entreprises qui n'ont jamais poussé ce mode de fonctionnement découvrent les difficultés à assurer leurs missions sans avoir au préalable posé les bases nécessaires pour cette collaboration à distance : l’accès aux applications, avoir un e-mail pour chaque salarié ou le partage sécurisé des données.
La "digital workplace" capture depuis quelques années ce concept de s'appuyer sur le digital pour fluidifier les interactions entre collaborateurs. L'agilité des développements informatiques a mis en pratique ce concept avec ses propres outils. Sans surprise, les équipes agiles habituées à une organisation cadencée et des interactions numériques entre participants, ont fonctionné normalement cette semaine. Leur attention aura plus été sur l'humain que sur les outils.

Mais ce qui aura été nouveau cette semaine c'est que le "digital workplace" est passé du col blanc au col bleu. Le télétravail a mis en exergue que le fonctionnement des équipes indispensables à la logistique opérationnelle devaient aussi être raccordées à la "digital workplace". Ce que Amazon savait déjà quand il permet à son client de suivre son livreur qui arrive chez soi et même de le féliciter pour son travail en première ligne. Dans beaucoup de processus c'est le "middle management" qui effectuaient ces actions, aujourd'hui en télétravail sans contact avec les opérations non suivies en temps réel via l'informatique.

GreenSI a mis en évidence depuis quelques temps le fait que le CRM et la Supply Chain, avec ces personnels de la chaîne essentielle au fonctionnement, du centre d'appel à la camionnette de livraison, se connectaient entre eux maintenant en temps réel et sortaient de l'ERP. Un ERP géré par ces collaborateurs en télétravail qui réalisent leur dépendance à la connexion au réseau.

La crise mets la pression sur la circulation de l'information de bout en bout.

La résilience de la relation clients omnicanale

Les distributeurs qui n'ont pas de site internet ont été purement et simplement rayés de la carte pour leur clientèle confinée, et restreints à un commerce micro-local.
En France, 76 % des entreprises seulement sont présentes sur les réseaux sociaux et 69 % possèdent un site Internet et 26 % pour y vendre des produits et des services.  A Versailles la municipalité à ouvert cette semaine une page Facebook pour supporter ses petits commerçants et leur permettre de retrouver le lien avec leurs clientèle et de s'organiser pour les livraisons.

Ceux qui peuvent en même temps bénéficier d'une logistique de livraison à domicile ou de "Drive" sont en train de prendre leurs parts de marchés. La capacité à être présent en même temps sur tous les canaux, et basculer de l'un à l'autre de façon agile, est devenu un facteur de résilience.
Tous ne croyaient pas trop au concept inventé en France il y a 19 ans. Par exemple Carrefour ou Leclerc qui ont heureusement mis les bouchées doubles en 2018 pour rattraper leur retard.

Il y aura un avant et un après confinement pour la stratégie logistique, sa résilience et son intégration plus forte dans un modèle de relations clients. En Chine l'impact a aussi été important dans les paiements électroniques et toutes les technologies "sans contact", du smartphone au drone.



On voit cependant après une semaine que certains ne peuvent plus suivre leur offre (délais de pick-up saturés) et ferment leurs sites qui ne tiennent pas la cadence imposée par une forte attente. Cette crise est aussi un test de scalabilité du modèle qui sera riche d'enseignements pour ces enseignes.


La crise actuelle aura donc poussé tous les acteurs à franchir en une semaine des étapes de progression de leur transformation digitale qui n'étaient pas dans leur agenda à moyen terme. Certaines y arriveront malgré la complexité de la période, et c'est même peut-être un objectif de motivation des équipes et de conquête de positions durables, mais d'autres n'y arriveront pas. La question pour chacun sera alors de savoir si l'après crise sera exploité pour en faire un nouveau modèle opérationnel et progresser plus loin dans la transformation.

Comme John P. Kotter l'avait mis en image il y a 14 ans pour accompagner sa démarche, la crise reste un accélérateur de l'émergence de nouveaux modes d'organisation et de la conduite des changements associée.


dimanche 23 février 2020

Europe de l'IA: le début d'une vision?

GreenSI adore les hasards du calendrier.
Ainsi la semaine ou le célèbre institut de technologie MIT annonce aux États-Unis qu'une IA a découvert une molécule candidate pour un nouvel antibiotique, la recherche de la Commission Européenne (JRC) sort un document pour expliquer que l'IA c'est bien, mais que cela peut fragiliser nos infrastructures et surtout qu'il faut stopper les algorithmes que l'on ne comprends pas.

Certes ce sont des questions importantes à long terme. Mais avant de s'imaginer dans un scénario de science fiction, celui qui sera sauvé demain par cette molécule antibiotique appelée Halicin (en référence à HAL de 2001 Odyssée de l'espace) se fichera bien de savoir si on s'explique ou pas pourquoi il est en vie !

GreenSI espère donc que ce rapport "Robustness and Explainability of Artificial Intelligence : from technical to policy solutions" sera le dernier des rapports où on passe plus de temps à expliquer ce qu'il ne faut pas faire, que de se donner une vision pour l'Europe sur ce que l'on pourrait faire pour rattraper notre retard et comment le stimuler.
Voici quelques morceaux choisis des recommandations, qui pour GreenSI sont "hors sol" dans le contexte que l'on connait du retard européen mais aussi vu des démarches d'innovation :
  • "À la lumière des récents progrès de l'IA, les graves conséquences négatives de son utilisation pour les citoyens et les organisations de l'UE."
  • "Les concepts de robustesse et d'explicabilité des systèmes d'IA sont apparus comme des éléments clés pour une future réglementation de cette technologie."
  • "La mise en œuvre d'approches d'explicabilité dès la conception dans les composants de l'IA qui garantiraient le respect des droits fondamentaux."
  • "Une discussion technique sur les risques actuels associés à l'IA en termes de sécurité, de sûreté et de protection des données."
Pourtant la réalité est assez limpide : l'Europe n'a pas à rougir des compétences en matière d'IA, comme cela est mis en avant par toutes les études sur le sujet, mais l'Europe manque de champions de taille internationale, que ce soit d'ailleurs du privé ou du public, quand on pense aux laboratoires de recherche.
Le meilleur moyen de passer de la théorie à la pratique est de pratiquer!

Donc ce dont l'Europe à besoin n'est pas un carcan de nouvelles politiques basées sur des concepts qu'il faudra respecter pour tenter de bloquer les autres (ou alors on suppose que la bataille anti GAFAM et BATX est déjà perdue?), mais bien d'autorisations, d'ouvertures ou de stimulation pour le passage à l'action des entreprises et laboratoires de recherche européens. C'est un changement total de posture de la Commission Européenne qui est attendu.

Prenons l'exemple de Djingo, l'IA assistant vocal développée en Europe par Orange et Deutsch Telekom, dans le plus strict respect du RGPD. Il sort avec deux ans de retard. Djingo aura du mal à rattraper les AlexaBaidu et Google Home qui n'ont pas hésité à collecter le plus d'enregistrements de voix de personnes pour entraîner leur assistant dans toutes les langues. Et quand ce dernier ne comprend pas son utilisateur, ils n'hésitent pas non plus à faire écouter la question par un humain pour améliorer la compréhension de la machine, même sans toujours avoir le consentement éclairé et explicite de l'utilisateur...  

Ce dont l'Europe a besoin c'est d'une vision et d'un chemin pour développer les mégas bases de données qui permettront à la technologie d'IA actuellement la plus prometteuse (le machine learning) de développer des services innovants.

Heureusement cette semaine a eu lieu également la première conférence du commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, incluant le numérique, sur la stratégie de l'Europe en matière de données et d'Intelligence Artificielle. GreenSI y a vu un le début d’une inflexion prometteuse, puisque l'on commence a dire ce que l'on veut faire, nous les européens, et non uniquement à vouloir réglementer ou alerter sur ce que les autres (américains et les chinois) font

Revenons sur le vocal comme illustration de ce changement de posture vers le pragmastisme. Cette technologie permettrait de baisser la barrière de la langue dans l'intégration européenne. Ce serait un comble que les traducteurs temps réel présentés au CES 2019, et qui traitent toutes leurs requêtes aux États-Unis, soient les seules options pour un européen. Voire que la seule réponse des européens soit de les interdire pour cette raison. D'ailleurs, le parlement européen est le premier utilisateur de traducteurs et d'assistant pour fonctionner en 23 langues (plus de 1000). Il pourrait justifier à lui tout seul le travail sur les assistants vocaux multi-lingues.

Alors pourquoi ne pas se fixer une vision de communication fluides entre européens facilités par l'IA, pour baisser cette barrière ? Mettre en œuvre les autorisations temporaires permettant d'arriver à accélérer les initiatives, même si elles ne sont pas toutes RGPD compatibles. Ce serait plus moteur que d'aller débattre sur l'explicabilité et la robustesse des algorithmes de Deep Learning, non ? Des algorithmes qui d'ailleurs on pour l'instant ont plus de chance d'être créé ailleurs qu'en Europe !

Dans ce contexte l'intervention du commissaire européen Thierry Breton apparait comme une réelle inflexion avec une approche tournée vers la conquête et le pragmatisme, au moins dans sa communication. Il propose de construire une stratégie sur le champ laissé libre autour des données industrielles ce qui tranche avec les approches précédentes, et évite les freins et les débats sans fin autour du RGPD. Il ouvre également une consultation publique et un calendrier accéléré.

Un billet de GreenSI de 2017 abordait d'ailleurs la question "Va-t-on assister à une bataille pour les données des machines ?" et mettait en garde les entreprises à prendre en compte cette perspective et se préparer à protéger dans des contrats la propriété des données, des modèles, de leur accès ou de l'interdiction de leur accès, sous peine que d'autres ne le fassent sans leur demander leur avis.

Un appui de l'Europe serait certainement un formidable accélérateur de cette protection d'une fabrication industrielle qui est la première mondiale. Car la collecte, la modélisation et l'analyse des données des secteurs industriels a de la valeur, et un scénario "à la GAFA" qui tire toute la valeur des données ou du logiciel n'est pas impossible si on laisse les acteurs du Cloud (SalesforceMicrosoft en tête) aspirer les données des entreprises dans leur data centers sous prétexte d'y afficher des tableaux de bord.

Le traitement des données industrielles, c'est même le cœur de la transformation digitale des entreprises de ces secteurs. Donc indirectement c'est un soutien à la digitalisation des entreprises européenne.
La guerre des données industrielles peut donc commencer et l'Europe est certainement un champ de bataille majeur, à cause de son histoire industrielle et du leadership mondial en la matière des entreprises européennes. 
Investir dans des infrastructures de gestion de données et développer une approche et des écosystèmes sectoriels fait donc parti des mesures qui seront vraisemblablement proposées, visant à créer un marché unique des données industrielles. L'open data des entreprises n'est pas loin, mais pas dans une approche gratuite comme elle a été poussée jusque-là (voir: De l'open data à la stratégie de données).


Ces infrastructures commencent sur le terrain, partout où il y a des machines, dans les usines, sur les chantiers, sur les routes, dans les villes intelligentes. L'enjeu des réseaux aériens pour les connecter, collecter les données et les stocker sont des enjeux essentiels.

C'est dans ce contexte qu'il faut maintenant analyser le développement de la 5G en Europe, l'utilisation de technologies non européennes, et la criticité de son développement rapide en Europe. La 5G n'est pas que le sujet des opérateurs et des services de vidéos entre particuliers, c'est bien sûr aussi le sujet de la collecte de données industrielles en masse, en temps réel avec une faible latence, et en complément aux réseaux actuels.
C'est également dans ce contexte qu'il faut revenir sur un billet de 2018, "Edge computing, qui va gérer les données ?" car la majorité des données industrielles ne remonteront plus dans le Cloud et les data centers, comme le paradigme actuel le veut. Elles seront gérées en périphérie ("Edge computing"), cette infrastructure composée de tous les équipement mobiles, des robots d'usines aux véhicules connectés, en passant par les objets communicants.

Cette inversion de paradigme du stockage de données est une disruption pour le modèle des GAFAs, qui pour lutter contre cette vision vont jusqu’à proposer un tarif gratuit pour l'entrée des données dans leur Cloud, et un paiement uniquement à la sortie.

Enfin on constate que l’IA n'est pas une technologie isolée mais un moyen d'innover par intégration de technologies. Ce sera encore plus vrai dans l'industrie avec ses objets connectés, l'Edge et les réseaux comme la 5G (voir : Pensez à relier les technologies entre elles). L'intelligence artificielle doit donc amener à recomposer les industries et les services, et hybrider industriels et champions du numérique. Mais pour favoriser les rapprochements et le développement de ces grands acteurs européens il faudra peut-être que l'Europe revienne sur ses règles de la concurrence qui parfois freinent leur émergence.

D'une Europe réglementaire à une Europe visionnaire, la conduite des changements sera longue à la Commission Européenne. Mais GreenSI veut voir une inflexion dans les dernières annonces du plan IA de Thierry Breton. Son approche aussi est différente puisque c'est via un livre blanc et une consultation publique ouverte jusqu'en mai (disponible ici) qu'il veut enrichir cette stratégie.

dimanche 26 janvier 2020

Pensez à relier les technologies entre elles

En anglais on dirait "connecting the dot", expression favorite de Steve Jobs.
GreenSI a choisi de montrer avec ce billet pourquoi la transversalité des technologies est essentielle et qu'il ne faut pas chercher à tester et lancer des projets en silos. 

Un billet de 2018 montrait comment le drone était en train de se faire sa place dans l'entreprise et dans les services aux entreprises avec le développement du "Drones as a service". Ce service est rendu possible par une plateforme qui à la fois pilote et optimise l'acquisition des données avec les drones, mais également qui traite les données et les restituent aux abonnés du service.
Cette plateforme permet les économies d'échelles qui rendent le service compétitif par rapport à ce qu'une entreprise pourrait faire seule en cherchant à acquérir des drones. Ses domaines de développement sont par exemple l'inspection d'immeubles ou les services à la construction. 

Le drone est ainsi rentré dans le domaine de l'internet des objets (Iot).
Mais le drone mène aussi au développement d'une infrastructure locale de données connue sous le nom de "Edge computing" (voir Edge : qui va gérer les données). En effet, une grande partie de l'attention actuelle accordée à cette "informatique de périphérie" provient de la nécessité pour les systèmes IoT de fournir des capacités déconnectées ou distribuées. Le cloud ayant trouvé ses limites dans les débits de remontés d'information.
Ces limitations seront peut-être dépassées quand la 5G sera disponible partout sur le territoire, mais en attendant, dès qu'on produit 1To de données par jour depuis le terrain, les infrastructures Cloud ne suivent pas, surtout en temps réel.

La promesse du "Edge" est donc de traiter ces données au plus vite, au plus près du terrain, sans faire des allers-retours avec un Cloud, qui aurait tout la puissance requise pour cela, mais pas la bande passante pour y accéder.
L'Edge computing est donc doté de ressources de calcul de plus en plus sophistiquées et spécialisées et d'un stockage de données accru. Au delà des drones il est déjà présent sur les sites industriels et se généralisera avec le développement des drones, des robots et des véhicules autonomes.
Pour une autre raison (le rejet des GAFAs et de leur domination des Clouds) les villes se dotent parfois d'une infrastructure de gestion locale des données et de constitution de leurs maquettes numériques que l'on peut mettre dans le domaine du Edge.
 

Drone et Edge se connectent.
L'intelligence artificielle se nourrit des nouvelles sources de données en masse, celles que produisent les drones. Au départ elle est embarquée pour permettre les fonctions principales de vol, et notamment la stabilisation, et la navigation. Elle va poursuivre son développement avec la coordination de flottes de drones et la gestion de l'espace aérien qui leur sera réservé. Enfin elle va traiter les données acquises et stockées dans l'Edge pour permettre à l'entreprise de prendre des décisions le plus rapidement possible, avec les données d’observation issues des drones.

A la clef, une meilleure efficacité opérationnelle, la réduction des coûts, des interruptions de service, l'amélioration de la sécurité, etc... Le plus souvent dans les domaines que sont la supervision des infrastructures physiques.
Donc les drones possèdent la capacité de créer d'immenses volumes de données, à l'aide de capteurs et de caméra. Pour garantir que ces données sont traitées et analysées, les drones les transmettent au Edge, qui développe des traitements intelligents, le tout supporté par un Cloud, mais en limitant les déplacements de données et répondre aux limitations de bande passante et de connectivité.

Drones, Edge, Cloud et IA, ces technologies sont amenées à être connectés et pensées de concert.
Leur combinaison offre des cas d'usages supplémentaires, à la fois pour fiabiliser chaque technologie par un apport d'une autre, mais également pour les combiner avec une multiplication des possibilités.

Les drones se révèlent alors être les périphériques de traitement et d'analyse de données par eux-mêmes. La combinaison des technologies une redoutable plateforme intelligente de gestion de données.

La tendance est alors celle de drones entièrement autonomes, par exemple pour l'inspection, capables de détecter et d'identifier les défauts ou les dysfonctionnements au plus tôt et sans assistance humaine.

Cette nouvelle architecture amène de nouveaux défis en matière de confidentialité des données, de sécurité et de sûreté. De la même façon que la supervision s'est déplacée des serveurs vers les postes de travail, la supervision va maintenant se déplacer vers ces nouveaux périphériques autonomes. Ne gardez pas en tête la seule image d'un drone volant à hélice. Les drones adapteront leur forme au milieu dans lequel ils vont évoluer. Dans les réseaux d'assainissement, par exemple, ils ressemblent à sortes de jouets robots sur chenilles pour se déplacer facilement dans les canalisations non visitables. D'autres nagerons dans les lacs et remonteront les rivières.


Ces objets autonomes vont permettre une automatisation avec une programmation qui va au-delà de l'automatisation classique. Elle s'appuie sur des modèles de programmation qui exploitent l'IA. Cela permet d'interagir plus naturellement avec leur environnement. Sur domaine privé (mines, usines,réseaux enterrés, entrepôts, bâtiments, ...) les besoins d'adaptation de la réglementation sont moins nécessaires que sur domaine public. Cette évolution est déjà engagée. Sur le domaine public elle prendra plus de temps, mais est déjà dans la tête des élus et des services municipaux, comme le montre l'annonce de Mounir Majoubi en début d'année de proposer de déployer 240 drones de surveillance à Paris.

La question de l'acceptation sociale se posera bien sûr dans les deux domaines, mais il sera difficile de freiner longtemps la tendance à déployer de plus en plus d'objets non contrôlés (mais supervisés en fonctionnement), dans l'espace public. Les caméras de surveillance, qui peuvent être considérées comme des drones fixes dans les 3 dimensions, ont bien réussi à envahir les villes et les alimenter en masse d'images...

Les drones sont donc pour GreenSI une illustration du déplacement de la sécurité et de la supervision à la périphérie d'un système d'information dont le champ ne cesse de s'agrandir.

Un système d'information qui s'hybride de plus en plus avec les systèmes industriels et demande de nouvelles approches non centralisées pour sa gestion, surtout en périphérie.

Un système d'information plateforme, qui comme un porte avion sait se projeter là où les opérations de l'entreprise le demandent.

"Connecting the dot" est aussi une citation célèbre de Steve Jobs pour parler du lancement du Macintosh qui rassemblait à l'époque de multiples technologies, chacune révolutionnaire (la souris, l'interface en fenêtre copiée par Windows plus tard, le processeur...) mais jamais intégrées ensemble.
En connectant entre elles ces technologies innovantes, n'est-on pas en train d'observer l'émergence d'une nouvelle plateforme révolutionnaire ?
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lundi 18 novembre 2019

Disney+ : bienvenue dans le monde digital

Disney+ a été lancé aux États-Unis, Canada et Pays-bas, par la Walt Disney Company. C'est une plateforme de vidéo à la demande qui promet d'accéder à l'impressionnant catalogue du premier groupe de divertissement au Monde après ses multiples acquisitions (ABC-cable, Fox, Pixar, Marvel, Lucas Film, ...).
C'est fait ! Cette semaine 

C'est en 2017 que le DG Bob Iger a annoncé cette nouvelle orientation stratégique avec le lancement prévu en 2019 d'un service de vidéo à la demande, concurrent de Netflix.
Mais même en étant numéro un mondial, on ne s'improvise pas "streamer de contenu sur Internet". C'est un sujet 100% technologique, très loin du fond de commerce du studio. On assiste donc bien là à une transformation digitale de grande ampleur pour la Walt Disney Company, plus encline jusqu'à présent à distiller son catalogue au compte goutte qu'a piloter une plateforme mondiale de diffusion massive.

En terme de modèle économique, Disney a également déjà tenté l'expérience de l'abonnement avec ESPN (chaînes de sport) mais n'a pas résisté à l'érosion progressive de ses abonnés. C'est donc un double challenge technologique et business modèle qui attend le groupe.
 
Netflix, la cible annoncée, est née dans la location de DVD distribués par courrier, ce qui lui a donné l'expérience client de la VOD et des goûts des utilisateurs, puis a développé les 10 années suivantes une plateforme SVOD, reposant sur AWS, pour distribuer le contenu par Internet. Ayant sous-traité ses "tuyaux", c'est devenu un producteur de contenu, notamment de séries, pour les alimenter et son catalogue est plus vaste que celui de Disney. Aujourd'hui, Netflix représente environ 23% du trafic de l'Internet - Google "seulement" 17% -, selon l'Arcep (étude 2019).

C'est donc un travail qui prendra du temps à Disney pour accéder à une part de marché de 23% du trafic mondial de l'internet !

Mais comme la SVOD est en croissance, le sujet est moins de récupérer massivement les parts de marché de Netflix que de développer la SVOD plus loin avec de nouveaux utilisateurs et de nouveaux usages. Le blog "Digital Home Révolution" de Pascal Lechevalier est une référence sur ce sujet, notamment le dernier billet sur les perspectives du marché américain avant l'arrivée de Disney+.

Pour répondre à ce challenge, la Walt Disney Company a progressivement racheté la majorité dans la société technologique BAMTech (en tout au moins 3 milliards de dollars) pour faire l'acquisition de la compétence et des plateformes du streaming. Cette technologie a été conçue en 2016 pour la diffusion en streaming d'évènements sportifs à la demande. En Europe, BAMTech a comme premier client Eurosport. Notons que BAMTech est aussi une option pour Disney pour relancer son réseau ESPN en perte de vitesse avec une offre sports câble + à la demande (c'était à priori la raison annoncée de l'investissement dans BAMTech avant la nouvelle stratégie).

Les estimations pour Disney+ avant le lancement étaient de 8 millions d'abonnés à fin 2019 alors que Disney+ en a revendiqué 10 millions dès les premières 24h. Donc sans surprise la force du catalogue mis en avant autour de Marvel, le prix agressif de $6,99 par mois et la sortie originale d'une série dans l'univers Star Wars (The Mandalorian) ont fait le job, comme on dit au Québec. Mais est-ce une bonne nouvelle ?

Mais les abonnements à la demande que l'on peut résilier presque quand on veut, font que le succès de Disney+ ne sera durablement assuré que si l'expérience des utilisateurs est bonne. Et sur ce point, Disney+ s'est pris de plein fouet les affres du digital :
  • le maintient de la performance technique de la plateforme avec la montée en charge,
  • la capacité du support utilisateur à être efficace pour traiter en ligne les problèmes des clients qui après avoir payé sont en galère,
  • la sécurisation de ses activités qui, vu le buzz médiatique, ont également attiré les pirates.
Mais, mis à part les messages d'erreurs et de reconnaître avec un tweet un "couac" suite à l'afflux de plus d'utilisateurs qu'attendus, Disney+ n'a pas communiqué officiellement sur ces difficultés qui persistent. GreenSI est donc allé explorer les données factuelles des réseaux d'utilisateurs de ces quatre derniers jours pour essayer de tirer des enseignements sur cet apprentissage du digital par une société née en 1923.

Concernant les performances, un site de référence est downdetector. Disney+ y est en haut du hit parade des sites à problèmes depuis son lancement.
"Par chance" Netflix avait un problème samedi en Europe ce qui nous donne une belle référence sur la période. La comparaison du nombre d'incidents du samedi 16 novembre, proportionnellement au nombre de clients (10 millions versus 160 millions pour Netflix), montre que le niveau d'incident relatif par rapport à Netflix est 140 fois supérieur. Donc aucun doute sur une expérience de streaming dégradée vu des clients américains au service.

Les problèmes sont à la fois la qualité du streaming (53%)  et un problème de login (46%). GreenSI s'est même demandé si une régulation de l'accès à la demande (files d'attentes) n'avait pas été mise en place volontairement par Disney pour ne pas effondrer plus les performances du streaming perçues par les abonnés. Aucune annonce n'a été faite par Disney pour dire si le problème réside dans les serveurs frontaux qui délivrent le service ou sur le backbone de streaming.
 
Dimanche soir au moment où j'écris ces lignes Disney+ est toujours en haut du classement.
L'application mobile sortie avec l'ouverture du service et qui permet de télécharger les films et de les regarder sur son mobile a été téléchargée plus de 3 millions de fois en 24h selon le site Apptopia et 1,3 million d’heures de contenu ont été téléchargés dès le premier jour. Comparativement il est estimé que les utilisateurs de Netflix -16 fois plus nombreux - ont regardé 6 millions d’heures de contenu le même jour. L'usage de Disney+ sur mobile serait donc 3,5 fois celui de Netflix ?

Une hypothèse de GreenSI: les problèmes de connexions ne sont certainement pas étrangers à ce changement massif d'usage et une partie des utilisateurs se seraient alors vraisemblablement déportés sur le mobile et auront téléchargé leur film au lieu de le regarder en streaming.
Sur le plan du service client, Twitter reste la référence pour voir l'impact tel que perçu par les utilisateurs.
Les hashtags #DisneyPlusDown, #DisneySucks et #DisneyPlusFail sont encore largement utilisés. Les utilisateurs se plaignent du service client difficile à joindre et des déconnections régulières du service, peut-être parfois à cause de leur propre installation, mais clairement Disney+ ne s'est pas préparé à traiter autant de demandes de clients qu'il a maintenant en direct.

Sur le plan du catalogue des films, Star Wars c'était pour la vitrine du lancement mais tout le monde attendait l'émission quasi-religieuse outre Atlantique: les Simpson!

Disney+ avait annoncé mettre en ligne les 30 saisons d'épisodes à la demande - une première - mais a certainement loupé que la majorité de ses clients digitaux regardait avec un téléviseur grand écran 16:9, alors que le format d’image initial de l’émission est de 4:3. Les images ont donc été étirées dans le flux et les fans sont maintenant vent debout contre Disney+. Mais la réaction de Disney a été immédiate qui a annoncé que ce sera rectifié en 2020.
Enfin les pirates informatiques sont aussi venus tester la nouvelle plateforme en récupérant des comptes d'utilisateurs Disney+, certainement imprudents avec leur mot de passe, et en les revendant sur le net de 3 à 11 dollars comme le révèle l'enquête de ZDNet aux États-Unis. Pour le malheureux utilisateur qui s'est fait prendre son compte sans le savoir, le résultat est le même: il est déconnecté de tous ses appareils par le pirate qui change son email et son mot de passe. A lui d'expliquer son problème au service client... s'il arrive à les joindre !
L'expérience utilisateur sur Disney+ a été fortement secouée par ce lancement massif.

Porto Rico prévu le 12 novembre a été reporté d'une semaine et va se retrouver avec la prochaine vague : Nouvelle Zélande et l'Australie le 19 novembre. Une nouvelle semaine test arrive donc pour Disney+. Le digital est un nouveau métier qui s'apprend, mais il va falloir l'apprendre vite à la vue du calendrier de déploiement. On saura alors si la stratégie "big bang" de Bob Iger ("We're going to launch big, and we're going to launch hot) était la meilleur pour conduire ce changement.
En tout cas, bienvenue dans le monde digital !

dimanche 29 septembre 2019

Amazon contre 5G, la course au prochain réseau IoT


Cette semaine GreenSI a pu aller a New-York pour le lancement commercial de la 5G par Verizon.
Quand en France on en est encore à la procédure d'appel d'offres par le gouvernement pour exploiter ce qui sera l'évolution majeure de la connectivité dans les dix prochaines années, trois pays, dont les États-Unis, la Finlande (pays de Nokia) et en premier la Corée du Sud (ouvert en avril 2019), opèrent déjà en grandeur réelle une offre commerciale dans les principales villes du pays.
Les équipements sont là (Ericsson, Nokia, Huawei), avec un certain avantage aux européens, et les opérateurs imaginent les nouveaux services qu'ils vont proposer. Le lancement par Verizon à Manhattan et quelques zones clefs comme l'aéroport JFK, s'inscrit dans cette course au déploiement national du nouveau réseau entre quatre opérateurs (Sprint, AT&T et T-Mobile) et à un réseau de 5GLabs pour en imaginer  les usages avec leurs clients.

GreenSI a déjà traité de la 5G dans un billet du début de l'année et mis en avant l'opportunité de rupture pour les entreprises, et mais également une opportunité de redistribuer les cartes de la data dans les télécoms.


La technologie 5G ce sont des débits de télécommunications mobiles de plusieurs gigabits de données par seconde mais surtout une latence très faible, ouvrant la voie aux application temps réel à distance comme le pilotage de drones ou la télémédecine. Une faible latence, c'est aussi une condition nécessaire pour les futures applications de réalité virtuelle, notamment les jeux vidéos, car l'oreille interne ne supporte pas un décalage important entre ce que l'on voit et ce que l'on sent, sous peine de provoquer des nausées, notre "écran bleu" de plantage et de "reboot" du corps humain ;-)

La 5G est aussi sur le devant de la scène politique dans la bataille commerciale États-Unis/Chine. Les gouvernements, voyant les enjeux de ce prochain réseau de l'internet des objets, veulent s'impliquer dans sa gouvernance comme le montre l'interdiction des technologies du chinois Huawei aux États-Unis et leur mise sous surveillance ailleurs dans le monde. D'ailleurs cette fébrilité des gouvernements de ne pas vouloir se laisser dépasser par la 5G, et par ses choix géo-stratégiques, explique peut-être le dérapage du calendrier en France.

Quand le débit mobile 5G sera plus rapide que le débit du réseau fixe, beaucoup de choses changent, comme par exemple la réception de la télé en 8K via le réseau mobile. Une première retransmission en direct avait été faite à Roland Garros cette année par Orange avec ses partenaires, filmées en 8K et retransmisse en 5G sur des téléviseurs adaptés, ou Samsung à Singapour avec la Coupe Internationale des Champions. Le prochain CES en janvier 2020 sera certainement une belle occasion pour les fabricants d'aller y exposer leurs derniers modèles, Huawei en tête.

Mais l'enjeu de la 5G privilégié par GreenSI est la capacité de cette technologie à gérer le futur de l'internet des objets.

Avec 1 million d'objets communicants par km2 et un débit théorique associé à ces objets lui aussi très supérieur au GSM - de 10Tb/s/km2 - la 5G ouvre le champ à un nouveau réseau pour l'internet des objets, dans l'entreprise, dans la ville intelligente, mais aussi à la maison.

C'est cependant sur cette fonctionnalité de réseau connecté "ambiant" que certains médecins alertent sur l'étude de ses effets avant de pousser les déploiements plus loin. 

C'est dans ce contexte qu'il faut analyser la sortie, par Amazon, lors de sa conférence du 25 septembre, d'une foule de  nouveaux objets connectés à Alexa son assistant vocal, pour l'instant en tête dans la course contre GoogleHome avec plus de 100.000 "skills" développés qui supportent Alexa et loin devant Siri d'Apple.

La sortie cette semaine d'un haut-parleur haut de gamme à $199 (qui vise Siri à $299, et lancé à $349) reste dans la lignée des produits "Echos", en revanche, avec celle des "Echo Flex", qui peuvent s'installer sur les prises de la maison pour amener le vocal sans avoir besoin d'une enceinte connectée, on commence a se demander : et si Amazon était en train de déployer un réseau d'objets ?

C'est avec l'Echo Loop, une sorte de bague qui permet de parler à Alexa à distance, que l'on se pose la question : mais à quoi est-elle connectée en dehors de la maison?

Pour l'instant à son smartphone. Un bouton sur la bague permet de déclencher Alexa, vous posez votre question dans le micro et mettez la bague à l'oreille pour obtenir la réponse. Elle est vendue en quantité limitée - sur invitation uniquement - ce qui montre que le produit n'est pas encore tout à fait abouti et sert de test, un peu comme Amazon l'avait fait avec les boutons Dash.

Quoi qu'il en soit, Amazon veut quitter la maison et aimerait bien lui aussi être "ambiant".

Et Amazon s'en donne les moyens en annonçant à cette conférence, Sidewalk, un nouveau protocole sans fil longue distance à faible bande passante pour connecter tous les équipements dans et autour de votre maison, et ne plus utiliser le Wifi qui est limité en distance.


Ce protocole sera ouvert progressivement à d'autres fabricants de périphériques.

C'est donc un positionnement frontal contre la 5G, jugée par Dave Limp, le Directeur de la division Devices and Services d'Amazon, comme consommatrice d’énergie et complexe. Amazon à donc fait le choix d'un nouveau réseau à faible bande passante (900MHz) et c'est un virage important dans sa stratégie.

Mais pour déployer ce réseau il faut des points d'accès. Amazon n'étant pas opérateur de télécommunications, l'idée est d'utiliser ses clients pour l'accès, puis de passer par les réseaux des opérateurs. Le déploiement des points d'accès est en test à Los Angeles où 700 foyers ont été équipés gratuitement pour tester la couverture de la ville. Essayez de tracer 700 cercles de 500m de rayon, vous allez vite voir que vous pouvez couvrir une ville très rapidement à 100% avec quelques centaines de points d'accés. C'est ce type de technologies qui est utilisé aujourd'hui en France pour les compteurs d'eau (par exemple sur la fréquence 169Mhz longue portée qui permet des cercles plus grands). Vu du plus grand distributeur mondial on se dit que si ça marche ça va être un carton !
A ce stade rien n'a été dévoilé sur la sécurité ou le traitement des données, qui sera un enjeu important pour l'acceptation de ce réseau.

Le premier produit qui exploitera ce réseau sera un objet pour votre animal préféré, Ring Fetch, qui sera lancé l’année prochaine.

Si votre animal quitte le périmètre que vous avez déterminé à l'avance sur une application, vous recevrez une alerte. C'est ce que l'on appelle le "geo fencing" et qui est déjà très utilisé dans le milieu professionnel pour suivre les camions ou les engins de chantiers.

Il n'y a donc rien de vraiment nouveau si ce n'est que toute la machine de guerre d'Amazon, son site de ecommerce et sa logistique exemplaire, pour déployer ces objets et le réseau qui va avec. Les nombreuses startups qui opèrent déjà ce type de solutions vont devoir s'allier avec Amazon ou se battre contre.
La filiale d'Alphabet qui gère la SmartCity et qui planche aussi sur la communication des objets notamment dans la ville de Toronto s'appelle Sidewalk Labs. Le choix du nom Sidewalk est-il un défi d'Amazon à son grand concurrent des assistants vocaux ?
L'originalité de Sidewalk est d'exploiter un réseau "mesh" (comme Zigbee ou Z-Wave) donc chaque objet peut servir de relais à un autre objet, et ainsi plus Amazon vends d'objets actifs plus le réseau se densifiera.

Ces deux exemples illustrent bien les enjeux de réinventer les communications au delà du bon vieux GSM et de sa carte SIM. 


La 5G, avec ses performances supérieures et une densité d'antennes plus grande que la 4G, veut jouer dans la cour des nouveaux usages en rupture et va proposer aux entreprises de réinventer leurs services comme est en train de le faire Amazon dans sa quête de la domination de l'interface vocale. De l'autre côté du spectre, le bas débit continu de faire son chemin, exploité avec une densité encore plus grande via une multitude d'objets communicants personnels et depuis cette semaine avec le support d'Amazon.
Google vient de fêter cette semaine son anniversaire, et en 21 ans il a dominé les deux premiers internet, fixe et mobile, pour devenir l'une des premières entreprises mondiale. Les cycles technologiques sont donc très courts. L'ère de l'internet des objets connectés et intelligents n'en est qu'a ses débuts et un Amazon devant un Google nous montre que rien n'est définitivement acquis.

samedi 14 septembre 2019

Tesla : le disrupteur disrupté ?


GreenSI s'intéresse à l'aventure Tesla depuis plusieurs années. C'est un cas d'école de l'entrée d'un nouvel acteur dans une industrie, qui, en moins de 10 ans, en change les règles.
 Réciproquement vu du nouvel acteur, c'est un cas d'école de conduite des changements pour avoir un impact majeur sur son industrie et en plus un impact environnemental avec l'électrique. 

On sait aujourd'hui que les barrières entre industries ne sont pas si fortes que cela et que l'irruption peut venir de partout...
C'est aussi un clin d'oeil historique. La domination des moteurs à essence n'était pas acquise il y a plus de 100 ans. En 1899 c'est une voiture électrique (la "Jamais contente") qui a été la première a franchir la barre des 100km/h, et les premières voitures électriques datent des années 1830 au moment du boom de l'électrique industriel. Aujourd'hui c'est un peu leur revanche sur les moteurs à essence.

Mais ce qui fascine avec Tesla, c'est que c'est un industriel qui maîtrise le numérique, qui disrupte des industriels. Le modèle Tesla est lui même aussi disruptif (Tesla, un modèle industriel et agile) que le produit qu'il délivre: une voiture électrique autonome et demain des services de mobilité.

Si compare aux GAFAs, ce n'est pas que Facebook et Google ont moins de mérite à s'engouffrer avec du logiciel entre les marques et les consommateurs pour changer la donne en matière de publicité, avec parfois un effet de bord sur la démocratie, mais ils n'ont pas en plus à gérer une chaine logistique avec des produits physiques qui interagissent sur de vielles infrastructures (les routes).
Quand à Apple qui fabrique des smartphones, ce sont ses sous-traitants chinois qui ont développé l'outil industriel nécessaire à la production de ses produits phares. Seul Amazon a inventé, avec des robots dans ses entrepôts, le moyen de supporter ses immenses flux de commandes et la gestion de ses millions d'e-boutiques partenaires avec une usine logistique aussi innovante que l'expérience utilisateur qu'il délivre. La supply chain est un avantage compétitif majeur.

Cette semaine Tesla a fait l'actualité pour reprendre la main face à Porsche qui lançait, quelques jours avant, son modèle Taycan, une voiture électrique annoncée comme défiant la suprématie de Tesla sur le segment haut de gamme depuis 2012.

D'autres constructeurs historiques avaient déjà annoncé des modèles concurrents à Tesla, mais les experts du domaine automobile ne les ont jamais mis au niveau de la Tesla Model-S. Seule la Porsche Taycan est vue aujourd'hui comme un sérieux concurrent de Tesla. Lors du lancement, la communication a fait un buzz mondial et les pré-commandes internet (une façon de faire lancée par Tesla) ont dépassé les 30.000 exemplaires avant sa sortie. De quoi challenger Tesla...

La nouvelle Porsche électrique à $185K ne met pas en péril le modèle de Tesla qui vise la rentabilité avec la production en masse de son Model-3 à $35K et surtout les mises à jour payantes du logiciel de ses voitures. Mais être le leader du haut de gamme électrique a été la stratégie d'entrée de Tesla, perdre cette place peut fragiliser son image... et l'égo de son PDG, Elon Musk !

Ce dernier a donc relevé le défi et envoyé en dix jours une Model-S "remasterisée" sur le circuit de test de Nürburgring, en Allemagne de l'Ouest, sur le terrain de Porsche (l'anglais a été racheté par l'allemand VW), avec l'objectif de battre la Porsche Taycan. Dans le même temps Tesla est allé battre un record (non homologué) sur le circuit de Laguna Seca pour démontrer qu'il ne bluffait pas.

La bataille aurait pu s'arrêter là, mais voilà que la course de voitures électriques sans conducteur Roborace, vient cette semaine de défier Tesla pour participer à une de ses prochaines compétitions. Une de ces courses sans conducteur a eu lieu à Paris en 2017 sur la place des invalides.
Chaque participant à la même voiture (DevBot 2.0), pilotable par un humain ou une IA, et chacun peut donc y brancher son Intelligence Artificielle pour concourir. On peut donc se faire affronter des pilotes contre des IA ou des IA entre elles, et collecter les données pour entraîner les IA à s'améliorer quand les humains conduisent.


Tesla est aussi le leader des voitures sans chauffeur, mais pas nécessairement pour enregistrer des records sur des circuits, quand l'IA des gagnants d'une Robocar cherche une victoire pour marquer les esprits. Ce n'est pas sans ressembler à IBM Watson qui a battu des humains à Jeopardy en 2011 ou Google AlphaGo qui a battu le champion du monde de jeu de go en 2016, qui cherchaient à marquer les esprits et démontrer la puissance des algorithmes.
Au moment où GreenSI publie cet article, Elon Musk n'a pas répondu au défi lancé sur Twitter.
L'industrie automobile se retrouve donc avec trois participants qui visent à gagner la bataille de l'image pour le segment des voitures électriques quatre portes haut de gamme :
  • le constructeur déchu qui contre-attaque,
  • le nouvel entrant qui a inventé une image, une usine et un produit,
  • l'intelligence artificielle, qui n'a pas de produit, mais veut montrer sa domination sur le pilotage.
Pour GreenSI cette combinaison va se reproduire dans d'autres industries. Il faudra trouver la bonne combinaison entre matériels, logiciel et humains, pour développer un avantage compétitif nouveau et prendre une position décisive pour la conquête d'une industrie.

Malgré le buzz autour de ses applications, qui oubli parfois les limites de son industrialisation, l'IA n'est pas infaillible. Elle n'est pas en mesure de remplacer tous les emplois d'un secteur et de conduire à un monde avec uniquement des machines. L'humain reste meilleur que la machine dans de multiples compétences. Industrie par industrie, c'est la meilleure combinaison entre l'homme et la machine dopée à l'IA qui sera déterminante. 

Prenons l'exemple de la Sécurité et d'une société de gardiennage qui loue son personnel pour surveiller des sites industriels. C'est une activité qui repose sur le recrutement et la formation de gardiens. On peut facilement imaginer un nouvel entrant qui propose de la vidéo surveillance, puis avec l'expérience, complète son offre avec une analyse intelligente et automatique des vidées pour la détection des risques.
Mais une fois détectée, une alerte, même vidéo, même intelligente, doit être levée et traitée. Si du personnel est sur le site, elle le sera plus rapidement qu'avec une centralisation en dehors du site. L'équilibre en l'homme et la machine va se trouver entre la capacité de détection de la machine et celle d'intervention de l'homme. L'activité devenue hybride repose toujours sur la formation des gardiens et leur accompagnement à travailler avec l'IA, mais également sur l'entraînement permanent de l'IA pour l'analyse d'images.

Les sociétés de vidéosurveillances traditionnelles vont réagir à ces nouveaux entrants par un service plus intelligent, quand les nouveaux entrants grâce à la technologie vont eux ajouter plus d'humains. Ce qui fera la différence c'est la plateforme intelligente sur laquelle ces sociétés vont s'affronter. On pourrait multiplier cet exemple à l'infini avec des drones intelligents, des assistants vocaux intelligents... qui vont tous arriver sur le lieu des opérations de l'entreprise.

Le prochain billet explorera comment construire, demain, ces architectures intelligentes et connectées.
Dans le cas de Tesla, à partir de la Model 3, la technologie c'est un ordinateur (FSD pour Full Self-Driving), qui est intégré dans chaque véhicule depuis le 12 avril, et qui permettra une conduite entièrement autonome via de futures mises à jour logicielles envoyées automatiquement par Tesla. Elon Musk mise donc à 100% sur l'intelligence artificielle couplée à la puissance de traitement temps réel de l'ordinateur embarqué.
 
Il est vrai que l’ordinateur des Model S/X (lancés en 2012) est issu du partenariat avec Mobileye et non un FSD. Il y a donc fort à parier qu'une version de la Model-S sortira avec le hardware FSD et l'Autopilot 2.0 en 2020.
Il n'y a donc aucun doute pour GreenSI que Tesla est bien armé pour défende son image à la fois contre Porsche et contre Roborace. La course va être passionnante si on ne s'arrête pas à juste savoir qui met le moins de secondes pour passer de 0 à 60mph ;-)
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Mise à jour au 21 septembre : Tesla a annoncé la sortie de la Model-S en 2020 et a battu Porsche sur le redoutable circuit de Nürburgring même si la bataille pour l'homologation n'est pas encore gagnée

L'humour de ceux qui aiment le numérique