dimanche 3 décembre 2017

The modern software factory

The modern software factory


Comme j'en parlais dans mon dernier billet, GreenSI a été invité de l'autre côté de l'Atlantique, à CA World, la conférence qui réunit les clients, partenaires et employés de CA Technologies dans le monde, pour prendre la température de la transformation digitale.

Au pays des GAFAs, la pression sur les entreprises pour se transformer est forte. Les DSI doivent y trouver leur place... ou être remplacés. C'est du moins ce qui ressort d'échanges que j'ai pu avoir avec des participants à qui j'ai essayé d'expliquer le débat en Europe, tout au moins en France, sur les CDO (orientés business) versus DSI (orientés technique). Les projets numériques de transformation aux États-Unis sont pilotés par la double compétence, soit parce que la DSI s'est orienté business, soit parce que le business a repris la DSI. On retrouve ici un certain pragmatisme anglo-saxon.

Le thème de CA World cette année était "No barriers", pour engager les clients de CA Technologies à faire tomber toutes les barrières qui séparent l'innovation de la mise en œuvre.
Ces barrières sont d'ailleurs parfois simplement mentales, notamment quand on essaye d'aborder l'ère du digital en continuant de penser encore comme à l'ère précédente : vous avez reconnu le thème de la série de billets #FlipYourMind de GreenSI

C'est ainsi que l'on doit sortir du carcan de la non-régression, devenir data-boulimique et admettre que les ruptures vont plus vite que les organisations.
La transformation numérique demande nécessairement d'innover. Mais la maîtrise de l'industrialisation de ces nouveaux modèles, nouvelles technologies ou nouveaux écosystèmes, amenés par l'innovation est donc devenue une priorité sur l'agenda des DSI (technique+business) qui doivent adapter leurs méthodes, leurs infrastructures, leurs applications et le support aux processus métiers. Cela pour supporter cette transformation tournée vers les clients et les écosystèmes.

Transformation numérique rime donc avec transformation de la DSI quand parfois celle-ci a encore les yeux tournés uniquement vers ses utilisateurs internes. La semaine d'avant, à Barcelone, le symposium Gartner pitchait le même discours de transformation devant des milliers de DSI européens et fixait les leviers d'accélération pour 2018.

Les DSI qui cherchent une boussole dans cette révolution numérique permanente, et peut-être reprendre la main quand ils ont été dépassés par les entités métiers pour conduire cette transformation, peuvent se fier aux évolutions (et intuitions) de CA Technologies pour se poser les bonnes questions !

GreenSI a en effet remarqué depuis 5 ans que les liens entre les évolutions et la roadmap produits de CA Technologies et la transformation de la DSI sont très forts. Par exemple, en mars 2015 quand est lancée en France l'API Connection par CA Technologies pour fédérer une communauté d'échange autour de ce sujet, peu de DSI se sont encore engagés sur l' "APIsation" de leur SI. En 2017 c'est devenu un sujet prioritaire.
D'ailleurs, ce n'est certainement pas un hasard. Avec une histoire proche de la DSI, qui a également sont origine ancrée dans les mainframes et les outils de gouvernance et de gestion des services SI (notamment le très connu CA Unicenter), CA Technologies a depuis 20 ans réussi une série d'acquisitions aux US mais également en Autriche, Israël, Canada, UK, et Pays-Bas. Avec le recul, elles collent à la transformation des métiers de la DSI.

En 2008, ce sont des acquisitions dans la gestion des identités (Idfoux, Eurkify...), en 2009 dans l'automatisation des datacenters (Orchestria,...) puis de façon massive dans le Cloud dès 2010. En 2013 c'est au tour de l'API management (7layer), en 2015 dans l'agile (Rally - logiciels + services), en 2016 dans les tests automatisés (Blazemeter) et l'automatisation des processus (Automic), et enfin cette année dans la sécurité au coeur du logiciel (Veracode). Comparez à quelle date vous avez regardé le même sujet dans votre DSI, et dans vos budgets, je pense que vous serez surpris...

Si vous voulez comprendre cette vision, leur CTO, Otto Berkes, a publié l'an dernier un livre très inspirant sur le sujet "Digitally Remastered" qui propose une approche pour reprogrammer son business dans un monde digital.
Et pour les DSI visionnaires, vous pouvez même essayer de deviner dans quel domaine CA Technologies fera sa prochaine acquisition, a priori, c'est un sujet que vous avez devant vous ! Allez, on se lance. Avec le développement de l'IoT, la gestion de l'identité et des tests des objets qui vont se connecter par millions au SI, devrait dépasser les capacités des outils actuels...

Mais les sources d'innovation sont aussi internes avec le lancement de "CA Accelerator" le programme d'incubation des idées d'intrapreneurs. Dans les pépites rencontrées par GreenSI dans cet incubateur, il y a certainement Freshtracks.io, une couche intelligente de supervision de Kubernetes pour ceux qui explorent les nouvelles architectures à base de conteneurs.

Quel est donc le message important de CA World pour la DSI?

Certainement de rassembler toutes les compétences, largement dans l'entreprise, pour devenir une « Modern Software Factory », c’est-à-dire une usine créatrice de logiciels innovants et répondre au nouveau paradigme que développement du logiciel est au cœur du business (économie des applications, plateformes, mobiles, et demain IoT,...)



Ces compétences sont l’agilité, l’automatisation, l’analyse des données et la sécurité, pour faire un choix et fixer des axes d'organisation forts.
Toutes ces compétences sont transverses, et mettent certainement la fin aux organisations cloisonnées, d'abord avec le métier comme on l'a vu, mais également au sein de la DSI avec le cloisonnement des études, des projets et de la production, sans compter l'externalisation des développements.

Abattre les barrières, c'est également une incitation pour mettre en œuvre des approches collaboratives entre les métiers. On connait DevOps, la démarche de production d'amélioration en continu entre les développeurs et la production, mais en amont le sujet du design des services sans barrière se pose également pour innover et développer une nouvelle expérience utilisateur. C'est ce que GreenSI appelle BusDev, et on rappelle que dans une économie des applications, le développement du business passe par la relation entre le business et les développeurs.

D'autre part, avec la sécurité qui revient au cœur du logiciel, il est certainement trop tard pour s'en préoccuper uniquement à la fin lors de la mise en production. Un billet précédent (Quand agilité rime avec sécurité) avait applaudi la démarche de l'ANSSI quand elle cherche à remonter la sécurité dès la phase de conception pour les projets agiles, ce qui est novateur. 

CA Technologies va d'une certaine façon plus loin dans la chaîne en proposant d'intégrer aussi la sécurité dans DevOps (et tente d'imposer le terme DevSecOps), pour mettre les outils de test de la sécurité directement dans la main des développeurs. C'est tout l'enjeu du rachat de veracode dans un contexte où les applications, de plus en plus complexes, sont aujourd'hui attaquées au même titre que les infrastructures.

La maîtrise de la fabrication du logiciel en devient encore plus critique. Et maîtrise veut dire reproductibilité dont automatisation et mesures (à défaut d'analyse de données) pour identifier les écarts et réajuster le processus. Tout doit donc être automatisé et la DSI doit abandonner les contrôles humains, ou les workflows humains, qui peuvent être automatisés. Tout doit être mesuré et la DSI doit mettre en place les outils de monitoring de l'expérience utilisateur, pas uniquement de monitoring des serveurs.

Dans les maîtres de cette "Modern Software Factory", Foxnews, N°1 sur les grands réseaux de câble aux États-Unis, est venu témoigner de sa mise en œuvre et nous rappeler l'impact du logiciel sur le chiffre d'affaires. Le contenu de ce réseau d'informations est disponible sur le câble et le web, mais également dans les box d'un marché de la consommation vidéo qui s'est fragmenté, au-delà de ce que l'on connaît en France. Ne pas être présent sur un canal représente autant de lecteurs et de chiffre d'affaires en moins. Et pour être présent, il faut l'être DANS les nouvelles boxTV. Le logiciel est le chaînon entre la production des news et les consommateurs. Le logiciel est également l'outil de production des news et de la vidéo.
C'est donc une illustration sans ambiguïté sur l'adage "Every business is a software business".


Dans un autre domaine où l'usine est une tradition et où le logiciel va maintenant être au centre de la révolution à venir et au cœur des produits, on retrouve Renault qui s'est engagé dans cette voie. L'entité "Renault Digital" est en charge de la transformation pour répondre à cette révolution. Le DSI du Groupe est au commande, fortement coaché par un cabinet de conseil rarement dans les fournisseurs d'une DSI et plus souvent dans ceux des Directions Générales, le Boston Consulting Group. C'est une transformation qui a pour objectif de produire tous les logiciels "business" du Groupe, qui avait commencé avec le rachat des équipes R&D d'Intel en France et qui s'est poursuivie avec le recrutement des profils manquants dans les DSI (data science, designers, ...).

L'image du business comme usine moderne à logiciels innovants est donc pour GreenSI une image forte qui devrait pouvoir aider à s'orienter dans la transformation digitale. Elle oriente notamment la transformation de la DSI et son rôle auprès des métiers, qui est parfois objet de débat de ce côté de l'Atlantique. 

Cette image avait déjà été identifiée il y a 3 ans par GreenSI (L'usine à logiciels contre-attaque). Elle est aujourd'hui de plus en plus présente et démontre des résultats chez ceux qui en ont adopté ses principes. L'évolution de la gouvernance du numérique dans les entreprises ne pourra certainement pas s'en passer.

IA et manque de diversité ne feront pas bon ménage

IA et manque de diversité ne feront pas bon ménage

L'industrie informatique a un gros problème ; un problème qui est reconnu et qui mobilise déjà l'énergie de beaucoup, y compris de l'État, mais qui est encore loin d'être réglé: la diversité homme femme. Seulement 20% à 30% des professionnels de l'informatique,selon les pays, sont des femmes.

Pourtant cela n'a pas toujours été le cas. C'était même l'inverse au tout début de l'informatique, à l'ère des calculateurs puis des mainframes. Plusieurs articles (dont GreenSI: Mais où sont passées les Geekettes?) font remonter aux années 80 cette inversion de la courbe avec un reflux radical des jeunes femmes à rejoindre ces métiers, certainement lié à une image de l'informatique individuelle et du geek, devenues plus masculines lors de ces années charnières.

Même aujourd'hui, comment peut-on attirer des vocations féminines quand les héros toujours cités sont Bill Gates et Steve Jobs alors qu'on pourrait citer également les pionnières oubliées de l'informatique Ada Lovelace reconnue comme la première personne à développer un programme ou Grace Hopper qui joua un rôle déterminant pour le développement du langage COBOL?

Cette absence de diversité se voit au quotidien, dans les équipes, dans les salons, dans les écoles et bien sûr dans le faible nombre de candidates à l'embauche de développeurs ou de chefs de projets, même quand on souhaite diversifier ses équipes...

Mais cette diversité se voit également quand, ce qui est devenu une minorité visible, devient également la cible de la machine à discriminer amorcée par quelques individus, comme ces étudiants, au sein l'école 42, qui ont créé une ambiance sexiste, dans une école pourtant vantée pour son nouveau modèle éducatif centré sur l'étudiant et son autonomie. C'est un système qu'il va falloir certainement "rebooter"...

Les professionnels de l'informatique - de l'éducation à la production - ne peuvent pas se défausser devant cette responsabilité collective. Cette non mixité est un double problème ; pour l'industrie informatique mais également pour notre société.

D'une part, c'est une industrie en pénurie de talents, et donc cet écart est préjudiciable pour la productivité et l'innovation qui aurait été amenés par ces candidates qui se sont détournées de l'informatique. Bien sûr, aucune étude ne démontre une compétence plus faible dans le numérique pour les femmes ; bien au contraire des études récentes vont même jusqu'à leur donner l'avantage... quand on ne sait pas que ce sont des femmes!
 
C'est donc bien une question d'appétence que de compétence.
D'autre part, le numérique est en train de transformer les entreprises entrées dans la révolution digitale mais également de transformer la société. Ne pas s'appuyer sur l'équilibre homme-femme, que la nature gère à la naissance depuis des millénaires, aura des conséquences sur l'évolution des systèmes numériques, notamment ceux à base d'intelligence artificielle qui n'apprennent que ce qu'on leur a montré. On parle de biais dans les algorithmes de décision, quand ils ont été produits par analyse de données ("machine learning") qui contenaient un biais.
Tay, l'IA lancée par Microsoft pour apprendre à partir des interactions humaines sur Twitter, est devenue raciste en quelques heures (certes, dans un contexte exacerbé par une poignée d'individus et une ambiance électorale particulière). Des études ont également montré le biais des algorithmes de catégorisation comme sur LinkedIn quand on recherche un prénom masculin ou ce que l'on appelle pudiquement aux États-Unis le "White guy problem", quand les publicités pour des postes bien payés sont moins affichées par les algorithmes de publicité, aux femmes qu'aux hommes.
Dans ce contexte, se retrouver cette semaine au Women's Forum dans une assemblée de 200 femmes professionnelles de l'IT pour débattre sur le futur de l'intelligence artificielle a été une expérience très enthousiasmante pour moi et redonne de l'optimisme pour l'avenir du numérique.

J'ai donc été dans les quelques hommes invités à ce forum organisé par CA Technologies et PWC dans le cadre plus large de CA World, la conférence qui réunit les clients, les partenaires et les employés de CA Technologies. C'est une société éditrice de logiciels de management des SI, reconnue pour sa politique en matière de diversité (11.000 personnes dans le Monde).
J'ai donc pu apprécier, pendant 2h, des débats de haut niveau avec la participation de Cynthia Breazeal, une doctoresse et pionnière en robotique au sein du Média Lab du MIT, avec une spécialisation sur les interactions humaines des robots ("social robotic"). Cynthia Breazeal est également la fondatrice et la présidente de la société Jibo, le premier "robot social pour la maison" qui sors ce mois-ci.
Cynthia Breazeal a partagé avec l'assistance l'une des raisons de sa passion pour les robots, qui est née très jeune. Cette raison tient en 4 caractères: R2D2 !
Merci donc à George Lucas pour avoir créé un robot de la saga Star wars avec une image attirante et sympathique si inspiratrice. Merci également pour avoir donné à une femme, la princesse Leia, ce lien particulier avec R2D2 qui a changé le cours de la guerre contre l'Empire en y cachant les plans de l'Étoile Noire (désolé pour ceux qui ont oublié leurs classiques!).

Mais Cynthia Breazeal avoue qu'elle doit aussi son parcours exceptionnel à son mentor, le directeur de son laboratoire au MIT, qui l'a toujours encouragé à aller de l'avant et poursuivre sa vision.

Ce que Jibo amène sur le marché et qui est unique quand on le compare à ses concurrents, Alexa (20 millions vendus) ou Google Home (7 millions vendus), c'est une façon très particulière d'interagir avec les humains. Une vidéo vaut mieux qu'un long article de blog, je vous laisse donc découvrir Jibo (vidéo).
Mais derrière Jibo, rappelons-nous que les robots sont animés par une intelligence artificielle et que c'est bien elle qui est à l'œuvre pour inspirer émotion, compassion ou empathie. 
Jibo a été pensé comme un membre de la famille, âgé de 12 ans, avec un prénom masculin (contrairement à Alexa). Au sein de cette famille, il traite les données privées avec précaution, et son modèle n'est pas construit pour la publicité ou les ventes en lignes. Il a également été entraîiné avec des données qui veulent éliminer le biais masculin inconscient dont on parlait précédemment.
Pour Cynthia Breazeal, Jibo n'est que la première version (l' "Apple 1") de ce qui sera une gamme de produits répandus dans tous les foyers. Il est donc limité en usages mais le potentiel de cette catégorie de produits est important, dans l'éducation ou la santé, notamment parce que le robot sait faire preuve d'empathie dans sa relation avec les humains qu'il reconnaît. Nous allons passer d'une première génération "d'assistants utiles" à une seconde génération de "compagnons serviables".

Une rumeur se propage d'ailleurs déjà sur le retour de Aibo dopé à l'IA, le premier chien robot de Sony lancé en... 1999 !

Les enfants qui naîtront l'an prochain vont naître avec des IA autour d'eux, au moins aux États-Unis ou en Chine.
Ce sera un changement par rapport à la génération précédente, comme on a pu déjà le constater avec ceux qui sont nés avec un smartphone dans la maison et pour les plus vieux avec le téléphone sans fil dans les années 90. Leur relation aux robots et à l'informatique "ambiante", accessible par la voix ou le regard, sera une évidence pour eux mais par pour leurs parents.

Car c'est bien d'une évolution des technologies de relations et de collaboration dont il s'agit. Nous allons passer de l'email, "froid" et sans feedback, à des interactions riches, allant jusqu'à l'engagement et l'empathie. On voit d'ailleurs peut-être aujourd'hui dans les dérives des relations sur les réseaux sociaux les défauts du design des technologies actuelles de collaboration.

Pouvons-nous confier l'éducation de ces futures intelligences artificielles à des équipes d'informaticiens où la diversité ne serait pas présente ?  

L'écart entre Jibo et ce que préparent les meilleures équipes d'ingénieurs des GAFAs laisse penser GreenSI que non. Nous aurions au moins raté la vision humaniste et motivante de la robotique par rapport à ces autres assistants, où peut-être nous aurions attendu quelques années avant qu'elle n'émerge comme une évidence.
Pour Cynthia Breazeal, dans un monde de machines l'humanité est certainement la "killer app". Pour l'instant la concurrence pense que la "killer app" c'est la musique et tous les assistants sont plus des haut-parleurs à reconnaissance vocale que des robots avec une identité propre - l'avenir nous dira qui aura eu raison en premier.

En France, malgré la mobilisation de l'Etat sur le sujet, il est dommage de constater que les débats sur l'IA tournent aux scénarios de science-fiction largement au-delà des possibilités de la technologie.
Une autre voie doit s'ouvrir pour débattre de l'intégration de l'IA dans la société.

GreenSI a donc beaucoup apprécié que certains de ces sujets dont l'empathie et la diversité de l'informatique aient été abordés le 18 novembre à la Cité de la Réussite lors d'une conférence sur l'IA. Les robots ne feraient pas preuve d'empathie et c'est ce qui en fera toujours la différence avec l'Homme.

Mais justement est-ce que notre vision actuelle n'est pas biaisée par le design des robots actuels?

Est-ce que les ingénieurs ont cherché à ce que qu'ils aient de l'empathie? La question est loin d'être close, et n'empêchera pas non plus l'humain de s'orienter vers ces activités demandant plus d'empathie et où il sera à priori toujours meilleur que les robots. 

En revanche, en matière de diversité, la Cité de la Réussite ne montre pas l'exemple avec son panel 100% masculin sur "ces innovations qui vont changer le monde". GreenSI ne veut pas croire que les femmes n'y sont pas pour quelque chose aussi. Et pour innover, peut-être faudrait-il veiller à avoir des panels plus mixtes, a d'ailleurs fait remarquer Gilles Babinet, l'un des participants au panel.


Autre sujet important pour l'évolution des IA, pour mieux comprendre les interactions humaines, il faudrait que les données d'apprentissage soient accessibles à plus d'acteurs. Les régulateurs pourraient s'emparer de cette question, non seulement pour laisser les chercheurs apprécier les éventuels biais de ces données d'apprentissage, mais peut-être également pour ouvrir à un plus grand nombre qui, mécaniquement, explorera plus de nouveaux "designs de collaboration". C'est une idée relativement simple à comprendre pour ceux qui y voient des mécanismes d'adaptation similaires à ce que Darwin a très bien décrit pour les espèces dans ses travaux.

Aller plus loin dans l'IA va demander de faire des choix ; donc plus de diversité dans les solutions proposées à la société pour qu'elle puisse mieux choisir.

L'entreprise Jibo, fondée par deux femmes, qui emploie aujourd'hui 100 personnes, a un comité de Direction avec une parité parfaite. Cynthia Breazeal nous a confié que ce n'est pas par hasard si cette barrière est également tombée. 
"No Barriers", abattre les barrières pour passer de l'idée aux résultats, était justement le thème de CA World 2017 conférence technologique pour construire l'usine moderne de fabrication du logiciel à laquelle GreenSI a assisté cette semaine. Mais en attendant le prochain qui l'abordera, ouvrons les yeux, si ce n'est pas déjà fait, et œuvrons au quotidien pour faire tomber cette barrière de la diversité hommes-femmes dans le numérique.

#FoodTech: innovons ensemble

#FoodTech: innovons ensemble

Cette semaine, se tenait à Dijon le salon de la #FoodTech, en terre de gastronomie et d'agriculture. Un salon et des conférences qui ont rassemblé sur 2 jours, tous les acteurs "de la fourche à la fourchette" comme les organisateurs aiment le présenter.

Signe d'une économie numérique, les "X-Techs" ont depuis longtemps quitté les seules "Bio Tech" et "High Tech", pour couvrir de plus en plus d'industries. L'alimentaire, de la production à la consommation, est aujourd'hui celle promise à une nouvelle révolution. GreenSI y voit également le signe d'une classification des industries qui devient de plus en plus obsolète, et où "la Tech" en tant que segment d'actions en Bourse n'a plus beaucoup de sens (voir ce billet de 2014: Vers la fin des industries). 

Cette première manifestation de la FoodTech a donc permis, en un même lieu, la rencontre des startups de la Production alimentaire, de la Transformation des matières premières, de la Distribution, sans oublier les consommateurs et leur Expérience de consommation.

C'est pour ne pas oublier cette expérience de mieux manger, de savoir ce que l'on mange, d'où ça vient... que le salon a ajouté le mot "use" entre les mots "Food" et "Tech", la FooduseTech, et mettre en avant ce changement profond des usages.

L'expérience consommateurs est d'ailleurs le domaine qui bénéficie de nombreux investissements.

On y retrouve par exemple AlloRestau et Deliveroo, ou le nouvel  UberEats, ces startups que l'on croise en vélo dans nos rues pour nous livrer en 30mn des plats de restaurants. Mais on peut également se faire livrer les plats froids à réchauffer chez soi avec Frichti qui vient de lever 30 millions d'euros, ou carrément se faire livrer "une box" d'ingrédients frais pour cuisiner nous-même comme les chefs, avec moiChef. Un domaine qui explose aux États-Unis.

La technologie des plateformes partagées entre acteurs (ici consommateurs, restaurateurs, livreurs, laboratoires de cuisine) va aider chaque domaine à devenir plus "smart" avec le numérique et à repenser son offre, sa logistique, ou  son modèle économique. La donnée se retrouvant au cœur de ces usages.
Dans la production, le développement de l'agronomie de précision est bien engagé avec l'internet des objets, les drones et maintenant les robots (voir le billet de GreenSI Les robots sont dans le pré). Mais la transformation des usages n'est pas non plus en reste avec par exemple WefarmUp qui s'est déplacée à Dijon pour proposer la location directe de matériels entres agriculteurs, et a calculé sur des données historiques dans le Sud-Ouest que cela permettrait de mieux utiliser de 40% la capacité de ces matériels et donc leur financement.

A l'extrême de la chaîne, imaginer de nouveaux usages et repenser l'expérience utilisateur est un domaine très dynamique comme on vient de le voir. Mais cela ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. En effet, entre production et consommation, c'est maintenant dans la transformation et la distribution que tout est encore à repenser. Comme cela a été dit dans l'une des keynotes; après 40 ans de développement du marketing orienté sur l'emballage, le prix ou le lieu d'achat, on a certainement oublié ce qui fait la véritable nature de notre alimentation: la qualité des produits.

L'assiette d'Arthur et Alex rejoint les startups qui proposent de court-circuiter radicalement cette chaîne et de mettre les produits du terroir à portée de clic. Au pas de course, décline le même concept au niveau du quartier dans une ville, ou comment transformer votre quartier en un supermarché en ligne géant avec livraison à domicile. Un concept intéressant dont les "smart cities" devraient peut-être s'emparer...

Ce développement des usages dont on ne voit pas la fin, a été rappelé par le partenariat entre SEB et Orange, autour de la plateforme collaborative de données et de recettes de cuisine Foodle, dont l'objectif est de construire un écosystème au-delà des produits de SEB.

Luc Bretones qui pilote le Technocentre d'Orange (design et marketing) & Orange Vallée (innovation) a donné sa vision sur le fait que "l'Histoire se souviendra de nous comme les hommes préhistoriques de la data".

Le simple sujet de partager sérieusement des recettes de cuisine pour créer un écosystème amène à réfléchir sur l'ontologie de ces données, des méthodes de collecte et d'analyse, le partage d'API, l'anticipation de la scalabilité et demain sur comment aborder les interrogations de cette base de données en langage naturel. Un sujet sur lequel Orange travaille pour que son assistant vocal Djingo puisse se connecter à Foodle.

Donc si vous gérez encore vos recettes sur fiches cartonnées vintages, décolorées par l'usage, gardez les, elles vont prendre de la valeur !  ;-)
Hasard du calendrier, au même moment sur Paris, Orange faisait le lancement de Orange Bank pour tenter de déplacer une autre frontière, celle de la Banque de Détail vers les opérateurs de services numériques. A suivre...
Pour revenir sur la transversalité de la FoodTech, quand on écoute Xavier Boidevézi, Vice-Président de l'Atelier Digital du Groupe SEB, on a quand même plus l'impression que SEB est passé dans l'industrie qui répond à la question "on mange quoi ce soir?", que dans celle de l'électroménager connecté.

La data va donc être ce liant entre toutes ces activités qui vont redessiner les frontières de nos industries, avec de nouveaux usages amenés par la technologie.La première application de ces données à laquelle on pense dans la FoodTech est bien sûr la transparence et la traçabilité sur la production et la transformation des produits alimentaires.

La startup TAGsparency propose l'usage de la technologie blockchain pour créer ce registre traçabilité entre producteurs, distributeurs et clients. Le produit que vous scannez dans votre frigo aura un code barre personnalisé qui consultera cette blockchain et vous dira d'où il vient, vous donnera les propriétés nutritives en fonction de la date de cueillette,  ou vous alertera si un problème est connu sur le lot de ce produit. Le distributeur peut alors vous proposer un coupon d'échange du produit directement sur votre smartphone.

Tout cela reste bien sûr à imaginer et n'est pas opérationnel, mais cette société illustre bien la révolution devant nous dans la consommation.

La donnée peut même devenir une marque, parce qu'elle rétabli la confiance et offre une nouvelle expérience.
C'est ce que fait Brandless aux États-Unis en mettant en avant les produits "sans marque". La grande distribution qui a depuis 20 ans créé des "marques distributeurs" très orientées prix bas, va certainement ouvrir ses chakras et imaginer d'autres terrains pour plus de différenciation.
Certains diront que la FoodTech est en retard sur d'autres industries transverses plus médiatisées, ou que la grande distribution veut garder le contrôle du jeu entre le produit et le consommateur, mais GreenSI a entendu dans les allées du salon l'argument qui bouge tout le monde depuis 2017 : Amazon !

Le cauchemar que ce soit ce géant américain qui réinvente la distribution avec de l'e-commerce, une dose d'abonnements et une logistique du dernier kilomètre sans faille, est sur toute les lèvres depuis le rachat de Whole Foods, et de toutes les rumeurs de rachats en France de Carrefour à Monoprix en passant par Casino.


Ce salon #FoodUseTech, placé sous le haut patronage du Premier Ministre, a été l'occasion pour Mounir Mahjoubi, secrétaire d'État au Numérique, interrogé par Xavier Boidevézi, de venir rappeler dans la conférence de clôture de la première journée l'importance de ce secteur pour la France, à la fois sur le plan de la "food", que de la "tech", où la France est désormais connue et reconnue avec la Frenchtech. Un message qu'il a réitéré le lendemain aux Docks Numériques, l'accélérateur de startups et l'espace de coworking basé à DijonGreenSI était également présent, et où s'est arrêté le #StartupTour du gouvernement sur le thème "on se dit tout". Une démarche qui vise à identifier tous les points de blocage à l'innovation en France à la rencontre de startups sur les territoires.

Sa conclusion a été donnée en signant la table de la salle de réunion (après y avoir été invité) par : "on innove ensemble".
Et c'est peut-être ça la définition de ces nouvelles industries transverses "Xtech" où des acteurs d'origines et d'industries différentes vont innover ensemble pour changer la donne.


dimanche 5 novembre 2017

#Flipyoumind : on peut disrupter la disruption

#Flipyoumind : on peut disrupter la disruption

 #FlipYourMind est une série de billets de GreenSI sur le thème de la transformation digitale. Ne cherchons pas à agir à l'ère du digital tout en pensant encore comme à l'ère précédente. Si vous lisez ceci c'est certainement que vous avez choisi de prendre la pilule rouge ;-)






Une idée qu'il faut garder en tête avec les nouvelles technologies, c'est qu'elles sont en permanence à la recherche de nouveaux usages grâce au flux de capitaux énormes que les investisseurs réinjectent pour faire émerger le prochain Google ou Tencent.

Tous ceux qui ont connu la technologie comme un marché avec peu de sources d'innovations (Microsoft, Adobe, ...), de la consistance dans ces investissements même quand cela n'avait plus toujours d'intérêt pour les utilisateurs (Windows 8, Flash...), sont certainement un peu déboussolés.

Il faut donc changer sa façon de voir: le financement des startups a montré qu'a quelques exceptions (comme Amazon) les budgets innovation sont maintenant supérieurs en dehors des entreprises installées que dans ces entreprises. La disruption a donc également plus de chance d'émerger en dehors.


Le salon Disrupt SF 2017, qui s'est tenu le mois dernier à San Francisco, a vu défiler des centaines de nouveaux prétendants pour terrasser des modèles déjà établis depuis longtemps. Mais ce qui a retenu l'attention de GreenSI, c'est la disruption de modèles encore non établis, comme celui de la Blockchain. De quoi nous rappeler l'incertitude de l'environnement dans lequel se déroule la transformation numérique des entreprises.



La Blockchain, utilisée par le célèbre Bitcoin (plusieurs plateformes), est une technologie qui fait partie des technologies qui permettent de construire de nouvelles architectures de système d'information, totalement distribuées, publiques et sécurisées par de la cryptographie.  

Comme cette technologie agit sur le socle des SI (l'architecture), elle ne pourra 
pas s'imposer en peu de temps (voir Disruption de la Blockchain: pas si vite), car on ne change pas une architecture en claquant des doigts. La blockchain pourrait donc se développer dans les entreprises, mais lentement et à partir de 2020... si elle n'est pas disruptée elle-même d'ici là !

Pour disrupter un système on attaque ses points faibles. Les entreprises prévoyantes investiront d'ailleurs pour connaître leurs points faibles et s'y préparer. Le bitcoin avait attaqué les points faibles du système monétaire, base de transactions hyper-centralisée détenue par très peu d'acteurs au niveau mondial.

Mais le bitcoin, ou plutôt la blockchain sa technologie sous-jacente, a également ses propres points faibles bien connus :
  • on ne sait actuellement traiter que 7 transactions par seconde, car, par design de la technologie, le travail des "mineurs" pour obtenir un consensus, qui valident et poussent les blocs dans le système, augmente avec la taille de la base. Le temps de traitement est donc conséquent et le nombre de transaction limité.
  • les mineurs ne sont pas si neutres que cela. Ils peuvent choisir l'ordre dans lequel les transactions se déroulent dans un bloc, retarder les ordres en les plaçant dans des blocs futurs, voire les empêcher d'entrer dans le système. La blockchain est certes une technologie de confiance, mais une la transaction enregistrée, avant c'est une autre histoire!
    Cet été, quand le cours du bitcoin à flambé a 5000€, de longues discussions avec des traders de bitcoin m'ont appris que le montant des frais de transaction pour passer un ordre se sont envolés pour acheter ou vendre plus vite...
    La limitation des 7 transactions par seconde créé une pénurie qui est exploitée quand tout le monde veut acheter ou vendre en même temps. On est donc loin d'un marché neutre où seul l'horodatage de l'ordre est un critère de priorité dans un journal d'ordres.
  • l'énergie pour alimenter les serveurs augmente avec la taille de la base et le nombre de transactions.
    Les quantités nécessaires deviennent importantes et la consommation énergétique nécessaire pour miner du bitcoin dans le mode en 2017 serait équivalente à la consommation du Nigeria ou de l'Equateur (voir Diginomics).
    D'ailleurs, une telle valorisation de l'électricité fait qu'un opérateur d'électricité pourraient gagner plus d'argent en minant du bitcoin (avec son énergie produite) qu'en vendant cette même électricité sur les marchés !
    Cela peut paraître étrange, mais dans un autre registre, quand on a commencé faire du carburant avec du maïs, la culture du maïs a été modifiée pour ne plus être qu'alimentaire, ce à quoi l'Agriculture n'était pas habituée.

Ethereum l'autre place en vogue qui est plus positionné comme une plateforme de blockchain pour développer des applications et de nouveaux modèles et qui attirent les investisseurs, n'est pas non plus en reste sur ces faiblesses.
Ces faiblesses constituent autant de risques de retarder le développement massif de certains usages, comme le remplacement des marchés d'actions ou d'enchères (où la neutralité pour établir la transaction est essentielle), mais empêchent aussi les usages qui demanderaient trop de volumes de transactions.

Imaginez maintenant qu'une nouvelle technologie de grand livre distribué permette de résoudre ces problèmes : alors la technologie de la blockchain aura été disruptée !

Une technologie qui permettrait d'éliminer le besoin de calculs massifs, donc de consommation d'énergie, d'être des dizaines de milliers de fois plus rapide en limitant la bande passante nécessaire pour les échanges entre acteurs du marché. Les usages de cette nouvelle technologie vont alors pouvoir aller plus vite et dépasser ceux imaginés actuellement avec la blockchain.
Cette technologie existe peut-être déjà...


A Disrupt 2017, la société Swirlds a présenté Hashgraph, une plateforme logicielle qui a développé l'algorithme de consensus beaucoup plus efficace, rapide et équitable que la blockchain. L'avenir à court terme nous dira si Hashgraph, comme Etherum après le Bitcoin, deviendra une technologie ou une plateforme qui révolutionnera les échanges. Hashgraph a des atouts qui sont crédibles (voir la présentation à Disrup).


Cependant, ce n'est pas l'objet de ce billet de comparer les technologies, mais plus d'indiquer la direction que ces technologies prennent : celle d'un Internet à l'architecture décentralisée dans ses transactions.

D'ailleurs une autre tendance nous amène à cette vision décentralisée de l'internet, celle de l'internet des objets. Quand le nombre d'objets sera suffisant, la puissance de calcul dans les objets sera supérieure à celle centralisée, et ce serait bien dommage de ne pas l'utiliser.


Si vous acceptez cette idée vous venez de rentrer dans la dimension du "Fog" (ou du "Edge") computing, le Cloud à l'ère de l'internet des objets, où la puissance de calcul et les applications sont distribuées.

A quoi ça sert ? Et bien les capteurs vont devenir de plus en plus intelligents et puissants. Au lieu d'imaginer un monde où toute l'information est remontée sur un serveur central pour y être traitée, on peut imaginer une alternative où le capteur traite le maximum de données "dans le Fog" avant de les remonter dans le cloud. Vous avez compris l'image du brouillard (Fog) qui vient sur terre pour faire le lien avec les nuages (Cloud).

Un cas concret (mais extrême) sont des capteurs acoustiques déposés au fond des océans pour capter la biodiversité marine. Plus il y a de vie, plus cette vie fait du bruit. Ces capteurs, avec un traitement du signal adapté, peuvent reconnaître les formes de vie et mesurer le bruit fait par des coquillages, les poissons ou les bruits générés par l'activité humaine, portuaire ou nautique. Comme il ne vous a pas échappé que le réseau mobile n'est pas  disponible à 40-70m sous l'eau et qu'il faut remonter le signal en surface pour le transmettre, il vaut mieux remonter un signal déjà traité (dans le Fog), et extrêmement plus léger, plutôt qu'une masse de données brutes à traiter plus tard (dans un cloud).

Cette notion d'informatique de périphérie ("edge computing") n'est pas nouvelle mais elle a été limitée par la puissance des processeurs des objets. Or celle-ci augmente tous les jours. Nous pouvons donc maintenant fabriquer de minuscules, mais puissants systèmes sur puce pour un coût très faible, modèle très adapté à l'Internet des Objets (IoT) pour répondre à la manière de collecter et traiter des données sans se heurter au cas extrême de la congestion et de la latence du réseau (voire de son inexistante sous l'eau).
L' "edge computing" permet de localiser les tâches de calcul au plus près de leur création et d'éliminer ces problèmes et d'améliorer les performances des applications.

Est-ce que le cette approche est en train de disrupter le Cloud ? D'une certaine façon oui, car elle redonne du pouvoir aux système décentralisés, et remet en cause ceux qui miseraient sur un scénario "tout cloud" à 5-10 ans. Ce n'est pas sans poser la question de la gestion de ces terminaux quand ils sont répartis sur le territoire. On quitte certainement là les modèles ITIL traditionnels de gestion des terminaux pour aller vers des centres de supervision d'équipements et de flux de remontée de données.

Qu'est-ce que nous pouvons retenir de ces deux exemples de disruption par l'architecture pour la transformation digitale des entreprises ?


D'abord que nous devons changer de vue sur les disruptions. Il est contre-productif de résister avec la technologie précédente, mais ça l'est peut-être également d'adopter à reculons ou très en retard la technologie disruptive sans explorer en avance le modèle suivant. 

On peut disrupter un disrupteur!


Ensuite, nous prenons conscience que l'architecture est un domaine de disruption du business, compris malheureusement par encore trop peu de managers du business. Pourtant c'est bien un Internet des plateformes, moins homogène qu'actuellement, qui est en train de se mettre en place, et l'entreprise devra décider où aller y faire du business. Moins homogène car de nouveaux standards apparaissent mais également parce que les plateformes centralisés des GAFAs perdront de leur influence avec le développement d'architectures peer-to-peer.


Enfin, ne confiez donc pas uniquement la responsabilité de l'architecture aux techniciens, comme les  DSI, qui ont été recrutés pour en gouverner la trajectoire sur le long terme. Par définition une disruption n'est pas compatible avec une gouvernance planifiée et elle les surprendra sans grande anticipation.
L'architecture devient donc un enjeux métier par ses capacités de transformation du business. C'est pourquoi il est certainement indispensable d'intégrer dans les objectifs de la DSI des critères business, et pas uniquement techniques, d'utilisation de l'architecture qu'elle propose à l'entreprise et à son écosystème,.

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lundi 30 octobre 2017

La sécurité est devenue " top prioritée"

La sécurité est devenue " top prioritée"


2017 est une année charnière dans la sophistication des cyberattaques, mais aussi de la riposte puisque octobre 2017 est aussi le mois du programme de sensibilisation à la cybersécurité au niveau européen, organisé par l'ENISA l'agence européenne qui en est en charge. 

GreenSI est donc allé installer ses radars aux Assises de la Sécurité qui se sont tenues du 10 au 14 à Monaco. Un déplacement idéal pour tous ceux qui veulent, en toute discrétion, échanger avec leur pairs sur leurs expériences, rencontrer des fournisseurs et se préparer aux sujets à l'horizon comme le prochain règlement européen pour la protection des données (RGPD).

Le premier constat c'est l'impact réel des deux attaques de 'ransonware' très médiatisées ces 6 derniers mois, Wanacrypt (mai) et NotPetya (juillet), sur l'état d'esprit des entreprises.

Les équipes sécurité n'ont pas été surprises mais le reste de l'entreprise oui, notamment la Direction Générale vu l'ampleur de la couverture médiatique. Une DG qui a donc porté une attention toute particulière au sujet en demandant des bilans et des notes de recommandation, ce qui est relativement nouveau.

Bien sûr les RSSI se souviennent être déjà intervenus en avril 2014 dans les comités de direction pour expliquer le risque Heartbleed qui avait également été très médiatisé, mais cela n'a pas eu l'effet des attaques de 2017, malgré pourtant une portée médiatique à l'époque au mois 4 fois supérieure à celle de NotPetya (comparée avec Google Trends).

Face à ces cyberattaques récentes, une partie du problème bien connue est la fragilité de certains SI (voir Heureux comme un wannacrypt dans un jeu d'applications obsolètes). Une autre est le manque de moyens. Mais cela est peut-être en train de changer comme me le disait un DSI d'une grande entreprise: le poste de RSSI dédié qu'il demandait depuis plusieurs années, lui a été accordé en quelques semaines après ces cyberattaques.

L'été 2017 a donc marqué un tournant, celui où il est plus risqué de ne pas patcher un système que de le patcher. Jusque là c'était le risque métier qui avait prévalu et on évitait de toucher aux applications quand elles fonctionnaient. Maintenant c'est le risque sécurité qui est considéré en premier. Vous avez un portail dérobé qui ferme mal au fond du jardin et vous le savez. Si vous le réparez vous améliorez votre sécurité technique mais vous compliquez les livraisons du facteur qui le sait aussi et qui venait vous déposer les colis sur le perron, pratique pour le métier, jusqu'à ce qu'un cyber-hackeur ne le découvre également...

Le second constat c'est également la montée dans les priorités de l'importance de la confiance, reconnue par l'usager ou par le client.

On pourrait lire ici l'inconnue, voire la peur des amendes (jusqu'à 4% du CA mondial), avec la mise en œuvre du prochain nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD). Mais ce qui est plus intéressant dans les discours c'est que la confiance devient une valeur commerciale. Et GreenSI est convaincu que c'est le bon angle stratégique pour aborder le RGPD, et non simplement réglementaire. L'actualité de 2018 nous permettra certainement d'y revenir avec un prochain billet.

Et puis, pour les lecteurs de GreenSI, vous savez que le modèle de relation clients est aujourd'hui omni-canal, c'est à dire que l'ensemble des canaux de relations sont utilisés dans les deux sens et en même temps (voir API: Les dessous de l'omni-canal). 
 Une commande sur internet est confirmée sur un smartphone puis récupérée en magasin où, via un réseau, on interagit avec le client pour l'assister, voir totalement automatiser son expérience comme dans la cible sans caisse d'Amazon.

Autant de points de contacts qui sont autant de risques pour la sécurité des données des clients.

La relation client déplace donc la frontière du SI sur de nouveaux territoires, comme d'ailleurs l'internet des objets va déplacer celle des processus.
Une question stratégique pour les entreprises semble donc être d'arriver à utiliser tous les points de contacts avec les clients pour instaurer cette confiance sur les données personnelles, et qu'elle soit perçue par les clients eux-mêmes. Ainsi les clients choisiront certainement ces entreprises en priorité pour leurs achats.

Un autre avantage de cette vision stratégique sera d'éviter de faire de la cybersécurité pour la cybersécurité, de la lier aux enjeux de l'entreprise et d'y répondre autrement que par une assurance, un domaine d'ailleurs en forte croissance en France.

L'internet commercial s'est développé sur la confiance depuis son origine, avec pour sa génération 1.0 des entités de certification comme eTrust, et pour sa version 2.0 collaborative une validation par les votes des internautes eux mêmes (1-5 étoiles). Aujourd'hui, sur un site web que l'on ne connait pas, acheter un produit sans commentaire ne met pas en confiance. Et s'il n'est pas https alors passez votre chemin...

Comme les entreprises ont également des fournisseurs pour assurer leurs services, pour pouvoir s'engager globalement sur leur sécurité, elles pourront maintenant bénéficier d'un nouveau visa délivré par l'ANSSI pour s'appuyer sur des produits et services de fournisseurs certifiés.

Ces deux constats, le réveil des Directions Générales et les enjeux de la confiance perçue par les clients, portent pour GreenSI en germe une revue profonde de l'organisation et de la gouvernance de la sécurité des systèmes d'information dans les entreprises en 2018 :
  • D'abord les moyens supplémentaires qui vont être affectés doivent être organisés. Et justement l'organisation de la sécurité des données par exemple n'est pas toujours très limpide entre les prérogatives du DSI, du RSSI, du DPO (qui remplace l'ex-CIL à partir de janvier 2018), du CDO - Chief Digital Officer ou du Chief Data Officer. Comme souvent, quand un sujet concerne toute l'entreprise, il y a un certain temps à trouver comment l'organiser efficacement...
  • Ensuite parce que l'omni-canal et le développement du digital, mais également l'internet des objets, va déporter le sujet sur tous les "avants postes commerciaux" et toutes les machines de l'entreprise qui devront être sécurisés. Une rupture par rapport une organisation traditionnelle plus inspiré de périmètres hyper sécurisés fermés. Toute ressemblance avec la prise en compte du risque attentat dans les villes, pouvant survenir partout et par tous, n'est que fortuite.
  • Et puis il y a la question que tout le monde a aux lèvres dans les allées des Assises avec la performance en baisse du modèle des antivirus: quel sera le rôle de l'Intelligence Artificielle dans les prochaines formes d'organisation de la sécurité? On peut l'imaginer comme des agents intelligents complétant le dispositif pour détecter de nouvelles situations à risque, mais également comme des agents qui chercheront en permanence à franchir les barrières de sécurité.
  • Enfin, l'arrivée de la RGPD le 25 mai 2018 ne semble pas encore bien anticipée et bien préparée par toutes les entreprises. C'est du moins ce qu'il ressors de l'enquête réalisée par le cabinet IDC au niveau européen et présentée aux Assises. Sachant que la CNIL a lancé une alerte en début d'année pour indiquer qu'il n'y aurait pas de décalage de l'échéance...

Pour supporter la transformation digitale des entreprises, la sécurité est devenu la priorité n°1, espérons que les moyens suivront. L'évolution de la gouvernance de la sécurité est prévue en 2018 dans 66% des entreprises et même d'ici la fin de l'année pour 37% d'entre elles. Mais paradoxalement, les entreprises les plus grandes, qui ont plus de moyens pour la sécurité, n'en sont pas encore convaincues et 26% voient même cette évolution bien après 2018 (au lieu de 11% pour les entreprises de 500 à 999 salariés).

N'oubliez donc pas la sécurité dans votre prochain budget, plus qu'une contrainte, vue sous l'axe de la confiance client, elle peut devenir une stratégie différenciante.

jeudi 12 octobre 2017

L'Empire des mille plateformes

L'Empire des mille plateformes


Une des tendances qui s'affirme depuis au moins ces cinq dernières années, c'est bien celle de la "plateformisation de l'économie", pour signifier que les entreprises, les applications et même les États veulent devenir des plateformes.

Cette tendance sent le marketing à plein nez mais cache un fond de pertinence que GreenSI se propose d'aller gratter avec ce billet.
Ce concept de plateforme sent bon le marketing car certaines sociétés de technologies voudraient fortement vous suggérer, en engageant des budgets marketing importants, qu'il n'y aura qu'UNE plateforme, la leur, et qu'il faudrait rejoindre sans plus tarder les rives de ce nouveau continent de rêve au ciel bleu azur peuplé de belles amazones ;-)

Désolé, mais le futur sera certainement moins uniforme, du moins GreenSI l'espère pour la poursuite de l'innovation qui est généralement  inversement proportionnelle au nombre de fournisseurs. 

L'État se rêve en plateforme

Commençons par l'État plateforme, un concept tiré d'un article célèbre du MIT (Government as a platform - Tim O'Reilly) et qui avait fait l'objet d'un billet GreenSI un peu plus tôt dans l'année au terme de l'action dans le numérique du gouvernement précédent.

Ce concept séduit visiblement toujours le gouvernement actuel puisque Mounir Mahjoubi, le nouveau secrétaire d'État au Numérique le reprend à son compte pour matérialiser le souhait d'avoir une Administration qui offre de meilleurs services numériques aux tiers (citoyens, entreprises, ...) et peut facilement collaborer avec un écosystème.

On retrouve ici en toile de fond le concept 
d'une plateforme facilitant la transformation numérique d'un État qui se voudrait plus agile, plus transparent et même plus efficace, si on fait le lien entre numérisation et efficacité. 

Les plateformes ont été exploitées avec succès par les GAFA et les BATX en Chine. On compare souvent leur puissance à celle des États (en tout cas GreenSI l'a fait il y a 4 ans) et leurs offres gratuites à des services qui pourraient bien être publics (Pourquoi Google et les GAFAs dérangent les politiques européens? ). De bons exemples sont Google/Waze qui a les données de transport les plus fraîches pour les villes, ou encore Facebook Safety Check utilisé maintenant à chaque attentat pour déclarer que l'on va bien. C'est donc certainement une bonne idée que les États s'inspirent de ces grandes entreprises du numérique pour réformer leurs services aux citoyens.

Après tout ils les connaissent déjà très bien, peut-être même mieux que les États ;-)
Mais c'est certainement une autre bonne idée pour l'État de ne pas vouloir tout faire lui même et de pouvoir impliquer, quand c'est plus rapide ou plus efficace, les citoyens et les services qui ont déjà atteint une maturité dans les populations plutôt que de repartir de zéro et malheureusement souvent de ne jamais les rejoindre.

L'efficacité de l'application SAIP par exemple, créée par l'Etat et finalement moins riche fonctionnellement que le "Safety Check" pour les alertes attentats, a même été récemment critiquée par les sénateurs eux-mêmes.

Le concept de plateforme est donc associé a la transformation agile des organisations et à la capacité de s'ouvrir à un écosystème de partenaires qui l'utilisent.

On peut l'imaginer comme un porte avions bien organisé auquel les État ont certainement une tendance naturelle à s'identifier, sur lequel de façon très organisée, une flotte d'avions peuvent en partir ou y atterrir et effectuer des missions.

Mais GreenSI préfère au contraire voir une construction plus "organique", comme la station Alfa de l'"Empire des milles planètes" pour ceux qui connaissent, dans la bande dessinée et maintenant le film Valérian & Laureline (pour la diversité !), la station spatiale où se retrouvent toutes les espèces de l'Univers.




La capacité à délivrer de nouveaux services à coût marginal

Si beaucoup de ressources sont mutualisées comme la gestion des autorisations, la sécurité, des moteurs de notifications voire des services génériques d'analyse de données, cela réduit les délais et les coûts de mise en œuvre des nouveaux services, pour atteindre un coût marginal. C'est également une solution pour financer des infrastructures mutualisées, de collecte de données par exemple, en les faisant financer par chaque bénéficiaire au volume de données traitées.
Demain, ces plateformes mutualiseront également des fonctions exploitant l'intelligence artificielle, grand consommatrices de ressources, que peu auraient pu financer seuls. Cet avantage aura donc plus de valeur pour les petits entreprises que les grandes. L'effet de taille recherché jusqu'à présent sera donc moindre, et c'est peut-être le début d'une ère d'entreprises en réseau plus agiles cherchant leur effet de taille par le marché adressé par leur plateforme, et non leurs bureaux à travers le monde.

Une expérience utilisateur simplifiée

La plateforme permet une expérience utilisateur simplifiée. Cette expérience commence par une seule authentification (si elle a bien été mutualisée) et un ensemble de services qui peuvent échanger des données entre eux.

Comme il est difficile de construire une expérience utilisateur pour plusieurs cibles différentes, par exemple B2B et B2C à la fois, une entreprise aura certainement une plateforme par segment de clients et une autre pour l'interne. Un autre bénéfice sera la compréhension fine des usages de chaque utilisateur et de chaque segment de clientèle avec une vision globale sur tous les autres services.

Cette stratégie de plateforme unifiant l'expérience utilisateur implique que tout nouveau service pour un segment bénéficiant déjà d'une plateforme doit rejoindre la plateforme et non être développé comme une nouvelle application distincte. Ça ne fait pas toujours plaisir aux égos des chefs de projets, mais il faut en finir avec les applications indépendantes et basculer dans une évaluation des projets par rapport à ce qu'ils amènent à la plateforme entreprise.

Construite pour développer des écosystèmes

La plateforme technique sous-jacente du concept de plateforme est nécessairement ouverte conçue pour inter-opérer avec des systèmes externes. On retrouvera ici demain la capacité pour l'entreprise a se connecter aux millions d'objets connectés dont les données lui permettront de repenser ses processus et qui ne seront pas tous directement connectés à son SI. Ce sera également l'accès aux millions de micro-services en ligne qui vont émerger et dont elle pourra bénéficier.
Les DSI qui pensent pouvoir appliquer les règles traditionnelles de gouvernance du SI à ces plateformes se trompent. Elles vont juste s'en exclure et entraîner leur entreprise dans leur erreur.
La gouvernance d'un écosystème se crée collaborativement, y compris la sécurité.

La plateforme Alfa est une image intéressante de la construction de cet écosystème. À la suite de la rencontre historique Apollo-Soyouz en 1975, d'autres nations envoient des cosmonautes rejoindre la station spatiale, puis les siècles suivants ce sont de nombreux extraterrestres, de toutes formes, qui la rejoignent. Les liens avec les planètes mères sont conservés pour développer ou accélérer le commerce et les échanges.

Les règles de gouvernance de chaque planète mère (dont la Terre) ne sont plus pertinentes sur la plateforme spatiale où la pesanteur est artificielle, et l'énergie, l'eau et l'air sont en quantités limitées. 

D'ailleurs quand celle-ci devient trop vaste et risque de s'écraser sur la Terre, sous l'emprise de la gravité, ses occupants décident de l'éloigner de la Terre et s'émancipent de son créateur, tout en continuant de lui délivrer de la valeur au travers des échanges qu'elle rend possible.

Vouloir développer une stratégie de plateforme sans aborder la rupture avec la gouvernance de l'entreprise risquerait de vouer le projet à l'échec.

La plateforme modèle d'évolution des entreprises?

Les plateformes d'entreprises constituent donc le socle technologique, le système d'information, de la réussite commerciale à l'ère du numérique.
Elles sont ouvertes pour permettre à une communauté de salariés, de partenaires, de fournisseurs ou de clients de partager et d'améliorer les processus et de développer le business. Sous cet angle, toute entreprise a besoin d'une stratégie de plateforme numérique. À défaut de se transformer elle-même en plateforme, elle peut en rejoindre, comme le montre le développement des Marketplaces que les marques rejoignent pour vendre en ligne. Il est estimé qu'en 2020 40% du commerce en ligne passera par un de ces Marketplaces.

Mais la plateforme est plus qu'un socle technologique. C'est également un business modèle, parfois une marque.
La plateforme joue donc un rôle majeur dans l'intégration des compétences, la collaboration et la communication entre les salariés, les clients et même les objets.

C'est un cadre fondateur pour gérer les écosystèmes de l'entreprise. En fonction du métier et des enjeux, l'entreprise va donc privilégier une plateforme interne pour ses salariés (la plateforme collaborative bien connue mais aussi celle de ses API internes), une plateforme privée pour ses clients et partenaires (les extranets) ou une plateforme publique qui interagira avec les autres plateformes du cyber-espace.

Le passage d'une gouvernance centrée sur l'interne de l'entreprise à une gouvernance tournée vers le développement d'un écosystème est certainement aujourd'hui le défi et le principal frein du modèle des plateformes.