samedi 14 mars 2020

Quand la crise fait accepter le changement

Le problème de toutes les transformations, et notamment de la transformation digitale, c'est la conduite des changements. Le mot "digital" traite de technologies mais le mot "transformation" traite des femmes et des hommes, d'adaptation et de changement.

GreenSI avait déjà abordé les démarches qui permettent de conduire cette transformation et notamment celle du professeur de Harvard, John P.Kotter dans ses travaux qui datent déjà de 14 ans.
Cette démarche, "Leading Change, repose sur une vision globale des organisations et s'articule en 8 étapes, pour progressivement installer le changement.

 
Toute les étapes sont importantes, mais elle a surtout mis en évidence la première étape, qui est essentielle: créer un sentiment d'urgence !
Ce déclencheur, souvent difficile à obtenir, fait qu'il est parfois nécessaire de dramatiser la situation de l'entreprise pour obtenir l'écoute et une chance de passer à l'étape suivante : formaliser une nouvelle vision qui aura alors une chance d'être comprise et adoptée par une majorité. 

Depuis le 17 mars 2020 à 12h  et le début du confinement pour lutter contre le COVID-19, nous sommes rentrés dans un environnement de test de la conduite des changements pour adopter le numérique, à l'échelle ! Le sentiment d'urgence n'est plus questionné et il a créé les conditions pour basculer la France dans le numérique pour ses relations sociales, l'éducation et même pour le travail.

L'éducation en ligne

L'Éducation Nationale n'a pas eu d'autre choix que de faire ce qu'elle s'est toujours refusée à faire : aménager des classes virtuelles.
Des classes qui repositionnent le rôle de l'enseignant et demandent de nouveaux outils pour diffuser les savoirs et pratiquer les évaluations. Un billet de 2014 résumait la vision d'Emmanuel Davidenkoff et de son livre à succès "Le Tsunami numérique".
Il mettait en évidence le changement de modèle économique majeur de l'Education, conduisant à une baisse des tarifs de l'éducation privée et une prise de pouvoir du "consommateur d'école" sur le "citoyen usager" du service public.
Pourtant la réforme du Bac de 2020, contestée comme tout changement à l'Éducation Nationale, n'a même pas osé ouvrir le volet des évaluations en ligne permettant le contrôle en continu des connaissances dont elle a fait sa stratégie.

Et puis il y aussi les freins du passage aux ouvrages numériques, qui datent de plus de 8 ans. Ils sont spécifiques à la France en Europe. Cette semaine ils se sont miraculeusement résorbés quand les éditeurs de manuels scolaires mettent leurs ouvrages en ligne gratuitement pendant la fermeture des établissements. Pourtant de multiples associations de parents d'élèves avaient déjà essayé depuis des années de réduire, en vain, le poids du cartable de l'écolier et chercher à supprimer ces manuels au format papier et demander l'accès au numérique... réservé aux professeurs.

Cette éducation en ligne a aussi exacerbé la compétition avec un adversaire jusque là ignoré car interdit sur le lieu scolaire, les jeux en ligne. C'est une toute autre histoire quand la même pièce sert de salle de jeux et de salle de classe. Les SIMsMinecraft et autres jeux collaboratifs en ligne, ont bien compris tout l'enjeu du confinement et sont partis à la conquête de ces minutes d'audiences confinées mais en ligne.

La télévision public cherche aussi à capturer ce "temps de jeune cerveau disponible" et propose des programmes pédagogiques pour supporter les parents. Il aura fallu cette crise pour que deux services publics de l’État se parlent enfin, pour produire ce qui existe déjà dans de nombreux pays où la TV est aussi un média éducatif.

Le télétravail dans la "Digital workplace"

Le télétravail n'est pas non plus une idée nouvelle. Depuis 25 ans, bien avant Internet mais depuis le téléphone, il est considéré comme un atout économique écologique et social permettant gain de temps de transports et bien-être au travail. Pourtant dans une étude de 2018 seuls 6 % des salariés français le pratiquait dans le cadre de leur contrat de travail et jusqu'à 25% de façon occasionnelle.

Depuis cette semaine, c'est devenu une obligation pour une partie des salariés non indispensables à la logistique opérationnelle de production des entreprises. Les entreprises qui n'ont jamais poussé ce mode de fonctionnement découvrent les difficultés à assurer leurs missions sans avoir au préalable posé les bases nécessaires pour cette collaboration à distance : l’accès aux applications, avoir un e-mail pour chaque salarié ou le partage sécurisé des données.
La "digital workplace" capture depuis quelques années ce concept de s'appuyer sur le digital pour fluidifier les interactions entre collaborateurs. L'agilité des développements informatiques a mis en pratique ce concept avec ses propres outils. Sans surprise, les équipes agiles habituées à une organisation cadencée et des interactions numériques entre participants, ont fonctionné normalement cette semaine. Leur attention aura plus été sur l'humain que sur les outils.

Mais ce qui aura été nouveau cette semaine c'est que le "digital workplace" est passé du col blanc au col bleu. Le télétravail a mis en exergue que le fonctionnement des équipes indispensables à la logistique opérationnelle devaient aussi être raccordées à la "digital workplace". Ce que Amazon savait déjà quand il permet à son client de suivre son livreur qui arrive chez soi et même de le féliciter pour son travail en première ligne. Dans beaucoup de processus c'est le "middle management" qui effectuaient ces actions, aujourd'hui en télétravail sans contact avec les opérations non suivies en temps réel via l'informatique.

GreenSI a mis en évidence depuis quelques temps le fait que le CRM et la Supply Chain, avec ces personnels de la chaîne essentielle au fonctionnement, du centre d'appel à la camionnette de livraison, se connectaient entre eux maintenant en temps réel et sortaient de l'ERP. Un ERP géré par ces collaborateurs en télétravail qui réalisent leur dépendance à la connexion au réseau.

La crise mets la pression sur la circulation de l'information de bout en bout.

La résilience de la relation clients omnicanale

Les distributeurs qui n'ont pas de site internet ont été purement et simplement rayés de la carte pour leur clientèle confinée, et restreints à un commerce micro-local.
En France, 76 % des entreprises seulement sont présentes sur les réseaux sociaux et 69 % possèdent un site Internet et 26 % pour y vendre des produits et des services.  A Versailles la municipalité à ouvert cette semaine une page Facebook pour supporter ses petits commerçants et leur permettre de retrouver le lien avec leurs clientèle et de s'organiser pour les livraisons.

Ceux qui peuvent en même temps bénéficier d'une logistique de livraison à domicile ou de "Drive" sont en train de prendre leurs parts de marchés. La capacité à être présent en même temps sur tous les canaux, et basculer de l'un à l'autre de façon agile, est devenu un facteur de résilience.
Tous ne croyaient pas trop au concept inventé en France il y a 19 ans. Par exemple Carrefour ou Leclerc qui ont heureusement mis les bouchées doubles en 2018 pour rattraper leur retard.

Il y aura un avant et un après confinement pour la stratégie logistique, sa résilience et son intégration plus forte dans un modèle de relations clients. En Chine l'impact a aussi été important dans les paiements électroniques et toutes les technologies "sans contact", du smartphone au drone.



On voit cependant après une semaine que certains ne peuvent plus suivre leur offre (délais de pick-up saturés) et ferment leurs sites qui ne tiennent pas la cadence imposée par une forte attente. Cette crise est aussi un test de scalabilité du modèle qui sera riche d'enseignements pour ces enseignes.


La crise actuelle aura donc poussé tous les acteurs à franchir en une semaine des étapes de progression de leur transformation digitale qui n'étaient pas dans leur agenda à moyen terme. Certaines y arriveront malgré la complexité de la période, et c'est même peut-être un objectif de motivation des équipes et de conquête de positions durables, mais d'autres n'y arriveront pas. La question pour chacun sera alors de savoir si l'après crise sera exploité pour en faire un nouveau modèle opérationnel et progresser plus loin dans la transformation.

Comme John P. Kotter l'avait mis en image il y a 14 ans pour accompagner sa démarche, la crise reste un accélérateur de l'émergence de nouveaux modes d'organisation et de la conduite des changements associée.


samedi 7 mars 2020

COVID-19: les salons passent en ligne

Ça ne vous a certainement pas échappé, la crainte d'une pandémie mondiale a provoqué une hécatombe dans les salons informatiques à travers le Monde

Le CES de Las Vegas 2020 a été le dernier grand rassemblement technologique d'ampleur, car début janvier le virus était encore cantonné en Chine, et l'OMS n'avait pas émis de niveau de risque. 

Mais le Mobile World Congress prévu à Barcelone du 24 au 27 février n'aura pas eu cette chance. Le 13 février ce congrès qui mobilise 100.000 personnes a été purement et simplement annulé, car la présence de la Chine dans les Télécoms est très forte. Une certaine ironie pour une connectivité mondiale qui annonce sur l'affiche qu'elle n'a aucune limite. Elle en aura trouvée une ! ;-)

Cet électrochoc a déclenché des réunions de crise chez les principaux fournisseurs de technologie qui ont tous leur salon, leur conférence utilisateurs annuelle, ou leur "World Tour" avec des évènements réguliers partout dans le Monde, comme Gartner ou Salesforce. Mars, c'est d'ailleurs en France la saison de ces évènements quand on regarde les statistiques de EventEye.

Salesforce a réagit immédiatement en ré-imaginant une nouvelle expérience pour son World Tour Sydney, et en le produisant uniquement en ligne.

Ainsi les utilisateurs et consultants du Monde entier ont pu assister ce mercredi 4 mars en live sur internet à la keynote et a une journée de conférences réalisées dans des studios. Ce contenu est également accessible en replay et c'est ce qu'à fait GreenSI pour se plonger dans cette "nouvelle expérience".

Bon, soyons francs, même tranquillement installé dans son canapé, ce n'est pas une ambiance de keynote quand on est déjà allé dans un salon de Salesforce. 
Le message est là, très travaillé, répété, mais le fait de ne pas avoir de spectateurs se voit rapidement dans la stimulation de l'orateur, son regard sur l'écran de contrôle à ses pied ou dans les transitions sans applaudissement entre orateurs. Pour ceux qui sont des adeptes des conférences américaines, vous remarquerez aussi l'absence de la petite blague pour démarrer ou du classique "raise your hand" pour indiquer d'où vous venez.

Bref, l'ambiance n'y est pas. Pourtant très vite on se dit qu'en invitant une petite équipe dans son bureau ça pourrait être plus sympa pour débattre des sujets et de l'impact pour son SI en direct, alors que c'est plus difficile à faire dans un salon. La "ré-invention" doit aller plus loin pour réellement intégrer une nouvelle expérience utilisateur, et GreenSI y voit du potentiel.

Sur le plan de la fréquentation, GreenSI est allé chercher des statistiques comparatives dans les recherches Google des mots "Salesforce World Tour". On constate déjà que les pics de trafic sont liés à des évènements physiques qui ont bien eu lieu, comme celui de Paris le 27 juin 2019. La méthode semble bonne. En effet Salesforce déplace son Tour à travers le Monde.

Quand on regarde le niveau du 4 mars 2020, il est deux fois moindre que celui du tour de Sydney des années précédentes. Salesforce n'a pas publié de chiffres sur la fréquentation mais on peut imaginer qu'elle a été très en deçà de ce qui était attendu, même en ouvrant au Monde et au Replay (donc au delà des dates de l’événement). Maintenant c'était les premiers impactés, avec peu de temps pour en faire de la publicité, donc certainement mieux qu'une annulation totale.

Ce premier événement en ligne est surtout une bonne occasion pour étudier le bilan carbone de la multiplicité des évènements des "World Tour" Salesforce dans le Monde et d'apprécier la vertu d'un évènement en ligne. En effet Salesforce fait la publicité du neutre de son Cloud (au point de vu carbone) pour déculpabiliser ses clients d'utiliser le SaaS, ils seront donc surement sensibles aux résultats de ce premier salon en ligne sans avion et sans énergie dans le centre de congrès ;-)
Salesforce n'est d'ailleurs pas le seul à passer au virtuel.
GreenSI a pu identifier le salon d'Adobe, Adobe Summit à Las Vegas prévu du 29 mars au 2 avril, Google Next Paris le 7 avril et Domopalooza, celui de Domo, l'éditeur de tableau de bord , prévu à Salt Lake City du 17 au 20 mars. C'est dans 10 jours si vous voulez tester.

Mais beaucoup ont tout simplement annulé ou décalé la date en mai, voir en septembre (comme Oracle à Chicago).
L'impact économique pour les villes de congrès est réel et le taux de réservation à Las Vegas la semaine du 9 mars (que l'on trouve sur hotel.com) ou la semaine suivante n'est que de 52%.
Les éditeurs de logiciels ne sont pas les seuls touchés. Les GAFAs qui ont aussi leur vitrine d'annonce de produit et de "drague" des développeurs pour rejoindre leur écosystème, comme la Google I/O ou F8 pour Facebook. Elles sont aussi annulées. 

Alors GreenSI se pose la question : est-ce que c'est grave docteur si les salons disparaissent ?

Finalement à quoi servent ces grands salons ? A montrer ses muscles bien huilés et communiquer dans un monde encombré par la technologie et les paillettes ?

Pour les éditeurs, ils ont comme objectif d'éduquer, de dynamiser et surtout d'inspirer sa communauté. Ils ont besoin de développer des communautés, incluant les clients ou les distributeurs, il est important d'y proposer des formations et des séances de certification sur les produits. La fin des salons demanderait certainement une réorganisation de ces activités. 

Pour ce qui concerne les grandes "keynotes", qui souvent sont là pour faire venir les gens au salon - la destination faisant le reste - elles peuvent être réinventées. Salesforce a ouvert la voie. Mais on peut également s'inspirer du CES pour aller plus loin. De multiples conférences post-CES sont ensuite organisées - de façon indépendante - par des consultants. Elles permettent de revoir les annonces du salon, d'animer des tables rondes sur les usages ou les impacts, de partager le contenu bien au-delà du salon. Le virtuel a le mérite de produire le contenu, sa diffusion dans le réel peut être distincte, et pour quoi pas plus locale.

Il reste a faire qu'elle déclenche l'intérêt et supporte les ventes.
GreenSI est convaincu que ces "grandes messes" ne sont pas toujours efficientes (rapport entre les moyens et les résultats).
L'industrie du logiciel a poussé à l'extrême l'uniformisation et la mondialisation. La crise sanitaire actuelle est un rappel de la fragilité de toutes les chaînes logistiques mondiales, celle informatique ne fait pas exception et la prochaine pénurie annoncée d'iPhone marquera les esprits. Ironiquement un virus bien réel aura certainement fait plus de dégâts qu'un virus informatique auxquels tous étaient préparés.

Le prochain rassemblement avec une composante technologie et startups, est South by Southwest, qui doit réunir plus de 200.000 personnes à Austin (Texas) du 13 au 22 mars. Il devait être maintenu par les organisateurs qui s'étaient organisés pour réduire les risques, mais une polémique portée par les citoyens enflait ces derniers jours. Il vient juste d'être annulé pendant que j'écrivais ce billet. Quand ça veut pas, ça veut pas...

N'est-il par temps de réfléchir à un autre modèle mondial pour le marketing et la relation clients des éditeurs, plus résilient, plus pérenne et certainement plus durable ?



dimanche 23 février 2020

Europe de l'IA: le début d'une vision?

GreenSI adore les hasards du calendrier.
Ainsi la semaine ou le célèbre institut de technologie MIT annonce aux États-Unis qu'une IA a découvert une molécule candidate pour un nouvel antibiotique, la recherche de la Commission Européenne (JRC) sort un document pour expliquer que l'IA c'est bien, mais que cela peut fragiliser nos infrastructures et surtout qu'il faut stopper les algorithmes que l'on ne comprends pas.

Certes ce sont des questions importantes à long terme. Mais avant de s'imaginer dans un scénario de science fiction, celui qui sera sauvé demain par cette molécule antibiotique appelée Halicin (en référence à HAL de 2001 Odyssée de l'espace) se fichera bien de savoir si on s'explique ou pas pourquoi il est en vie !

GreenSI espère donc que ce rapport "Robustness and Explainability of Artificial Intelligence : from technical to policy solutions" sera le dernier des rapports où on passe plus de temps à expliquer ce qu'il ne faut pas faire, que de se donner une vision pour l'Europe sur ce que l'on pourrait faire pour rattraper notre retard et comment le stimuler.
Voici quelques morceaux choisis des recommandations, qui pour GreenSI sont "hors sol" dans le contexte que l'on connait du retard européen mais aussi vu des démarches d'innovation :
  • "À la lumière des récents progrès de l'IA, les graves conséquences négatives de son utilisation pour les citoyens et les organisations de l'UE."
  • "Les concepts de robustesse et d'explicabilité des systèmes d'IA sont apparus comme des éléments clés pour une future réglementation de cette technologie."
  • "La mise en œuvre d'approches d'explicabilité dès la conception dans les composants de l'IA qui garantiraient le respect des droits fondamentaux."
  • "Une discussion technique sur les risques actuels associés à l'IA en termes de sécurité, de sûreté et de protection des données."
Pourtant la réalité est assez limpide : l'Europe n'a pas à rougir des compétences en matière d'IA, comme cela est mis en avant par toutes les études sur le sujet, mais l'Europe manque de champions de taille internationale, que ce soit d'ailleurs du privé ou du public, quand on pense aux laboratoires de recherche.
Le meilleur moyen de passer de la théorie à la pratique est de pratiquer!

Donc ce dont l'Europe à besoin n'est pas un carcan de nouvelles politiques basées sur des concepts qu'il faudra respecter pour tenter de bloquer les autres (ou alors on suppose que la bataille anti GAFAM et BATX est déjà perdue?), mais bien d'autorisations, d'ouvertures ou de stimulation pour le passage à l'action des entreprises et laboratoires de recherche européens. C'est un changement total de posture de la Commission Européenne qui est attendu.

Prenons l'exemple de Djingo, l'IA assistant vocal développée en Europe par Orange et Deutsch Telekom, dans le plus strict respect du RGPD. Il sort avec deux ans de retard. Djingo aura du mal à rattraper les AlexaBaidu et Google Home qui n'ont pas hésité à collecter le plus d'enregistrements de voix de personnes pour entraîner leur assistant dans toutes les langues. Et quand ce dernier ne comprend pas son utilisateur, ils n'hésitent pas non plus à faire écouter la question par un humain pour améliorer la compréhension de la machine, même sans toujours avoir le consentement éclairé et explicite de l'utilisateur...  

Ce dont l'Europe a besoin c'est d'une vision et d'un chemin pour développer les mégas bases de données qui permettront à la technologie d'IA actuellement la plus prometteuse (le machine learning) de développer des services innovants.

Heureusement cette semaine a eu lieu également la première conférence du commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, incluant le numérique, sur la stratégie de l'Europe en matière de données et d'Intelligence Artificielle. GreenSI y a vu un le début d’une inflexion prometteuse, puisque l'on commence a dire ce que l'on veut faire, nous les européens, et non uniquement à vouloir réglementer ou alerter sur ce que les autres (américains et les chinois) font

Revenons sur le vocal comme illustration de ce changement de posture vers le pragmastisme. Cette technologie permettrait de baisser la barrière de la langue dans l'intégration européenne. Ce serait un comble que les traducteurs temps réel présentés au CES 2019, et qui traitent toutes leurs requêtes aux États-Unis, soient les seules options pour un européen. Voire que la seule réponse des européens soit de les interdire pour cette raison. D'ailleurs, le parlement européen est le premier utilisateur de traducteurs et d'assistant pour fonctionner en 23 langues (plus de 1000). Il pourrait justifier à lui tout seul le travail sur les assistants vocaux multi-lingues.

Alors pourquoi ne pas se fixer une vision de communication fluides entre européens facilités par l'IA, pour baisser cette barrière ? Mettre en œuvre les autorisations temporaires permettant d'arriver à accélérer les initiatives, même si elles ne sont pas toutes RGPD compatibles. Ce serait plus moteur que d'aller débattre sur l'explicabilité et la robustesse des algorithmes de Deep Learning, non ? Des algorithmes qui d'ailleurs on pour l'instant ont plus de chance d'être créé ailleurs qu'en Europe !

Dans ce contexte l'intervention du commissaire européen Thierry Breton apparait comme une réelle inflexion avec une approche tournée vers la conquête et le pragmatisme, au moins dans sa communication. Il propose de construire une stratégie sur le champ laissé libre autour des données industrielles ce qui tranche avec les approches précédentes, et évite les freins et les débats sans fin autour du RGPD. Il ouvre également une consultation publique et un calendrier accéléré.

Un billet de GreenSI de 2017 abordait d'ailleurs la question "Va-t-on assister à une bataille pour les données des machines ?" et mettait en garde les entreprises à prendre en compte cette perspective et se préparer à protéger dans des contrats la propriété des données, des modèles, de leur accès ou de l'interdiction de leur accès, sous peine que d'autres ne le fassent sans leur demander leur avis.

Un appui de l'Europe serait certainement un formidable accélérateur de cette protection d'une fabrication industrielle qui est la première mondiale. Car la collecte, la modélisation et l'analyse des données des secteurs industriels a de la valeur, et un scénario "à la GAFA" qui tire toute la valeur des données ou du logiciel n'est pas impossible si on laisse les acteurs du Cloud (SalesforceMicrosoft en tête) aspirer les données des entreprises dans leur data centers sous prétexte d'y afficher des tableaux de bord.

Le traitement des données industrielles, c'est même le cœur de la transformation digitale des entreprises de ces secteurs. Donc indirectement c'est un soutien à la digitalisation des entreprises européenne.
La guerre des données industrielles peut donc commencer et l'Europe est certainement un champ de bataille majeur, à cause de son histoire industrielle et du leadership mondial en la matière des entreprises européennes. 
Investir dans des infrastructures de gestion de données et développer une approche et des écosystèmes sectoriels fait donc parti des mesures qui seront vraisemblablement proposées, visant à créer un marché unique des données industrielles. L'open data des entreprises n'est pas loin, mais pas dans une approche gratuite comme elle a été poussée jusque-là (voir: De l'open data à la stratégie de données).


Ces infrastructures commencent sur le terrain, partout où il y a des machines, dans les usines, sur les chantiers, sur les routes, dans les villes intelligentes. L'enjeu des réseaux aériens pour les connecter, collecter les données et les stocker sont des enjeux essentiels.

C'est dans ce contexte qu'il faut maintenant analyser le développement de la 5G en Europe, l'utilisation de technologies non européennes, et la criticité de son développement rapide en Europe. La 5G n'est pas que le sujet des opérateurs et des services de vidéos entre particuliers, c'est bien sûr aussi le sujet de la collecte de données industrielles en masse, en temps réel avec une faible latence, et en complément aux réseaux actuels.
C'est également dans ce contexte qu'il faut revenir sur un billet de 2018, "Edge computing, qui va gérer les données ?" car la majorité des données industrielles ne remonteront plus dans le Cloud et les data centers, comme le paradigme actuel le veut. Elles seront gérées en périphérie ("Edge computing"), cette infrastructure composée de tous les équipement mobiles, des robots d'usines aux véhicules connectés, en passant par les objets communicants.

Cette inversion de paradigme du stockage de données est une disruption pour le modèle des GAFAs, qui pour lutter contre cette vision vont jusqu’à proposer un tarif gratuit pour l'entrée des données dans leur Cloud, et un paiement uniquement à la sortie.

Enfin on constate que l’IA n'est pas une technologie isolée mais un moyen d'innover par intégration de technologies. Ce sera encore plus vrai dans l'industrie avec ses objets connectés, l'Edge et les réseaux comme la 5G (voir : Pensez à relier les technologies entre elles). L'intelligence artificielle doit donc amener à recomposer les industries et les services, et hybrider industriels et champions du numérique. Mais pour favoriser les rapprochements et le développement de ces grands acteurs européens il faudra peut-être que l'Europe revienne sur ses règles de la concurrence qui parfois freinent leur émergence.

D'une Europe réglementaire à une Europe visionnaire, la conduite des changements sera longue à la Commission Européenne. Mais GreenSI veut voir une inflexion dans les dernières annonces du plan IA de Thierry Breton. Son approche aussi est différente puisque c'est via un livre blanc et une consultation publique ouverte jusqu'en mai (disponible ici) qu'il veut enrichir cette stratégie.

samedi 15 février 2020

Réinventer le schéma directeur informatique

La stratégie informatique et la réussite de son implémentation, sont deux facteurs clefs de succès, pour que les entreprises engagées dans la transformation digitale aient une vision métier de leur SI de demain. 

On pourrait donc penser que les schémas directeurs informatiques (SDI) mobilisent beaucoup de monde en ce moment à la DSI, vu l'ampleur de la révolution digitale. Mais, comme on va le voir, si on ne change pas de méthode pour ces schémas directeurs, ils risquent de rater les opportunités business et technologiques et d'avoir de moins en moins d'impact.

Le schéma directeur informatique est en effet une étape majeure pour la formalisation de l'évolution d'un système d’information sur les 3 à 5 prochaines années, à la fois pour poser le "quoi", défendre le "pourquoi" et ouvrir aux options du "comment" (scénarios) voir du "qui" fera. C'est aussi un formidable outil de communication partagé, qui fait ensuite autorité dans l'implémentation. Il évaluera les budgets de la réalisation mais si le SDI est assez détaillé, il peut aller jusqu'à engager les moyens et les ressources sur plusieurs années.

Dans les faits, le schéma directeur est souvent un bon moyen de savoir comment est vu le SI dans la stratégie de l'entreprise.
GreenSI conseille d'ailleurs à tous les auditeurs SI, s'il n'avaient qu'une question à poser lors d'un audit, de se faire présenter le SDI. Ils pourront alors vite constater où se situent l'entreprise:
  • ceux qui sont dans le réactif et le quotidien, et qui n'ont pas de SDI,
  • ceux qui ont une informatique "centre de coûts", avec un SDI centré sur l'existant et la réduction des coûts, qui est plus la feuille de route du Directeur des SI lui même, que celle de l'entreprise,
  • ceux qui sont "proches des métiers", avec un SDI qui aborde la performance et le retour sur investissements de l'informatique pour les métiers,
  • enfin, ceux qui ont mis l'informatique au cœur de leur business, avec un "SI plateforme" et une informatique totalement liée au business modèle et aux opérations, avec une informatique pilotée comme un centre de profit. Le SDI est alors intégré dans la stratégie de l'entreprise.
Les méthodes classiques de réalisation d'un SDI enchaînent une analyse de l'existant, avec l'émergence des "douleurs" qui seront sources d'améliorations, une identification des opportunités amenées par de nouvelles technologies ou de nouveaux métiers, pour dégager une cible et des scénarios. Si on organise un marathon on peut espérer le boucler en 3 mois, mais c'est plutôt un exercice sur 6 à 9 mois, voir plus dans les organisations compliquées. Or les changements économiques sont de plus en plus rapides et réguliers.
Est-ce bien compatible avec un horizon SDI de 3 à 5 ans ?

En réponse à ces changements rapides, et pour accélérer la vitesse des projets, s'est développé à la DSI le développement agile (Scrum et DevOps). Les orientations et décisions sont prises régulièrement et en concertation avec les utilisateurs après chaque livraison (sprint). Avancer par petites étapes, est-il bien également compatible avec un schéma directeur moyen terme ?
Pour GreenSI, en 2020, le schéma directeur est encore plus important qu'avant pour intégrer le SI dans la stratégie d'une entreprise qui se numérise et qui développe de nouveaux services avec le numérique. En revanche, la démarche pour le réaliser doit fortement évoluer sur au moins trois points :
  • FOCUS : aller à l'essentiel, et rester sur les axes directeurs,
  • AGILE : devenir plus dynamique dans son actualisation pour s'adapter à l'environnement économique actuel,
  • DESIGN THINKING : prendre en compte le plus en amont possible les utilisateurs, et les clients qui bénéficient des services numériques de l'entreprise.
Un schéma directeur a d'autant plus de valeur qu'il permet d'anticiper et de restructurer, donc d'agir sur ce qui n'est pas sur le radar au quotidien des opérationnels. Eux, ils savent bien si leur application rend son service, quand elle sera obsolète et ce qu'il faudrait lui ajouter. En revanche ils voient moins les liens, voir les redondances, avec les autres applications, avec les services externes sur le marché et encore moins avec les évolutions technologiques qui la remettent totalement en question. C'est donc le focus sur ces aspects qu'il faut mettre pour concentrer la démarche sur la valeur et les choix directeurs. Il permet également de raccourcir le cycle de production du SDI, pour y revenir plus souvent mais moins longtemps.


Plutôt que de décrire des grands programmes de transformation sur plusieurs années, les prochains schémas directeurs montreront comment articuler plusieurs projets de taille plus petite, ou comment itérer les projets sur un premier projet socle, pour au final couvrir l'ensemble des besoins connus aujourd'hui et ouvrir vers les terrains stratégiques où l'entreprise veut aller.

Les scénarios qui avant devaient être tranchés puis déployés, deviennent autant d'étapes sur une carte que l'on explore sans décider dès le départ le chemin exact pour atteindre le but. Le schéma directeur sert de boussole et de carte, et son cycle de mise à jour devient annuel.

Enfin, la co-construction de ces projets commencera dès le schéma directeur en associant les utilisateurs et les clients, dans des ateliers de design thinking.
 
Le design thinking est une discipline qui utilise la sensibilité, les outils et méthodes des designers pour permettre à des équipes multidisciplinaires d’innover en mettant en correspondance attentes des utilisateurs, faisabilité technologique et viabilité économique. Elle permet d'aborder de façon intégrée, l'amélioration des processus, l'innovation fonctionnelle et la stratégie de relations.


La co-construction a un autre intérêt. Elle permet de s'approprier la vision stratégique très en amont, et avec un public plus large (utilisateurs, clients, chefs de projets,...) qui, avec leur adhésion, joueront plus facilement un rôle dans la mise en œuvre, réduisant d'autant les efforts pour la conduite des changements.

Le schéma directeur est donc une formidable opportunité d’établir en amont un dialogue réel entre la direction et les contributeurs, transformant le document SDI en une démarche de fédération des équipes autour de lui.
Ce nouveau schéma directeur, avec un horizon plus rapproché, une démarche itérative et participative, ira donc moins dans la définition du comment et reviendra a ses fondamentaux : être un schéma et être directeur, sans nécessairement préciser tous les détails.
L'engagement acquis des équipes fera le reste !
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dimanche 9 février 2020

DSI, la guerre des talents aura bien lieu



Dans les 5 sujets à l'horizon pour la DSI en 2020, la gestion des talents est peut-être le plus important. Ce n'est bien sûr pas une priorité nouvelle pour les entreprises. Les DRH savent les défis pour attirer et retenir les bons talents pour chaque métier de l'entreprise, mais les DRH travaillent peu avec la DSI et réciproquement; même si cela est en train de changer.

Mais ce qui est nouveau pour la DSI en 2020, c'est le contexte général de pénurie des compétences informatiques et également de profils agiles expérimentés. Cette pénurie s'accélère. Non seulement ces compétences sont produites par les écoles en quantité inférieure aux besoins, mais elles sont également chassées par beaucoup de monde, dont les jeunes pousses largement financées par le capital investissement, à des niveaux de salaire que les budgets SI ne peuvent se permettre.


Et puis les lecteurs de GreenSI savent qu'en 2020, ce qui est différenciant, même à la DSI, n'est pas de trouver la bonne technologie, mais plutôt la capacité à s'adapter aux changements qu'elle amène dans le cadre de la transformation digitale.

Dans ces changement structurels, les processus totalement centrés clients et automatisés avec les progrès de l'intelligence artificielle (IA), sont certainement dans les priorités de tous. Y compris à la DSI où les changements viennent d'un besoin drastique d'automatisation de la DSI elle-même, que ce soit son datacenter (le Cloud comme modèle), son service support (l'IA, la RPA et le vocal ouvrent de nouvelles voies) et bien sûr le service études & projets avec l'agilité passée à l'échelle.

La gestion des RH, et plus particulièrement celle des talents, devient donc critique à la DSI afin de réussir le déploiement de son système d'information, dans tous les nouveaux domaines où l'entreprise se transforme.
La revue Harvard Business a eu la bonne idée d'interviewer des DSI américains sur les meilleures pratiques pour créer une stratégie de talents qui surmontera les défis que rencontrent leurs entreprises. Dans son rapport "IT Talent Strategy", elle explore les nouvelles tactiques pour une nouvelle ère (digitale), et on constate que les changements de pratiques sont bien réels.
Par exemple, les compétences "communication" ou "faire preuve d'empathie", très recherchées pour des postes dans la relation client, sont désormais indispensables dans la filière informatique. Ceci confirme le rôle clef d'animation que joue maintenant cette filière quand elle s'implique avec les métiers.

La transformation numérique demande à la DSI d'acquérir de nouvelles compétences et de devenir influenceur.
Ses besoins en formation et en nouveaux outils de collaboration sont donc importants. Certains grands groupes ont engagés des programmes internes de reconversion des agents vers le développement informatique, comme à La Poste ou chez EDF.

Une autre approche de la DSI pourrait être d'externaliser ces nouvelles compétences à des acteurs qui vont accompagner sa transformation. Mais comme l'écrit souvent GreenSI, se trans-former c'est littéralement "changer de forme". C'est très compliqué à faire durablement sans impliquer ses propres ressources internes et en cherchant à le faire "par procuration" avec des ressources externes, qui ont leur propre agenda et non celui de l'entreprise.
Cependant l'externalisation est une option dans certains secteurs, comme la Banque, quand le nombre de ressources internes affectées au SI est historiquement important. Elle permet alors de réduire l'exposition au risque d'obsolescence technologique et d'être plus flexible.
Mais l'externalisation dans ce domaine des compétences de demain reste en général une fausse bonne idée quand l'entreprise ne sait acheter que "le moins disant", ou qu'elle ne sait pas évaluer finement les compétences de ses prestataires. En effet, la pénurie de talents étant aussi très forte chez les fournisseurs, il y a peu de chance que l'entreprise y trouve son compte en compétences déléguées, si elle n'adopte pas une politique d'achat centrée sur la valeur et non sur la réduction des coûts.

La formation et le recrutement sont donc incontournables dans la stratégie SI en 2020. Mais ce ne sont pas les deux seuls leviers.

GreenSI aime bien le modèle "4R" proposé par Gartner, pour manager les "talents digitaux". En plus des classiques recrutements (Recruit) et formation (Renew), ce modèle met le doigt sur deux activités clefs:
  • retenir (Retain) les talents une fois arrivés, 
  • mais aussi gérer la relation au-delà de l'emploi actuel (Release).
Dans un contexte d'innovation ouverte, les talents qui sont passés par chez vous pourront y revenir plus facilement avec des innovations et de nouvelles relations, si vous gardez le contact. C'est une discipline bien connue des cabinets de conseil anglo-saxons qui gèrent leur "anciens employés" comme les grandes écoles gères leurs "anciens élèves".
Alors à quand la prochaine soirée des anciens de la DSI ? 
Si on devait résumer ces études à quelques principes, GreenSI n'en garderai que trois :
  • Articuler une stratégie de recrutement, à la fin de tout schéma directeur SI qui oriente une trajectoire moyen terme d'une partie du SI.
    Ces schémas directeurs qui partent des besoins métiers identifient généralement les projets majeurs de transformation du SI, mais ne se préoccupent pas toujours des ressources et de la question de celles qu'il est stratégique de renforcer et d'internaliser. La GPEC, gestion prévisionnelle des emplois et des compétences est un bon point départ.
  • De suivre les formations réalisés à la DSI et d'aligner ces formations sur les axes directeurs du SI. 
    C'est le rôle du DSI d'éclairer ses troupes sur les métiers de demain, dans le contexte de la stratégie informatique et de la transformation digitale de l'entreprise. Cela évitera que sans se concerter, tout le monde choisisse une formation "bateau" de type "bigdata", quelques années avant que l'intelligence artificielle rende ce besoin caduque, ou "chef de projet" alors que l'agilité remet cette discipline en question ;-)
  • D'intégrer la DSI, et les besoins de compétences techniques ou agiles, dans la marque employeur de l'entreprise.Cette cohérence permet d'attirer des profils variés, avec les bons "soft skills", qui peuvent ensuite évoluer après dans l'entreprise et réciproquement.
Dans ce contexte, George Westerman, maître de conférences au MIT, déclare que "la compétence la plus critique pour l'informatique dans la décennie à venir sera la capacité d'apprendre et s’adapter". Les employés les plus précieux sont ceux qui apprennent le mieux et, dans un contexte transverse (multi-fonctionnel), ceux qui ont la capacité de collaborer et de co-créer des solutions avec les autres.
Une vision d'ailleurs très proche du manifeste agile qui en plus oriente l'action sur le client.

dimanche 26 janvier 2020

Pensez à relier les technologies entre elles

En anglais on dirait "connecting the dot", expression favorite de Steve Jobs.
GreenSI a choisi de montrer avec ce billet pourquoi la transversalité des technologies est essentielle et qu'il ne faut pas chercher à tester et lancer des projets en silos. 

Un billet de 2018 montrait comment le drone était en train de se faire sa place dans l'entreprise et dans les services aux entreprises avec le développement du "Drones as a service". Ce service est rendu possible par une plateforme qui à la fois pilote et optimise l'acquisition des données avec les drones, mais également qui traite les données et les restituent aux abonnés du service.
Cette plateforme permet les économies d'échelles qui rendent le service compétitif par rapport à ce qu'une entreprise pourrait faire seule en cherchant à acquérir des drones. Ses domaines de développement sont par exemple l'inspection d'immeubles ou les services à la construction. 

Le drone est ainsi rentré dans le domaine de l'internet des objets (Iot).
Mais le drone mène aussi au développement d'une infrastructure locale de données connue sous le nom de "Edge computing" (voir Edge : qui va gérer les données). En effet, une grande partie de l'attention actuelle accordée à cette "informatique de périphérie" provient de la nécessité pour les systèmes IoT de fournir des capacités déconnectées ou distribuées. Le cloud ayant trouvé ses limites dans les débits de remontés d'information.
Ces limitations seront peut-être dépassées quand la 5G sera disponible partout sur le territoire, mais en attendant, dès qu'on produit 1To de données par jour depuis le terrain, les infrastructures Cloud ne suivent pas, surtout en temps réel.

La promesse du "Edge" est donc de traiter ces données au plus vite, au plus près du terrain, sans faire des allers-retours avec un Cloud, qui aurait tout la puissance requise pour cela, mais pas la bande passante pour y accéder.
L'Edge computing est donc doté de ressources de calcul de plus en plus sophistiquées et spécialisées et d'un stockage de données accru. Au delà des drones il est déjà présent sur les sites industriels et se généralisera avec le développement des drones, des robots et des véhicules autonomes.
Pour une autre raison (le rejet des GAFAs et de leur domination des Clouds) les villes se dotent parfois d'une infrastructure de gestion locale des données et de constitution de leurs maquettes numériques que l'on peut mettre dans le domaine du Edge.
 

Drone et Edge se connectent.
L'intelligence artificielle se nourrit des nouvelles sources de données en masse, celles que produisent les drones. Au départ elle est embarquée pour permettre les fonctions principales de vol, et notamment la stabilisation, et la navigation. Elle va poursuivre son développement avec la coordination de flottes de drones et la gestion de l'espace aérien qui leur sera réservé. Enfin elle va traiter les données acquises et stockées dans l'Edge pour permettre à l'entreprise de prendre des décisions le plus rapidement possible, avec les données d’observation issues des drones.

A la clef, une meilleure efficacité opérationnelle, la réduction des coûts, des interruptions de service, l'amélioration de la sécurité, etc... Le plus souvent dans les domaines que sont la supervision des infrastructures physiques.
Donc les drones possèdent la capacité de créer d'immenses volumes de données, à l'aide de capteurs et de caméra. Pour garantir que ces données sont traitées et analysées, les drones les transmettent au Edge, qui développe des traitements intelligents, le tout supporté par un Cloud, mais en limitant les déplacements de données et répondre aux limitations de bande passante et de connectivité.

Drones, Edge, Cloud et IA, ces technologies sont amenées à être connectés et pensées de concert.
Leur combinaison offre des cas d'usages supplémentaires, à la fois pour fiabiliser chaque technologie par un apport d'une autre, mais également pour les combiner avec une multiplication des possibilités.

Les drones se révèlent alors être les périphériques de traitement et d'analyse de données par eux-mêmes. La combinaison des technologies une redoutable plateforme intelligente de gestion de données.

La tendance est alors celle de drones entièrement autonomes, par exemple pour l'inspection, capables de détecter et d'identifier les défauts ou les dysfonctionnements au plus tôt et sans assistance humaine.

Cette nouvelle architecture amène de nouveaux défis en matière de confidentialité des données, de sécurité et de sûreté. De la même façon que la supervision s'est déplacée des serveurs vers les postes de travail, la supervision va maintenant se déplacer vers ces nouveaux périphériques autonomes. Ne gardez pas en tête la seule image d'un drone volant à hélice. Les drones adapteront leur forme au milieu dans lequel ils vont évoluer. Dans les réseaux d'assainissement, par exemple, ils ressemblent à sortes de jouets robots sur chenilles pour se déplacer facilement dans les canalisations non visitables. D'autres nagerons dans les lacs et remonteront les rivières.


Ces objets autonomes vont permettre une automatisation avec une programmation qui va au-delà de l'automatisation classique. Elle s'appuie sur des modèles de programmation qui exploitent l'IA. Cela permet d'interagir plus naturellement avec leur environnement. Sur domaine privé (mines, usines,réseaux enterrés, entrepôts, bâtiments, ...) les besoins d'adaptation de la réglementation sont moins nécessaires que sur domaine public. Cette évolution est déjà engagée. Sur le domaine public elle prendra plus de temps, mais est déjà dans la tête des élus et des services municipaux, comme le montre l'annonce de Mounir Majoubi en début d'année de proposer de déployer 240 drones de surveillance à Paris.

La question de l'acceptation sociale se posera bien sûr dans les deux domaines, mais il sera difficile de freiner longtemps la tendance à déployer de plus en plus d'objets non contrôlés (mais supervisés en fonctionnement), dans l'espace public. Les caméras de surveillance, qui peuvent être considérées comme des drones fixes dans les 3 dimensions, ont bien réussi à envahir les villes et les alimenter en masse d'images...

Les drones sont donc pour GreenSI une illustration du déplacement de la sécurité et de la supervision à la périphérie d'un système d'information dont le champ ne cesse de s'agrandir.

Un système d'information qui s'hybride de plus en plus avec les systèmes industriels et demande de nouvelles approches non centralisées pour sa gestion, surtout en périphérie.

Un système d'information plateforme, qui comme un porte avion sait se projeter là où les opérations de l'entreprise le demandent.

"Connecting the dot" est aussi une citation célèbre de Steve Jobs pour parler du lancement du Macintosh qui rassemblait à l'époque de multiples technologies, chacune révolutionnaire (la souris, l'interface en fenêtre copiée par Windows plus tard, le processeur...) mais jamais intégrées ensemble.
En connectant entre elles ces technologies innovantes, n'est-on pas en train d'observer l'émergence d'une nouvelle plateforme révolutionnaire ?

samedi 18 janvier 2020

La cyber-résilience des SI s'invite à Davos

Cette semaine, le rapport annuel préparatoire au sommet de Davos 2020 (The Global Risks report 2019) du prochain Forum Economique Mondial, qui ouvre ses portes cette semaine, place les cyberattaques dans le top 5 des risques mondiaux

Chaque année le Forum Economique Mondial (WEF) classe les risques en cinq catégories (économie, environnement, géopolitique, société et technologie) et selon deux axes avec une échelle de 1 à 5 : leur impact et leur probabilité, évalués par plus de 400 experts mondiaux. Cette démarche d'analyse des risques est similaire à celle utilisé pour les SI.
On s'en doutait un peu, mais peut-être pas avec autant de force, les cyberattaques dépassent largement le périmètre des SI, au point d'être un facteur de risque systémique global pour influencer l'avenir de la planète.

GreenSI est allé regarder le rapport du WEF de 2012 pour prendre du recul sur cette évolution, car c'est en 2012 la première fois que ce risque apparaissait aux yeux des experts mondiaux en prenant la 4eme place avec un impact de 3,5 et une note de probabilité de 3,8.
Il y a 7 ans, seuls deux risques atteignaient les 4/5 en impact :
  • l'effondrement du système financier (probabilité faible mais on sortait de la crise de 2009)
  • et une crise pour la fourniture en eau (probabilité plus forte, cf le monde arabe est en stress-hydrique).
Puis, le risque cyberattaques a disparu du radar du WEF pendant 5 ans, jusqu'en 2018 quand il ressors à la 3em place et enfin en 2019 où il prends la 5em place.

Les cyberattaques, et la perte d'une infrastructure critique d'information (nb: le protocole internet justement a été créé pour résister à ce type défaillances d'infrastructures réseau), rejoignent donc maintenant le club très fermé des risques pouvant avoir le plus d'impact pour la planète, aux côtés des armes de destruction massives et du risque environnemental.

Quelle prise de conscience pour celles et ceux qui œuvrent au quotidien pour la sécurité des SI que d'avoir le destin du monde libre entre leurs mains ! ;-)

Heureusement, pour ces professionnels des SI, cette prise de conscience n'a pas attendu que les sages de Davos se penchent dessus. D'ailleurs dans le dernier billet de GreenSI la cybersécurité est l'un des 5 repères à avoir sur son radar en 2020 pour piloter les SI de l'entreprise dans la transformation digitale.

Aujourd'hui les menaces sont bien réelles et surtout beaucoup plus probables. L'assureur Allianz vient d'ailleurs d'annoncer que le risque d'attaque est devenu le risque le plus important.
Mais ce risque n'est pas lié qu'aux bonnes ou mauvaises pratiques internes comme on pourrait le croire dans une démarche de la sécurité un peu trop normative. La réalité c'est que le contexte géopolitique renforce la vulnérabilité des SI des entreprises, bien au delà de ce que l'on a connu, et pas uniquement pour les opérateurs d'importance vitale.

La dernière crise géopolitique iranienne, suite à la mort du général Soleimanie, peut encore faire des dommages collatéraux dans les entreprises si l'Iran mobilise ses capacités cyber-offensives contre les États-Unis. L'état d'alerte est d'ailleurs monté et les cibles peuvent être n'importe quel symbole très visible et pouvant donner des sueurs froides à l'administration américaine. Mais pour les atteindre, les attaques peuvent passer par des cibles moins stratégiques et provoquer des dommages. Les dommages collatéraux peuvent aussi venir des réponses américaines, comme en 2010 avec le virus Stuxnet, quand ce virus que l'on dit créé par la NSA avec un rôle non officiel d'Israël, a permis de détruire les centrifugeuses Siemens iraniennes d'enrichissement d'uranium. Malheureusement il a également touché des sites industriels, un peu partout dans le monde, qui utilisaient cette même technologie d'automates Siemens...

La sécurité devient de la "cyber-résilience" pour renforcer la capacité des entreprises à répondre à ce type de menaces et de pouvoir continuer de fonctionner en mode dégradé tout en évoluant dans un milieu hostile.
Les systèmes SCADA (Système de Contrôle et d’Acquisition de Données en Temps réel) sont en première ligne. Toutes les entreprises qui les opèrent comme les usines pétrochimiques ou les systèmes de transports maritimes et aériens sont potentiellement visés. Ces systèmes pilotent des machines physiques réelles, et permettent donc d'impacter le monde réel, de le désorganiser voire de l'arrêter. Ce sont autant de "portes" sur le monde réel pour créer des dégâts à distance en passant par le monde virtuel des réseaux et du logiciel. Une alternative à un bombardement réel de l'usine.

L'interconnexion des "supply chain" entre entreprises, la sous-traitance d'activités, rendent difficile l'isolation du SI de l'entreprise qui est nécessairement intégré à son écosystème économique. D'autre part, au sein même de l'entreprise le SI connecté se développe rapidement avec l'internet des objets qui joue un rôle plus important pour la régulation et l'optimisation des processus, transformant l'entreprise digitale en une "grande usine", dont le fonctionnement, de plus en plus temps-réel, n'est pas sans rappeler celui des SCADAs, avec toujours plus de "portes" à sécuriser.
Dans ce contexte de crises géostratégiques, la motivation financière des attaques n'a bien sûr pas disparue. Elle s'est même sophistiquée et en Europe la responsabilité de l'entreprise s'est étendue avec sa responsabilité pour la protection des données clients (RGPD).

Les ransomwares sont depuis 3 ans le moyen d'extorquer des fonds aux entreprises. Les entreprises se sont adaptées, même si elles ont encore beaucoup de travail pour suivre la sophistication toujours croissante des attaques. L'arrivée de l'intelligence artificielle montera encore plus haut le niveau des attaques et donc celui des réponses.
Gagner la prochaine bataille de la cyber-résilience nécessite de nouvelles armes et une approche de la sécurité plus dynamique, voire plus offensive. Elle demande bien sûr plus de moyens. C'est ce qui est en train de se mettre en place dans les entreprises les plus exposées. Le Forum International de la Cybersécurité à Lille du 28 au 30 janvier, la référence en Europe sur la "cyber" et la confiance numérique, sera l'occasion de faire le point sur ces nouvelles menaces et les avancées des entreprises.

 

Les équipes sécurité sont donc amenées à être étoffées. Leur moyens d'action en matière de cybersécurité amenés à être déployées jusqu'aux avant-postes de l'entreprise et du réseau, pour suivre les comportements suspects. Le CISO, responsable de la sécurité des SI, a un rôle opérationnel, autant pour le renforcement de la sécurité, que pour la conduite des opérations lors des attaques, en coordination avec les moyens externes ou gouvernementaux.
Dans ces futurs conflits, les employés sont formés en amont pour réduire les risques, mais également adopter le bon comportement sur le terrain lors des attaques, comme défenseurs des actifs numériques de leur entreprise.
La cyber-résilience est devenue essentielle pour développer les activités de l'entreprise en toute confiance.Elle résulte du croisement du développement de la transformation digitale et de l'augmentation des risques de cyberattaques. La cyber-résilience se pense avec tout son écosystème (partenaires, fournisseurs, tiers...), ce qui n'est pas toujours simple dans le monde secret de la sécurité. Elle demande de nouvelles collaborations et cherche même de nouveaux alliés.
L'importance des systèmes d'information fait que le monde économique repose maintenant sur elle !

L'humour de ceux qui aiment le numérique