dimanche 20 janvier 2019

Êtes-vous prêt.e.s pour la rupture de la 5G ?

L'agitation sur le CES2019 étant retombée, la question de savoir si la France avait envoyé trop ou pas assez de startups ne faisant plus les titres, on va pouvoir maintenant analyser cette formidable source d'informations sur la technologie mondiale et en tirer des actions concrètes pour sa propre stratégie. Ce billet se propose d'explorer une technologie qui a l'air de venir plus vite que prévue, la 5G. Êtes-vous prêt.e.s pour la rupture ?

Avec l'intelligence artificielle, la 5G a clairement été mise en avant à ce CES 2019. Mais contrairement à l'IA qui avait déjà été la star d'au moins deux CES avec Alexa d'Amazon depuis 2017, c'est la première sortie d'ampleur et grand public pour la 5G, en dehors des salons pour initiés comme le Mobile World Congress.

Deux PDG de deux opérateurs déployant des pilotes 5G ont fait le déplacement à Las Vegas pour les keynotes, Hans Vestberg(Verizon) et John Donovan (AT&T).

Pour insister sur la disponibilité de la technologie, le premier client 5G de Verizon, un certain Clayton vivant à Houston, a même été contacté en visioconférence pendant la plénière et a fièrement affiché en direct un "speedtest" à 690Mb/s sur son ordinateur, une valeur qu'il a déclaré plus faible que d'habitude. Comme quoi l'effet démo ce n'est pas une légende puisque le débit de la 5G annoncé pour marquer les esprits est d'au moins 1 Gb/s.
Mais à quoi peut servir un débit plus de 20 fois supérieur au débit de 30Mb/s demandé pour utiliser l'application actuellement la plus consommatrice en débit temps réel au domicile, la télévision 4K 

Bien sûr, sur mobile c'est différent et ce débit peut en booster l'usage, mais l'écran étant plus petit son besoin en débit est aussi plus faible.
Donc pour GreenSI, pour l'instant, ce débit ne sert pas à grand-chose pour la majorité des particuliers qui vivent en zones urbaines et en l'état des applications actuelles. Pour ceux à la campagne, cela reste une promesse alléchante, mais attention aux chimères car si le bas débit est prometteur, le modèle économique pour financer un réseau servant peu d'abonnés reste toujours aussi compliqué que ce soit la 3, la 4 ou la 5G.

Ce sera plus vraisemblablement du côté de l'entreprise qu'il faudra à court terme aller chercher les nouvelles applications qui vont vraiment exploiter - et financer - ce nouveau réseau mobile.

La première fausse bonne idée à tuer c'est que la 5G, après la 4G et la 3G, ne serait qu'une augmentation du débit. Verizon a d'ailleurs égrené dans la keynote de Hans Vestberg les huit capacités (bizarrement appelées monnaies - "currencies") de la 5G. Il a invité sur scène des sociétés partenaires pour parler de chacune.

Au moins deux de ces capacités sont des ruptures par rapport à d'autres technologies et vont permettre réellement de développer de nouvelles applications. Il s'agit de la latence de 5ms (temps nécessaire au réseau pour répondre à une requête) et même 1ms sur le papier, ce qui rend possible le quasi temps réel à distance, et de la densité d'un million d'équipements connectés par km2 associé à un débit de 10Tb/s.
Ce sont ces caractéristiques qui vont rendre possible le passage à l'échelle de tout ce qu'on peut déjà lire sur les objets, les maisons ou les voitures connectés, la réalité augmentée ou virtuelle en temps réel et surtout à distance. Tous les analystes parlent de 30 à 50 milliards d'objets connectés en 2030, en restant plus discret sur l'énergie pour les alimenter et la saturation des réseaux pour les connecter...

Ce sont également ces mêmes caractéristiques qui vont certainement limiter les applications d'un autre buzz du moment, l'accès internet par satellite. Alors que le meilleur réseau gagne...


La performance de la 5G ce sera de déployer un réseau plus dense, exploitant des fréquences plus élevées que la 4G (ondes "millimétriques"), pour obtenir ces débits et cette vitesse, d'où la capacité de traiter plus de connexions dans chacune des (plus petites) cellules.


Si la 5G devient une opportunité de marché de masse, GreenSI pense que sera dans celui des objets connectés. Il est en effet toujours plus facile de déployer un nouveau réseau avec de nouveaux équipements et de nouvelles applications, que de changer tous les téléphones, modems et box de ceux qui ont déjà un accès. La 5G demande de lourds investissements pour les opérateurs, l'achat de nouvelles fréquences (même s'ils vont aussi réutiliser celles de la 4G), qu'il faudra bien amortir avec des revenus supplémentaires, sans cannibaliser leurs offres actuelles qui financent la fin du retour sur investissement de la génération précédente. 

Et puis n'oublions pas que les opérateurs veulent se refaire après avoir été "dépouillés" par les GAFAs d'une grande partie de la valeur du déploiement des réseaux internet et internet mobile. La 5G ce sera donc certainement le début de tentatives de repositionnement dans la chaîne de valeur et l'écosystème de l'accès internet - puces des smartphones, modems, électronique objets connectés, équipementiers télécoms, opérateurs, logiciels, etc., de tous ceux qui pensent ne pas être rémunérés à leur juste effort (voir Delta - Free a tout compris à la maison connectée).

L'annonce de deux partenariats entre Verizon et des labs d'entreprises - Disney et Times - sont le signe que la 5G va permettre de réinventer la diffusion d'information. Une démo de Times montre comment on passe de la simple vidéo d'une news à la possibilité d'explorer l'information et littéralement de se projeter sur les lieux d'un événement.

Ces labs ont donc pour mission d'imaginer ces nouvelles expériences utilisateurs, comme une information plus immersive, qui feront la différence, permettront aux producteurs de contenus de se différencier tout en stimulant l'adoption par les internautes des nouveaux smartphones qui permettront d'en bénéficier.

AT&T est aussi convaincu du potentiel de rupture amené par la 5G. Il a présenté sa vision de l'hôpital connecté et du stade connecté. C'est au Rush Medical Center à Chicago que pour AT&T s'invente l'hôpital du futur, avec en complément de la 5G le nécessaire "Edge computing" qui rendu nécessaire pour la gestion en local de la profusion des données générées (voir Edge, qui va gérer les données ?).
Contrairement à Apple qui a lancé seul il y a 10 ans la dernière rupture dans les smartphone avec l'iPhone, la 5G sera plutôt une technologie collective où certains vont essayer d'en tirer plus de bénéfices que d'autres, souvent en prenant plus de risques, plus tôt. 
La nouvelle expérience client sera donc clef pour vendre la valeur de la 5G.

Cependant, d'autres axes de recherche de ces nouveaux modèles existent certainement dans les entreprises autour du travail à distance et, de façon plus classique avec une nouvelle technologie, de la productivité.
La 5G donne la sécurité d'un pilotage à distance d'opérations demandant de la précision. Les opérations à distance par des chirurgiens pilotant des robots situés à côté du patient ont déjà été réalisées avec des équipements très sophistiqués. La 5G promet d'en faire une commodité. 
Avec la 5G on peut imaginer des drones connectés avec un débit permettant de prendre des vues avec une meilleure résolution et même de les piloter à distance. En laissant un drone sur un site isolé, quand une alerte remonte, on peut l'activer et le piloter pour rapidement avoir des données sur la situation et mieux décider de la suite à donner. On peut également imaginer scanner régulièrement ses installations pour mettre à jour leur "jumeau numérique". L'exploitation de cette capacité d'échange de données massives va également rendre plus attirante les applications de réalité augmentée et virtuelle.


La santé, la production et l'industrie plus largement, le transport et la distribution vont certainement être les premiers secteurs avec des applications concrètes... une fois les réseaux déployés. Car il est vraisemblable que les priorités de couverture du territoire soient définies en fonction des usages et de leur valeur pour l'opérateur. Le classique problème de la poule et de l'œuf.

En France l’arrivée de la 5G est attendue pour 2020, comme dans plusieurs autres pays dans le monde dont les États-Unis, la Chine ou la Corée du Sud. Mais ce calendrier pourrait être bousculé par la bataille économique que les États-Unis livrent à la Chine et notamment les multiples actions engagées contre Huawei - un investisseur majeur en R&D 5G - ces derniers mois. La maitrise technologique de la Chine, dans l'IA, les drones ou l'e-commerce, commence à agacer le bureau ovale. La dernière en date visant à bloquer la vente de puces américaines à Huawei et ZTE, ambiance...

La 5G est donc clairement une réelle opportunité de rupture pour les entreprises, et certainement une opportunité de redistribuer les cartes des télécoms data dans les 10 prochaines années. Mais son déploiement, au-delà des premiers "uses cases" localisés, pourra prendre du temps. Il est donc encore un peu tôt pour la majorité des entreprises pour démarrer des expérimentations en 2019, en revanche de comprendre les limites actuelles de son modèle d'opérations, avec le prisme des capacités futures de la 5G, est certainement un bon moyen de s'y préparer.
Et si je pouvais opérer une machine à distance, laquelle ça serait ? A vos labs, prêts, partez !
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NB: GreenSI a décidé en 2019 d'utiliser un peu d'écriture "inclusive", comme dans le titre de ce billet, pour rappeler que la féminisation des métiers de l'informatique doit rester un objectif dans l'intérêt de tous.

dimanche 13 janvier 2019

Quelles nouvelles stratégies ERP avec le digital ?

En octobre, GreenSI écrivait que dans le digital la relation client et la supply chain sont intiment intégrée en quasi-temps réel. Aujourd'hui ces applications CRM (ventes, services client, marketing...) et SCM (achats, stocks, logistique...), considérées dans le périmètre de l'ERP, donne une première idée de ce que pourra être un ERP dans un monde digital. Quelque chose de certainement très différent de ce que l'on connait comme un gros système intégré, d'où son nom en français PGI (progiciel de gestion intégrée).

Ce billet poursuit cette réflexion et décode dans l'actualité les repères à prendre en compte dans sa stratégie d'évolution de son (ou ses) ERP et notamment la prise en compte du Cloud et du Digital. La dernière levée de fond du français Talentsoft de 45 millions d'euros annoncée la semaine dernière, trois ans après une première de levée de 25 millions d'euros, est l'un de ces repères.

Comment expliquer, dans un monde ERP dominé par une poignée d'acteurs qui se partagent plus de la moitié du marché, sur un besoin aussi "ancien" que les ressources humaines, qu'il y ait encore de la place pour un nouvel acteur mondial. C'est en effet l'ambition de cette levée de fond que de développer fortement l'international.

La vision de GreenSI c'est celle du début d'une transformation profonde du périmètre de l'ERP tel qu'on le connait.
Talentsoft avec sa gestion des talents, pour en finir avec la seule gestion des ressources humaines (signe des temps), n'est pas le seul acteur à "grignoter" des morceaux, ou plutôt des processus, à l'ERP.
Concur est l'expert de la gestion des notes de frais, avec des interfaces vers des plateformes digitales comme Uber pour aider les salariés à récupérer ses justificatifs et à l'entreprise de maîtriser ses dépenses.
Workelo est un expert du "on-boarding", l'ensemble des procédures pour accueillir un nouveau salarié, et faire que ce moment clef pour lui se passe bien.
CashOntime est un expert du recouvrement, c'est pourtant une fonctionnalité bien présente dans les ERP qui gère les comptes clients et la facturation depuis bien longtemps.

Il faut voir que ce marché est en croissance de 11% par an mondialement (taille de $31 milliards en 2017). C'est la plus forte croissance, devant le conseil, de tous les segment du marché informatique. Il est donc plus facile pour des nouveaux entrants de s'y faire une place que dans un marché moins porteur. Il attire donc le capital investissement.

Ceux qui réussissent utilisent les forces de la transformation digitale en cours, à savoir le Cloud (notamment le SaaS) et surtout cherche à réinventer une nouvelle expérience utilisateurs. Dans les exemples précédents, l'expérience utilisateur est mise en avant par ces logiciels experts et permet de rendre conviviaux et personnalisés des processus pas toujours très souples dans les ERP génériques pour gérer les exceptions.


L'expérience utilisateur est un formidable levier d'adoption. Elle s'appuie sur une construction agile et itérative au fur et à mesure des besoins. C'est donc aussi une réduction des coûts associés à la conduite de changement, une des difficultés pour la diffusion des ERP dans l'entreprise et parfois la cause principale d'échecs des projets.
Ces nouveaux outils experts font donc plus que d'amener une richesse fonctionnelle, qui souvent existe déjà ailleurs. Ils amènent une richesse collaborative et une intelligence particulière pour comprendre l'utilisateur. GreenSI ne serait pas surpris que ce soit ces solutions qui intègrent prochainement les avancées de l'intelligence artificielle pour non pas plus automatiser les processus, mais rendre plus performants leurs utilisateurs.


L'irruption massive de la technologie, partout en dehors de l'entreprise, est une autre raison de la limite du modèle des ERP. Le billet précédent montrait que CRM se développait avec le développement au départ des technologies multicanales, de magasins connectés et demain des assistants vocaux. La Supply-chain elle devait faire face à la prolifération d'objets connectés, à l'impression 3D et demain à la blockchain pour les produits demandant un traçabilité absolue.

Avec une version majeure tous les 5 ans (et encore SAP c'est une tous les 10 ans depuis qu'il a créé la catégorie), l'ERP est victime de la taille de sa base installée pour tenir le rythme demandée par l'intégration de ces technologies dans les usages. Il est plus facile pour une startup de faire table rase, surtout que les technologies d'intégration de données ne manquent pas, voir avec le développement de la RPA (robot process automation) vont exploser et profiter des investissement en intelligence artificielle.

GreenSI voit donc deux conséquences relativement immédiates à cette situation :
  • les DSI vont devoir apprendre à gérer le recouvrement fonctionnel et la redondance. C'est pourtant contraire à toutes les règles d'architecture fonctionnelle. Certes, mais ne pas bénéficier intelligemment de cette tendance pourrait enfermer le SI dans une prison dorée risquée à moyen terme si finalement le modèle ERP unique et intégré perd la partie.
  • les ERP vont donc devoir évoluer vers une plus grand modularité pour la commercialisation de leur offre pour faire face à cette nouvelle concurrence, qui, ne nous y trompons pas, est le révélateur des attentes des clients.
Bien sûr les grand éditeurs ne restent pas sans réagir, pour l'instant avec des acquisitions. SAP a par exemple racheté Concur plutôt que de le laisser se développer et devenir un concurrent un peu trop gênant. Et puis Oracle est connu pour sa stratégie de rachat externe plutôt que de développement interne. C'est ce qu'il a fait en reprenant Netsuite, un ERP natif dans le Cloud.

Et puis le cloud, future plateforme dominante des ERP, en tout cas pour les nouveaux entrants, évolue lui aussi.
Une première tendance est aux plateformes de développement (PaaS) à l'instar de Salesforce qui à complété son offre SaaS de cette possibilité. Le pionner du SaaS qui a publié ses comptes récemment, nous donne aussi une information sur la croissance comparative de ses business et notamment sur ses efforts de croissance de 51% de ce business, à comparer au 10% de croissance du Sales Cloud (aligné avec les 11% de croissance des applications d'entreprise déjà cité).

Le développement informatique est redevenu une priorité pour les DSI dans le digital. Développer sur une plateforme Cloud permet une intégration plus facile avec les solutions SaaS qui exposent des services. C'est aussi un moyen de combler la fracture potentielle des données entre le "on-premise " et le Cloud.
Une seconde tendance plus lointaine est celle du développement du Edge, les données locales, versus centrales pour le Cloud, dont on aura besoin pour piloter les usines intelligentes et repenser l'expérience utilisateur dans les magasins par exemple (voir Edge computing: qui va gérer les données). En sois, le Edge est antinomique avec le modèle de l'ERP qui repose sur une base de données unique, multi-métiers, multi-devises, multi-sociétés.

Que ce soit par la réduction du périmètre fonctionnel, par le développement du SaaS, le retour du PaaS et du développement spécifique, ou demain de l'intelligence déployée dans le Edge, la fragmentation de l'ERP est acquise. La stratégie SI va devoir s'y adapter .

dimanche 6 janvier 2019

2019, une opportunité unique d'agir pour la DSI digitale

Dans le billet précédent qui faisait la rétrospective de 2018, on a pu voir que le rôle de la DSI dans la transformation numérique des entreprises était en train d'évoluer. Et c'est tant mieux, car le rôle des investissements SI s'est affirmé comme étant de plus en plus clivant pour la réussite de cette transformation. Qui plus est, dans un contexte français, où les entreprises investissent moins dans les SI qu'ailleurs en Europe (voir "dur dur d'être un DSI Digital en France !") et donc où l'efficacité de ces investissements doit être plus grande.

Intrigué par cette inflexion, GreenSI a creusé le sujet dans ce billet en revenant sur l'historique de la relation entre la DSI et la DG pour comprendre pourquoi c'est maintenant, en 2019, que la DSI a une opportunité unique de changer sa trajectoire.

Le département informatique, devenue la Direction des Systèmes d'Information, a toujours souhaité être un partenaire stratégique de la Direction Générale. Pourtant, force est de constater que jusqu'en 2010, peu de Directeurs des SI siégeaient au Comité de Direction de l'entreprise (Codir), voire dans son Comité Exécutif (Comex) et en 2015 on affichait le chiffre de un sur quatre.

La dynamique de la relation entre DG et DSI était d'ailleurs l'une des batailles du Cigref, l'association des DSI des grandes entreprises... il y a 17 ans, en 2002. Associé à McKinsey, le Cigref avait publié un livre blanc pour tordre le cou à deux idées répandues en France à cette époque : le peu d'intérêt des DG pour les sujets liés à l'informatique, et le fonctionnement en tour d'ivoire des DSI !

Dans les faits, la majorité des DSI reconnaissaient que la contribution des SI à la stratégie de l'entreprise était inférieure aux attentes, mais leur jugement était moins négatif sur ce point que celui des DG. La communication entre eux et la compréhension des enjeux du SI aura pris au moins 6 ans.
En 2009, un nouveau livre blanc du Cigref appelle à une gouvernance commune du SI. Cela peut faire sourire aujourd'hui, mais c'était le problème il y a juste 10 ans. La gouvernance s'est donc renforcée pour organiser cette relation DSI et métiers, autour de projets au cycle en V parfois difficile à maîtriser...


Un autre sujet qui n'a pas toujours été une évidence, était la contribution de la DSI à l'innovation. L'arrivée en masse de l'internet a heureusement ouvert un accès à l'innovation SI via tous les ordinateurs connectés. GreenSI écrivait en 2011, la DSI condamnée à innover... ou à disparaître !

Ce billet relatait la création de la nouvelle offre très innovante Amaguiz (Groupama) reposant sur de la technologie embarquée dans la voiture de chaque client (géolocalisation dans les voitures pour payer l'assurance au km près). La Directrice Générale, rappelait la symbiose qu'il devait y avoir entre le métier, le marketing et l'informatique pour développer en partant de zéro un nouvel acteur sur un marché aussi concurrentiel et aussi encombré que l'assurance. Pour être plus réactive, elle avait décidé d'internaliser toute son informatique, tordant le cou aux idées reçues à l'époque sur l'externalisation de l'informatique.

Huit ans plus tard, on mesure la justesse de la vision d'Amaguiz !

Aujourd'hui, l'ère digitale est bien installée, la contribution du SI à la stratégie et à l'innovation est acquise pour la Direction Générale. L'agilité et la proximité entre le développement et le métier est une bonne pratique, comme celle entre le développement et les opérations (DevOps).

La DSI peut gagner la confiance de la DG en maximisant sa contribution réelle à la stratégie de l'entreprise, en tournant ses radars vers les clients de l'entreprise, et pas uniquement vers l'interne. Quand les sources de revenus et de diversifications dépendent de la plateforme digitale 24/7, elle ne peut être gérée comme l'ERP interne.

La DSI pourra alors comprendre les enjeux business et renforcer son rôle de conseil à la DG, qui se cherche un mentor interne, dans un monde technologique qui évolue à un rythme très rapide.

Et puis comme le rappelle souvent GreenSI, depuis quelques années la technologie est si "abondante" que ce n'est plus un besoin comme le montre le graphique ci-contre. Le vrai besoin devient de comprendre comment développer les usages pour prendre de l'avance sur la concurrence.
C'est d'ailleurs aussi cette adoption interne comme externe qui explique les succès et les échecs des entreprises pour prendre le virage digital.
Quelle DSI peut sérieusement faire des "proof of concepts" sur chacune de ces technologies, au rythme de remplacement annoncé, et en diffuser les résultats pour que les métiers imaginent des usages et lancent des projets "classiques" avec une gouvernance qui, au mieux, gère les projets et les budgets à l'année ?
Aucune bien sûr !

Le rôle de la DSI ne peut évoluer vers un nouveau rôle plus stratégique, que si elle éclaire la vision technologique et aide les métiers, de façon agile, à se les approprier. La légitimité de la présence de la DSI aux comités exécutifs (Comex) sera alors plus forte. 


La DSI va donc devoir maîtriser l'agile, mesurer sa performance, l'améliorer de façon continue, prendre des engagements quand son travail impacte les clients de l'entreprise et apprendre à travailler avec son écosystème.

Cette dernière phrase vient de mettre à mal 10 ans de gouvernance classique DSI (COBIT et ITIL), autocentrée sur elle-même ou sur sa relation avec les métiers quand ces référentiels sont appliqués au pied de la lettre, sans prendre en compte les clients externes de l'entreprise. Pourtant ce sont ces client qui produisent des résultats générateurs de revenus. Le Cigref associé à l'AFAI a engagé en 2018 un travail de mise à jour de la gouvernance du SI à l'ère du digital dont les résultats seront publiés ce trimestre.

Autre renoncement à prévoir pour la DSI, sa relation un peu trop forte avec des fournisseurs historiques d'avant le digital,comme certains grands éditeurs. Libérer cette chaîne est un moyen de reprendre la main sur le développement informatique, en s'appuyant sur l'open source, et de réduire les coûts applicatifs qui ont tendance à augmenter sans toujours apporter une valeur à croissance équivalente (voir La fronde du DSI contre les grands éditeurs).

2019 est aussi une année charnière dans cette relation DSI-DG pour une autre raison qui ne dépend pas d'elle.

En effet, à partir de 2013 une fonction est apparue pour combler le vide laissé par la DSI pour aborder le digital au moment où la transformation est passée à la vitesse supérieure : Chief Digital Officer. Le CDO est un chef d'orchestre, généraliste, qui a une bonne connaissance des SI et une forte orientation business. 



Quatre ans plus tard, plusieurs cabinets de conseil ont annoncé la fin du CDO, vu depuis le début comme un poste transitoire, notamment par Forrester. Devant la difficulté de la tâche, et parfois de la résistance à se transformer, la motivation de beaucoup de CDO n'a pas suffi et 2018 a vu un certain turnover dans la fonction. La durée moyenne dans le poste dans les grands groupes est proche des 2-3 ans pour ceux qui ont bougé.

L'objectif du DSI n'est pas nécessairement le remplacement du CDO, mais "l'alignement agile". La DSI a besoin des méthodes et de la vision développée par le CDO, le CDO a besoin du système d'information pour industrialiser les modèles digitaux.

2019 semble donc être une année unique et une opportunité pour le/la DSI qui saura faire monter en compétence et en agilité sa Direction, qui aura abandonné ses carcans historiques (gouvernance et fournisseurs) et saura construire la plateforme digitale dont l'entreprise a besoin pour développer ses revenus et réinventer son business modèle. 
Cette année GreenSI suivra ces DSI qui vont profiter de cette fenêtre de tir unique et reviendra vous en parler.

mardi 1 janvier 2019

Rétrospective #TransfoNum 2018 : DSI, UX et RGPD


Pour ce dernier billet de l'année, GreenSI vous propose, comme l'an dernier, de faire le point sur l'année écoulée au travers de la quarantaine de billets publiés en 2018 et de regarder comment anticiper 2019.

Autant 2017 aura été une année charnière pour la transformation digitale avec l'arrivée à maturité de technologies et de projets aux nouveaux usages (internet des objets industriels, intelligence artificielle, villes intelligentes...), autant 2018 aura été consacrée non pas à la technologie, mais à la démarche de transformation et à sa gouvernance.

Le rôle de la DSI dans la transformation numérique évolue.

Au sein de cette démarche, le rôle de la DSI s'est affirmé être de plus en plus clivant pour la transformation de l'entreprise.
Il y a ceux qui adaptent la Direction des SI, avec en point d'orgue l'appel de décembre des DSI des plus grandes entreprises françaises - Cigref - à utiliser l'open source, et réussissent. Et puis il y a ceux qui conservent la gouvernance SI "traditionnelle", malheureusement obsolète dans une économie numérique, qui freine les initiatives digitales et en multiplie souvent les coûts.

Rappelons, s'il en était encore besoin, qu'en 2018 le digital tue ceux qui ne s'adaptent pas et qu'en 2018 la transformation digitale, n'est plus dans un "proof of concept" localisé, mais dans les grandes manœuvres mondiales. Même en France, en octobre 2018, Médiamétrie dénombrait plus de 52,9 millions d'internautes en France, soit 84,3% des Français de deux ans et plus.

En mai, GreenSI faisait le constat que c'était "dur dur d'être un DSI Digital en France !" car une étude de Gartner montrait qu'au niveau mondial, les entreprises qui croissent le plus vite, investissent le plus dans leur système d'information. Cet investissement était plus faible comparativement en France. Mais l'investissement dans le digital doit accompagner la croissance de l'entreprise et déboucher sur des systèmes opérationnels reliés au SI. Or la DSI, qui pilote le SI, ne pilote que 77% de ces investissements, chiffre en décroissance chaque année.

En 2019, avec un risque de récession économique annoncé par les experts et une pression plus forte sur les coûts, il faudra trancher et décider : soit stopper les initiatives de transformation digitale hors SI qui ne savent pas être industrialisées efficacement au cœur du SI, soit changer la gouvernance du SI pour qu'elle sache les industrialiser et mieux piloter l'investissement dans le digital. En 2016 GreenSI avait appelé à un "reboot de la DSI", on y est.

Mais concernant cette transformation du SI, en décembre GreenSI se posait la question, si "La DSI avait les compétences nécessaires pour la transformation du SI ?", suite à une étude McKinsey qui structure en cinq phases ce passage d'une DSI "traditionnelle" à une DSI totalement numérique. Or le point de blocage qui ressort de cette étude est clairement celui des RH et de la gestion des compétences.

C'est certainement LA priorité de la DSI en 2019... une fois le modèle digital adopté !
 
Quoi qu'il en soit, 2018 aura été pour la DSI une année de rupture avec les grands éditeurs qui ponctionnent une grande partie du budget des systèmes d'information, pour une valeur de moins en moins démontrée dans le temps (difficultés des mises à jour) et surtout des pratiques d'audit et d'interprétation des contrats discutables (voir La fronde du DSI contre les grands éditeurs).

Surtout que, quand il s'agit de l'ERP, son coût et le "risque éditeur" (audits, rachat ou changement de politique), deviennent des freins à l'évolution vers le digital (ERP digital : quand SCM et CRM ne feront plus qu'un). D'ailleurs, au-delà des progiciels, il est peut-être temps pour la DSI de rompre avec le monde de la construction qui l'a fortement inspiré dans les années 80s (Quand l'informatique s'inspire de la construction), et d'aller vers plus d'agilité, peut-être même de reprendre en main le développement d'applications et de plateformes (Au fait c'est quand votre prochaine DevConf ?) surtout depuis qu'elle utilise l'open source, comme les GAFAs.

Et puis de nouveaux challenges arrivent dans le système d'information, au sens large. Des challenges identifiés en 2018 que l'on va suivre ensemble en 2019 et qui devraient être visibles sur votre radar. Il s'agit principalement de :
GreenSI en ajoute un, celui de la diversité en informatique, notamment avec l'arrivée de l'IA (billet de 2017 : IA et manque de diversité ne feront pas bon ménage). Un objectif concret serait que dans le classement e-CAC40 des grandes entreprises qui auront le mieux piloté leur transformation numérique, il y ait plus que Christelle Heydemann (Schneider Electric) sur le podium autour du secrétaire d'État au numérique...


L'expérience utilisateur et de nouvelles IHM

Autre domaine majeur qui s'est révélé dans les billets de 2018 : l'Expérience Utilisateurs.

Le mobile est devenu une commodité, et il attire de multiples acteurs cherchant à capturer le plus de valeur possible sur ce terminal devenu majoritaire en 2018 pour l'accès Internet. Sans surprise ces nouveaux acteurs vont exploiter la recherche d'une nouvelle expérience utilisateur, même dans des domaines évoluant peu comme la banque (notamment Revolut qui a repensé la banque sur mobile).

Ceci va profondément transformer les opérateurs télécoms. Ainsi la nouvelle Delta de Free, qui a tout compris à la maison connectée, et celles de ses concurrents dont notamment Orange, augmentent les services vers les utilisateurs "façon Apple" et cherchent un nouveau modèle économique alternatif à celui du simple accès Internet au Go.

En 2019, la domination dans les nouvelles interfaces, dont vocales, sera à regarder de près, pour voir émerger les prochains champions dans tous les domaines : maison, voiture, magasins et pourquoi pas bureautique et productivité individuelle.

Ces nouvelles interfaces entre l'utilisateur et le SI, ou entre l'homme et la machine, nous font revenir aux sources de la construction des nouvelles IHM.
Pour cela GreenSI est convaincu que "le design thinking est là pour réconcilier Digital et SI" et amener sa pierre à la transformation de la DSI.
Plus les applications seront intelligentes, plus elles donneront le pouvoir aux utilisateurs, et donc plus l'utilisateur deviendra la pierre angulaire de construction des applications et des nouvelles architectures.
Le design thinking est la démarche qui permet de penser utilisateurs en créant de la valeur, mais aussi de s'adapter à une démarche agile de construction des besoins qui prépare la construction agile des équipes de développement informatique.

Open data, l'ouverture et l'innovation bousculées par le RGPD.

Enfin le 3em axe fort de 2018 aura été celui des données, et avec le focus mis sur l'expérience utilisateur, des données personnelles.

Le dernier billet de GreenSI faisait le lien entre ces données personnelles et l'expérience utilisateur. Il mettait en avant les résultats d'une étude qui montre que quand la priorité est sur l'expérience utilisateur, ceux-ci acceptent de partager leurs données et de construire une relation gagnant-gagnant.
Pour les adeptes de Star Wars, c'est le côté lumineux de la Force ;-)

Mais l'année 2018 aura surtout été marquée par la mise en œuvre du RGPD et son entrée en vigueur le 25 mai. Cela a demandé la mobilisation de beaucoup de ressources (internes et externes) pour la mise en conformité, loin d'être terminée en cette fin d'année dans de nombreuses entreprises.

Après tant d'efforts (le chiffre de 4 milliards jusqu'en 2021 circule pour la France) le résultat semble sans appel : une destruction massive de fichiers et de valeur, sans aucun bénéfice tiré côté client (Le RGPD 6 mois plus tard : tout ça pour ça ?!).
Le RGPD a donc été pris jusqu'à présent du côté obscur de la Force, par la contrainte, l'interdiction et la destruction. Le scandale de la fuite des données de Facebook annoncé en 2018 ne va certainement pas faire changer les choses à court terme.

En février GreenSI se demandait si la révolution de la data était vraiment engagée en France ?
Si la donnée est vraiment l'or noir du XXIème siècle, les raffineries de données devraient tourner à plein régime dans l'entreprise et valoriser cet or noir au maximum pour créer de la richesse. Or, cette valeur ne se voit pas dans les comptes des entreprises françaises et n'est pas anticipée par la Bourse. Si de plus le RGPD rend frileux les initiatives de valorisation des données, qui immanquablement déboucheront sur des données personnelles, n'est-on pas en train de rater la révolution des données ?

Développer une stratégie de valorisation des données équilibrée est à inscrire sur l'agenda 2019.

Dans les collectivités locale, 2018 aura été la prise de conscience qu'il était temps de redéfinir l'open data pour libérer tout son potentiel, si on voulait que les stratégies de données transforment les territoires comme elles ont transformés les services via Internet.

La libre circulation des données est au cœur des stratégies de services aux citoyens qui marchent, notamment dans le domaine de la mobilité. Or un constat est que l'open data né il y à maintenant 10 ans et imposé par la Loi (en 2016) ne fait pas circuler assez vite les données (Open data : 90% de hors-la-loi, et alors ?). Il lui faut donc un autre moteur pour se développer plus vite. Alors pourquoi pas celui de la valorisation des données ?

Mais le RGPD est aussi passé par là en 2018 en amenant une nouvelle schizophrénie numérique : RGPD ou open data, il va falloir choisir !
Dans ce domaine, le RGPD révèle surtout que la maille de découpage des collectivités locales n'est pas optimale pour gérer efficacement les systèmes d'information avec un niveau supérieur d'exigences. Avec des SI hétérogènes sur le territoire national, le risque serait d'amplifier la fracture numérique, non pas celles des citoyens mais celle de la collectivité et de ses services. Ce n'est pas le seul facteur de l'aménagement numérique des territoires, mais on peut se demander si on ne va pas vers une plus grande mutualisation des SI des collectivités. ?

Et puis le numérique d'un territoire et des villes intelligentes est loin de se résumer à celui de la seule collectivité qui en organise une partie des services. Les trottinettes et les vélos électriques dans les rues sont là pour nous le rappeler. La Cité du futur a besoin d'une architecture numérique et ses interfaces vont aussi évoluer, avec plus d'intelligence.
A nouveau cela est rendu possible par les données libérées du territoire (voir Comment puis-je vous aider à découvrir la ville ?).

Pour GreenSI 2018 aura donc été une année riche pour la démarche de transformation pour s'adapter à une économique numérique mondialisée, en mettant en évidence qu'au-delà des technologies, les activateurs de la transformation restent son SI et sa gouvernance, l'expérience utilisateur et la stratégie de maîtrise et d'ouverture des données.

La vision pour 2019 est que la plateforme digitale sera au cœur de toutes les attentions de ceux qui se transforment. Elle transcende les silos et les applications. Avec l'intelligence artificielle, elle délivrera des fonctionnalités pour construire de nouvelles interfaces entre l'homme et la machine, et rendre les deux plus efficaces dans leurs activités.
GreenSI vous souhaite qu'elle soit aussi une excellente année pour vous !

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dimanche 23 décembre 2018

Données personnelles : priorité à l'expérience utilisateur

Données personnelles : priorité à l'expérience utilisateur

Dans le billet récent "RGPD 6 mois plus tard, tout ça pour ça ?!", GreenSI faisait le constat que la protection des données ne faisait pas rêver les internautes européens et suggérait que la débauche de moyens autour du RGPD était loin d'avoir atteint ses objectifs de conduite des changements.

GreenSI a voulu en savoir plus et mieux comprendre le portrait-robot de l'internaute français et de ses attentes en matière de sécurité numérique.

Une étude récente se révèle être incontournable pour cela, celle de Mediamétrie, "Baromètre générique sur les pratiques numériques et la maîtrise des données personnelles" commandée par... la CNIL ! On est content de voir que cette dernière se préoccupe depuis 2015 de suivre ces pratiques numériques de maîtrise et de diffusion de contenus et de données personnelles, et certainement d'apprécier l'impact des actions de sensibilisation et de répression. La sécurité numérique n'est pas (encore) innée chez les internautes.

Le terrain de jeu, c'est le développement du numérique dans les foyers via toutes ses interfaces avec Internet. Ce développement est loin d'avoir atteint son potentiel avec des PCs et des smartphones, comme la déferlante des enceintes vocales (1,7 millions de français connectés) nous le montre en 2018 et va certainement s'amplifier sous le sapin ce Noël. Et sur ce terrain de jeu, moins on sait comment ça marche, plus on livre sans contrainte ses données et ses contenus...

L'étude de Médiamétrie s'est fixé pour périmètre l'analyse des pratiques relatives à la protection de la vie privée lors de la navigation sur Internet, d'en mesurer la maîtrise sur ordinateurs, tablettes ou smartphones et sur les réseaux sociaux, au travers de solutions de protection (paramétrage des équipements et des comptes, désactivation de certaines fonctionnalités, etc.). 

Le premier constat est celui que fait déjà la presse, l'utilisation des bloqueurs de publicité augmente toujours. Elle concerne plus de la moitié des internautes qui ont déjà utilisé cet outil pour leur accès internet par ordinateur. Le navigateur le plus utilisé par les français étant Chrome (65%), en hausse, puis Firefox (36%) et Edge (21%) en baisse. L'usage sur tablette et smartphone reste minoritaire, et quand un "bloqueur" est installé sur mobile, il l'est majoritairement par des hommes CSP+. Les revues féminines en ligne ont encore un peu de répit devant elles... ;-)

Sans surprise, la raison principale de leur utilisation est de ne plus voir s’afficher des publicités intrusives (81%), mais également de gagner du temps (54% + 42%), notamment en évitant l'ouverture intempestive de fenêtres. Les bloqueurs ont été créés en réponse à l'ergonomie intrusive des sites. Pour ce qui concerne la protection des données personnelles, elle ne concerne que 29% des personnes, chiffre quasi stable ces deux dernières années. Quant à la lecture des politiques de confidentialité, l'étude confirme le billet de GreenSI avec 92% qui ne les consultent pas avant de les accepter, majoritairement parce qu'elles sont trop longues.

Ceci confirme que la protection des données personnelles n'est donc pas la motivation prioritaire pour la majorité des internautes qui mettent en place l'outil de protection de la vie privée le plus commun.



Mais on voit aussi que ce chiffre moyen de 29% est plus élevé sur tablette (41%) et sur smartphone (35%), et a beaucoup augmenté ces dernières années. La prise de conscience des données personnelles serait donc plus forte sur les équipements mobiles, qui ne représentent cependant qu'une faible partie des usages. C'est également confirmé par une pratique du blocage de la géolocalisation du smartphone en France qui concerne un internaute sur deux.


Même si la protection des données ne semble pas la priorité des internautes, au niveau des usages on peut se demander si les options qui permettent cette protection sont activées (supprimer ou bloquer les cookies, effacer l’historique, les mots de passe enregistrés, navigation privée, refus de partager la localisation...).

Et effectivement, les internautes paramètrent plus qu'avant leur navigateur pour protéger leurs données personnelles puisque 62% ont déjà réglé 3 de ces paramètres ou plus. Le navigateur utilisé n'est pas neutre, car c'est 71% de ceux qui utilisent Firefox et 67% pour Safari. Avis donc aux éditeurs de sites quand vous voyez arriver ces navigateurs, leurs utilisateurs semblent plus concernés par la protection de la vie privée.

 
Sur un navigateur, effacer son historique de navigation, refuser de partager sa géolocalisation, et activer la navigation privée sont les 3 paramètres qui progressent le plus. Mais a contrario, cela fait quand même 38% des internautes français qui surfent sans aucune protection.

Sur Facebook, le réseau social grand public le plus utilisé, les principaux paramètres réglés par les utilisateurs sont l’accès à leur profil et l’accès à leur localisation géographique. A contrario seulement 20% bloquent la reconnaissance faciale automatique mise en place par Facebook.

Sur LinkedIn, le réseau social professionnel le plus utilisé, le niveau de protection y est très faible et il est donc très facile de suivre des utilisateurs, de les contacter, de les cibler ou de suivre leur activité.

Le navigateur qui permet à Mme Michu de "paramétrer sa sécurité", tout au moins de choisir un niveau de protection. Mais il n'est pas seul et il y a une autre interface : ce sont les Apps Store pour l'installation des applications mobiles. On découvre que 50% des internautes ont déjà renoncé à installer ou utiliser une application au cours des 12 derniers mois en raison des informations auxquelles elle pourrait avoir accès.

C'est vrai que donner l'accès à ses contacts et à son micro définitivement, juste pour installer et jouer 20 min à un jeu d'arcade, ne semble pas un deal très équilibré. Avis donc aux éditeurs, les français deviennent très chatouilleux pour partager leurs contacts, leur localisation, leurs photos et vidéos et l'accès aux e-mails et SMS. On retrouve ici une hiérarchie de ce que les internautes protègent en priorité, qui peut être réutilisée plus généralement pour la conception d'application.

La différence entre iOS (souvent qualifié de partenaire de confiance) et Android est intéressante. Chez les utilisateurs Apple, on renonce d'avantage à installer des applications demandant la localisation et l'accès aux capteurs, tandis que sur Android c'est l'accès aux photos et aux SMS qui est le plus protégé. Sur iOS on a l'air de se protéger soi-même, alors que sur Android on protège son réseau ;-)

Enfin, la dernière interface est celle des assistants vocaux, d'abord sur smartphone, puis maintenant via des enceintes connectées ou des voitures connectées avec Android Auto. L'utilisation des assistants vocaux a déjà été essayé par 26% des internautes et celle des enceintes connectées démarre avec 5%. Ce dernier chiffre est d'ailleurs pour GreenSI certainement plus fort en cette fin d'année, vu les ventes de 1,7 millions d'enceintes (ce qui fait au moins 6% des foyers connectés et donc encore plus d'internautes). Sur ces utilisateurs d'assistant vocaux, 60% n'ont activé aucune action de paramétrage et de protection...

En 2018, les internautes sont donc plus nombreux à appliquer des paramétrages de leur sécurité. Mais hormis sur ordinateur, ils restent majoritairement vulnérables. Le chiffon rouge des données personnelles ne marche pas. Paradoxalement, le confort d’utilisation est un meilleur moteur pour les faire réagir face à des interfaces qui deviennent un peu trop intrusives, quand ils veulent garder une utilisation simple et agréable.
On ne peut alors s'empêcher de penser aux assistants vocaux dont la nature même est de créer une relation simple et intuitive.

Ils ne sont pas encore perçus comme des menaces, malgré la contre-publicité régulière dans les articles, certainement par méconnaissance de leur fonctionnement ou de ce qu'il y a à l'intérieur de ce design arrondi et rassurant.

Les données personnelles améliorent le service de ces assistants, mais si comme les fenêtres-spam sur ordinateur, ils développent des fonctionnalités intrusives dans la relation, la réaction des internautes pour s'en protéger sera certainement accélérée vers le rejet.

Que les développeurs d'applications pour ces assistants gardent cela en tête, si ils ne veulent pas tuer cette prochaine interface de l'Internet, l'expérience utilisateurs sera clef.
On se doute que cet équilibre ne sera pas simple à garder...

L'humour de ceux qui aiment le numérique

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