mardi 27 novembre 2018

Le RGPD 6 mois plus tard : tout ça pour ça ?!


Cela fait 6 mois, jour pour jour, que le Règlement Générale sur la Protection des Données - RGPD - est entré en vigueur en mai 2018.

Les internautes européens ont donc aujourd'hui des droits renforcés et peuvent mieux contrôler leurs traces numériques, et agir dessus si besoin.

En France c'est le secrétaire d'État au numérique lui-même, Mounir Majoubi, qui s'est déplacé sur les plateaux TV démontrer que chaque citoyen pouvait aller récupérer ses données et qu'ils seraient surpris sur ce que les GAFAs savent de vous. Et puis depuis le 25 mai c'est surtout le début de l'avalanche d'e-mails et de pop-ups pour valider l'acceptation de l'utilisation de ses données personnelles.

Tout a donc l'air d'être pour le mieux dans le meilleur des mondes, l'Europe, où ses citoyens vivent sous un parapluie de protection numérique très différenciant par rapport au reste de la planète. Et puis GreenSI est tombé par hasard sur l'extension "I dont'care about cookies".


C'est une extension du navigateur Chrome écrite par un développeur européen (croate) qui met les pieds dans le plat dès sa description de l'application : "Les réglementations de l'UE exigent que tout site Web utilisant des cookies obtienne l'autorisation de l'utilisateur avant de les installer. Imaginez à quel point cela devient irritant lorsque vous surfez anonymement ou si vous supprimez les cookies automatiquement à chaque fermeture du navigateur."

Ce que fait cette extension est très simple, elle accepte tous les cookies en automatique, sans que vous ayez à les lire, et ainsi vous n'êtes plus 
ennuyé!

Mais le plus surprenant c'est que cette extension a été installée plus de 150.000 fois en quelques mois et recueille 4,7/5 de satisfaction, des chiffres dont beaucoup rêveraient, à commencer par la CNIL dont l'extension de vérification du droit au référencement (qui permet de demander à un moteur de recherche de supprimer certains résultats associés à vos noms et prénoms) a été téléchargé moins de 600 fois. On est quand même loin d'un comportement de protection des données tel qu'attendu par le RGPD...

Appelons un chat, un chat. La protection des données ne fait pas rêver les internautes européens.

Or, dans une démarche de conduite des changements on a qu'une seule opportunité de faire une bonne première impression. Cette opportunité est donc clairement passée. L'application à minima du règlement par les sites avec des acceptations forcées, obligatoires quand elles ne sont pas automatiques, y est certainement pour quelque chose. Mais cela n'explique pas tout.

Pourtant il y a des opportunités d'exploitation d'autres aspects du règlement comme l'intérêt de la portabilité. Mais il aurait fallu offrir un service un tant soit peu plus intéressant pour l'internaute, que de simplement pouvoir vérifier que les GAFAs ont stocké des données très diverses sur vos usages. C'est ce qui leur a permis d'avoir cette avance dans la personnalisation des services en ligne et demain dans l'intelligence artificielle, que l'Europe aura du mal à rattraper.

Du côté des listes d'e-mails collectées "post-25mai" sans avoir eu (ou enregistré) le consentement des internautes, le bilan est inverse. Peu ont accepté de valider les e-mails qui ont encombré les boites aux lettres. Les marketeurs, très pragmatiques, ont donc lancé de nouvelles campagnes de collecte d'e-mails qui intègrent la capture de ce consentement, en s'appuyant quand ils le pouvaient sur un site où l'acceptation est quasi-assurée comme on vient de le voir. Le cas extrême de destruction de valeur rencontré par GreenSI est une enseigne très connue qui a effacé toutes les données personnelles associées aux cartes de fidélités de ses clients et qui redemande en caisse à chaque client de redonner son e-mail et son téléphone.

L’idée du RGPD était d’instaurer un climat de confiance entre le collecteur de données personnelles et le collecté. Ce dernier doit pouvoir être assuré que toutes les informations recueillies qui le concernent seront sécurisées, soumises à l’obligation de confidentialité, et utilisées à bon escient, conformément à ce qui aura été stipulé préalablement, au moment du consentement. Est-ce que ce climat à changé ? GreenSI en doute.

Ce qui a le plus changé en 6 mois, c'est la responsabilité de ceux qui collectent et utilisent les données en Europe. Le RGPD a déclenché dans les entreprises des projets d'adaptation des SI et notamment l'identification des données personnelles gérées et les analyses d'impacts autour de la libération de ces données.


La CNIL a d'ailleurs reprécisé il y a 3 semaines (et oui tout le monde est à la bourre...) ce qu'est cette analyse (AIPD), et quand est-ce qu'elle est obligatoire. Elle rappelle les neuf critères candidats, et elle devient obligatoire si vous en cochez deux. Vous avouerez que c'est difficile de ne pas en cocher deux et que dans ce "bingo de la donnée" tout le monde est gagnant ;-)


Mais pendant que ceux qui sont partis dans la valorisation des données se mettent en conformité, de nouveaux acteurs qui viennent de réaliser le potentiel de la datascience, se lancent dans ce qui est le moteur du digital et de la personnalisation, l'utilisation des réseaux sociaux. Il y a deux semaines le Ministère des Finances annonçait fièrement que les données personnelles collectées sur les réseaux sociaux seraient utilisées pour détecter des incohérences entre le train de vie affiché par certains foyers fiscaux et les déclarations fiscales de ces contribuables !

Le ministre en personne, questionné par la presse, a précisé que cela permettra « d’enrichir les données fiscales déjà détenues par l’administration de données publiques, mises volontairement en ligne par les contribuables, pour détecter des cas de fraude potentielle ». Une autre explication issue des services, parle d'automatiser l'analyse des lettres de dénonciations en recherchant des données sur les réseaux sociaux pour de la vérification en automatique, car un très faible pourcentage est exploité actuellement.

Si on cherche, on trouve un texte très instructif dans le document de 2019 sur la lutte contre la fraude fiscale, accessible sur le site du Ministère. Finalement ce traitement a la même finalité qu'un marketeur en train de vendre des produits ou un GAFA en train de vendre de la publicité ciblée, mieux cibler ses opérations pour optimiser son action.


A priori on coche toutes les cases, plus celle de la fin de la présomption d'innocence en matière de contrôle fiscal !

GreenSI attends donc avec envie de pouvoir lire l'autorisation de la CNIL relative à ce traitement et de pouvoir consulter l'analyse d'impact réalisée et le paragraphe sur le consentement et le détournement d'usage. Mais maintenant que le secrétaire d'État au numérique ne dépend plus de Matignon mais de Bercy, suite au dernier remaniement, ce sera certainement plus difficile pour lui de faire le tour des plateaux de TV pour dire : "si vous saviez tout ce que Bercy sait sur vous !" ;-)

GreenSI aimerait aussi bien comprendre comment on peut dépenser autant (20 millions d'euros annoncés) sur ce type d'applications dont toutes les technologies existent déjà, la plupart en SaaS, surtout si in-fine on ne parle pas de surveillance généralisée mais uniquement d'exploration des centaines de milliers de dossiers de redressement. A moins que le montant ne trahisse une ambition plus grande... ;-)

Car finalement c'est le pouvoir de la sanction des CNIL qui est le meilleur atout pour la réussite de la conduite des changements dans la pratique de manipulation des données personnelles. Certes depuis 6 mois quelques startups européennes se sont faites prendre la main dans la collecte illicite de géolocalisation sur smartphone, mais de ce côté aussi il y a un décalage important entre les annonces "pré-25mai" et les premiers résultats.

Facebook a finalement été condamné à verser une amende de 500.000 livres au Royaume-Uni des suites de l'affaire Cambridge Analytica, pour une ouverture de données massives aux impacts qui ont été annoncés comme l'affaire du Siècle. Si ce cas fait jurisprudence, on est loin du 4% du chiffre d'affaires prévu par le RGPD qui a affolé toutes nos directions juridiques. Et puis Facebook joue même la montre et estime qu'il n'a pas à la payer, peut-être en se disant qu'après le Brexit dans quelques mois il pourra renégocier sans passer par la case Europe ?...

Autre impact collatéral du RGPD, il a donné un prix au hacking. Une entreprise qui a été hackée de ses données clients peut décider soit de payer en toute discrétion le hackeur, soit de payer l'amende RGPD pour diffusion de données de clients.

Pour GreenSI le bilan de ces 6 premiers mois est donc bien maigre.

Le RGPD a certes bien déclenché une prise de conscience des entreprises et une réflexion sur le traitement des données, mais plus dans un esprit réglementaire que pour en tirer un avantage. Mais il a aussi déclenché une destruction de valeur massive de données qui ne posaient pas de problème à ceux sur qui on les avaient collectées, mais dans le doute elles auront été effacées. Il a également bloqué des projets dans les entreprises européennes par excès de précautions... nettement moins ambitieux que celui de Bercy !

Du côté des internautes on veut toujours massivement pouvoir utiliser des services gratuits et les payer par ses données personnelles. Les initiatives de Qwant pour changer cet état d'esprit seront à suivre de près après l'adoption de ce moteur à l'Assemblée Nationale ou au Ministère de la Défense. D'ailleurs dans le second cas GreenSI se demande pourquoi avoir attendu le sujet de la donnée personnelle, vu les enjeux à pister les requêtes sur Google des agents de ce Ministère sensible. Mais au-delà des annonces que l'on vérifiera dans 6 mois, l'utilisation de Qwant reste marginale et surtout concerne une population déjà avertie qui prenait ses précautions.

Quoiqu'il en soit, après ce faux départ, il faudra un autre événement déclencheur que ce lancement du 25 mai pour changer massivement l'attitude des internautes. Bercy nous donne une première piste avec ce qui se profile comme une surveillance de votre train de vie, la Chine une seconde avec une classification des individus qui vous permettra (ou pas) de vous déplacer. 

Mais ne tournons pas autour du pot de la donnée. Le vrai sujet de l'Europe c'est son retard dans l'utilisation des données et plus largement en intelligence artificielle. Il faudra donc plus que le RGPD pour faire tomber les moteurs d'apprentissage des BATX et des GAFAS, qui sont sortis par la porte et mais reviennent déjà par la fenêtre.

Alors si maintenant on se retroussait les manches pour articuler une politique européenne en matière d'IA, et surtout son fondement, une politique de construction de grandes bases de données des usages dans tous les domaines (santé, transport, commerce, ...) maîtrisées par des européens ? Les chercheurs en rêvent et ils sont aujourd'hui obligés de pactiser avec Facebook et Google pour pouvoir travailler.

mardi 6 novembre 2018

Les applications intelligentes donnent le pouvoir aux utilisateurs

GreenSI a récemment publié "Passer des applications aux plateformes", un billet pour faire prendre conscience à ceux qui ne l'ont pas déjà fait, de la transformation radicale des rôles dans une économie numérique qui ne jure que par les plateformes.
Ce sujet des plateformes est d'ailleurs un axe de travail 2019 du Cigref, l'organisation qui rassemble les DSI des grandes entreprises, pour partager les bonnes pratiques et explorer les nouvelles organisations qui émergent.

GreenSI revient dans ce billet sur l'évolution du rôle du responsable d'applications quand ces dernières vont devenir plus intelligentes.
Toutes les études parient sur l'intelligence artificielle qui va être mise en œuvre dans l'entreprise partout où cela permettra de gagner en productivité. Ce sera en grande partie dans les applications. L'IA va demander le développement d'écosystèmes pour gérer la connaissance et avoir les données nécessaires à sa performance. Ces deux approches, IA et écosystèmes, sont nouvelles pour des responsables d'applications à la DSI qui aujourd'hui attendent souvent leurs instructions d'une unique "sacro-sainte" maîtrise d'ouvrage.
Mais les directions métiers vont également être impactées dans leur approche quand elles vont devoir plus fonctionner en transversale dans l'entreprise - car la connaissance est rarement cloisonnée par un modèle organisationnel - mais surtout quand elles vont devoir fournir les experts capables d'éduquer ces intelligences artificielles.

Gérer des applications intelligentes sera très différent pour toute l'entreprise.  

Les éditeurs traditionnels ont déjà commencé à intégrer l'IA dans les applications. SAP leader mondial des progiciels, qui pourtant pour GreenSI est en retard sur ce volet, annonce déjà des processus intelligents au cœur de S4/HANA, la dernière version de son ERP dans le Cloud. 
Ses concurrents ont déjà annoncé depuis 2016, des évolutions de leurs architectures ou de leurs modules. Par exemple Salesforce a lancé Einstein, son programme d'IA qui vise à refondre toutes ses applications et Oracle Applications a lancé ses applications "adaptatives intelligentes".

Mais surtout, les fournisseurs de cloud, IBM en tête, mais aussi Google et Amazon Web Services, ont généralisé l'accès à leurs moteurs permettant de développer ces fonctionnalités intelligentes pour que les DSI puissent les exploiter elles-mêmes dans leurs applications. Les applications intelligentes n'arriveront donc pas uniquement par les grands éditeurs. GreenSI s'attend d'ailleurs à des acquisitions ou des alliances majeures entre éditeurs et plateformes dans les deux prochaines années.


La "data science" va donc remplacer progressivement la "business intelligence", avec des modèles découverts par l'analyse de machines entraînées par des experts et mise à disposition des utilisateurs et non par l'expertise de quelques spécialistes sachant manipuler les applications.

Mais l'analyse des données n'est que la partie émergée de l'iceberg de l'IA.

La révolution va également venir de la capacité d'interagir avec les applications en vocal, avec des algorithmes de compréhension du langage, ou avec des interfaces plus avancées (avatars, chatbots...) voire en réalité augmentée. De nouvelles interfaces homme machine vont émerger.
Personnellement j'ai installé il y a quelques temps un Google Home et une Alexa dans mon bureau, pour tester les interfaces vocales, mais surtout leur intelligence. Le résultat c'est que j'ai vite été frustré de ne pouvoir les interroger que sur des informations publiques et des recherches internet, et non sur les informations de mon environnement professionnel.

J'aimerai par exemple pouvoir leur demander :
  • De me rappeler mes rendez-vous et de me donner le contexte et des informations sur les personnes que je vais rencontrer (projet, titre, dernière rencontre,..) et pourquoi pas demain des conseils de préparation en fonction de l'objet de la réunion ;
  • De pouvoir faire le point automatique sur les pointages projets de mon équipe et de me signaler les évolutions d'activités ;
  • De me rappeler les commandes à passer pour des prestataires dont la date de fin de contrat approche ou quand le nombre de jours déjà commandés se réduit ;
  • De me proposer de facturer les projets qui se terminent ;
  • D'anticiper les périodes tendues en ressources et de m'organiser une réunion avec les chargés d'affaires de sociétés externes, et de voir s'ils peuvent me fournir des ressources, ...
Bref, de faire mon boulot à ma place, sans avoir à accéder à plusieurs applications différentes pour avoir l'information, et me consacrer à des activités à plus forte valeur ajoutée !

GreenSI est sûr que c'est également l'aspiration de beaucoup de monde dans l'entreprise, qui aimeraient bien voir émerger ces applications intelligentes. On trouve d'ailleurs plusieurs études qui ont sondé les utilisateurs pour comprendre leurs attentes si les applications devenaient intelligentes. C'est le cas par exemple de Concur, le spécialiste des notes de frais. Cette dernière montre que les utilisateurs veulent en priorité pouvoir faire de meilleurs choix, et non pas juste saisir des informations et espérer un remboursement ;-)


Et ce qui semble déjà un progrès dans un monde de services l'est davantage dans un monde industriel, où les machines produisent énormément de données (via l'IoT) qui ne sont pas toujours exploitées pour piloter les processus.
Les applications actuelles doivent donc non seulement devenir plus intelligentes, mais pouvoir se connecter sur des interfaces vocales ou avancées. Le problème c'est que beaucoup d'applications ont été pensées pour transformer la majorité des salariés en "robots de saisie", et une autre petite partie de l'entreprise en "décideurs" avec des informations consolidées à plus de valeur ajoutée.
Il faudra donc certainement repenser les applications pour les rendre vraiment intelligentes.

Une application intelligente délivre l'information à valeur ajoutée immédiatement au premier niveau d'interaction avec l'application : l'utilisateur. Puis à celui qui in fine contrôle le processus et souvent pour qui elle a été construite. C'est bien ce que font toutes les startups qui se lancent sur un nouveau marché. Elles utilisent pour cela le design thinking.
Par exemple dans le domaine de la e-santé, aucune application moderne n'est conçue pour saisir de l'information et juste l'envoyer à un spécialiste, le médecin en l’occurrence. C'est pourtant ce que font la majorité des applications dans l'entreprise.
L'application est d'abord pensée pour capturer de l'information, le plus en automatique possible (objets connectés, questionnement,...), pour donner de l'information et les moyens d'agir, au patient lui-même, de l'aider à qualifier sa demande. C'est là que se développent des systèmes intelligents, reposant éventuellement sur des interfaces intelligentes (machine learning, chatbot, virtual assistant...) qui amènent cette valeur ajoutée à l'utilisateur et à toute la chaîne médicale. Puis l'utilisateur décide de partager ces informations avec son médecin via l'application (pas encore en France !).


Il faut donc changer de paradigme. Les futurs responsables d'applications intelligentes vont d'abord les penser pour les utilisateurs, le pilotage immédiat des processus et de la productivité, et dans un second temps pour faire de beaux tableaux de bords ;-) 

Au-delà du design, ces nouveaux usages vont demander des architectures applicatives qui pourront tirer profit de ces nouvelles interfaces et mode d'interaction avec les utilisateurs. Elles vont pouvoir interagir avec des services cloud, tirer parti de l'internet des objets et exploiter des architectures orientées évènements. C'est cette évolution qui va demander une orientation plus forte vers un écosystème d'acteurs pouvant enrichir les applications avec des services IA "out of the box" : reconnaissance vocale, analyse d'images, collecte de données sur de tierces parties, ...

Les compétences à développer de vos futurs responsables d'applications vont donc être prioritairement le design, la gestion de produit, les API et avoir les bases de la modélisation et des algorithmes. Mais avant tout, ces nouveaux responsables d'applications, doivent s'inspirer des entrepreneurs qui cherchent à résoudre les problèmes des utilisateurs, donc devoir se soucier beaucoup plus des usages et adapter progressivement les applications en fonction des retours qu'ils auront.

Donner le pouvoir aux utilisateurs, c'est ce que le "shadow IT" a essayé (et souvent réussi), dans le dos de la DSI. A elle maintenant de diriger le mouvement sur ces nouvelles plateformes intelligentes, qui ne le resteront que parce ce que l'entreprise continuera d'apprendre.

Les applications ne deviendront donc intelligentes que si l'entreprise apprends à créer cette connaissance et à mettre en place une organisation pour basculer de la fonction à l'usage.
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samedi 27 octobre 2018

ERP digital: quand SCM et CRM ne feront plus qu'un

ERP digital: quand SCM et CRM ne feront plus qu'un

GreenSI s'intéresse à l'évolution de l'ERP au sein des systèmes d'information et des entreprises depuis au moins 2012. Le leader mondial actuel, SAP, est aussi le créateur de la catégorie dans les années 70s, appelée MRP - "Materials Ressources Planing" - avant de quitter l'usine et de devenir ERP - "Enterprise Ressources Planing" - et d'ancrer son rôle au cœur du SI.

Cette longévité montre certainement une adaptation permanente de l'ERP aux besoins de l'entreprise mais également une certaine lenteur, pour ne pas dire inertie, pour pouvoir en changer. D'ailleurs selon la dernière étude du CXP en 2017, 54% du parc est âgé de plus de huit ans et jusqu'à beaucoup plus.

SAP a eu 4 versions majeures en 40 ans (R/1, R/2, R/3, S4) quand l'iPhone en a eu 10 en 10 ans. Pour SAP, on a globalement une version a chaque adaptation radicale d'architecture des systèmes d'information (mainframe, départemental, client-serveur, internet-cloud) ce qui correspond aux attentes de stabilité des entreprises quand ces systèmes gèrent la finance ou le back-office. Mais ce n'est pas leur choix pour la relation clients.

Cette comparaison, qui traduit l'accélération de l'innovation numérique, montre également que le rythme d'évolution du code de la prise de commande sur smartphone est dix fois plus rapide que celle du bout de code qui donne l'ordre de délivrer la même commande dans l'entrepôt de l'usine. Et souvent la commande est en temps-réel quand la logistique en batch et qu'il faut attendre le soir pour traiter les données de la journée.

C'est un des freins à la digitalisation des processus. Ceux qui sont engagés dans la transformation digitale savent qu'il est plus facile de repenser un portail d'accès à l'information en mode agile, que de l'intégrer au SI, surtout quand ce SI est majoritairement un (ou plusieurs) ERP.

L'ERP a déjà essayé de résoudre ce problème il y a 10 ans, quand le front-office n'était que le CRM d'un centre d'appels. À cette époque Oracle Applications, surfant sur la vague des architectures SOA, a lancé le programme "Fusion" qui visait à re-architecturer son ERP avec un objectif ambitieux : "Changing the game" (pour reprendre le communiqué de presse encore sur le site de l'entreprise !).

Force est de constater que dix ans plus tard ce programme n'a pas encore totalement abouti et que les règles du jeu n'ont pas encore changé. Il y a deux, Oracle a d'ailleurs racheté Netsuite, nativement sur le Cloud et pas mauvais pour le SCM, ce qui pour GreenSI est l'aveu du retard prix sur sa gamme historique "Oracle Applications", que l'éditeur tente de rattraper.

Mais entre-temps les DSI n'ont pas attendu et ont construit elles-même le middleware pour "APIser" leur SI, ouvrir les ERP, et découpler le front-office (qui se déplace sur Internet et dans les objets connectés) du back-office (qui assure la gestion des ressources et des transactions). On va y revenir.
Ce qui a attiré l'attention de GreenSI en cette rentrée, ce sont deux conférences sur la vision d'un CRM et d'un SCM qui se parleraient mieux. L'une par SAP à Paris sur "La supply chain intelligente, au cœur de votre transformation vers l’omnicanalité" et l'autre à San Francisco lors de l'Oracle OpenWorld, sur l'automatisation de processus intelligents de bout en bout

Le digital a permis de faire évoluer le CRM avec des plateformes Internet omnicanales (voir API, les dessous de l'omnicanal), mais la Supply Chain (et le SCM qui l'outille) a du mal à suivre comme l'indique cet extrait de la conférence SAP du 16 octobre :

 
Ne pouvant utiliser l'ERP, certains DSI ont construit des portails sur internet exploitant les données de l'ERP avec des architectures d'API. Ils se sont parfois retrouvés avec des redressements de licences de la part des deux grands éditeurs, comme si tout front-office exploitant les données de l'ERP devait payer une licence. Cette position est contestée en France par les associations de DSI. Elle est déjà remise en cause au tribunal en Allemagne par l'association VOICE qui estime que la politique de licence SAP pour une utilisation indirecte est illégale. Idem pour Oracle qui n'est pas en reste et cumule en plus la difficulté d'avoir une licence pour utiliser ses bases de données dans un Cloud.

La rupture technologique entre front-office et back-office, révélée par le digital, est donc aussi une rupture de confiance entre les éditeurs et leurs clients.

Et puis les progiciels plus récents, nativement dans le Cloud, comme Workday ou Netsuite et même Odoo en open source, ont les architectures les plus modernes et savent bien gérer la continuité de l'expérience utilisateur.

Enfin les startups qui utilisent le "Business Model Canvas" (ci-dessous), mis au point par Alex Osterwalder, savent bien que le cœur d'un modèle économique est une proposition de valeur (au centre) portée vers les clients ciblés par un front-office (à droite), mais que l'expérience utilisateur est également délivrée en temps réel et de façon intelligente par le back-office (à gauche), via des compétences et une logistique sans failles.

Uber, dont le business model canvas figure ci-dessous, a par exemple une app mobile pour les clients (son CRM), une app mobile pour les chauffeurs (son SCM) et une plateforme avec l'intelligence des algorithmes pour les relier.

 
Imaginez un théâtre où vous mettez en scène le bénéfice client amené par vos produits. Le CRM c'est la scène visible par les clientsle SCM, ce sont les coulisses qui gèrent la logistique de la pièce. L'entreprise gagne de l'argent quand les coûts de production sont inférieurs aux recettes, ce qu'elle vérifie en permanence avec les transactions enregistrées dans l'ERP. 
Dans une économie numérique, Supply chain et CRM fonctionnent ensemble, pour le bénéfice d'une unique expérience clients et de la rentabilité économique de l'entreprise.

Les ERP n'ont pas d'autre choix que de proposer des modules SCM et CRM qui savent traduire de façon intelligente et en temps réel cette réalité. Ces deux modules viennent de basculer dans le digital, dans l'omnicanalité, et certainement aussi dans le Cloud. SI vous devez faire évoluer votre ERP, intégrez-le dans votre stratégie SI en vous reposant la question pour chaque fonction sur sa contribution au business modèle (notion de back-office transactionnel ou de front-office digital).

Salesforce, né dans le Cloud, est aujourd'hui leader du CRM en SaaS avec plus de 50% des parts de marché annuel en misant dès 2000 sur un modèle Internet. 

Pour GreenSI, boosté par le digital, le SCM devrait être le prochain à basculer massivement dans le Cloud. Seul le Cloud, public, privé ou hybride, a la capacité à fédérer de multiples acteurs de chaînes logistiques de plus en plus complexes, y compris des machines autonomes, pour opérer en temps réel et délivrer l'expérience client attendue.

Après tout le leader de la logistique mondiale, n'est autre que le leader de la vente et que le leader du Cloud : Amazon. SCM, CRM et Cloud sont à exploiter pour votre transformation digitale.

dimanche 21 octobre 2018

Edge computing : qui va gérer les données ?

Edge computing : qui va gérer les données ?



Quand les premiers ordinateurs sont apparus, leur temps de marche était la ressource critique. Les pupitreurs qui rentraient les programmes et les données dans la machine faisaient partie de l'équipe informatique - qui ne s'appelait pas encore DSI - pour en optimiser son utilisation.

Puis, avec moins de contraintes sur la puissance de calcul, l'informatique s'est mise au service d'utilisateurs pour qu'ils rentrent eux-mêmes les données dans des bases de données et des applications gérées par les équipes informatiques. Une répartition des rôles "contenu" et "contenant" s'est effectuée avec des utilisateurs qui exploitent ces infrastructures informatiques surdimensionnées, au mieux, à moitié de leur capacité.

Avec le développement de la collecte et du traitement de données en masse pour développer des "jumeaux numériques", alimenter des modèles, et en faire des terrains de jeux de collaboration numérique, la puissance est de nouveau une ressource clef. La question de la répartition des tâches pour bien gérer ces données, essentielles à ces modèles, se pose à nouveau entre les utilisateurs métiers et les équipes informatiques. Essayons de l'illustrer avec ce billet.


C'est le cas par exemple quand un industriel scanne son usine, en fait ensuite un modèle 3D objet lié à des capteurs qui permettent d'en suivre le fonctionnement. La donnée est créée dans les appareils de mesure dans l'usine, sur des cartes SD, et doit terminer dans un modèle 3D accessible dans le Cloud, voire dans l'application actuelle de GMAO.
C'est également le cas quand un constructeur immobilier exploite la maquette numérique d'un bâtiment pour le construire (BIM - Building Information Modeling).

Pour le cabinet d'analyse Gartner, d'ici 2021, la moitié des grandes sociétés industrielles utiliseront ces "jumeaux numériques" pour gagner 10% d'efficacité supplémentaire dans les processus concernés. Cette question va donc concerner de plus en plus de DSI dans les années qui arrivent.

Ce qui change aujourd'hui c'est l'impact de la massification de la collecte de données sur le terrain, par des équipements dédiés à cette activité, qui sont les nouveaux périphériques du système d'information.
Le transport de ces données depuis leur lieu de mesure demande de la bande passante, bien au-delà des besoins pour faire tourner un ERP déjà présent dans l'usine. Et puis quand il s'agit d'objets connectés, il faut parfois du temps-réel avec peu de latence, pour en remonter l'état. Enfin, les modèles demandent beaucoup de puissance de calcul, ce qui a ouvert de nouvelles opportunités dans l'entreprise, aux machines de jeux et surtout à leurs puces GPU. Le retour de Nvidia face à Intel ou AMD.
L'informatique industrielle (OT) existe depuis longtemps mais elle est restée isolée du reste de l'informatique de gestion (IT). Hasard linguistique amusant, c'est l'IOT qui cherche à unifier IT et OT ;-)

Bienvenue dans l' "Edge" !

L'Edge Computing est un nouveau territoire à maîtriser pour le système d'information, avant d'être une méthode d'optimisation du Cloud qui consiste à traiter les données à la périphérie du réseau, d'où son nom, au plus près de la source des données. L'Edge est donc l'expression du besoin d'une infrastructure répartie avec de la puissance de calcul et des données structurées et maîtrisées dans un processus industriel.
Dans l'Edge, la puissance et la capacité de stockage vont redevenir des facteurs limitants.

De mieux les organiser est donc une question clef pour l'entreprise, industrielle au départ mais rapidement pour toutes les entreprises. Mais qui va s'en charger ?

Les utilisateurs vont-ils se former et apprendre à gérer les données ou sous-traiter ce processus à des sociétés spécialisées ?

La DSI est-elle prête à reprendre du service sur ce sujet et s'impliquer à la fois sur ces nouveaux périphériques autonomes et sur la qualité de leurs données ?



Pour comprendre le changement demandé à l'entreprise, prenons l'exemple d'une entreprise minière qui collecte ses données d'exploitation (ex. volumes excavés) avec des drones qui survolent tous les jours la mine. Si vous lisez GreenSI vous savez que le drone se fait sa place dans l'entreprise et qu'il est loin de n'être vu que comme un moyen de livraison de pizzas ;-) Le drone est une technologie dont les bénéfices sont dès aujourd'hui importants pour ses capacités de scanner 3D, et encore plus demain avec les développements de l'intelligence artificielle et la reconnaissance d'images.

Les drones entrent dans la catégorie des dispositifs périphériques intégrés complexes, au même titre que les automobiles, les tracteurs connectés (voir Les robots sont dans le pré) ou les locomotives connectées de la SNCF. Des périphériques qui peuvent même être en réseau pour partager les données de capteurs, du stockage ou de la capacité de calcul. Des périphériques à la frontière du système d'information.

Pour faire voler un drone professionnel avec la stabilité nécessaire à la capture de données géolocalisées, il faut un pilote de droneprofessionnel, dont le métier est... la capture de données. Ce sont les pupitreurs des temps modernes.

Ils déchargent ces données - des milliers de fichiers photos et de fichiers de lidar - dans un logiciel de traitement pour les structurer et en faire un modèle, qui ira mettre à jour d'autres modèles historisés. Les bases de données sont généralement propriétaires, parfois objets, et très différentes des bases SQL.

Le changement demandé à la DSI pour aborder ce monde est important : peu de standards, par définition non centralisée, de nouveaux équipements périphériques à maîtriser, de nouveaux métiers associés à ces périphériques et à la gestion des données voir un brin de mathématiques pour les modéliser.
Pourtant, à un moment de la chaîne, ces données seront devenues intelligibles par les systèmes actuels du SI qu'elles auront enrichi, et de nouvelles applications intelligentes et collaboratives vont pouvoir être développées, et impliquer les autres utilisateurs de l'entreprise. La performance de ces applications dépendra de la maîtrise des données en amont dans le "Edge".

Ainsi, à mesure que la quantité de données produites augmente, la puissance de calcul passe dans le "Edge" pour traiter ces nouveaux flux. La promesse de nouvelles opportunités est forte et contribue à la transformation digitale des entreprises. Mais tout cela fera flop et restera sur les cartes SD et dans des logiciels bureautiques, si l'entreprise ne prends pas conscience de l'importance des pupitreurs et de la maîtrise des données dans ces nouveaux systèmes d'information étendus au-delà des frontières actuelles.

lundi 8 octobre 2018

Open data : 90% de hors la loi, et alors ?

Open data : 90% de hors la loi, et alors ?

Ce lundi 8 octobre, la loi pour une République numérique promulguée le 7 octobre 2016 (parue au JO n° 235 du 8 octobre 2016) fête ses 2 ans après, chose rare, avoir été adoptée à l'unanimité par le Sénat.


Cette loi qui vise à plus largement préparer le pays aux enjeux de la transition numérique et de l’économie de demain dans une société "numérique ouverte, fiable et protectrice des droits des citoyens" s'est aussi attachée à mettre les administrations et les collectivités locales sur la route de l'open data. Elle a fixé un calendrier sur 2 ans.

Le 8 octobre 2018 devait correspondre au franchissement de la dernière étape pour les plus de 4400 collectivités concernées (plus de 3500 habitants), à savoir publier en open data, par défaut, leurs données non protégées.
Aujourd'hui force est de constater que malgré l'euphorie de sa promulgation et quelques métropoles en avance, moins de 5% à 10% des collectivités sont arrivés à cette étape (chiffre qui varie selon les sources) et pas beaucoup plus en sont à l'étape précédente de la publication occasionnelle. Dans les administrations centrales, ces deux ans ont également permis de belles réussites comme l'ouverture des données d'accidentologie des routes ou celles de données anciennement payantes (comme le fichier Siren) et dont l'usage a explosé. Mais le citoyen éclairé reste encore sur sa faim pour ce qui est de l'ouverture complète et encore plus pour celle par défaut. C'est vrai que le RGPD a également semé en 2018 un peu de confusion dans le monde des données, confusion qui avait d'ailleurs été anticipée par GreenSI dans un billet du début de l'année, et que le "pack de conformité RGPG" promis par la CNIL aux collectivités a été repoussée une nouvelle fois en 2019.

Finalement, ce résultat n'est pas une surprise. Sans pénalité, et avec le seul objectif de respecter une loi, l'open data n'a pas de moteur. Les rares qui font vivre et mettent à jour les jeux de données publiés sur les premiers portails, trouvent la mobilisation ailleurs que dans le respect de la loi et exploitent la dynamique créée autour de l'ouverture des données, la communication et l'innovation qu'elle engendre.

Dans le même temps, un billet de GreenSI cet été notait que l'open data d'entreprises privées non encadrées par la loi, incluant les GAFAs, progressait et permettait déjà de développer de nouveaux services et de réduire les inefficacités dans certains domaines comme dans le Transport où l'échange des données entre acteurs (horaire, trafic, temps réel,...) est essentiel pour une offre de plus en plus multimodale et public-privé.
Alors que sur le plan international, et malgré le constat précédent, le secteur public français est relativement en avance pour l'open data sur ses homologues étrangers, comme le montrent plusieurs classements (dits de "gouvernement ouverts"), les initiatives privées d'ouvertures de données (éventuellement payantes) par les entreprises sont elles plus développées dans les pays anglo-saxons.

Ceci fait dire à GreenSI qu'on n'appuie peut-être pas sur le bon démarreur !
Après 10 ans d'open data en France, un support au plus haut niveau de l'État - sur 2 présidences - avec des moyens importants mobilisés (notamment data.gouv.fr et Etalab), dont 2 ans dans un cadre législatif contraint, il faut se faire une raison, quand ça ne marche pas, ça ne marche pas!

La FING a engagé en 2018 une démarche pour identifier les initiatives open data qui ont eu un réel impact, car il y en a. GreenSI a traité par exemple de la base de données OpenFoodFacts qui est en train de changer notre façon d'acheter. Mais souvent ces initiatives montrent qu'elles ont su rencontrer des ré-utilisateurs et pas rester sur la production réglementaire de données. Et puis après les avoir manqués, on n'atteindra pas les objectifs fixés sans rien changer. Les journées de l'open data "par principe", organisées en ce moment par Etalab du 4 au 12 octobre, rassemblent les principaux acteurs pour s'interroger sur ce qui reste à faire.

Pour GreenSI ce qu'il faut changer, c'est oublier le réglementaire, et afficher l'open data comme un moteur de la transformation numérique des administrations et des collectivités locales.

C'est peut-être d'ailleurs le message caché de l'open data "par défaut". Un terme qui en informatique est la donnée qui sera utilisée si on ne fait pas mieux, mais qui peut aussi se traduire par l'open data "naturel au sein d'une organisation, l'open data "au quotidien" ancré dans les rouages de production et d'utilisation des données, en opposition avec celui a posteriori, imposé par l'extérieur avec des règles ou des lois.

En 10 ans, le numérique est passé du site internet à la plateforme.
Alors quoi de plus normal que d'oublier le portail open data imaginé il y a 10 ans, où on viendrait télécharger ses données et de passer à une vision plus moderne de plateforme open data qui échange beaucoup plus efficacement avec tout un écosystème et créé de la valeur avec ces données.

L'open data a besoin d'un modèle économique que les plateformes peuvent délivrer, par exemple la réduction des inefficacités internes aux administrations et aux collectivités, ou la fluidité des échanges au sein d'écosystèmes incluant public et privé. Et tant pis si ces plateformes ne font pas un open data "pur" avec des acteurs autorisés à faire payer le service et le coût de l'infrastructure, voir a demander de s'authentifier pour en bénéficier.

En 10 ans, les démarches projets ont évolué d'un cadre hérité du monde de la construction pour embrasser l'agilité, de l'expression des besoins (lean startup), à la livraison continue (devops) en passant par le développement itératif (scrum).

Alors quoi de plus normal que d'imaginer des interactions permanentes entre les producteurs et les ré-utilisateurs de données, pour co-construire ces plateformes.  D'imaginer de produire en priorité ce qui a le plus de valeur, d'en faire un exemple pour renforcer l'adhésion à la démarche, puis de passer au jeu de données suivant. 

Et puis en 10 ans n'a-t-on pas oublié ceux qui, a un moment ou à un autre, sont à la manœuvre de la transformation numérique : les Directions des Systèmes d'Information ?

Pour que l'open data se fasse "par défaut", il faudra qu'il soit connecté au système d'information ! C'est pourquoi les DSI vont pouvoir s'emparer du sujet et créer des programmes d'ouverture des données ancrés sur la dématérialisation, l'amélioration des processus, la transversalité entre services et le développement (ou l'adhésion à) ces plateformes qui permettent de valoriser plus largement les données. D'ailleurs les systèmes d'information basculent eux aussi des applications vers les plateformes comme le traitait le dernier billet.

Ces trois constats font dire à GreenSI que l'open data doit quitter son adolescence heureuse et tranquille auprès de ses parents engagés dans "l'open", et affronter maintenant son avenir lié à sa vraie nature : la data. Pas besoin pour cela de remettre en question son passé, mais simplement de créer un nouvelle branche qui adhère à des objectifs plus opérationnels, uniquement là où cela a un intérêt. 

Ce nouvel open data manipule, au sein d'écosystème, les données, source de création de valeur dans une économie numérique, si c'est encore nécessaire de le démontrer. Donc pour caricaturer, un peu moins d'open et un peu plus de data !

Alors si ce lundi 8 octobre, 90% des administrations et des collectivités locales ne respectent pas la loi, est-ce grave ?

Pour GreenSI la réponse est non, si la prise de conscience de ces dix premières années débouche sur un programme de transformation numérique. Ce programme délivrera avec plus de chance, une nouvelle efficacité et leur intégration réelle dans l'économie numérique où les attendent déjà nombreux de leurs usagers.

dimanche 30 septembre 2018

DSI : Passer des applications aux plateformes

La notion de plateforme applicative est aujourd'hui bien établie,
en tout cas très bien documentée ;-)


Les GAFAs ont montré comment les passer à l'échelle et en faire le cœur de leurs services numériques, qui sous-tend leurs business modèles basés sur les données qu'elles collectent et manipulent.

L'entreprise s'est approprié cette conquête de l'Internet avec le digital, qu'il prenne la forme de l'e-commerce, des services en ligne ou des extranets clients. Ce digital se développe souvent piloté par les métiers eux-mêmes, en dehors de la DSI, et génère du chiffre d'affaires.

D'une certaine façon on peut également considérer que les ERP, quand ils ont été utilisés de façon globale au sein de l'entreprise et qu'ils ont été mis à jour régulièrement, sont des plateformes qui partagent une base de données unique entre les multiples modules qui outillent les processus de l'entreprise. Par rapport à la plateforme digitale précédente, ils en constituent le système transactionnel, ou plus simplement le back-office qui enregistre et gère les ressources de l'entreprise.

La question que se pose GreenSI dans ce billet, c'est y a-t-il encore un avenir aux applications d'entreprises, qui ne seraient pas connectés à l'un de ces deux mondes en train de se structurer en plateformes, Digital business et ERP back-office ? Corollaire : comment vont évoluer les "RA", les responsables d'applications" à la DSI et qui seront les responsables de ces plateformes ?

Une tendance dans les entreprises signalée par plusieurs analystes comme Gartner, est l'augmentation en montant des budgets informatiques qui passent sous contrôle du business.

Cette tendance est cohérente avec l'augmentation du périmètre de la plateforme digitale des entreprises et le foisonnement des offres en SaaS pour l'outiller, voire l'explosion du "shadow-IT" ou l'arrivée du "low-code". La question autour des applications bascule donc sur l'usage et comment en tirer plus de valeur, notamment via les données, versus le contrôle de la technologie sélectionnée et sa mise en œuvre pour en réduire les coûts.

Ainsi les rôles techniques à la DSI, centrés sur la sélection des applications et leur mise en œuvre, doivent évoluer vers des rôles qui connaissent mieux le métier et les bénéfices métiers des usages. C'est un peu comme transformer des acheteurs en commerciaux pour simplifier, et vous prendre conscience de la conduite des changements importante qu'il va falloir mettre en œuvre ;-)

Côté métier, ce que l'on a appelé en France "MOA" pendant des années, est en train de s'organiser en Product Owners avec le déploiement des méthodologies agiles utilisées pour le développement des nouveaux services (et non leur achat sur étagère) et l'innovation en continue.

Certaines DSI pourraient être tentées d'appeler Product Owner les anciens Responsables d'Applications et reprendre ce rôle dans leurs équipes. Mais pour GreenSI ce serait une confusion des rôles, peu pérenne à moyen terme, car le Product Owner est porteur du business et de la satisfaction client liés à l'usage de ces applications. Ce n'est généralement pas le cas avec un Responsable d'Application au sein d'une DSI vue comme un centre de coûts. Cependant l'évolution des Responsables d'Applications vers une meilleure connaissance des métiers, et le développement de leurs compétences pour cela, semble un scénario nécessaire pour opérer dans le monde des plateformes.


Mais ce scenario n'est pas suffisant. Les modèles d'exploitation informatiques doivent aussi supporter un rythme du changement, voire d'innovation, élevé, car l'intérêt d'un Product Owner est de pouvoir adapter en permanence les services numériques aux conditions du business. Et ces adaptations doivent pouvoir être absorbées par les équipes applicatives de la DSI au même rythme. Pour savoir si l'écart est grand ou pas, regardez les SLA de la DSI et comparez les aux engagements de l'entreprise vis-à-vis de ses clients pour les applications à impact commercial.  

Mais la DSI pourrait aussi ne pas être organisée en centre de coûts, du moins pour la partie qui aurait de la valeur au-delà de l'entreprise.

Ce scénario plus radical serait donc de basculer une partie de la DSI dans une organisation commerciale qui commercialiserait ses applications ou ses services applicatifs quand ils sont en SaaS, à l'entreprise bien sûr mais aussi largement en externe. Après tout c'est aussi un moyen de vérifier que ces applications sont compétitives sur le marché, non ?
"Open for Business"pour parler de la DSI, c'était d'ailleurs le crédo que GreenSI utilisait pour aborder sa transformation dès 2014. Cette semaine, le retour dans le CAC40 de Dassault Systèmes avec une valorisation de 35 milliards d'euros, montre que ce modèle peut aussi fonctionner à grande échelle et que les applications d'une entreprises peuvent devenir indispensables pour toute une industrie. Ce ne serait pas une plateforme avant l'heure?

Dassault Systèmes a commencé comme bureau d'étude de Dassault Aviation dans les années 70 pour répondre, avec de la puissance de calcul et de la CAO, aux développement des produits de l'avionneur. Leur application CATIA s'est progressivement imposée en interne puis dix ans plus tard est devenu une filiale indépendante, aujourd'hui 3DS.

Au départ, Dassault Systèmes s'est appuyée sur IBM pour la commercialisation de ses logiciels au niveau mondial, puis a racheté à IBM cette structure commerciale. Aujourd'hui avec ses 230.000 entreprises abonnés à ses services, et bien sûr toujours Dassault Aviation, elle se retrouve au cœur de l'industrie 4.0 et la virtualisation des objets industriels (voir le billet sur les "jumeaux numériques"), au coude à coude avec deux autres américains. Dans un marché informatique mondial dominé par les États-Unis, 3DS c'est l'exception française dans le Digital, comme SAP est l'exception allemande dans les ERP. 

Alors pourquoi ne pas s'en inspirer et aligner radicalement les enjeux de la DSI avec ceux du business, et de basculer une partie de la DSI dans une structure commerciale qui construirait la futur plateforme sectorielle leader dans votre industrie ? 

L'autre question est celle de l'avenir des applications qui seraient encore indépendantes de ces plateformes.
GreenSI pense que vous êtes déjà convaincu qu'une application n'a plus comme support un CD-ROM qui permet de l'installer sur un serveur en local, mais un Docker disponible sur tous les Cloud publics ou privés. La technicité et les composants applicatifs ont beaucoup changé avec le Cloud, comme la livraison est continue, mais aussi avec le recours de plus en plus grand à l'open source.

Mais pour converger les applications vers des plateformes internes et redynamiser un ERP parfois a bout de souffle, l'organisation de ces applications, traditionnellement en silos par domaine, sera probablement fédérée de façon plus transversale dans l'entreprise. L'ERP peut leur servir de socle qu'elles enrichissent fonctionnellement, d'où l'importance de la stratégie d'ouverture de l'ERP et des plateformes API. Cela va se traduire sur les équipes, par des compétences SI plus transverses et moins cloisonnées par domaine fonctionnel, ou du moins des équipes multidisciplinaires qui travaillent ensemble dès la stratégie SI. La road map applicative est tirée par la construction de cette plateforme et de son avantage compétitif est moins par les obsolescences à gérer comme c'est souvent le cas.

La vision de GreenSI est donc que le système d'information applicatif va s'organiser progressivement autour de ces deux pôles, qui sont deux plateformes stratégiques, l'une interne, l'autre externe pour entrer en relation numérique avec les clients, fournisseurs et partenaires.

Cette évolution va demander aux DSI, qui ne l'ont pas déjà fait, de basculer plus dans la co-création avec les métiers et les méthodes agiles ont montré leurs atouts pour cela, mais surtout d'aligner les objectifs de résultats du système d'information avec les résultats commerciaux de l'entreprise. C'est peut-être pour cela qu'on commence à voir apparaître des Chief Digital Officer qui ont aussi la DSI dans leur périmètre, ou l'inverse d'ailleurs.

dimanche 23 septembre 2018

La FoodTech propose de scanner pour mieux manger !

La FoodTech propose de scanner pour mieux manger !

Cette semaine GreenSI est retourné à la #FoodUseTech, au Palais des Congrès de Dijon, dont la première édition l'an dernier avait fait l'objet d'un billet sur l'innovation.
Cette manifestation qui rassemble tout l'écosystème de la FoodTech permet d'apprécier la transformation en cours tout au long de sa chaîne de valeur, de la Production alimentaire à l'Expérience de consommation, en passant par la Transformation des matières premières, et l'incontournable Distribution.
La perspective, de la dynamique de cette chaîne, est essentielle pour comprendre sa réorganisation avec le numérique et pas uniquement aborder son "marronnier" : la tentative de résistance de la distribution face à Amazon.


Pour GreenSI, en se promenant dans les allées des exposants de la #FoodUseTech, c'est certainement l'expérience client qui a le plus évolué entre ces deux éditions. Les données qui circulent le long de cette chaîne de valeur n'y sont d'ailleurs pas pour rien, comme on va le voir dans ce billet.

Ces vacances vous n'avez pas pu manquer Yukal'application mobile qui permet de scanner les produits avec son smartphone et de voir quels sont leurs ingrédients d'avoir son avis sur leur qualité nutritionnelle, de mauvais à excellent.
Cet usage a explosé fin 2017 et en 2018 et l'application a aujourd'hui plus de 2 millions d'utilisateurs. Cela ne vous a donc peut-être pas échappé de voir dans les allées de votre supermarché des clients qui scannent les produits avec leur smartphone avant de les choisir... ou de les reposer.

Plusieurs startups présentes à #FoodUseTech se sont lancées sur ce créneau de la traçabilité alimentaire pour répondre à une attente de plus en plus forte, le bien manger. Leur cible, réinventer l'expérience consommateur, quitte à bousculer les usages. 
L'idée de scanner un produit n'est pas nouvelle, mais elle était réservée à une petite partie des usages autour de la sécurité alimentaire ou des allergies. Maintenant c'est M. Toutlemonde et Mme Michu qui sont visés.

Parmi ces startups, une a retenu l'attention de GreenSI c'est Scan'Up. Elle vise à recruter ceux qui veulent la simplicité pour faire leurs courses tout en faisant aussi les "bons" choix. Elle renforce l'usage du scanner pour également organiser ses courses, voire les transmettre à un magasin.

L'application mobile que Scan'Up a développé permet aux consommateurs qui l'utilisent de gérer des listes de courses qui exploitent la base de données des produits et de mieux les choisir. Mais elle s'adresse également aux marques pour tester la "co-construction" de produits, bien au-delà du simple parfum de sa crème dessert comme Danette avait pu le faire il y a déjà quelques temps. 
Scan'Up a donc le projet de transformer ses utilisateurs en acteurs du développement de nouveaux produits pour une alimentation plus saine et plus responsable. 

A leur actif par exemple, la nouvelle pizza Franprix, co-créée avec 4112 consom'acteurs depuis juin dernier, qui souhaitent en majorité une pizza classique, végétarienne avec 100% d'ingrédients français. C'est donc une opportunité formidable pour les distributeurs ou les marques de récréer le dialogue avec les consommateurs. GreenSI prédit même que certains revendiqueront un jour de ne plus être des "distributeurs" qui poussent des denrées de la transformation vers la consommation, mais des "concepteur / designeurs", qui connaissent leurs clients et leur amènent les produits qu'ils attendent.

Avec cette approche vous avez peut-être reconnu une marque qui cartonne, "C'est qui le patron", qui établit avec ses clients potentiels les cahiers des charges de ses produits, détaille les composantes des prix, puis les fabriquent et les mettent en rayon chez les distributeurs qui acceptent de travailler avec eux.

L'expression "consom'acteur" n'a jamais été aussi forte, et la donnée est au cœur de cette révolution.




Cette base de données c'est Open Food Facts.
Un projet collaboratif en ligne créé en 2012, dont la base de données en crowdsourcing (mise à jour par les consommateurs eux-mêmes) et en open data(réutilisable par tout le monde) continue de croître énormément : 400.000 produits détaillés pour la France et 640.000 dans le monde.
Elle a aussi été synchronisée avec d'autres bases de données mondiales de produits (dont USDA et ses 175.000 produits).

La nouveauté en 2018 c'est que les producteurs, par exemple Fleury Michon, envoient maintenant directement leurs données car c'est un canal pour atteindre les consommateurs, sans passer par les distributeurs. Et puis le succès de Yuka permet de produire beaucoup de données avec les clients de cette application et d'en reverser à OpenFoodFacts, notamment les photos collectées, même si, de l'avis d'OpenFoodFacts, cet ajout de données est de moindre qualité que celles d'un réseau de militants passionnés ;-) 
 
Vous comprenez maintenant ce que GreenSI veut dire par la donnée qui rends possible la réorganisation de la chaîne de valeur
D'ailleurs les distributeurs ne sont pas en reste car ils ont aussi des produits "en marque distributeurs" dont ils produisent les cahiers des charges pour les faire fabriquer. Mais jusque-là, ils n'impliquaient par le consommateur et, mettons les pieds dans le plat, exploitaient sans vergogne les données historiques de ventes des produits équivalents des producteurs pour lancer ces marques. Ce qui est amusant, c'est que c'est la Commission Européenne, qui vient d'ouvrir une enquête contre Amazon pour abus de position dominante, lui reproche exactement la même chose ;-)

Le Saint Graal du moment des données à forte valeur s'appelle "Nutri-Score" ou la classification NOVA des aliments transformés et ultra-transformés. C'est le choix par exemple de Fleury Michon. Cela permet d'indiquer directement sur le produit les données attendues par les consommateurs, et ne pas se faire dépasser par des applications mobiles, qui un jour pourraient devenir dangereuses...

Un autre distributeur a réagi, c'est System-U, qui a sorti également son application mobile exploitant les mêmes données : "Y a quoi dedans".
Cette base de données qui est en train de disrupter la relation distributeurs a un coût, bien sûr, celui de l'animation d'une communauté engagée de 7500 contributeurs et la motivation de développeurs bénévoles pour maintenir l'application mobile, mais surtout la base de données. Les comptes de l'association, non sponsorisés par les acteurs de la FoodTech - pour garder son indépendance - affichent en 2017 après 5 ans d'existence un budget de... 943 euros ! Budget utilisé pour l'hébergement du serveur et 2 billets de train pour participer à des événements et alimenté par des dons (par ici pour contribuer !)

La grande distribution ne peut donc pas prétexter ne pas avoir eu les moyens financiers de se mobiliser ces dernières années pour donner au consommateur les données de ce qu'elle distribue (au delà des données strictement légales), qu'elle a déjà en partie dans ses propres systèmes d'information...

Mais elle était peut-être trop concentrée sur sa "Supply Chain" et la réduction des marges de ses fournisseurs, et moins sur son "CRM omnicanal" pour délivrer plus de valeur et une meilleur expérience à ses clients. La transformation digitale remet le focus de la chaîne de valeur sur le client et sur la logistique pour le satisfaire.

C'est d'ailleurs également sur ce terrain qu'elle est challengée par Amazon, avec ses magasins Amazon Go sans caisse, dont tout le personnel - car oui il n'y a pas de caissiers mais les rayons ne se remplissent pas seuls ! - est concentré sur cette nouvelle expérience client.
Cet exemple est aussi un cas d'école de l'open data comme il y en a encore peu.

On pourrait s'en inspirer pour remettre l'open data sur les rails de l'efficacité économique et de l'impact sociétal (voir Redéfinir l'open data pour libérer tout son potentiel), alors qu'il patine actuellement sur des obligations règlementaires non assorties à ce jour de sanctions, donc qui ne mobilisent pas grand monde dans les collectivités. D'ailleurs l'association de bénévoles OpenFoodFacts, moteur de cet open data, est indépendante des distributeurs, bien sûr, mais également de la sphère publique et d'une quelconque loi sur la publication des données. Ce qui démontre qu'il y a au moins un autre chemin pour développer un open data à succès.
Une base de données peut donc être essentielle dans la transformation digitale, y compris d'une industrie, quand ces données sont pertinentes pour le client. Elle peut devenir son référentiel partagé, réorganiser la collaboration dans la chaîne de valeur et donner un avantage à ceux qui l'utilisent, sans nécessairement la posséder.
En attendant, préparez-vous a adopter le nouveau geste pour la lire et l'alimenter: scanner !

L'humour de ceux qui aiment le numérique

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