✦ Journal des Codes ✦
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Après 10 d'animation de ce blog centré sur la stratégie des SI et la transformation digitale, je suis flatté d'être proposé par Silicon.fr dans les prétendants au prix de "Manager IT de l'année 2021".
Je me reconnais bien dans le profil brossé de "Business Développeur" et je persiste et signe que la DSI est un maillon essentiel du développement des offres commerciales de toutes les entreprises, et pas uniquement de sa gouvernance, même si parfois elle ne se le sait pas encore :-)L'histoire des SI est relativement jeune et le Cloud peut-être vu comme une Nem évolution des infrastructures des systèmes d'information, depuis le mainframe commercial des années 60. Mais ce serait oublier l'évolution de la démarche de construction du SI, qui est passée dans le même temps de "make" (datacenter interne) à "buy" (externalisation), de son rythme d'évolution qui est passé des "paliers d'évolutions" au déploiement continu (DevOps), et bien sûr celle de l'Internet qui est devenu une plateforme numérique mondiale pour les applications, partagée ou privée.
Sur le plan des coûts, le Cloud a amené un modèle de performance dans lequel les coûts unitaires se sont effondrés avec l'industrialisation, mais sans toujours profiter à l'entreprise, car d'autres dans la chaîne de valeur ont dégagé de fortes marges. Les principaux acteurs à avoir construit en 10 ans ces plateformes mondiales sont Américains ou Chinois. Et à l'image des dernières annonces de Microsoft (2021 Q3), ce sont les revenus du Cloud qui dopent les revenus globaux et la capitalisation boursière de ces géants que sont Amazon, Microsoft, Google, Oracle ou Alibaba.
En cette rentrée où le Cloud, qu'il soit PaaS, SaaS ou Iaas, n'a plus à convaincre pour être candidat dans les nouveaux projets de la DSI, et après avoir su délivrer des services collaboratifs - digital workplace - résilients en période de crise, on pourrait se dire que le modèle est stabilisé et n'évoluera plus de façon radicale.
Mais les radars de GreenSI captent des signaux d'évolutions à moyen terme. Avant de les aborder rappelons un certain nombre de constats sur le déploiement du Cloud en 2021:
Les usages vont maintenant au-delà des IaaS (les serveurs et la communication), PaaS (la stack technique de développement) et su SaaS (les applications en ligne). L'IaaS et le SaaS sont sans surprise les deux premiers marchés du Cloud, car demandent moins d'effort de mise en œuvre. Ils remplacent des applications ou infrastructures obsolètes.C'est donc dans ce contexte de guerre commerciale et géostratégique sans merci, qu'il faut en 2021 pousser ses projets, dans des services Cloud de plus en plus liés à l'architecture du SI de l'entreprise, à la résilience de ses applications et à la transformation du SI.
Pour aller plus loin dans sa stratégie Cloud, les services managés sont clairement un sujet à regarder en priorité.
C'est la promesse de pouvoir déporter des fonctionnalités avec un niveau de performance et de coûts difficilement atteignable en interne. Et dans le cas d'opérations demandant beaucoup de puissance pendant de courtes périodes, l'élasticité du Cloud est clairement la réponse. Ces services sont donc facturés à l'acte et demandent un nouveau contrôle a posteriori des coûts (FinOps) et son optimisation.
Mais comme toute promesse, elle n'engage que ceux qui y croient...
L'analyste Forrester à publié une étude (payante) dans laquelle il analyse les acteurs mondiaux du Cloud, fonction par fonction, et non plus globalement comme dans la majorité des classements quand on met en avant uniquement leurs "muscles" (CA, nombre de serveurs, ...). Ainsi le chinois Alibaba (ci-contre) est fiers d'être au coude-à-coude avec l'américain Amazon sur ses capacités de calcul, l'une des quarante fonctions étudiées.
Cela nous amène donc rapidement à la question du multi-cloud, pas dans un seul souci de réversibilité et de répartition de son sourcing, mais aussi pour tirer parti des meilleures fonctions de chaque Cloud.
Les services managés sont un sujet délicat, donc stratégique, car le risque de "lock-in" avec un seul fournisseur ne doit pas être sous-estimé. N'oublions pas que le modèle économique du Cloud consiste à attirer au départ suffisamment de clients pour amortir l'investissement des infrastructures, puis à monter ses prix comme nous l'a rappelé Microsoft en plein moins d'août en annonçant l'augmentation des licences unitaires d'Office365 en 2022. Intuitivement, on aurait pu imaginer que le développement du télétravail devrait les baisser avec l'augmentation des volumes, mais visiblement l'économie du Cloud n'est pas l'économie du monde industriel que l'on apprend à l'école.
La réversibilité, y compris son impact financier, reste donc un incontournable pour les entreprises dans le paysage actuel.
Et si le modèle économique actuel du Cloud devenait un facteur d'évolution des stratégies des entreprises, mais aussi des nouveaux acteurs ?
L'initiative GAIA-X peut s'envisager dans la perspective de la mise en commun d'infrastructures par les entreprises pour en assurer une meilleure gouvernance long terme. C'est tout l'enjeu des "data spaces" - espaces de données sectoriels - qui réunissent actuellement des groupes de travail par Industrie, avec l'objectif de stimuler la collaboration, les échanges de données et la performance globale de cette Industrie.
La prochaine plénière du Hub France le 29 septembre, sera l'occasion de faire le point sur ces feuilles de routes sectorielles et les cas d'usages retenus. C'est toute l'originalité de cette initiative que de s'intéresser aux usages de l'entreprise, qui complémentaire des infrastructures, forme le fameux X de GAIA-X.
Dans une économie numérique qui s'ouvre en APIs, on peut imaginer les acteurs d'un même secteur se regrouper pour traiter ensemble des problématiques de leur secteur, non différenciantes, sans dupliquer leurs efforts dans chaque SI comme c'est le cas aujourd'hui. Par exemple, tous les acteurs de l'énergie en France ont développé chacun un moteur de facturation qui applique strictement la même réglementation. Est-ce bien nécessaire ? Le partage des données de santé pendant la crise sanitaire est un autre exemple.
On voit donc à l'horizon se développer des "Industry cloud", qui amèneraient une dimension sectorielle au Cloud, dont ces services s'intègreraient au SI ou au PaaS traditionnel, pour y développer les fonctionnalités plus différenciantes. Plusieurs analystes comme Gartner (dans "Hype cycle for Cloud Computing 2021") ou IDC qui l'estime à $20 milliards en 2022, ont introduit cette stratégie de verticalisation du cloud sous le nom de "Industry Cloud" dans leurs analyses.
Les acteurs du Cloud ou des applications SaaS, comme Salesforce (qui redouble d'acquisitions en ce moment) ou SAP, l'ont également bien compris. Ces offres sectorielles sont une opportunité pour faire basculer une plus grande part du budget SI dans le Cloud (les solutions cœur de métier). Ils commencent à aborder cette dimension avec certains clients et surtout avec un écosystème de spécialistes des industries capable de valoriser cette initiative. Ainsi, SAP ouvre sa plateforme Cloud, et des services avancés comme de l'IA, aux clients et développeurs qui souhaitent co-innover. Les applications sectorielles développées sont alors réutilisables par d'autres clients via le magasin applicatif de SAP S/4HANA, sa solution native dans le Cloud SAP.
Après être passés de "make" à "buy", et si maintenant, vous passiez de "buy" à "make again" ?
C'est ce que GreenSI pense qui va structurer les services Cloud à moyen terme. IaaS, SaaS et PaaS standard, n'étaient qu'une première marche. Faites donc revenir les "makers" (versus la Direction des achats des "buyers") car les enjeux du Cloud pour les entreprises sont dans l'architecture et la réinvention de leur SI, et pour les Européennes certainement avec une bonne dose de souveraineté en plus.
S'il y a bien une tendance qui s'est renforcée dans la crise traversée depuis 18 mois, c'est bien la plus grande prise en compte de la responsabilité environnementale des activités humaines.
Et dans cette tendance, qui touche toutes les industries, l'informatique n'est pas à la traine, comme le faisait remarquer le billet d'octobre dernier posant la question de l'informatique durable et mettait le projecteur sur l'action législative à venir de l'État pour aller au-delà des incantations à rendre le numérique responsable.
Que ce soit dans la téléphonie, ou dans l'informatique, la maîtrise du renouvellement des terminaux est un des leviers d'action, car l'impact carbone d'un terminal n'est pas lié qu'à son utilisation, mais aussi à sa fabrication. L'allongement de la durée de vie des terminaux est donc généralement l'action n°1 ou n°2 de tous les plans verts des DSI.
En effet, bourrés d'électronique, ils regorgent de terres et métaux rares. Allonger leur durée de vie fait que mécaniquement on épuisera moins les réserves naturelles limitées de ces matériaux, et les recycler en fin de vie également. Le Shift project, montre par exemple la décomposition de l'impact environnemental du numérique dans le schéma ci-dessus.
Les terminaux (incluant écrans, imprimantes, ...) pèsent de plus en plus dans une informatique de plus en plus distribuée. Le développement des objets connectés et l'Edge va encore plus renforcer cette tendance.
Parmi ces terminaux, les experts estiment qu'il y a 1,2 milliard de PC sous Windows, dont certainement encore quelques centaines de millions sous Windows 7, même si la majorité est sous Windows 10. Ce chiffre baisse après un pic en 2014, mais reste néanmoins remarquable, a tel point qu'il a fait dire en 2016 à Satya Nadella, le PDG De Microsoft que «Le fait qu'il y ait 1,5 milliard d'utilisateurs de Windows est incroyable. C'est une grande responsabilité qu'aucun d'entre nous chez Microsoft ne prend à la légère».
C'est donc dans ce contexte qu'il faut analyser l'annonce le 24 juin dernier par Microsoft de lancer Windows 11 en octobre prochain.
GreenSI avait compris lors du lancement de Windows 10, après le cahot du lancement des versions 7 (qui a eu du mal à remplacer le formidable XP), puis la version 8 avortée et la version 9 abandonnée, que version 10 était la dernière version de Windows. Ensuite on ne parlerait plus que de mises à jour. Mais visiblement Microsoft a revu sa stratégie.
La mise à jour en Windows 11 sera gratuite, il n'y a pas de licence, mais elle aura un coût pour tout le monde et notamment pour ses clients entreprises. Ils vont devoir relancer des projets couteux de mise à jour d'un socle technique qui n'amène plus de valeur, mais qui fait la loi sur la compatibilité de ce qui peut tourner ou se connecter à un PC.
Mais ce billet s'intéresse à un autre coût, le coût environnemental.
Windows 11 ne sera pas compatible avec tous les PC. Il faudra impérativement être compatible avec la technologie TMP qui oblige un composant hardware préinstallé sur le PC.
Une information qui aurait pu passer inaperçue à côté des autres annonces importantes pour la planète comme : un bouton "Démarrer" centré ! Waouh, comme Apple !
Et puis on remarque surtout, dans ce nouvel OS, la mise en avant de Teams par défaut dans la barre de tâche. Certainement afin d’essayer de gagner la bataille de la collaboration, relancée par la crise sanitaire, et la croissance des concurrents comme Zoom ou l'open source qui deviennent dangereux. GreenSI pari que la DG Concurrence de l'UE va regarder cette fonction, cela prendra 4 ou 5 ans à la vitesse de nos juridictions, et ce sera toujours ça de gagné par Microsoft, avant d'être contraint de retirer cette fonctionnalité certainement anti-concurrentielle ou de l'ouvrir aux autres plateformes par défaut.
Mais ce communiqué brille surtout par l'absence des mots "environnement", "durable" ou "écologie".
Est-ce que Microsoft aurait lancé Windows 11, visant à remplacer le système d'exploitation de 1,2 milliard de PC sur terre, sans se poser la question de l'impact environnemental de son geste ?
Pourtant, Microsoft attache de l'important à la communication environnementale et a annoncé un plan pour être "carbon negative" en 2030. Et d'ailleurs son rapport "Sustainability" mentionne bien que "le logiciel est un important facteur qui peut influencer la durée de vie des usages clients. Microsoft étend cette durée de vie au travers du firmware et de mises à jour de Windows 10, permettant de continuer d'utiliser d'anciennes générations d'équipements".
Mais toute la question de ces engagements environnementaux est celle du périmètre.
Si l'impact de la mise à jour de Windows oblige les clients à changer de machine, le surcoût carbone pour la planète associé à ce changement n'est pas dans le périmètre de Microsoft, mais bien dans celui de ses clients. Le seul engagement qui serait vraiment fort pour Microsoft, fournisseur de technologie, serait celui de réduire les émissions de ses clients qui utilisent ses produits.
L'étude "Big Tech & Climate Policy" de janvier 2021, arrive à cette conclusion en montrant les "Big Techs" ne sont pas mauvaises dans leur score environnemental, et même meilleures que l'industrie pétrolière par exemple. En revanche ils influencent très peu la réglementation environnementale, alors que leur influence sur le Monde dans ses usages est énorme.
Avec Windows 11, GreenSI a donc l'impression que Microsoft vient de décider de mettre au rebut une partie des PCs sortis avant 2017 - qui n'ont pas de puce TPM 2.0 avec l’un des processeurs acceptés par Microsoft.
Si la durée de vie réelle d'un PC est de 6-7 ans, fin 2020 on peut estimer, a grosses mailles, l'impact à 40% (3/7) des 1,2 milliard de PC concernés soit 480 millions. Tous ne seront pas remplacés et resteront sous une ancienne version non maintenue ou passeront en open source. Mais si cela force 30% d'entre eux à être remplacés avant l'heure, c’est 144 millions de PC que l'on va produire pour rien, soit 22 mégatonnes de CO2 en plus. C'est à peu près l'émission de tout le transport aérien français en 2019 évalué par la DGAC.
D'ailleurs les questions de la FAQ Windows 11 sur le site de Microsoft sont très explicites sur la finalité de Windows 11 et traitent majoritairement de l'achat d'un nouveau PC... comme dans l'ancien Monde :-)
Tout cela est donc loin d'être neutre, mais n'apparaîtra pas dans le bilan carbone de Microsoft.
Donc malgré les promesses de neutralité et de responsabilité, on a aujourd'hui du mal à croire que Microsoft n'a pas pensé à l'impact environnemental de Windows 11. Mais le fait que cette "grande responsabilité" soit absente des communications interpelle sur le sérieux des autres annonces environnementales.
Et puis si la vente de PCs est l'objectif, au moins à minima proposer un programme de recyclage associé aux nouvelles ventes. Espérons que Microsoft rectifiera ses communications d’ici au lancement en octobre, surtout qu'à vouloir servir les particuliers et les entreprises avec le même produit, on peut vite se perdre. En tout cas GreenSI restera vigilant.
Mais l'impact d'un OS c'est aussi sa propre consommation de ressources. Toute aussi importante que son impact sur la fabrication.
On rentre ici dans le champ de l'écoconception et on sait qu'entre deux logiciels qui font la même chose, la façon de le faire peut faire changer énormément le bilan énergétique final. Or un système d'exploitation, c’est lui qui gère les batteries, les communications, la relation avec les périphériques... bref, s'il est moins efficace énergétiquement ça va faire exploser la consommation énergétique.
On aurait pu s'attendre à un lancement de Windows 11 qui démontrerait que la conception a été pensée pour être plus efficace énergétiquement que Windows 10. Enfin, dans le nouveau Monde, c'est ce à quoi les clients s'attendraient.
Ne nous méprenons pas. Microsoft a le temps de rectifier son tir, mais l'enjeu malheureusement ne concerne pas que Microsoft. Une telle omission peut renforcer le sentiment "anti-technologie" que l'on voit apparaître quand l’obsolescence programmée s'invite dans la conception ou quand le développement durable n'est que de la communication. Le lancement de la 5G a d'ailleurs été très challengé sur le sujet des émissions.
Le paradigme de la technologie durable est pourtant à porté de main, surtout quand on a un quasi-monopole mondial de fait.
Les constructeurs, bien alignés derrière le système d'exploitation, savent bien comment fonctionne la Loi de Moore, qui double la puissance tous les 18 mois. Cette loi devrait dorénavant se traduire par une loi de responsabilité numérique qui diviserait par deux les émissions régulièrement. Et pour cela, le système d'exploitation a un rôle à jouer et doit devenir plus responsable.
GreenSI avait analysé la stratégie de plateforme de Netflix en 2019.
Ancien loueur de films DVD par correspondance fin des années 1990, il a pivoté dans le streaming vidéo dans les années 2010, après avoir terrassé le champion Blockbuster et son réseau de boutiques. Pour Netflix, basculer dans le Cloud, c'était un changement de logistique pour remplacer, le support DVD et son acheminent (le service postal), par un média unique : Internet. Cette bascule a été payante et Netflix s'est imposé mondialement avec sa plateforme de vidéo à la demande pour un abonnement mensuel.
Dix ans plus tard, Disney+ montrait son nez et certains prédisaient même la fin Netflix, comme Yahoo s'est progressivement éclipsé devant Google dans la recherche sur Internet et la valorisation des données. Mais Netflix avait déjà travaillé son catalogue et s'est transformé en producteur de contenu. Sa plateforme qui a tant de valeur, repose sur des services externes et notamment AWS.
Toutes les stratégies digitales de "plateformisation" se construisent principalement sur la capacité croissante de mise en relation, une obsession pour une expérience utilisateur hors normes et une approche agile qui lance régulièrement de nouveaux produits. Avant d'être ce leader mondial du commerce électronique, Amazon n'avait que l'onglet "books" sur son site, puis a développé une par une les catégories, en renforçant sa plateforme logistique et l'écosystème de boutiques partenaires.
La question que se posait GreenSI à propos de Netflix, c’était quel serait son prochain stade de développement ?
On voyait clairement que Netflix testait l'interactivité dans des séries comme "Carmen Sandiego" et "Black Mirror" (Bandersnatch) permettant de "choisir sa propre aventure". Une interactivité en temps réel qui n'est pas neutre sur l'architecture de sa plateforme et rompt avec le simple streaming unidirectionnel.
Cette semaine Netflix s'est un peu plus dévoilé dans l'interactivité, avec des signes captés par Bloomberg qui montrent que Netflix se prépare à proposer des jeux vidéos sur sa plateforme de streaming.
Et comme cela ne s'improvise pas, c'est Mike Verdu qui sera chargé de développer cette activité.
Son profil LinkedIn coche toutes les cases : un ancien d'Electronic Arts (Sims), une expérience de studios de jeux et en dernier de Facebook où il était VP du contenu en réalité augmentée et virtuelle. On sait que Facebook s'intéresse aux univers virtuels depuis le rachat d'Oculus en 2014 et a fait grandir tout un écosystème de développeurs pour produire des jeux pour sa plateforme AR/VR Oculus. Certes, ce n'est pas encore un carton pour Facebook malgré ses investissements, mais justement Mike sait certainement quelles sont les fausses bonnes idées dans les jeux en lignes ;-)
Certains spécialistes des rumeurs sont même allés fouiller dans le code de l'application iOS de Netflix, pour y dénicher des traces. Ainsi, sur le fil Twitter de @stevemoser on peut trouver le logo d'un "Netflix Game" et l'image de manettes de jeux de Sony qui pourraient suggérer un partenariat dans ce domaine...
Et puis Reed Hastings, l'un des deux cofondateurs, avait aussi déclaré dans une interview que le jeu Battle-Royale de Fortnite était un de ses concurrents... en temps de connexion de ses abonnés ! Toutes ces informations convergent donc vers une offre de jeux vidéo de Netflix directement sur la plateforme de streaming, dans le cadre de ses abonnements actuels.
L'idée d'une plateforme de jeux en streaming n'est pas neuve.
Sortie fin 2019, le service de jeux de Google, Stadia, est une plateforme de jeux vidéo à la demande en streaming dans le cloud. Elle bénéficie du savoir faire et la puissance GPU de Google dans le Cloud et est intégrée aux autres services, notamment YouTube. Côté utilisateurs il ne faut qu'une simple manette de jeux connectée à internet - que Google a produit lui-même - avec un débit ADSL. À terme on voit la synergie avec les Chromecasts et les Android-TV qui transforment nos vieux téléviseurs, en TV connectées. Le modèle économique est celui de Netflix, l'abonnement mensuel, et non l'achat de jeux comme avec les consoles et les standards actuels du marché des jeux vidéo dominé par Sony, Microsoft et Nintendo.
Malgré ce pédigrée d'exception et une période tout aussi exceptionnelle pour son lancement - 2020 et les confinements successifs mondiaux - Stadia n'a pas encore décollé alors que le marché des jeux vidéo n'a jamais été aussi dynamique. Fin d'année dernière, Google a même fermé deux studios et revu son organisation.
Son positionnement de joueurs ciblés et son catalogue de jeux n'étaient peut-être pas alignés. Et puis la bascule d'un modèle de possession, à un modèle de location, prends du temps dans toutes les industries. Pour l'instant Google n'a donc pas trouvé la clef pour révolutionner le jeu vidéo et va certainement plus s'appuyer sur YouTube à l'avenir.
Netflix est donc clairement en train d'essayer de prendre de vitesse Google, plutôt que les ténors des consoles.
Mais ce service intégré à un abonnement VOD lui permet aussi se différencier par rapport à ses concurrents directs, Amazon Prime et Disney+, mais aussi HBO aux États-Unis, qui continuent de progresser (derniers chiffres du streaming sur ZDnet). Voire Netflix peut proposer une option et augmenter ses tarifs, quand ses concurrents ne reposent que sur la VOD aujourd'hui. Disney, pourtant la plus grande société de divertissement au monde, n'a jamais réussi à développer ses activités de jeux en interne, malgré ses efforts.
Enfin, c'est clairement un moyen de renforcer l'ancrage de sa plateforme, en augmentant le temps passé par ses abonnés. Les jeux et les séries ne sont d'ailleurs peut-être pas consommés au même moment de la journée, donc n'entrent pas en conflit. Si le temps passé sur Netflix augmente, indirectement cela réduira les partages de comptes, car ce partage ne repose que sur le fait qu'un abonnement est rarement utilisé plus de 4 heures par jour. Au-final, cela pourrait donc aussi augmenter le nombre d'abonnements à la plateforme.
En attendant les détails de la confirmation de cette stratégie, très cohérente avec son développement, on observe que le chemin pour Netflix est étroit. La tentative de Google à trouver un modèle dans le streaming de jeux vidéo et les échecs successifs de Disney à développer ses activités de jeux en interne, seront certainement riches d'enseignements.
Mais ce qui est sûr, c'est que les plateformes évoluent et se renouvellent en permanence. C'est cette dynamique qui fait l'intérêt de la compétition et stimule l'innovation. Ne les regardez donc jamais comme des modèles figés quand vous les intégrez dans vos stratégies.
En décembre 2017, GreenSI s'étonnait que la prévision de l'année 2020 était l'explosion des emplois en IA, de l'ordre 2 millions, sans considérer l'épée de Damoclès que l'Europe allait mettre en 2018 sur tous ses champions : le RGPD. Le carburant de l'IA restant la donnée et la donnée personnelle s'immisçant partout quand les experts cherchent la petite bête ou l'exception, l'équation semblait insoluble.
Le RGPD est maintenant en place depuis plus de trois ans et en regardant autour de vous le constat semble sans appel. L'intention initiale à bien fait pschitt et le RGPD est aujourd'hui plus présent par la gouvernance qu'il impose aux entreprises basées en Europe que par la protection des données des européens qu'il amène à ceux qui naviguent sur l'internet mondial.
La protection des données a même peut-être aussi touché ses limites pendant la crise sanitaire. Elle a été utilisée pour bloquer la diffusion d'un moyen moderne de prévenir et de sauver des vies, l'application TousAntiCovid. Plus d'un an après sa sortie, elle commence à s'imposer comme une évidence de protection des individus pour fréquenter les lieux publics, alors qu'elle n'a été sauvée que par le passage en force du gouvernement.
D'ailleurs, dans les entreprises et le service public, de multiples idées innovantes et bienveillantes sont enterrées tous les jours, car une "opposition" pourrait exploiter l'épée de Damocles du RGPD pour nuire à l'entreprise.
Et pour ceux qui n'ont pas que des idées bienveillantes, plus la contrainte se renforce (comme avec le Digital Act sur les cookies et qui a suivi le RGPD), plus l'avantage est donné à ceux qui ont les moyens techniques et financier de la contourner. Sans compter que l'IA qui prendra des décisions sera de moins en moins "explicables" pour un humain (fini le bon vieux cookie dont il suffisait de tester la présence...) ce qui ne sera pas sans créer des casses têtes juridiques.
C'est pourquoi les publicités qui s'ouvrent sur nos écrans sont de plus en plus précises et qu'il suffit de laisser son smartphone écouter ses conversations pour les rendre encore plus précises !
Ce n'est plus un secret pour personne, et c'était d'ailleurs une prédiction de GreenSI dans un billet de 2017, les nouveaux paradis du traitement de la donnée personnelle sont devenus une réalité, comme d'autres sont depuis toujours des paradis fiscaux.
Certains territoires cumulent même d'être à la fois des spécialistes du traitement des données personnelles et des technologies militaires d'espionnage, comme la "Silicon Wadi" en Israël où toutes les grandes sociétés numériques américaines y avaient déjà un laboratoire de recherche. C'est dans ces paradis que vous pouvez y localiser vos usines de stockage, de raffinage et vos projets de recherche "sensibles". Il y a peu de chance que notre CNIL, bras armé du RGPD, puisse y débarquer et questionner le registre des traitements et les algorithmes de scoring des citoyens européens. Les fenêtres de validation du consentement aux options non décochables ou aux parcours semés d'embuches pour les décocher, n'y craignent pas non plus grand-chose pour les sociétés non européennes.
Est-ce que les citoyens se sont emparé de ce texte et ont poursuivi des entreprises, car c'est bien en leur noms que tous se décide ? Les juristes nous disent que c'est très limité et que les actions ne sont engagés que par les CNIL européennes. La CNIL française elle-même reconnait dans son rapport annuel avoir reçu plus de 13.000 plaintes, mais finalement prononcé que 14 sanctions en 2020.
L'Europe de 2018 nous aura donc laissé une approche technocratique, majoritairement mise en œuvre en Europe, qui en trois ans, aura eu peu d'impact sur l'exploitation massive des données personnelles des européens.
Est-ce que l'Europe croit encore a ce bouclier qui aurait protégé les données personnelles des européens ? On a plutôt l'impression que la nouvelle commission est passée à autre chose.
Peut-être sous l'impulsion du nouveau commissaire Thierry Breton, l'Europe se cherche maintenant des champions pour construire ce havre de paix, au lieu de vouloir faire adapter celui des champions américains comme elle le clamait en 2018. Le plan de relance européen est d'ailleurs une chance de ce point de vue là.
Le dernier billet sur la stratégie "Cloud First" de l'Administration montre que l'intention de la France est identique, même si on peut encore douter de l'approche et y voir un cheval de Troie des opérateurs de cloud américains.
Comme souvent, le RGPD aura certainement raté son objectif de résultats, mais bien réussi son objectif de moyens.
L'impact principal du RGPD aura été de renforcer la gouvernance des données dans les entreprises et services publics européennes, en menaçant d'amendes énormes. Les amendes d'Amazon et Google en dizaines de millions d'euros sont souvent exhibées comme des trophées, mais ne nous leurrons pas, on est très loin du 4% du chiffre d'affaires qui peut s'appliquer à une entreprise ayant moins d'avocats et de liberté de localisation de ses ressources dans le Monde.
Et en fixant un prix à l'exposition de données personnelles (les 4%), cela crée un marché pour un type de cyberattaques visant à les dérober là où il n'y avait avant qu'un risque d'image pour l'entreprise. Et qui dit risque, dit développement du marché de l'assurance "cyber".
Ainsi les postes de "Data Protection Officer" imposés par le RGPD ont été créés ou cette charge a été sous-traitée à des consultants spécialistes. L'entreprise a aussi investi dans la sensibilisation et la formation du personnel, et s'est faite appuyer de nouveau, par des consultants pour ses audits de conformité de l'existant. Le marché du conseil a donc été tiré par la mise en conformité, un peu comme le contrôle technique automobile a créé le réseau des sociétés de contrôle, et c'est peut-être ici qu'il faut chercher la création d'emplois, en plus du secteur de la cybersécurité, et moins dans l'IA.
Le moindre nouveau site internet bienveillant fait maintenant l'objet de multiples réunions avec de multiples interlocuteurs, juste pour vérifier que les conditions légales sont respectées et que la capture du consentement est conforme sur la page web. Le RGPD aura réussi pour la gouvernance des SI, en seulement 3 ans, à lui faire gagner au moins 10 ans pour toutes les entreprises. Une gouvernance qui était jusque-là limitée aux industries avec une réglementation spécifiques, comme la Banque, ou aux sociétés côtés à l'international. Elle touche maintenant jusqu'à mon traiteur, avec son site internet monté à la hâte pendant les confinements et son cahier de livraison qui contient mon numéro de portable.
La seule note positive du RGPD serait donc finalement la gouvernance des SI, maintenant mieux considérée, staffée et contrôlée.
Tout ceci est certainement une très bonne chose sur le long terme, mais tout cela a un coût à court terme. Un coût qu'il faut intégrer dans une compétition mondiale que d'autres n'ont pas, comme on l'a vu. Parfois le RGPD fait penser au bio dans l'alimentaire, tout le monde en souhaite, mais personne ne veut en payer le prix et les importations à bas coût de pays moins regardant sur les conditions de production ne sont pas bloquées à la frontière.
L'Europe aura finalement imposé ses normes en matière de gouvernance des SI, à ceux qui n'ont pas les moyens d'y déroger, et il faudra encore du temps pour qu'elles produisent des effets à l'échelle de la planète et de nos écrans branchés sur des applications et des terminaux très majoritairement chinois ou américains.
Parce que c'est peut-être ça le fond du problème qu'il faudrait attaquer : aider à l'émergence de plateformes européennes pour les européens. Dans la fragmentation toujours plus grande de l'internet mondial, le havre de paix européen des données personnelles sera construit par des acteurs européens. Les licornes sont ces nouvelles multinationales géostratégiques de l'ère du numérique. Saluons donc l'arrivée de ces nouvelles "scale-up" au lieu de saluer les amendes RGPD records infligées à des entreprises européennes.
Le réseau CNIL européen devrait ajouter a son rapport annuel une partie sur la contribution du RGPD à faire émerger des offres différenciantes qui ont contribué à propulser des entreprises européennes et créer de la richesse. De regarder lesquels des 99 articles sont bénéfiquement à l'œuvre avec un équilibre entre protection et gouvernance.
Et si elles n’en trouvent pas, de comprendre que le règlement n'est pas le bon instrument, voir est le pire, et qu'il devrait être revu et mis à profit de l'émergence d'une nouvelle souveraineté européenne.
Et on fait quoi maintenant à la DSI au quotidien pour concilier développement et réglementation ? Tais-toi et rame !
Ce 17 mai 2020, ce ne sont pas moins de trois ministres qui ont tenu une conférence de presse, suivi d'une table ronde, pour annoncer le plan destiné à assurer l'autonomie du pays pour ses capacités d'hébergement Cloud tout en contribuant à une informatique européenne.
Cette annonce n'est pas sans rappeler celle du Président Charles de Gaulle en 1966, avec le Plan Calcul, destinée à assurer l'autonomie du pays dans les techniques de l'information, et à développer une informatique européenne. Le mot d'humour de GreenSI c'est qu'il suffit de remplacer "informatique", "calcul" ou "ordinateur" par "cloud", dans ce relevé de décision qui date de 55 ans, et on ne sera pas loin de l'annonce de 2020 ;-)
Le Plan Calcul nous rappelle d'ailleurs, avec le recul, qu'une fois l'annonce effectuée, tout est dans l'implémentation.
En effet, on sait maintenant que ce Plan Calcul aura eu des hauts (création de l'INRIA dans la recherche, développement de la filière de semi-conducteurs, ...) et des bas (échec de produire des ordinateurs français performants sur le long terme, des Administrations obligées d'acheter des équipements progressivement moins compétitifs, ...).
Mais pour revenir à cette nouvelle stratégie française du Cloud, il fallait également un "sacrifice originel" pour concrétiser le changement. C'est le contrat d'hébergement des données de santé par Microsoft, le fameux "Health Data Hub" - en français dans le texte - qui a été choisi. Il avait déjà reçu pas mal de plombs dans l'aile ces derniers mois, exacerbés par la crise sanitaire et l'importance cruciale des données de santé dans la gestion de la crise, mais maintenant, c'est décidé il sera rompu.
Le message de transformation digitale de l'État n'a peut-être jamais été aussi fort et associé au Cloud, éclipsant même un peu le label de confiance tant attendu.
Ce label reprend finalement le visa existant SecNumCloud, délivré par l’ANSSI pour les fournisseurs de service, et ouvre la possibilité de création d'entreprises, alliant actionnariat européen et technologie étrangère. C'était un point clef pour éviter de mettre de la R&D sur le chemin critique, avant de pouvoir multiplier les offres labellisées.
Sur ce point, cela ressemble à l'approche pragmatique utilisée pour la 5G par les États-Unis, qui tout en bannissant Huawei s'appuyait de facto sur de la technologie européenne (Ericsson, Nokia, ...), sous contrôle d'opérateurs américains, le temps qu'ils rattrapent leur retard.
Cela va donc permettre aux opérateurs étrangers leader des services Cloud de se développer en France dans le cadre de cette stratégie.
Maintenant, il reste à voir avec qui et comment ces acteurs (AWS, Azure, Google) vont exploiter cette possibilité d'européanisation. OVHCloud a déjà annoncé son partenariat avec Google (Antheos). Amazon déteste la vente indirecte, mais ça pourrait changer sur ce marché public puisque Microsoft, son principal challenger pour le faire quitter le haut du podium, est lui le champion de la vente indirecte dans toutes ses divisions.
Mais pour GreenSI, l'annonce principale du Gouvernement reste de faire du Cloud un prérequis pour tout nouveau projet numérique au sein de l’État. Une stratégie "Cloud First" qui complète de facto celle d'un SI plateforme. Ceux qui, encore aujourd'hui, étudient l'option Cloud, puis retombent sur leurs pattes en expliquant qu'il vaut mieux conservent son propre datacenter interne, viennent de se retrouver encore plus seuls...
Cette stratégie "Cloud First" s'adosse à une migration volontariste vers le cloud des projets existant ("Move to Cloud"). Elle doit être engagée par tous les ministères, avec seulement deux exceptions (l'Armée et Bercy). Donc fini les infrastructures par ministère (outch !) ce sera un service du performant dans un Cloud interministériel ou d'une offre du marché labellisée.
Ça tombe bien puisque le troisième volet de la stratégie est une stratégie industrielle façon "Plan Calcul", financée par le plan de relance. La crise aura donc été décisive pour la stratégie numérique de la France, en montrant à tous la résilience et les menaces amenée par le numérique, en ouvrant les données de la santé et en créant un plan d'investissements d'avenir projetant nos infrastructures.
La stratégie Cloud pour les administrations, bizarrement appelée "Cloud au Centre", est une rupture dans l'usage des SI de l'État qui renforce la priorité de la transformation numérique.
Elle est portée par le ministère de la transformation de l'action publique dirigé par Amélie de Montchalain.
C'est également une rupture dans les usages pour les Français, puisque l'ambition de rendre disponible en ligne l'intégralité des services du quotidien des Français d'ici à 2022, tient toujours. Le dernier bastion des services non disponibles en ligne a besoin du Cloud pour atteindre les usagers de l'administration qu'ils soient citoyens ou entreprises. Il a également besoin d'une fonction publique qui accède à des plateformes collaboratives pour mieux décloisonner les services et les administrations dans le traitement, et entrer en relation avec les usagers.
Le Cloud est donc clairement affiché pour permettre de développer de nouveaux services publics numériques, de façon plus agile moins coûteuse (clairement cité).
Maintenant pour modérer l'annonce, rappelons-nous qu'il y a trois ans le secrétaire d'État au numérique Mounir Majoubi, avait déjà présenté une stratégie cloud en trois volets qui visait déjà à développer les usages du cloud dans les administrations, les organismes publics et les collectivités territoriales. La notion de "Cloud souverain" avait été écartée, suite aux déboires de l'initiative précédente et le gouvernement ne s'interdisait pas de travailler avec des fournisseurs qui hébergent les données en dehors du territoire français, du moment qu’ils répondent aux exigences du gouvernement en matière de sécurité.
Ce sera donc la mise en œuvre qui fera la différence, et de ce point de vue, le moment semble plus favorable avec un plan de relance qui flêche des investissements dédiés aux infrastructures et un sentiment d'urgence exacerbé par la crise sanitaire et l'appel à plus de souveraineté.
Le 4ᵉ Programme d’Investissements d’Avenir et de France Relance va donc soutenir des projets industriels de développement de technologies cloud en France, avec en ligne de mire les suites logicielles de travail collaboratif, ce qui est nouveau dans les annonces de l'Etat plateforme. On part de loin et de cloisonné. Il n'y a pas par exemple d'annuaire unifié au niveau de la fonction territoiriale, l'équivalent d'un France Connect mais pour les agents.
Pourtant, des solutions françaises ou européennes existent depuis longtemps, occupent des niches, que ce soit des offres privées ou de l'open source, mais qui n'ont jamais décollé, ou n'ont pas été fortement considérées par l'Administration, l'Éducation Nationale en tête. C'est donc un second message fort envoyé cette fois au monde du logiciel qui trouvera des débouchés sur ces futurs clouds publics avec peut-être l'émergence d'une suite collaborative européenne. Après tout un Skype aurait très bien pu la porter, avant de se faire racheter par Microsoft.
GreenSI a également noté le rapprochement fait entre le "Cloud vert" et le Edge computing, ou pour le dire différemment la possibilité d'étendre le cloud sur terrain avec l'Edge, qui en déploie les technologies et permet de mieux répartir les données en fonction de l'usage pour réduire l'emprunte environnementale des réseaux ou bénéficier de capacité de production d'énergie décentralisée et durable (voir Edge, annexe du cloud, ou l'inverse).
Avec de la R&D sur l'Edge et l'avance de l'Europe en technologies 5G, le cloud européen pourrait évoluer en terme d'architecture, par rapport au modèle Cloud développé par les GAFAs.
Cette stratégie cloud française et la stratégie européenne autour de GAIA-X, semblent bien alignées. Rappelons que GAIA-X vise à labelliser des offres cloud respectant des standards de respect de la réglementation européenne, mais également de fédérer les industriels autour de "hub de données" pour collaborer dans un contexte protégé par les lois européennes.
Il reste maintenant aux fournisseurs européens à être accessibles aux marchés de l'Administration, plus vite que les acteurs américains ne pourront s'allier pour les prendre de vitesse... Le cloud est un marché très dynamique où jouent à fond les économies d'échelles et la consolidation. L'Europe offre plus de potentiel pour une R&D et des investissements que la seule migration d'applications de l'administration française. Le cloud français va donc pouvoir accélérer avec la stratégie cloud de la France (côté Demande), mais il ne sera pas indépendant du cloud européen sur le moyen terme (côté Offre).
Selon un rapport de KPMG publié quinze jours avant, le marché européen du Cloud de 53 milliards d'euros aujourd'hui aura une taille comparable à celui des télécoms en 2027, avec une croissance de 27% en moyenne, sur un marché par nature très concentré. L'enjeu économique est donc considérable pour les acteurs européens qui ont actuellement une part faible de ce marché dominé par les acteurs américains. Pour illustration, notre champion national, aussi champion européen, OVHCloud, atteint à peine 4% du marché européen.
Or le rapport souligne également le manque de régulateur dédié comme dans les télécoms, donc une complexité potentielle sur le plan concurrentiel qui va se jouer dans les détails techniques de choix, standards et normes d'interopérabilité ou de réversibilité.
Ce rapport dresse alors plusieurs scénarios d'évolution très pertinents, allant d'un cloud européen comme "bien commun" (porté par GAIA-X) a une "hyper-fragmentation" par pays et industrie. Cet écart de situations montre les défis et les incertitudes entourant le futur du cloud européen, et donc les risques pour ceux qui doivent se positionner avec de nouvelles offres. Les acteurs américains ou chinois (Alibaba) peuvent eux compter sur le marché de leur "base arrière" pour assurer leur développement en Europe.
Pour GreenSI l'appel du 17 mai restera donc un jalon important de l'histoire du cloud français pour aborder sans tabou l'équation, insoluble jusque-là, de faire croître les acteurs nationaux, voire européens, avec une stratégie Cloud First du service public, et leur donner une "base arrière" pour la bataille européenne qui se prépare.
Maintenant, cela prendra du temps, certainement 5 à 10 ans, et donc le moteur du Cloud français restera encore un certain temps celui des entreprises françaises.