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jeudi 21 septembre 2017

L'IA révélatrice de la transformation de la DSI

L'IA révélatrice de la transformation de la DSI

L'intelligence artificielle fait en ce moment l'objet de toutes les interrogations et d'un buzz énorme dans les médias. L'écart entre les annonces et la réalité du quotidien, voire des possibilités actuelles, laissent en effet perplexe. 

Quand dans la majorité des entreprises les applications opérationnelles les plus avancées pour l'analyse des données utilisent de simples modélisations sur des domaines limités, l'actualité se pose la question de qui sera maître du monde par l'analyse de données ; ainsi que de quand va démarrer la prochaine guerre mondiale dirigée par une intelligence artificielle.

Cette actualité, souvent confuse, est entretenue par les propos de quelques entrepreneurs de talents comme Elon Musk ou Mark Zuckerberg et surtout par des prises de positions publiques de dirigeants du Monde comme Vladimir Poutine ou par le Royaume-Uni qui décide cette semaine de bannir les armes autonomes qui seraient pilotées par une IA. 

Mais au milieu de ce brouhaha, les GAFAs continuent de pousser leurs pions - avec le support de startups qui rejoignent leurs "labs" comme à la Station-F (Microsoft) ou à Montréal (Facebook) - lancent des fonds en centaines de millions de dollars, et rachètent des sociétés mais surtout leurs équipes, car le recrutement de talents est de plus en plus compliqué.

Au-delà des questions d'éthique et d'enjeux stratégiques nationaux, d'ailleurs relevés par la France avec une (nouvelle) mission #FranceIA, il n'y a pas de doute que son développement aura un impact sociétal majeur. Ce sera également une rupture clivante dans les entreprises. Il est donc également temps de commencer à prendre en compte ce sujet dans les stratégies d'entreprises.

L'avis du cabinet Gartner avec son classique "hype cycle" sur la "data science" et le "machine learning" nous rappelle que, concrètement, seules l'analyse automatique de photos et vidéos, les techniques d'apprentissage par catégorisation, et la modélisation sont aujourd'hui opérationnelles (pastilles blanches dans la partie droite de la courbe). Ceci qui mènera prochainement à l'analyse de texte, du langage et à la simulation (bleu à droite de la courbe).



C'est une analyse qui tendrait à mettre les projets d'assistants autonomes dans la relation client ("chatbots"), classification automatique de données, d'amélioration des processus par l'analyse d'images ou de vidéos, et l'émergence de centre de pilotage intelligents, dans la catégorie des idées à explorer dès maintenant. 

Elle nous confirme également le nombre de sujets au plus haut sur le pic des espoirs (ou angoisses) les plus fous, comme le "deep learning" quand le programme (et la machine à travers lui) ira au-delà de l'apprentissage assisté. C'est AlphaGo, le programme de Google arrêté cette année, qui a rendu célèbre ces techniques en battant le champion du monde 4 parties contre 1. Depuis, en Corée du Sud, les clubs de Go s'inspirent de la nouvelle façon de jouer d'AlphaGo sur ces 4 parties "uniques" pour renouveler les stratégies humaines et les manuels du jeu de Go.

Au delà du buzz, l'IA est donc suffisamment mature pour rentrer dans les applications de l'entreprise.

Mais qui doit piloter ces initiatives dans l'entreprise ?

L'IA est un sujet amenant une rupture forte, avec un impact social engageant nécessairement la responsabilité de l’entreprise donc de son représentant au plus haut niveau.
On n'imagine pas, par exemple, l'acceptation  des dossiers de crédit d'un conseiller virtuel autonome à base d'IA, en lien téléphonique directe avec les demandeurs, sans que la Direction de la Banque ne soit totalement au fait de ce service.
Pour GreenSI l’IA a donc vocation à être pilotée, au plus haut de l’entreprise.

Est-ce pour autant nécessaire de nommer un « Vice Président IA » ?

À titre provisoire, comme pour le Chief Digital Officer, ce peut être un moyen d'envoyer un signal fort dans l'entreprise sur les enjeux stratégiques associés à l'IA, et de coordonner les réponses de toutes les Directions Fonctionnelles avec un appui en amont :
  • de la Direction de l’innovation pour tester le nouveau paradigme amené par cette rupture, avant d'engager des projets structurés. Ce peut être dans le cadre d’un projet piloté par un Lab interne ou dans un écosystème open-innovation d’acteurs dans l’industrie.
  • de la "communauté data" de ceux qui manipulent déjà les données dans l'entreprise, voire font de la data science. Elle lui sera un autre appui majeur pour faire le lien entre les nouvelles méthodes de l'IA et les cas métiers, donc la capacité à transformer l'entreprise et les modèles économiques.
A terme comme on est bien dans un processus de transformation. L'IA impactera tous les processus de l'entreprise qui sauront générer des données en masse pour alimenter les algorithmes. C'est là que l'internet des objets va jouer un rôle de plus en plus fort pour générer ces données (issues de photos, vidéos, capteurs, ...), en masse, permettant d'optimiser ou de réinventer tous les processus de l'entreprise.

La société SAP, au cœur des ERP, qui outillent nombreux de ces processus, ne s'y est pas trompée et propose déjà "SAP IoT Solutions" de nouveaux processus dans la chaîne logistique digitale, mais également dans ses verticaux industries, exploitant la collecte massive de données IoT et avec SAP Leonardo le "machine learning". Unit4 avec Wanda, Oracle Applications et Sage sont aussi dans la course au chatbot pour interagir avec l'ERP.

À l'image de l'ERP qui se transforme, ce sont donc tous les processus de l'entreprise qui vont potentiellement se transformer et cela va également transformer le système d'information de l'entreprise au sens large.

La DSI est-elle légitime pour mener cette bataille ?

L'IA et son "compagnon IoT" qui l'alimente vont être de bons révélateurs de la transformation de la DSI sur ces dernières années. 

Si la DSI mène déjà la transformation numérique et qu'elle s'est orientée vers le business et vers l'agilité demandée par les secteurs les plus compétitifs de l'entreprise, elle est en bonne position pour accompagner la bataille de l'IA. Ce sera une bataille qui va demander une capture permanente de données en dehors des murs de l'entreprise (là où elle n'est pas très à l'aise) et des services de traitement reposant sur de la puissance de traitement à la demande (architecture data, IoT et cloud).

Si la DSI n’a pas été - ou ne s’est pas - impliquée sur les étapes des relations numériques et de maîtrise des données, elle aura certainement peu de valeur ajoutée pour l’IA qui arrive comme une étape de plus dans la transformation numérique des entreprises.

Comme une partie contre AlphaGo qui a su imaginer des coups jamais joués par les champions, une DSI trop régalienne et trop "prévisible" a peu de chance d'accompagner son entreprise dans cette prochaine bataille qui va demander de jouer des coups non répertoriés dans les manuels de gouvernance et de protection de la propriété intellectuelle et dans la liste des fournisseurs référencés . 

L'IA nous ramène donc à une réalité connue depuis bien longtemps, le SI sert en premier le business, la donnée en est devenue la principale marchandise.

mercredi 13 septembre 2017

Budget 2018: n'oubliez par le "legacy" sous le tapis

Budget 2018: n'oubliez par le "legacy" sous le tapis


C'est généralement à la rentrée que les projets SI se décident. Ils préparent les budgets d'investissements 2018 et vont influencer les futurs coûts d'exploitation à la hausse (nouvelles applications) ou à la baisse (rationalisation, dé-commissionnement...).

C'est donc la bonne période pour se poser la question des priorités et donner du sens à cette évolution du SI. Les développeurs agiles diraient qu'ils définissent le "sprint goal SI 2018", si un sprint d'un an reste encore dans le domaine de l'agilité ;-)

Par expérience, dans les organisations DSI qui sont plutôt conservatrices, ce sont souvent les projets de l'année, que l'on ne veut pas quitter, qui se perpétuent et occupent la majorité du temps de décision. Un projet technique qui dérape ou une conduite des changements métier sous-estimée, voilà deux raisons pour qu'un projet budgété sur 2017 se retrouve également en 2018 sans qu'on ne lui pose plus trop de questions sur ses finalités ou sur son ROI pourtant amputé par le coût du décalage.

En dehors du cadre d'un schéma directeur pluriannuel qui donnerait à l'avance les priorités, cette approche laisse parfois peu de place (et surtout peu de ressources) pour tester les nouveaux sujets comme par exemple l'Iot ou l'IA, deux infrastructures structurantes pour les applications de demain. GreenSI a donc toujours été favorable à "sanctuariser" à priori les budgets d'innovation (en pourcentage par exemple) pour éviter que les urgences du présent empêchent de préparer demain.

Mais ce n'est pas le seul problème d'avoir un présent... un peu trop présent. On en oublie également parfois le passé !

Ce que l'on a tendance à oublier dans cet exercice de budgétisation, ce sont les projets qui concernent les systèmes développés il y a quelque temps et qui n'ont pas été modifiés depuis; appelés souvent "legacy". Après tout ils ont fini par tomber en marche alors on n'y touche plus !

Pour GreenSI c'est une vision avec laquelle il faut être de plus en plus prudent, même si ce n'est pas très porteur auprès des métiers d'expliquer que l'on veut renforcer quelque chose qui pour eux n'est plus un sujet depuis longtemps. Et pourtant l'actualité nous montre que si.


En premier lieu à cause de la sécurité, comme nous l'ont rappelé en 2017 les attaques mondiales par "ransonware" Wanacrypt ou NotPetya.

Car ce "legacy" est peut-être stabilisé fonctionnellement mais il reste techniquement vulnérable en fonction de choix historiques qui ne pouvaient présager l'avenir des plateformes techniques et surtout de leur maintenance par les éditeurs, Microsoft dans le cas présent.

En second lieu quand ce legacy concerne l'ERP, une partie complexe à transformer au cœur de l'entreprise, car elle irrigue de nombreux métiers et processus. Or les risques de ruptures technologiques dans les stratégies des éditeurs augmentent actuellement, ce qui nous ramène au point précédent (le risque d'avoir une plateforme non maintenue). Mais on verra également que l'ERP aura un rôle à jouer dans l'efficacité de l'entreprise digitale qu'il pourrait hypothéquer.

Les cyber-attaques cherchent le maillon faible

Quand en mai 2017 les hôpitaux anglais NHS ont été bloqués plusieurs jours sans pouvoir gérer administrativement les patients, ou que deux semaines plus tard le site Renault de Sandouville a dû être mis à l'arrêt, c'est bien parce les SI de production utilisaient des composants techniques avec des portes dérobées ouvrant sur les milliers d'ordinateurs de l'entreprise. Ce n'était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière fois, car l'étanchéité de ces systèmes ne sera jamais totale. Il vaut donc mieux considérer que ça va revenir et s'y préparer.

Comment? En ne laissant pas au hasard (et aux seules décisions métiers) la capacité à maintenir le socle technique des applications installées lors du lancement des systèmes. Ce socle technique devant être maintenu et mis à jour régulièrement, cela va relancer les projets de rationalisation par une réduction du nombre de technologies employées et surtout de ne garder que technologies maintenues par les éditeurs. Voilà donc déjà une idée pour 2018, certainement moins glamour que de connecter le CRM avec un chatbot, mais peut être plus rentable si les attaques reviennent...

Ceci remet donc sur le devant de la scène la capacité de l'entreprise à développer ses applications sur un socle technique commun, plus facile à sécuriser et à cloisonner,.. et non un socle technique par application, au grès des sous-traitances à tel ou tel fournisseur choisi pour être moins disant.


En y ajoutant un soupçon de "cloud", on peut également s'intéresser à créer une "Plateform as a Service"(PaaS), de préférence open source, pour éviter de dépendre du choix des éditeurs de stopper ou pas le support selon leur intérêt à ce que vous engagiez la migration sur une autre version.

L'ERP, socle back-office du monde digital

L'autre raison de regarder son legacy de près c'est de se préparer à une éventuelle mauvaise nouvelle du côté de votre ERP !

Avec la transformation numérique des organisations on aurait presque oublié que l'ERP, avec sa base de données unique pour toute l'entreprise et ses processus transverses, est le fondement de la stratégie SI et de l'efficacité des processus internes, fussent-ils back-office.

Or cette efficacité se révèle être un facteur clef dans la transformation numérique qui digitalise les processus et les étends au-delà de l'entreprise et au-delà des terminaux standards de l'entreprise.

Vous pensiez peut-être qu'Amazon n'était qu'un portail ? C'est surtout une machine logistique totalement automatisée, exploitant des robots dans ses entrepôts pour aider ses employés à tenir la cadence des commandes, et s'engager sur les délais jusqu'au point ultime de livraison de votre appartement au 13em sans ascenseur. La force d'Amazon est donc autant dans son front-office que dans la performance de son back-office à répondre aux engagements pris avec les clients.

On ne peut donc se résoudre à simplement garder son ERP "en l'état", parce qu'il est tombé en marche, sans se questionner sur son rôle à 3-5 ans quand les processus seront totalement numérisés.


Or l'ERP a quelques faiblesses potentielles dans ce nouveau paradigme, comme celui d'être fermé sur lui-même (par construction), de s'intégrer difficilement et de garder jalousement ses données.

C'est certainement un handicap pour pouvoir innover rapidement avec de nouveaux produits ou services numériques sans avoir à le faire évoluer. En effet, les projets ERP restent toujours très risqués (cf. Chaos report) et 1 projet sur 3 ne respecte pas ses délais, son budget ou ses fonctionnalités, s'il n'est pas arrêté avant.

D'autre part une étude CXP de 2014 montre que  plus d'un ERP sur deux en France est âgé de 5 à 10 ans (54 %) et près d'un tiers (29 %) est installé depuis plus de 10 ans. Seules 16 % des installations datent de moins de deux ans. Les modules déployés le plus souvent étant la comptabilité et les achats, dans 73 % des cas chacun, puis la gestion commerciale (67 %), la gestion financière (51 %) et la gestion de production (43 %). Des sujets qui sont au cœur du fonctionnement de l'entreprise, même digitale.

Autre risque, les ruptures technologiques et la migration vers le Cloud demandent aux éditeurs des investissements importants pour faire évoluer leur progiciel. Une obligation que la concurrence des nouveaux entrants leur rappelle tous les jours. Les éditeurs avec une base installée plus faible, ou sans recapitalisation, risquent d'avoir du mal à financer cette bascule technologique en même temps que le passage vers un modèle à l'usage.

Deux exemples d'évolutions où l'ERP "traditionnel" est challengé :
  • Le CRM est un module qui a déjà basculé du côté des domaines où plus d'une vente sur deux est en SaaS. Les éditeurs n'offrant pas de SaaS sont condamnés à court terme.
  • Les objets connectés vont aussi permettre de rendre plus performant les processus avec plus de données pour les piloter, encore faut-il que ces données soient connues de l'ERP. L'ouverture de l'ERP, la création d'un écosystème autour de l'ERP sont deux sujets prioritaires à l'agenda des éditeurs qui proposeront demain les fonctionnalités les plus avancés.
Certains cabinets de conseil comme IDC vont même jusqu'à prédire l'arrivée d'une plateforme ERP post-digital (i-Erp, the new backbone for digital transformation).

En conclusion, que ce soit à cause de la sécurité de la plateforme technique, du risque d'obsolescence d'une solution éditeur ou des freins à automatiser des processus totalement numérisés depuis le smartphone du client, il y a certainement un intérêt à toujours regarder dans le rétroviseur si les systèmes d'hier suivent toujours.

mardi 5 septembre 2017

Quand Agilité rime avec Sécurité

Quand Agilité rime avec Sécurité


Tous ceux qui ont mis en place des projets agiles savent qu'ils vont se heurter au frein de ceux qui n'adoptent pas cette démarche. Ceux qui privilégient une approche d'étude globale avant toute réalisation ont du mal à comprendre ceux qui avancent par itérations successives, validées à chaque sprint par la satisfaction des clients ou des utilisateurs.

Dans ces multiples freins on trouve la sécurité, souvent mise en avant comme incompatible avec l'agilité.

En effet, comment arriver à faire homologuer avant la mise en service la sécurité d'un système qui va être spécifié, construit, testé et mis en production par morceaux ? La démarche de sécurité semble difficilement compatible avec les projets agiles. 

À tel point que certains projets agiles ont certainement du avancer en dehors de l'homologation fixée par la sécurité, sous couvert d'expérimentation ou de priorité stratégique, pour tester de nouveaux services et sans mettre en place dès le démarrage une sécurité disproportionnée avec les enjeux du pilote engagé.

Entre deux enjeux majeurs - la transformation numérique et la cybersécurité - l'entreprise doit parfois choisir le plus important des deux pour assurer sa survie : la transformation numérique ! C'est elle qui va permettre de maintenir ses revenus dans cette nouvelle économie incertaine, quitte à faire l'impasse dans un premier temps sur la démarche sécurité, le temps d'assurer l'installation des nouveaux services numériques, et y revenir ensuite une fois les premiers objectifs atteints.

Alors comment réconcilier ces deux démarches sans que l'une ignore l'autre ?

Et bien cet été, c'est l'ANSSI, l'Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d'Information créée en 2009, qui en a certainement surpris plus d'un en publiant une note en version bêta sur comment "Intégrer la sécurité numérique en démarche Agile ?".
Cette initiative est saluée par GreenSI via ce billet pour de nombreuses raisons.

Tout d'abord elle démontre comment un organisme de gouvernance, au lieu de se cacher derrière le caractère régalien de sa mission, reconnaît l'évolution amenée par le digital et l'efficacité de l'agilité pour y répondre.

Ainsi, elle fait avancer la réflexion et propose d'y répondre en conservant l'objectif de sécurité à atteindre, mais en ouvrant un autre chemin pour s'y rendre.

Cette démarche conforte tous les RSSI - Responsable de la Sécurité des SI - qui ont déjà choisi de déchausser leurs "bottes régaliennes" pour se mettre au service des métiers. Ces RSSI sont passés du contrôle au conseil et aident les métiers à mettre en oeuvre les nouveaux systèmes souhaités au lieu de simplement en refuser les dossiers de conception quand ils ne respectent pas les attendus, même quand ces attendus sont discutables dans la nouvelle économie.

Ensuite, elle propose aux professionnels de l'informatique de consulter une version de ce document pour appel à commentaires. L'ANSSI propose de confronter sa vision au retour d'expérience pratique de mise en oeuvre dans les projets des entreprises publiques ou privées.

GreenSI trouve cette co-construction ouverte très innovante et complémentaire des travaux qui peuvent se tenir dans les commissions de groupes de DSI comme le Cigref.

Enfin, la démarche proposée est simple et pragmatique. Elle vise à répondre à une contrainte réglementaire d'homologation en contournant l'approche traditionnelle. Pour cela elle s'inspire de l'agilité, en adopte le fonctionnement, et adapte la démarche sécurité pour intégrer ces projets construits de façon itérative avec des cycles "Dev et Ops" qui s'enchaînent. La mécanique de comment intégrer cette démarche dans les sprints et les activités de développement est très bien détaillée. Globalement cela repose sur deux principes.

Le premier principe proposé est celui d'adapter le niveau de sécurité aux enjeux du projet.

Quand un projet se construit de façon itérative, ce niveau de sécurité va monter progressivement, mais surtout commence au bon niveau.
Si votre premier sprint consiste à mettre en production une page blanche avec inscrit dessus "Hello world!" (pour valider la chaîne de construction par exemple), vous imaginez bien que même si un hackeur s'empare de la page, l'impact pour l'entreprise est quasi nul et ce système n'aura pas été connecté au reste du SI. 

Dans le paradigme classique de la sécurité, l'affichage de cette page (et donc le test de la chaîne de bout en bout) n'aurait pu se faire qu'une fois l'ensemble du système homologué et le système de sécurité complet des serveurs mis en place... Même si finalement cette réponse sécuritaire porte sur 99% de fonctions encore non développées !

A la clef, le time to market, car pendant que l'on étudie et on imagine des solutions pour des problèmes qui ne sont pas encore posés, les concurrents avancent et les startups innovent. 

Le second principe est de traiter les risques de manière rigoureuse et itérative pour tendre vers l'exhaustivité.

C'est l'agilité adaptée à l'identification des risques ; mais en réajustant les objectifs de sécurité à chaque itération et en intégrant les risques induits par les interactions entre composants au fur et à mesure qu'ils sont présents ensemble dans le système. Les fameuses 99% de fonctions non développées qui passent par la page "Hello world!" n'induisent pas leurs contraintes à cette page tant qu'elles ne sont pas développées.

Les premiers retours d'expérience des professionnels de la sécurité sur le site de consultation ouvert par la DINSIC montre une très bonne réception à la fois de la démarche de co-construction de l'ANSSI, et de la nouvelle démarche de sécurité agile. Beaucoup remercient également la publication et la clarté du document d'accompagnement "Outils et bases de connaissance"qui pose les bases de la sécurité numérique.

GreenSI pense même que cette démarche peut renforcer la sécurité finale obtenue par rapport à une approche traditionnelle. Non pas que l'analyse soit plus poussée, mais parce que les femmes et les hommes de ces projets vont tout simplement collaborer et non s'affronter quand l'approche régalienne instaure des hiérarchies de pouvoirs.
  • La démarche agile demande un niveau de compréhension de la sécurité par les développeurs et l'équipe projet plus élevé que dans la démarche classique ; donc demande plus de dialogue entre développeurs et l'équipe sécurité.
  • De plus comme elle est itérative, à chaque itération ce dialogue va permettre l'amélioration continue, et de revenir à la marge sur les choix du sprint précédent. Les développeurs agiles font déjà cela pour l'architecture logicielle avec le "code refactoring" qui consiste à rendre générique au sprint suivant des parties du code qui avaient été produites au départ pour un seul cas, sans changer les fonctionnalités produites.
Sans aucun doute, c'est donc un processus à la fois beaucoup plus responsabilisant et très formateur à la sécurité pour les équipes projets qui améliorera la sécurité des nouveaux systèmes produits de cette façon. Bien sûr elle va demander plus de ressources aux équipes sécurité en revenant régulièrement sur des dossiers qu'ils ont l'habitude de traiter en une fois. Mais a priori c'est bien leur mission que d'améliorer la sécurité globale des systèmes donc d'explorer toutes les méthodes pour y arriver, et pas d'en imposer une à priori.

Cela n'est pas sans rappeler la démarche DevOps, quand les Développeurs et les Opérations ont commencé à se parler et ne plus se retrancher derrière les dogmes de chacun de ces métiers (comme celui des évolutions du SI globales et par paliers).

L'agilité démontre une fois de plus sa capacité de transformation des organisations. Elle est ici en train de transformer une interface de plus dans le processus collaboratif de construction du logiciel, celle entre la conception et la sécurité, car comme GreenSI aime bien l'écrire, l'agilité c'est dans toutes les directions

Alors, allez vite contribuer et poster votre commentaire sur le document de l'ANSSI avant le 15 septembre. Dans 5 ans quand l'agilité sera devenue une évidence pour toute monde, vous pourrez dire "j'y ai contribué !".
Ne ratez pas non plus les "Assises de la sécurité 2017" qui auront lieu le mois prochain. 


La conférence d'ouverture sera tenue par Guillaume Poupard, le Directeur Général de l'ANSSI qui "pitchait" cette semaine à l'université d'été du MEDEF pour rappeler aux patrons d'entreprises que la sécurité était d'abord leur sujet, avant d'être celui de leur RSSI.
Maintenant c'est au tour de ces RSSI de montrer qu'ils savent répondre aux enjeux d'agilité du business.

lundi 24 juillet 2017

IoT: sortir de l'Internet des Silos

IoT: sortir de l'Internet des Silos

Il ne passe pas un jour sans qu'on entende parler du dernier saint Graal: la plateforme IoT.

Une plateforme qui connectera tous les objets de l'entreprise, en remontera les données via un réseau et exposera ces données sous la forme d'API prêtes à s'intégrer dans vos applications ou sous la forme d'un tableau de bord prêt à l'emploi. L'internet des objets serait donc en train de réaliser sa promesse de 30 à 50 milliards d'objets en 2020 et surtout des milliards d'économies en performance industrielle et nouveaux services ?

Mais ce qui ne rassure pas GreenSI ce sont toujours les discours un peu trop marketing, avec des idées simplistes qui sèment la confusion chez les décideurs IoT, qu'ils soient en train d'urbaniser leur "smart city" ou de moderniser leur "usine 4.0". Ce billet va essayer d'éclairer une de ces idées, souvent poussées par ceux qui auraient un intérêt à ce qu'elles se réalisent...

L'internet des objets sera interopérable

Pour GreenSI, dans l'idée même de l'internet des objets, donc une nouvelle ère de l'internet qui va connecter à l'échelle de la planète les objets en plus des humains, la notion d'interopérabilité finira par s'imposer. 

Un feu rouge ou un réverbère de marque X devra pouvoir envoyer des informations à une plateforme Y par le réseau Z. Cette interopérabilité sera soit "restreinte" au sein de grands écosystèmes qui auront décidé de partager des standards communs, soit native par l'émergence de standards plus globaux comme dans la v1 de l'internet avec IP ou Http.

A la clef, notamment au niveau des équipements et des réseaux, la capacité de trouver les business modèles qui financeront cet internet avec des logiciels plus intelligents qui dégageront des économies ou de nouveaux revenus en exploitants ces nouvelles données.

Sans cette valorisation, l'internet des objets sera stérile et surtout non financé, mais  comme pour la ruée vers l'or il aura enrichi les vendeurs de pioches.

On se souvient il y a 30 ans du hardware "PC compatible IBM" qui en se déployant a été le fédérateur de l'industrie logicielle qui a pu se développer comme on l'a connue par la suite.

Si cette interopérabilité n'arrive pas, l'internet des objets risque d'être réduit à un "Internet des silos" comme l'appelait Philippe Krief de la fondation Eclipse dans une de ses conférences.

Des silos comme aujourd'hui les distributeurs automatiques de billets (DAB), ces objets connectés partout en ville depuis 30 ans qui continuent de ne délivrer que des billets, avec une interopérabilité limitée aux banques - on peut retirer des billets dans le DAB d'une banque en ayant un compte dans une seconde - alors qu'en 30 ans ils auraient pu devenir multi-services et générer des revenus additionnels (au delà du chargement des cartes de mobiles).
Tous ceux qui ne jurent que par une plateforme unique, voir un duopole, ont certainement l'agenda caché de vouloir reproduire le réseau des DAB et de vendre de pioches.

Le billet publié cette semaine sur Les Echos pour "Faire de la France un nouveau laboratoire mondial de l'Internet des objets" a attiré l'attention de GreenSI.

La première vision simpliste de ce billet est de ne mettre en avant que la partie réseau alors que la plateforme IoT commence bien sûr par les objets. Et la France regorge de Fablabs pour les fabriquer, c'est une compétence reconnue et enviée, comme avec celui #FrenchTech d'Orléans : le Lab'O.

La France a aussi un mouvement des "makers" très dynamique et même d'une Citée de l'objet connecté à Angers, également #FrenchTech, une ville qui va accueillir en octobre 2017 le prochain WEF, le forum mondial de l'électronique, une technologie de base de l'IoT. L'atout de la France sur ce premier niveau du modèle IoT est donc certain. Sur le niveau des applications également il ne fait aucun doute.
 

La seconde vision simpliste est surtout de limiter les réseaux connectés aux objets à deux réseaux, Lora et Sigfox, ceux qui ont certainement les budgets marketing les mieux fournis.

Pourtant l'IoT en France et l'avenir de l'Internet ne s'écrira pas avec seulement ces deux sigles, souvent seuls cités par la presse. Même en France ça n'est déjà plus le cas quand on analyse les usages dans le détail et aux États-Unis l'histoire reste à écrire.
 

Il y a bien sûr de multiples moyens de connecter les objets industriels en commençant par le Wifi 802.11 où la bonne vielle carte SIM en 3G ou 4G. Et puis ce serait oublier les réseaux déjà en place dans les villes pour télé-relever en France les compteurs d'eau et de gaz (LPWA 169Mhz) et qui sont autant d'atouts pour la France comme laboratoire de l'IoT pour tous les usages dans l'environnement ou pour la performance énergétique quand on recherche une longue portée et une très faible consommation d'énergie ou capter à l'intérieur des bâtiments.

Sans compter comme nous le rappelle l'analyste Gartner, les réseaux qui arrivent prochainement à maturité comme la 5G ou le NB-IoT et qui vont redistribuer les cartes. Les standards sont donc encore largement ouverts.



Sur le long terme, la question de la technologie réseau est surtout celle de sa pérennité pour l'entretenir et maintenir un coût d'accès (abonnement) abordable

La pérennité des acteurs financés par des levées de fonds sera fonction de l'atteinte rapide des objectifs commerciaux fixés par les actionnaires. A l'inverse avoir une première base installée d'usages stables comme le comptage des fluides et une roadmap de déploiement du réseau financée pour cet usage jusqu'en 2022, avec des engagements jusqu'en 2042, est certainement un atout solide pour la longue portée 169MHz et son Alliance Wize. La technologie n'est donc pas tout dans ces choix, l'existence de suffisamment de clients avec des usages sur le moyen-long terme est aussi essentiel.

Alors pour ne pas tomber systématiquement dans la simplification, l'image à garder pour le moyen terme c'est d'imaginer l'internet des objets comme un internet interopérable à trois niveaux, les objets, les réseaux (via des gateways) et les plateformes pour développer les usages.
Il y aura des milliards d'objets mais aussi des dizaines de réseaux disponibles sur un territoire, et c'est tant mieux pour réduire les futures zones blanches et choisir le réseau le plus adapté en fonction des usages souhaités.

Un internet des objets plateforme de développement

L'Internet des objets doit être également être vu comme une plate-forme de développement aussi diversifiée et interopérable qu'innovante. Il impacte déjà les architectures des SI pour intégrer le temps-réel et la sécurité et fait en fait émerger de nouvelles.

Diversifiée car comme pour les réseaux, il serait illusoire de croire qu'il n'y aura que quelques plates-formes sur lesquelles on pourra développer les technologies de l'IoT.
L'histoire des GAFAs qui ont dominé l'Internet 1.0 et 2.0 avec leurs plateformes mondiales centralisées ne sera pas facile à reproduire pour l'Internet des objets car il faudrait être à la fois leader sur le matériel, de la voiture au bracelet montre en passant par la machine outils, et en même temps sur le logiciel dans tous les métiers de l'entreprise.

Android a certes pris un temps d'avance mais Android est ouvert et pour l'instant son modèle n'est pas celui du contrôle.

L'analyste IDC présente un classement des éditeurs de plateformes, qui se verraient bien en nouveaux GAFAs de l'Internet des objets: IBM Watson, PTC Thingworx, GE Predix...

Des plateformes qui sont fonctionnellement redondantes en partie avec les services offerts par ceux qui opèrent les réseaux pour gérer les objets ou les configurer. En revanche elle vont plus loin sur le traitement des données et les tableaux de bords temps réel.

Mais comme trop souvent dans ces classements d'analystes, les solutions open source sont oubliées. Ce graphique n'est donc pas complet et les revenus de ces éditeurs ne sont pas pertinents pour apprécier les leaders d'une chaîne complète "objet - réseau - plateforme - applications smart".

Or dans l'Internet des objets l'open source est omniprésent dans les choix logiciels mais aussi matériels, par exemple avec la plateforme de cartes Arduino, un standard ouvert qui permet de faire des prototypes d'objets ou avec le Raspberry Pi sous Linux pour plus de puissance de calcul embarquée. 

La société Smile a d'ailleurs écrit un ouvrage pour recenser les solutions open source pour l'IoT et un autre pour les solutions Linux dans des systèmes embarqués. On pourra y vérifier le poids de l'open source.
Côté logiciel on va retrouver l'incontournable Node-RED qui permet de créer le "câblage numérique" nécessaire pour les données le long de ces nouvelles chaînes de mesures. Un code qui s'exécute ensuite soit dans l'objet soit dans le Cloud.


Ensuite côté portails ou applications mobiles pour développer les usages et valoriser les données, l'open source a déjà démontré sa capacité à être une plateforme incontournable pour de simples applications web (Symfony2, Angular, ...) à l'analyse des données massives (Hadoop, Spark...).

Donc pour échapper au chant des sirènes marketing, la bonne question à poser aux vendeurs de technologies est finalement  simple: comment votre solution est interopérable horizontalement avec vos pairs et verticalement dans la chaîne de communication ? 

Si elle ne l'est pas aujourd'hui, elle devra l'être demain, sinon les projets IoT termineront dans les limbes de "l'internet des silos". Des silos souvent relayés par la presse et les analystes qui aiment bien les histoires simples, mais après les premiers prototypes, ces histoires simplistes pourraient mal se terminer pour les investissements à long terme.

mercredi 19 juillet 2017

CDO : Chief Data & Intelligence Officer

CDO : Chief Data & Intelligence Officer

Le dernier billet de GreenSI abordait la façon de penser les données dans l'entreprise à l'ère du digital: devenir data-boulimique, a l'instar des GAFAs dont la puissance repose autant sur la quantité de données qu'ils ont accumulées que sur leur capacité à les exploiter en temps réel.

Rater cette révolution de la donnée étant, pour GreenSI, le moyen le plus sûr de rater la révolution suivante, celle de l'intelligence artificielle, dont le volet qui attire le plus les investissements concerne l'apprentissage (machine learning) et reposera justement sur cette capacité à collecter en masse des données et agir en temps réel.

Dans ce contexte, le rôle du CDO (Chief DATA Officer), moins glamour dans la presse que celui de l'autre CDO (le Chief Digital Officer), est certainement promis à un bel avenir dans les entreprises qui ont pris conscience de cette évolution amenée par les technologies numériques.


Un avenir qui après l'ère "post-PC" marquée par le développement du Social + Mobile + Cloud (qui a fait l'objet des premiers billets de GreenSI dès 2010 sur la transformation numérique) sera marqué pour Gartner par un nouveau triplet : Intelligence + Digital + Mesh.
Dans Intelligence, se cache la révolution de la donnée et les débuts de l'intelligence artificielle en entreprise. La donnée est donc la matière première de la révolution des systèmes intelligents, ou "Smart", préfigurée par l'arrivée des objets intelligents, des applications intelligentes et des premières applications de l'intelligence artificielle en entreprise.

La question de la gouvernance de la donnée dans l'entreprise devient donc centrale pour libérer ce potentiel.

L'erreur serait de confier cette question uniquement à la DSI sous prétexte que, historiquement, la DSI gère les infrastructures sur lesquelles sont stockées les données. Ce serait une erreur car la DSI ne porte pas de résultats financiers (P&L) or l'enjeu c'est bien l'avenir des services de l'entreprise pour se développer avec les données ou l'avantage compétitif délivré par des processus plus réactifs.

Le cabinet d'analystes Gartner qui a réalisé fin 2016 une enquête sur cette fonction auprès des CDO dans les entreprises clientes de ses services, estime que leur nombre a déjà atteint 3.500 au niveau mondial, et que c'est l'un des segments les plus dynamiques des cadres d'entreprises. Il prévoit même une certaine compétition entre les entreprises pour attirer les talents et donc un turnover rapide des candidats aux États -Unis.

Contrairement aux Chief Digital Officers, qui peuvent se plaindre de ne pas avoir de grandes équipes ni même parfois d'avoir un budget dédié, le "CDO Office" devient une nouvelle fonction commerciale dans les organisations, reprenant parfois les fonctions et les équipes opérationnelles d'équipes existantes comme celles de la qualité des données, de l'intégration de données ou de la gestion des bases de données (MDM, Marketing,...). Le développement des "CDO Office" étant la tendance de 2017 et selon Gartner leur budget en croissance de plus de 66% atteignent déjà en moyenne les $6,5 millions.

En Europe l'adoption des CDO est en retard par rapport aux Etats-Unis, selon le CDOclub qui organise des conférences dans le Monde pour rassembler les CDO (qui en dénombrait également 3.000 en 2017).

En France, l'EBG et Informatica ont animé cette année un groupe de travail pour mieux cerner les profils des CDO et auquel j'ai participé. Ce baromètre sur les nouvelles missions du CDO sera présenté le 19 octobre 2017 et permettra de mieux éclairer ces missions en France et de montrer leurs évolutions par rapport à 2016.

De l'analyse de GreenSI, l'enjeu de la fonction CDO n'est pas de rationaliser l'existant en matière de système décisionnels souvent imparfaits, mais de permettre le développement du "smart", de l'innovation stratégique autour des données, et des nouveaux business. Dans ce contexte les missions du CDO sont donc clairement tournées vers le développement de toute l'entreprise par les données et notamment :
  • l'orchestration du changement vers une culture axée sur les données,
  • les projets d'innovation commerciale avec les données,
  • la mise en œuvre, seul ou avec les autres directions, de la valorisation de ces données.
L'étape juste après la donnée étant celle de l'algorithme, dans certaines entreprises les CDO devront essayer de développer les capacités de l'entreprise à analyser ces données avec les nouveaux moyens que leur amènent maintenant l'Intelligence Artificielle.
Ce que nous apprennent sur ce sujet les GAFAs et l'analyse de CB insights ci-dessous, c'est que le moyen le plus rapide d'acquérir ces compétences reste encore de faire l'acquisition des startups qui ont démontré qu'elles les avaient...


Leur appétit a commencé il y a 4 ans et les choses semblent s'accélérer.
Enfin, la gouvernance des données ne doit pas être oubliée dans les fonctions du CDO, en lien avec les autres organes de gouvernance de l'entreprise.

Notamment dans la perspective de la nouvelle réglementation européenne RGPD (GDPR en anglais) qui entrera en vigueur en mai 2018. Mais celle-ci ne doit surtout pas prendre le dessus sous peine de concentrer les énergies à expliquer pourquoi il ne faut rien faire à cause des risques, au lieu d'imaginer les moyens de développer la création de valeur et la génération de revenus. L'éternel problème du verre à moitié plein ou à moitié vide. 

Pour GreenSI ce risque est réel car la RGPD (avec ses pénalités pouvant aller jusqu'à 4% du chiffre d'affaires mondial)  jette la confusion sur les enjeux des données dans les organisations qui seront mal préparées. Tant mieux pour ceux qui voient le verre à moitié plein, ils prendront de vitesse leurs concurrents moins optimistes.
Même si la réciprocité est prévue par le RGPD et qu'indirectement la réglementation s'applique donc aux sociétés non européennes qui ne peuvent en tirer un avantage concurrentiel direct sur les sociétés européennes, les GAFAs sont aussi des experts en réglementation et gestion du temps, comme le montre cette semaine l'annulation du redressement de Google...


La transformation numérique des entreprises aborde donc un nouveau virage, celui de l'Intelligence Artificielle.

Le CDO et le "CDO Office" quand il s'agit d'une entité marketing ou commerciale déjà structurée dans l'entreprise, vont y jouer un rôle majeur d'accélération pour repenser les services de l'entreprise autour de la valorisation des données tout en contribuant à mettre en place une nouvelle gouvernance des données.
Ce rôle de Chief Data Officer n'est pas nouveau puisqu'il est identifié depuis au moins 2013, mais les budgets et les outils sont aujourd'hui là pour qu'il ait un impact de plus en plus grand dans les organisations.

jeudi 13 juillet 2017

#FlipYourMind : Devenez data-boulimique

#FlipYourMind : Devenez data-boulimique

 #FlipYourMind est une série de billets de GreenSI sur le thème de la transformation digitale. Ne cherchons pas à agir à l'ère du digital tout en pensant encore comme à l'ère précédente. Si vous lisez ceci c'est certainement que vous avez choisi de prendre la pilule rouge ;-)







Dans une économie numérique, les données et la collaboration (les relations) sont au cœur de la valorisation des relations numériques.
On parle des données, parce que l'économie est certes numérique mais elle représente un monde réel. Plus on aura de données pour représenter ce monde, plus la représentation de ce monde sera exploitable. De même, on parle de relations parce que l'économie numérique repose sur un réseau qui relie virtuellement tous les serveurs, tous les humains, et demain tous leur objets. Ces échanges ont aussi de la valeur quand ils sont prêts à être activés.
La puissance des GAFAs repose autant sur la quantité de données qu'ils ont accumulée que sur leur capacité à activer les bonnes relations en temps réel pour exploiter ces données. Ce n'est un secret pour personne et toutes les discussions dans l'entreprise parlent maintenant de big data, de smart data, etc. Mais qui réellement en tire la conclusion que cette boulimie de données et de relations, seul ou en équipe, devrait être une arme de l'entreprise?

Cette semaine l'annonce de l'Alliance Gravity marque un tournant dans la publicité quand plus d'une dizaine de médias et d'éditeurs français ont décidé de partager les données qu'ils collectent sur leurs lecteurs visitant leurs sites. Il aura fallu plus de 5 ans de domination de Facebook et Google sur la publicité de l'internet mobile et fixe pour que l'industrie des médias réagisse, et mette en oeuvre le moteur de la valorisation des relations numériques: la data-boulimie collaborative.

Saluons l'initiative, car l'industrie de la musique ou des livres ne l'ont pas encore compris, alors que leurs produits deviennent maintenant des flux (streaming) qui génèrent beaucoup plus de données sur les usages que les produits physiques, puis numériques qu'ils vendaient.
Dans cette brochette d'acteurs - un peu trop masculine aux yeux de GreenSI et de #JamaisSansElles, les femmes avaient certainement piscine ce jour là - on y retrouve le Groupe Les Echos, Lagardère, Prisma Media, SoLocal et même l'opérateur mobile SFR, la FNAC Darty avec son e-commerce, ou les sites de la chaîne M6.



C'est une union qui démontre bien la porosité des industries amenée par le numérique et la possibilité de fédérer largement entre industries avec les mêmes outils.

Et puis dans la liste des entreprises de l'Alliance il y en a des très chahutées sur leur marchés, comme FNAC et Darty qui tentent la fusion pour résister à un Amazon dans un contexte d'hybridation entre les mondes numériques et réels en magasin. On y retrouve également SFR en perte de vitesse tout au moins d'abonnés mobiles et SoLocal pris dans une tempête boursière qui a reconfiguré son Conseil d'Administration le mois dernier. C'est peut-être un signe qu'il est plus facile dans nos organisations d'agir devant le danger au pied du gouffre plutôt que d'agir par anticipation quand tout va bien.


À l'ère du digital, la nouvelle façon de penser est donc de capturer toutes les données - même les plus insignifiantes, voire les gratuites comme la météo. Derrière toute transaction se cache un contexte et un environnement, pourquoi se limiter à enregistrer seulement la transaction si les deux autres peuvent être des variables explicatives de cette transaction?

À l'ère du digital, c'est aussi la priorité données aux écosystèmes, qui ensemble peuvent activer ces données ou ces relations. Cela amène sur une idée récurrente dans les billets de GreenSI c'est qu'une partie du SI de l'entreprise ne se construit pas dans l'entreprise, mais en dehors de l'entreprise.

Votre DSI est peut-être engagée à enfin mettre en place "son" immense Datalake pour répondre aux enjeux du numérique et décloisonner un système d'information construit par application et par direction métiers. Le virage de la transformation digitale semble donc bien pris, et la data-boulimie va pouvoir commencer, une fois cet estomac terminé.

Mais attention, car le diable se cache dans les détails de l'implémentation ; et les vieux réflexes de contrôle qui ont structuré la façon de penser des DSI de ces trente dernières années peuvent encore tuer une initiative de construction de valeur autour des données. Contrairement à ce que peuvent raconter les consultants qui vous ont vendu ce DataLake, et à moins d'être ouvert et installé sur le Cloud, il ne servira au mieux qu'à optimiser vos processus et votre décisionnel interne. Ce sont deux sujet qui ont également 30 ans mais qui ne sont qu'une petite étape vers la digitalisation de l'entreprise.

La plateforme permettant à une entreprise de devenir data-boulimique est nécessairement ouverte à son écosystème via des API pour que chacun y mette et retire, EN TEMPS RÉEL, les données qui seront essentielles à la prise de décision instantanée sur Internet.

Pour cela, le Cloud est le seul candidat, mais pas sur une instance qui implémente la politique de sécurité de l'entreprise (qui rejette toute requête externe), mais sur un Cloud construit pour travailler avec tout un écosystème. Une des entreprises peut opérer ce cloud collectif, mais sans en tirer un avantage au-delà d'entretenir sa maîtrise des infrastructures numériques.

Le développement de l'internet des objets pour les sociétés industrielles est également concerné par cette boulimie, que ce soit en B2C ou en B2B.
Chaque capteur amènera plus d'information contextuelle sur la production, la logistique, la distribution voire sur l'usage du produit ou du service par le client final. Ces données pourront être utilisées en interne pour optimiser les processus, mais surtout en externe dans une collaboration autour d'un écosystème.

Dans le domaine de la ville intelligente (Smartcity), qui est cher à GreenSI, certaines collectivités comme la Métropole de Saint-Étienne engagent des projets de collecte de données au niveau d'un territoire.

Cela favorisera les applications citoyennes qui informent en temps réel les habitants et luttera contre la "pensée unique" qui serait de n'avoir qu'une seule ville représentée numériquement en temps réel - celle de Google (Map, Streetview, Earth,...)

Pour GreenSI, si vous voulez penser à l'ère du digital, pensez tous les jours aux données que vous auriez pu capturer.

Créez les "connecteurs" pour alimenter la plateforme de votre future Alliance. Comme la gravité, elle aura ce pouvoir massif d'attraction des données, mais le but n'est pas de les garder que pour vous, vous devrez aussi penser pouvoir inverser la gravité pour qu'elles se valorisent partout dans ce nouveau monde numérique en construction.

Et puis, rater la révolution de la boulimie des données, c'est sans aucun doute la façon la plus sûre de rater la prochaine révolution, celle de l'Intelligence Artificielle dont l'apprentissage repose sur les données. Mais ce sera pour un autre billet.

Ne ratez pas les prochains billets #FlipYouMind  
Un nouveau regard sur la Chine numérique

Un nouveau regard sur la Chine numérique

En janvier 2016, GreenSI s'etait penché sur l'étude mondiale « Keeping Score: Why Digital Transformation Matters, pour voir si notre expérience française ou notre contemplation de la Silicon Valley étaient biaisées quand on regardait la force de transformation du numérique au niveau mondial. Ce billet mettait en avant l'impact beaucoup plus fort de la transformation numérique sur l'Inde, la Thaïlande ou le Brésil, par rapport aux États-Unis ou à la France.

Dans ce billet c'est la Chine qui a retenu l'attention de GreenSI.

En effet, depuis quelques mois plusieurs signaux montrent que la Chine est en passe de devenir un espace numérique particulier dans le monde. On connaît la Chine pour ses équipements (Huawei), ses matériels (Lenovo) et bien sûr ses mobiles (8 des 12 premiers constructeurs de mobiles sont chinois). Mais aujourd'hui la Chine est aussi en train de prendre la tête dans les ventes de produits numériques ou de plateformes sociales.



Et puis, cette semaine j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer un VP en déplacement en France d'un des BATX - Baïdu, Alibaba, Tencent, et Xiaomi - ces GAFAs chinois qui règnent en maître sur la Terre du Milieu, et qui ont même envie d'en sortir...

D'ailleurs, ils en sortent ! 

On ne compte plus par exemple les interventions dans les salons et dans la presse américaine ou européenne de Jack Ma, le patron d'Alibaba, plus gros qu'Amazon et eBay réunis, comme la semaine dernière à Gateway'17 où il a partagé la recette du succès d'Alibaba: "hire as many women as possible !".

Et quand en 2014 Alibaba s'est introduit en bourse, ce fut bien sûr dans celle de New York, et pas de Hong Kong.

Pour revenir à ce VP, ce qui était intéressant de relever dans les échanges c'est qu'ils ne comprenaient pas pourquoi nous avions tel type d'architecture ou tel besoin pour nos systèmes. Et force est de constater que la qualité du réseau mobile dans les villes en Chine et la discipline de la population chinoise propulsait les villes chinoises denses dans une phase d'adoption massive de l'internet mobile au-delà de ce que l'on connaît en Europe.

Parmi les clichés quand on pense à la Chine et au numérique, on retrouve l'internet chinois comme une sorte de méga intranet national, ses frontières étant contrôlées quand elles ne sont pas tout simplement bloquées. La "backdoor" du gouvernement est acceptée comme on accepte à titre personnel que Google lise nos emails en échange d'un service gratuit.

Mais ces barrières ont aussi fonctionné dans l'autre sens et empêché les GAFAs de développer en Chine une position hégémonique, propulsant cette fois les BATX en méga-entreprises en position de contrôle des routes numériques du commerce. À l'heure où l'Europe se cherche en terme de stratégie numérique, et surtout de comment l'implémenter pour faire émerger plus de licornes bleues étoilées, les chinois ont réussi ce tour de force en partant pourtant en retard.
L'autre cliché quand on pense à la Chine est celui de la copie. Il peut pourtant être retourné quand l'agilité et les usages reviennent sur le devant de la scène. 

La question n'est plus d'avoir la meilleure technologie mais celle qui sera reconnue comme la plus utile par ses utilisateurs et gagnera par son adoption. Savoir copier, en réussissant une meilleure implémentation que des produits technologiquement plus avancés, est aussi le quotidien de l'internet et la réalité de la disparition de nombreuses startups aux Etats-Unis et en Europe. Or, la technologie se protège mais les usages et l'adoption sont plus compliqués à protéger.

Et puis, pour apprécier la copie, il faut dépasser les premières fonctionnalités dans les comparaisons.

Weibo, reconnu comme le "Twitter chinois" n'est plus exactement une plateforme comme Twitter même si elle a pu l'être quand les deux sont partis du microblogging. Par exemple, elle a fortement développé les jeux, ce qui n'est pas le cas de Twitter, et c'est également ce qui a fait le succès de Facebook. C'est surtout une plateforme de contenu très intégrée à de multiples forums et sites de news - peut-être d'ailleurs l'avenir de Twitter.

Ayant des amis en Chine, j'ai depuis longtemps créé un compte sur WeChat pour communiquer avec eux, mais l'usage que l'on en fait en Europe n'a rien à voir avec l'usage qui en est fait en Chine.
Tencent qui propose ce service est devenu la plateforme de paiement la plus utilisée du pays, et population de la Chine oblige, la plus utilisée du monde.

Mais elle sert aussi à tout type de transactions entre personnes dans la vie quotidienne, et le profil WeChat est même utilisé par certains commerçants pour afficher qu'une commande (faite en ligne) est prête et peut être retirée au guichet. Autre exemple, Suez en Chine a basculé son service clients sur WeChat pour que chacun gère sa consommation et ses factures d'eau, quand en France les standards sont encore d'avoir un site internet.

Alibaba Group est un mélange d'eBay avec ses enchères et d'Amazon avec son commerce et ses boutiques partenaires. Mais il y a aussi AliPay, un système de paiement intégré à la plateforme et de nombreux autres services reposant sur le ecommerce.

La réalité c'est donc que la Chine, après être partie en retard pour l'internet 1.0, a réussi a développer son propre modèle de l'internet 2.0.

Ce modèle est proche de celui que Google a poussé pendant ses années "Mobile First", avec notamment Android fortement adopté en Chine (comme beaucoup d'open source), mais ce modèle est sans Google et où les plateformes de paiement jouent déjà un rôle clef. Deux différences importantes avec l'Europe.
Qu'en sera t-il de l'étape suivante de l'évolution de l'internet, celle de l'internet des objets, de l'augmentation des données générées, et donc du "machine learning" sur ces données et de l'Intelligence Artificielle?

Pour GreenSI, plusieurs signes montrent déjà que la Chine sera bien positionnée dans ce nouvel internet.

Déjà parce que dans objet connecté, il y a "objet" - souvent "made in china". Dans un monde qui remet le "maker" sur le devant de la scène, les marchés professionnels chinois redeviennent des lieux où se trouvent les objets de demain, ou bien les fournisseurs pour imaginer les vôtres.

Il ne vous a pas échappé non plus que dans le marché des drones, le français Parrot s'est fait dépasser par le chinois Dji - Dajiang Innovation Technology - dont les drones industriels étaient présents sur plusieurs stands au salon du Bourget à Paris la semaine dernière. Il n'y a pas de chiffres officiels pour cette société non côtée mais on estime à plus de 1 milliard ses revenus, ne parlons donc pas de sa valorisation potentielle, donc déjà une belle licorne selon les standards européens.

Vous connaissez le CES à Las vegas, et bien il y a aussi le CES Asia qui s'est tenu il y a 10 jours à Shanghai. Mettez ce salon sur vos radars car, si comme GreenSI le pense l'innovation des objets connectés se déplace vers l'Est, ce sera certainement un événement incontournable dans le numérique dans les années qui arrivent.

En ce qui concerne l'IA, GreenSI aime à penser que les maîtres seront ceux qui ont beaucoup de données, et entre les réseaux sociaux et les objets connectés, la Chine est bien partie pour en avoir beaucoup. Et puis aux Etats-Unis il y a déjà une polémique sur le fait que Google diffuse sa technologie IA en open source et que les entreprises chinoises l'utilisent déjà, prenant de l'avance sur ce sujet...

Beaucoup prédisent aussi que la voiture autonome, mélange d'objet connecté et d'IA, aux meilleures performances environnementales car électriques, se développera plus vite en Chine qu'ailleurs.

L'année 2017 est donc certainement une étape importante dans la compétition mondiale, celle du rééquilibrage de la valeur de l'internet entre l'Est et l'Ouest. Espérons que l'Europe au milieu ne restera pas à compter les points de ce futur match États-Unis - Chine.