vendredi 27 décembre 2019

La maturité de l'open data en Europe

Début décembre, le cinquième rapport sur la maturité de l'open data en Europe (Open Data Maturity Report 2019) a été publié sur le portail européen dédié à l'open data. Ce rapport est la référence pour observer factuellement le développement des données ouvertes dans l'Europe des 28. Il pose également les bases d'un modèle d'évaluation du niveau de maturité de cette ouverture par rapport à quatre dimensions: politique, portail, impact et qualité. Un modèle que l'entreprise pourrait d'ailleurs s'approprier pour apprécier sa propre ouverture dans le cadre de l'économie des plateformes.

La France s'y retrouve en bonne position dans le trio de tête des "Pionniers", avec l'Irlande et l'Espagne, devant les 3 autres groupes que sont les "Accélérateurs" (Fast-Tracker), les "Suiveurs" et les "Débutants", classés par rapport à la maturité de chaque État membre. Le nombre de pays du groupe "Accélérateur" est passé de 16 en 2018 à 8 en 2019, ce qui pour cette 5em édition segmente beaucoup plus le peloton de tête, au dessus des 70% de maturité.

Ce rapport a été publié pour la première fois en 2015. Cinq ans après le début de l'open data en France et juste après "l'euphorie" de la période 2012-2014 qui a conduit à la loi "République Numérique" en 2016, embarquant l'ouverture par défaut des données des collectivités de plus de 3.500 habitants. Le niveau de maturité global européen a continué d'augmenter de manière significative jusqu'en 2017. Après ces années d'accélération de la maturité des données ouvertes, l'Europe est maintenant entrée dans une phase de consolidation.


C'est bien sûr la phase la plus importante puisqu'elle permet de commencer à mesurer l'impact et la qualité de cette ouverture, deux dimensions ajoutées dans le rapport depuis l'an dernier.
En terme d'impact, l'enjeu est de mesurer la réutilisation des données ouvertes et l'impact de ces réutilisations dans quatre domaine : politique, social, environnemental et économique.

Le simple fait qu'un État, qu'une Métropole, qu'une commune ou qu'une administration s'intéresse à l'impact, voire mesure l'impact, de l'ouverture des données qu'elle produit, est déjà un signe de grande maturité.
Cet impact va se traduire par des applications, des produits ou des services, modifiés ou développés grâce à la publication de ces données, qui vont eux mêmes déboucher sur la valorisation de ces données, que ce soit des gains d'efficacité du service public ou des revenus pour des acteurs économiques.
La création de nouveaux services aux usagers est rendue possible par ces données, comme dans le Transport qui a développé des calculateurs d’itinéraires avec un réel impact sur les décisions de déplacement ou de consommation de loisirs des habitants. Les acteurs de service du territoire peuvent ainsi bénéficier de ces données en open data pour enrichir leurs offres et innover. Pour la collectivité l'enjeu est de faire que cela se traduise pour le territoire par des retombées locales et donc la possibilité d'inciter ces acteurs locaux à dégager ces externalités sur le territoire, et non ailleurs.

La perspective que, les territoires riches en données seront économiquement plus dynamiques que les autres, est certainement en train de se révéler à l'échelle territoriale, après que les GAFAs l'ait magistralement démontré avec leurs plateformes à un niveau plus global. La tendance à la "plateformisation de l'économie", se déclinera aussi à l'échelon local et pour l'efficacité du secteur public, ouvrant ainsi la porte aux collectivités qui sauront s'en saisir.

Pour GreenSI cela devrait d'ailleurs être le moteur principal, plus que l'ouverture parce que c'est dans la Loi. Certains collectivités l'ont bien compris, et s'organisent pour flécher les retombées de ces valorisations et en faire bénéficier leur territoire. 

On constate également dans ce rapport que la maturité amène une évolution de la quantité vers la qualité.
L'époque ou pour publier le plus de jeux de données on les éclatait pas commune pour en faire plus (x 30.000) est révolue ! Un jeu de données nationales accessibles avec une seule API, qui filtrera elle même le paramètre commune, sera plus facile à utiliser pour les ré-utilisateurs. Des ré-utilisateurs qui ont besoin d'être écoutés, que l'on réponde à leurs commentaires laissés sur les portails, bref, qu'une véritable communauté soit crée et animée autour de cette ré-utilisation et des ses nouveaux usages.

Les critères de réussite passent, de maîtriser la publication, condition nécessaire mais plus suffisante, à la réutilisation, qui seule peut créer de l'impact.

On constate que les États ont investi dans la gouvernance des données ouvertes pour garantir l’efficacité des publications et la réutilisation à tous les niveaux de leur gouvernement. Les portails open data nationaux, qui préfigurent les futures plateformes d'échanges de données, progressent avec une maturité moyenne de 67%. Mais surtout ils sont en train de s'approprier des outils classiques des entreprises comme l’analyse des comportements de leurs utilisateurs, les outils d'analyse Web et l'ouverture via des APIs.


Une gouvernance des données dédiée, complétée par l'émergence de nouveaux rôles comme les RSSI pour les aspects sécurité, les DPO pour les données personnelles et même des CDO - Chief Data Officer - dans de grandes collectivités, vont permettre aux administrations et collectivités d'articuler une véritable stratégie de maîtrise et d'ouverture des données. Une véritable intension et non uniquement respect du réglementaire.

Cette stratégie deviendra encore plus essentielle avec les développements des premières applications de l'intelligence artificielle dans les services publics et le développement des centres de pilotage intelligents des grandes agglomérations, à l'image de Dijon Métropole qui vient ce 19 décembre de créer un poste de "responsable de la gouvernance des données" et un "comité d'éthique sur la gouvernance des données urbaines", piloté par un élu.
Mais ce rapport nous montre aussi que plusieurs modèles de gouvernance existent et peuvent nous inspirer, à commencer par celui de l'Irlande, qui selon les critères de ce rapport, est la référence dans presque tous les domaines. 

jeudi 28 décembre 2017

RGDP: épée de Damoclès sur l'innovation européenne?

La fin d'année est une période où pleuvent les prévisions technologiques, pour 2018 et après.

Il est généralement un peu tard dans l'entreprise de s'en préoccuper à cette période car les budgets sont bouclés avant la fin d'année, mais comme c'est le marronnier du mois orchestré par les cabinets de conseils et maintenant la communication autour du CES de Las Vegas, alors tout le monde doit y passer.

La vision de GreenSI est qu'un certain optimisme technologique fait peut-être oublier les difficultés de mise en œuvre (de transformation des organisations) et aborde dans ce billet les difficultés à venir du contexte réglementaire autour des données qui se durcit.

Cette année la prédiction incontournable est l'intelligence artificielle.


Pour 2020 les experts nous prédisent par exemple la création de l'ordre 2 millions d'emplois liés au développement de l'intelligence artificielle, et la destruction d'un peu moins d'emplois (le solde prédit est positif). Comme ces emplois ne vont pas être tous être créés le 31 décembre 2020, dès 2018 des centaines de milliers d'emplois vont apparaître.

Pourtant la vision de GreenSI est moins optimiste sur ces prédictions au sein de l'Europe.
En effet, ces prévisions s'appuient sur la disponibilité et la capacité de traitement de grandes sources de données, certaines personnelles. Or, pour GreenSI beaucoup de ces prévisions font l'impasse d'une épée de Damoclès que l'Europe a mise sur tous ses champions : le Règlement Général de Protection des Données (ou GDPR en anglais).

En effet, à partir du 25 mai 2018, le RGPD va fortement contraindre le traitement des données des entreprises européennes. Ce règlement de 99 articles - et plus de 100 pages - est en fait déjà actif mais les sanctions ne pourront arriver qu'après cette date.

En théorie, le champ d'application de ce règlement est limité aux données personnelles et à tous les traitements concernant des données d'européens ; mais en pratique la notion de donnée personnelle peut-être est très large après recoupement. Et les experts ne sont pas toujours d'accord entre eux dans les analyses, ce qui induit un risque d'interprétation. Il est donc très vraisemblable que ce règlement crée en Europe un environnement plus anxiogène (car plus facilement contrôlable, avec des moyens de collecte des amendes déjà en place), donc une épée de Damoclès pour toutes les entreprises localisées en Europe.


Par exemple, la plate-forme numérique TaQadam permet d'entraîner une intelligence artificielle (IA) à reconnaître des objets sur les photos en distribuant des images via une application mobile à des travailleurs partout dans le monde (notamment des réfugiés Syriens). Ces utilisateurs voient là un moyen immédiat de monétiser leurs facultés humaines de reconnaissance d'images.

Ce projet est d'ailleurs soutenu par des ONG pour cette finalité.

Cette IA deviendra ensuite progressivement autonome mais aura toujours besoin d'un "contrôle qualité" de ses résultats, même si on peut imaginer qu'elle aura progressivement besoin de moins d'utilisateurs humains pour ces contrôles versus sa création.

Cet exemple a été volontairement pris en dehors de l'Europe pour se poser une question importante concernant la GDPR. Peut-on envisager de développer cette startup au cœur de Paris ou de Bruxelles dans l'un de nos incubateurs européens?


Et bien cela va dépendre de ce qu'il y a sur les photos ! Comble de l'ironie, car c'est bien pour savoir ce qu'il y a dessus que l'on développe cette technologie...

Si elles ont par exemple été prises dans la rue sur une voiture qui a une caméra HD à l'avant et une à l'arrière et qui enregistre de façon autonome en roulant, ce sera très compliqué d'opérer à Paris. Le risque d'avoir beaucoup de données personnelles est élevé.

Cela aurait pourtant permis de développer des IA, qui ensuite, de façon autonome, pourraient diagnostiquer nos villes et fournir de précieux conseils pour les gérer (tags, nids-de-poules, dépôts sauvages...).
Mais l'innovation ne s'arrête pas là. Cette application sera certainement développée en dehors de l'Europe, où le RGPD fait peser trop d'incertitudes sur ce projet, et les investisseurs localiseront leurs traitements là où ce sera plus simple. L'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie ne manqueront pas de pays qui accueilleront ces nouveaux "centres de traitements" à bras ouverts.

Pour GreenSI, après le dumping fiscal qui exploite les écarts de réglementation à l'échelle de la planète, l'Europe est en train de créer les bases du "dumping traitement des données" en créant une telle distortion dans la localisation des captures des données et des traitements.

En revanche, une fois cette IA développée et codée dans une caméra, on pourra l'exploiter en Europe. Ainsi , sans aucun stockage, cette caméra intelligente permettra de mettre en œuvre son intelligence en temps réel sans enfreindre aucun règlement. Ce bijou aura donc été développé par des ingénieurs non localisés en Europe ; et les millions d'emplois pour l'apprentissage de l'IA de nos prévisions seront également localisés en dehors de l'Europe. D'où la prudence affichée par GreenSI sur les prévisions en matière d'IA.

On peut aussi imaginer qu'ils puissent être localisés en Europe de manière "irrégulière" pour prendre l'image du travail non déclaré et l'étendre aux "traitements non déclarés"...

Le RGPD va mobiliser les rares ressources qui comprennent le sujet et les données, va créer des doutes sur les usages et demander de multiples validations (comme on les aiment) pour les projets de traitement de données. 

De là à dire que le RGPD va bloquer en Europe des projets d'innovation majeurs, il n'y a qu'un pas que GreenSI franchi sans aucune hésitation. 


Le crin de cheval qui retenait l'épée de Damoclès ne pourra que lâcher...

Et puis derrière le RGPD se cache également le règlement "ePrivacy", qui va demander d'obtenir l'accord des consommateurs pour tout enregistrement d'information, et qui va en l'état acter la fin des cookies (légaux) en Europe.

À titre d'illustration, le 14 décembre notre licorne nationale Criteo s'effondrait en bourse d'un quart de sa valeur, car Apple, qui avait restreint l'utilisation des cookies sur iOS, commençait à impacter ses comptes prévisionnels.

Sans aucun doute les GAFAs, par le contrôle des navigateurs et leur maîtrise de l'expérience clients, n'auront pas de mal a être conformes aux nouveaux règlements. Quel utilisateur de Facebook ou de Gmail ne validera pas la demande et prendra le risque de perdre son profil, toutes ses données et de ne plus utiliser leurs services ? Et puis Facebook a déjà commencé à proposer des fonctionnalités "hors Europe" non disponibles pour les profils européens. Le RGPD ne va pas stopper les fonctionnalités exploitant les données personnelles, il va les écarter de l'Europe.
En revanche, ce sera beaucoup plus difficile pour de nouvelles startups ou des médias avec une base de lecteurs plus réduite. De là à dire que la "ePrivacy" va consolider les positions des GAFAs, il n'y a également qu'un pas que GreenSI a franchi sans hésitation.


Et puis du côté des BATX, en Chine, le traitement des images sur l'espace public est possible et est même déjà utilisé avec de la reconnaissance faciale pour commander son repas en fast-food. On est reconnu, on peut voir son profil sur l'écran de la caisse, et avoir son compte WeChat débité du montant de son achat par un simple regard.

Ceci va bien sûr amener en Europe une protection des données qui fera envie aux citoyens du monde !?

Les entreprises européennes vont en tirer un avantage compétitif mondial qui sera décisif !

Permettez GreenSI d'en douter. Les entreprises européennes ne sont pas prêtes et courent pour une conformité "à minima". Il y aura donc peu d'élus qui en tireront un avantage compétitif comme celui de créer une confiance client plus forte.

Et puis dans les soubresauts actuels de la politique Européenne. Elle laissent planer un doute sur l'accès à ces données par les gouvernements, d'aujourd'hui et surtout de demain. D'ailleurs ces citoyens utilisent de plus en plus des VPN et d'autres moyens de protéger eux même leurs données personnelles, sans avoir besoin d'un règlement. Dans un contexte de fin de la neutralité du net, le VPN sera le nouvel acteur a qui les citoyens décideront de confier leur confiance. De multiples offres payantes existent, localisés dans les pays de son choix, la Chine en revanche en sera privée car cela créé des brèches dans le "grand firewall" contrôlé par l'État.

La prévision pour 2018 de GreenSI ne porte donc pas sur les technologies qui, elles, continueront à se développer et se déployer mondialement, mais sur la nouvelle "tectonique des plaques numériques" dans le monde de l'Internet qui se segmente au delà de sa simple neutralité:
  • la Chine et les États-Unis pour les services et les réseaux au cœur de tous les échanges,
  • l'Europe pour y protéger les données personnelles en acceptant l'ingérance des gouvernements et des fonctionnalités réduites,
  • et le reste du monde pour y déporter les traitements non autorisés en Europe ou ailleurs.
Au citoyen maintenant de choisir où il veut vivre numériquement, son service VPN repris en main.

dimanche 8 octobre 2017

L'importance de développer la culture de la donnée

Véritable atome (au sens "insécable"), la donnée prend le pas sur la fonctionnalité (voir ce billet), est au cœur de la réflexion sur les nouvelles architectures orientées API, et souvent le fantasme de tous les business modèles pour sa valeur.

C'était donc une très bonne idée pour la FING d'organiser la semaine dernière la 2ème Data Literacy Conférence à Aix-en-Provence. Car finalement se poser la question du potentiel des données partagées et de la donnée pour organiser le monde sont des questions qui méritent que l'on s'y attarde, au moins le temps d'un billet de GreenSI.

La donnée concerne tous les citoyens dans nos sociétés

Ainsi après une première édition de cette conférence en 2016, l'édition #DL2017 a réuni à nouveau les experts internationaux qui lisent et comprennent les données comme Emmanuel Didier, sociologue à l'ENSAE Paris Tech. L'ENSAE est une école d'ingénieur en haut du classement des salaires pour les premières embauches (46.550€ selon Capital) qui nous confirme que la tension est déjà réelle sur la compétence data...

Car pour comprendre cette importance grandissante de la donnée, l'apprentissage de la culture de la donnée - sujet encore très émergent réservé à quelques disciplines comme la Statistique et quelques spécialistes très recherchés - s'avère pourtant essentiel. Au-delà de l'analyse des données, on parle de maîtrise ou de gouvernance de la donnée sur l'ensemble de son cycle de vie, mais où l'apprend t-on réellement ?

Un enseignement de cette conférence est que cette culture de la donnée reste à développer dans les organisations, aussi bien dans les profils techniques que métiers, mais surtout auprès du plus grand nombre (le grand public) pour Emmanuel Didier dans sa keynote d'introduction de la conférence.
Il nous rappelle que la notion "d'avalanche de données" (data deluge) n'est pas nouvelle mais récurrente dans l'Histoire.

Elle nous indique la croissance de ce phénomène. Chaque époque a l'impression de traiter plus de données qu'à l'époque précédente, au fur et à mesure que l'on découvre leur importance et qu'ont les produits. La conséquence de cette croissance est qu'on ne peut pas limiter le travail sur ces données à quelques experts (qui seront vite débordés) et que structurellement on doit également faire participer le plus grand nombre.

D'ailleurs, l'Histoire nous indique les périodes de cette prise de conscience comme l'exemple américain en 1929, au moment du New Deal qui avait la volonté de relancer l'économie - et de le montrer par les chiffres, avec la création de plus de 2.500.000 emplois pour "comptabiliser" l'économie (enquêteurs, statisticiens dans l'administration, ...)


Le pouvoir de la donnée n'est bien sûr pas uniquement contrôlé par les gouvernements.
L'activisme statistique (data activist) est utilisé par des individus (militants) qui, pour défendre leur cause, produisent et utilisent des données. Elle permettent généralement de s'opposer à d'autres données produites par des institutionnels.

C'est également la finalité des journalistes (data journalist) qui exploitent les données pour produire leur contenu et ne se la laissent pas raconter par les communiqués de presse "officiels". Outre une presse dont les objectifs rejoindraient ceux des data activists, on aura reconnu le modèle des nouvelles rédactions, comme celle de BFM, avec leur appétit pour les modèles économiques et les chiffres pour aborder l'actualité.

La culture de la donnée est donc un sujet de société, voire de démocratie, d'où l'importance que l'ensemble de la population en maîtrise l'analyse et y ait accès.

La tendance générale à l'ouverture des données

L'open data est née en France il y 7 ans sur ce constat de transparence du service public et de rendre des comptes aux citoyens dans un pays où ce secteur représente 26% de la population active du pays. Des progrès ont été faits mais ce premier élan a surtout été le révélateur d'une piètre qualité de données partagée dans des formats difficilement réutilisables, rendant une implication citoyenne plus difficile.

Ces dernières années certaines collectivités ont alors pris la mesure du problème et engagé des démarches de structuration et d'organisation des données comme des schémas directeurs pour faire émerger l'intelligence des données (smart data) et faire évoluer leurs systèmes vers une cible partagée. Sur le plan organisationnel, la donnée est rentrée sur l'organigramme de ces mêmes organisations avec des administrateurs généraux des données aux compétences d'animation transverses.

Un second modèle de l'open data est donc en train de se mettre en place et la donnée va émerger comme un fil rouge de la transformation numérique des collectivités locales.
L'open data devient un moyen de décloisonner les services en interne aux organisations et de réutiliser ces données pour créer de nouveaux services en externes. C'est un modèle qui, comme dans le projet du Grand Dijon annoncé début septembre, s'inscrira dans la tendance de développement de la "smart city" qui a justement besoin de données croisées pour être plus "intelligente".


Dans le secteur privé, on parle plutôt d'API pour mettre en avant le moyen d'accéder à la donnée. Mais c'est bien la même tendance de fond de l'open data qui est derrière les nouvelles architectures de système d'information généralisant l'accès aux données des applications par des APIs, accessibles en interne, voire en externe.

D'ailleurs, la même semaine se tenait à Paris la Matinale API World, où les professionnels des SI sont venus partager leur expérience d'utilisation des API pour "casser les silos internes, s’ouvrir sur le monde, travailler en écosystème, s’entourer d’un réseau de start-ups,...".

On retrouve bien là les objectifs du modèle open data précédent appliqués aux SI. La convergence des fonctionnalités entre la l'open data et les plateformes API se retrouve également dans les outils.

L'ouverture et l'échange de données est donc une tendance générale, renforçant le besoin de les comprendre. La force de cette tendance est à son paroxysme quand elle se fait à l'encontre des lois qui régissent la diffusion des données. La publication en masse de documents sur WikiLeaks pour laisser les journalistes faire leur travail d'investigation est certainement l'exemple le plus connu.

La littératie des algorithmes

La production en croissance de données de plus en plus ouvertes devrait dont développer la "data literacy" de tout un chacun.
Mais c'était sans compter sur les développements récents de l'analyse des données par des algorithmes. Le danger serait que ces algorithmes deviennent des "boîtes noires" qui réduiraient à néant les efforts de développement de la compréhension des données. 

Par exemple, le logiciel APB (et ses algorithmes) qui décide de l'orientation post-BAC des étudiants en France, malgré la publication de son code, reste toujours aussi obscur. Il induit des effets secondaires qui défavorisent certaines filières dans leur choix (préemptés très tôt par les second choix d'autres filières qui seront renoncés ensuite) et conduit de plus en plus à des tirages au sort pour l'entrée en Faculté dans certaines filières quand ce n'est pas parfois à aucune affectation du tout.

Une "boîte noire" qui commence à être rejetée par le public, challengé en justice comme par ces 3 étudiants bordelais qui ont obtenu gain de cause et qui a conduit Frédérique Vidal, la nouvelle ministre de l'enseignement supérieur, à promettre sa restructuration en profondeur pour 2018.
L'algorithme pose la question de l'impact sans intention.

Qui est responsable de tous les impacts d'un algorithme ? Comment atteindre la transparence des décisions de l'algorithme, au moins au niveau nécessaire pour une utilisation responsable?
Enfin se pose la question de l'influence inconsciente des auteurs (ou des concepteurs) qui induit peut-être un biais dans le fonctionnement de l'algorithme. Une recherche de l’Université d’Harvard de 2013 a montré que la recherche de noms à consonance africaine dans un moteur de recherche affiche plus fréquemment des dossiers d’arrestation...

Le biais de la Silicon Valley jugée très machiste, en tout cas pas assez diverse (du jeune mâle blanc), et qui produit nombre d'algorithmes utilisés tous les jours, est donc bien réel et doit nous faire réfléchir.

Ce qui fait dire à David Oppenheimer, professeur de droit à l’Université de Californie à Berkeley, que si les algorithmes « ne sont pas conçus avec une intention de discrimination, et même s’ils reproduisent les préférences sociales de manière tout à fait rationnelle, ils tendent aussi à reproduire certaines formes de discrimination ».

La compréhension des données et des algorithmes est donc un sujet majeur qui attend notre société qui se numérise un peu plus chaque jour.

jeudi 13 avril 2017

L'État plateforme (numérique) se met en place

Cette semaine, GreenSI explore les enjeux de l'ouverture par l'État de la plateforme nationale des données de référence.




C'est donc avec 9 jeux de données que le nouveau portail du service public de la donnée porté par Etalab a ouvert sur data.gouv. C'est la réalisation de la mission chargée de la politique Open Data de l’administration intégrée à la DSI de l’État (la DINSIC). Cette ouverture s'inscrit dans le cadre de la nouvelle dynamique de l'open data en France (et de la loi République Numérique) qui faisait l'objet du dernier billet de GreenSI.


Avec un oeil initié aux SI cette ouverture ressemble furieusement à un... MDM !

Le MDM est le fameux Master Data Management, au sein du système d'information, sur lequel toutes les autres applications peuvent s'appuyer pour projeter leurs propres données. L'enjeu d"une démarche MDM est de réduire les coût de maintenance par rapport à une gestion des référentiels dans une multitude d’applications distinctes et bien sûr aussi de réduire le risque d'incohérence et de multiplicité de définitions et de versions.
L'approche MDM se résume souvent par la phrase souvent entendue: "n'avoir qu'une seule version de la vérité".

Ce qui est intéressant dans le cas présent c'est qu'Etalab arrive à mettre en place une approche de type MDM pour organiser l'extérieur du SI (open data) alors que dans les entreprises l'approche sert d'abord pour gérer la cohérence en interne. La réduction des coûts et de l'incohérence portera donc ses fruits en externe chez ceux qui réutilisent ces données de référence. On peut cependant imaginer que les SI des ministères et des agences au sein de l'État vont aussi s'en emparer si elles utilisent aussi ces données.
D'autre part il est amusant (ou pas) de noter que ce qui relève du simple bon sens dans une architecture SI, voire d'un peu de gouvernance des données entre acteurs, conduit au niveau de l'État à définir par la Loi le côté "souverain" de ces données. Il s'agit certainement d'une autre exception bien française dans le monde de l'open data découvert par les anglo-saxons il y a plus de 15 ans.
Avec ce portail de données de référence, c'est donc une vision très architecturale de l'open data qui concrétise le concept d'État Plateforme numérique, et qui se met progressivement en place. On a une plateforme qui permet à tous d'interagir avec les services numériques de l'État et maintenant avec les données de référence gérées par l'État.

Ces neuf bases de données de référence sont des données qui sont utilisées au-delà des SI de l'État et du service public. Par exemple, la base adresse permet de géo-référencer toute adresse, donc de la positionner sur une carte, un besoin que l'on retrouve dans tous les secteurs et qui est essentiel depuis longtemps pour tous les acteurs de ville par exemple. Quand on regarde les statistiques d'utilisation des données sur data.gouv, la base Sirene ou des associations, maintenant devenues des données de référence, figurent dans les jeux de données les plus consultés.


Avec ce type de plateforme, on va certainement voir émerger de nouvelles organisations pour gérer le cycle de vie de la donnée au sein d'un écosystème et d'en répartir les responsabilités entre les différents acteurs :
  • Les producteurs produisent la donnée de référence et documentent les métadonnées. Ce sont eux qui doivent prendre des engagements pour leur mise à jour, instruire les retours des utilisateurs : par exemple, l'INSEE pour les données Sirene des entreprises.
  • Les diffuseurs mettent à disposition les données avec un haut niveau de qualité et s’engagent sur la performance et la disponibilité. Etalab dans le cadre du portail open data national, mais de multiples diffuseurs existent aussi en région avec des portails locaux.
    Un rôle en rupture avec les approches plus centralisatrice habituelles et où le "réseau" (producteurs et reutilisateurs) doit s'animer via la valeur d'usage des données.
  • Enfin les utilisateurs ou réutilisateurs qui (ré)utilisent ces données de référence pour produire de nouveaux services et créer de la valeur économique et sociale. Avec leurs retours, ils participent à la montée en qualité des données (signalement des erreurs, propositions d’amélioration).
Ces bases permettent donc d'avoir une source de référence, que l'on espère pérenne et rapidement mise à jour par les administrations concernées. Cependant, à ce jour, toutes ces bases n'offrent pas encore d'API pour une utilisation simplifiée. Mais ce n'est pas le plus compliqué une fois que l'on a des données de qualité.



L'été dernier, Etalab avait déjà ouvert quatorze API, comme celle qui permet de rechercher et consulter les annonces de Marchés Publics (BOAMP) directement depuis une autre application ; ou comme le dispositif France Connect, qui permet aux internautes de s’identifier sur un service en ligne par l’intermédiaire d’un compte déjà existant (celui des impots.gouv.fr, ameli.fr…). Dans ce dernier cas, la plateforme Etalab assure un niveau de sécurité supplémentaire puisque c'est elle qui fait le lien avec les fournisseur d’identité et non l'application appelante.

La convergence du sujet open data avec celui des API est une évidence pour GreenSI depuis plusieurs années, il se concrétise au niveau national, entre autres, avec ces nouveaux portails.


Cependant, le chemin sera certainement long pour passer des 14 API plus 9 données de référence actuelles, aux centaines d'API que l'on peut estimer si on considère la place de l'État et de l'Administration dans tous domaines de l'économie française (et donc de facto des données qui s'échangent en amont ou en aval). Il faudra donc des compétences techniques nouvelles au niveau d'Etalab et de la DINSIC mais aussi dans chaque direction SI de chaque Ministère pour produire ces données directement depuis les SI, et exploiter le potentiel de cette architecture, sans s'arrêter au sujet réglementaire imposé par la Loi.

GreenSI fait le lien entre ces SI de l'État plus interconnectés et s'ouvrant sur un écosystème, un État qui doit s'adapter pour exploiter le numérique et ne pas se laisser distancer par une société qui s'en est emparé à tous les niveaux, et la gouvernance interministérielle qui se met en place en matière de filière RH des ingénieurs des systèmes d'information et de communication (ISIC) et qui a fait l'objet d'une circulaire le mois dernier.
À la clef, l'amélioration de l'attractivité de la filière des métiers du numérique au sein de l'État, la fluidification des parcours professionnels et bien sûr l'harmonisation des pratiques (notamment salariales) entre les ministères. Traduisez : ne nous piquons pas les talents entre nous ;-)



Car en terme d'attractivité 
des candidats externes talents du numérique l'État a encore du chemin à faire. On s'en rend compte quand on consulte l'annonce de l'ouverture de plusieurs postes de développeurs en CDD de 3 ans (sic!) pour rejoindre l’incubateur de l'État, et travailler sur les projets numériques qui doivent transformer les services de l'État (sinon, à quoi bon avoir un incubateur).

Ce cadre RH contraint empêche clairement de rivaliser avec les offres de startups qui embauchent immédiatement en CDI après une période d'essai de 3-6 mois et offrent en bonus des actions de la startup. Sans compter sur les entreprises qui se battent aussi pour avoir les meilleurs profils. Et c'est sans anticiper la pénurie de bons développeurs annoncée qui va s'accentuer sur Paris quand l'incubateur "Station F" aux mille startups sera totalement déployé dans le sud est parisien et aura aspiré tous les jeunes des prochaines promotions de la 42, Epitech, Epita et autres écoles du numériques environnantes.

En synthèse, l'ouverture des données est donc un formidable levier de transformation qui oblige à se poser les bonnes questions comme celle de l'architecture, des API, de l'urbanisation du SI, des rôles et responsabilités des acteurs et même de l'attractivité qu'il faut pour conserver les talents qui sauront tirer parti de ces plateformes.

Des sujets auxquels la filière SI de l'État s'attaque et que l'on retrouve également dans les DSI des entreprises privées où, à quelques exceptions, le cadre de la Loi République ne s'applique pas. Finalement l'architecture des SI n'a pas de frontière pour la circulation et la valorisation des données.
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lundi 3 avril 2017

Opendata: nouveau départ!

La conférence EFE "L'open data en pratique" le 23 mars a été l'occasion de rencontrer de nombreux acteurs de l'opendata en France, tous engagés dans des projets dans leur collectivité locale, mais bien souvent aussi ambassadeurs de l'open data au delà des limites de son territoire.

Ce fut une belle occasion de faire le point sur cette démarche open data qui est entrée dans la loi République Numérique par la grande porte en 2017, et qui n'attend plus que son dernier décret d'application pour que les 3800 collectivités (de plus 50 agents et plus de 3500 habitants) soient immédiatement concernées par son déploiement.

L’ouverture des données publiques est donc désormais une obligation. Pourtant, comme l'a présenté Olivier Deviller, conférencier sur la transformation numérique qui a travaillé en collectivités, et animateur de la journée, la question n'est pas une contrainte réglementaire de plus mais bien un levier du changement pour favoriser l'innovation dans les collectivités locales, et plus largement dans tout l'écosystème de la future Smart City. 

Pour cela il va falloir quitter le monde limité des premiers "ambassadeurs", qui a caractérisé la période de ces 7 dernières années, (les premières ouvertures comme Rennes ou Bordeaux datent de 2010-2011), et trouver le moteur à allumer pour aller vers l'appropriation la plus large possible.

Dans un contexte financier restreint, l’open data est donc clairement un levier d’optimisation des politiques publiques, de développement de l’innovation et pourquoi pas du territoire (numérique) pour les plus audacieux.

L'Occitanie, la nouvelle région qui rassemble en autres Toulouse et Montpellier, est certainement l'un des barycentres français de ces territoires qui veulent utiliser l'open data pour dynamiser leurs actions. Sandrine Mathon, chef du service Administration de la Direction du Numérique (ex DSI) de Toulouse Métropole, responsable de l'ouverture des données de la Métropole et membre active de l'association Open Data France, a rappelé les fondamentaux derrière l'open data.

Un business modèle qui reste à trouver

Les données publiques concernées sont les données que la collectivité collecte et utilise pour ses missions de services publics et qu'elle ouvre ensuite publiquement pour le bénéfices de tiers, internes (les agents des autres services) ou externes (entreprises, startups, grand public...), avec des formats facilement ré-exploitables.

Les limites fixées à cette ouverture sont celles des données personnelles (régies par la CNIL), et celles des données sensibles sur le plan de sécurité (OIV, Loi de Programmation Militaire...).

Les collectivités qui confient des missions à des prestataires externes (PS) ou délèguent leur services (DSP) ont commencé l'insertion de clauses dans les marchés publics pour collecter les données relatives à ces missions au fil de l'eau, et pas uniquement en fin de contrats (qui sont souvent de plusieurs années). La nouvelle loi viendra les aider en modifiant également les règlements des codes qui s'appliquent à ces contrats.
Mais dans les 3800 collectivités concernées par l'opendata, la très grande majorité regroupent entre 15.000 et 20.000 habitants. Elles n'ont donc pas les moyens d'une grande Métropole. Pour GreenSI, il est donc évident que seule la mutualisation et les économies d'échelles permettront d'amener ce service de la donnée sur tous les territoires.
L'autre difficulté qu'il faudra lever, c'est de répondre au "business modèle" du financement des coûts du service avec des moyens complémentaires.
Pour GreenSI, il est en effet illusoire de penser que le service sera "gratuit" puisque les données, même si elles sont déjà collectées et utilisées, devront être nettoyées, anonymisées (contraintes CNIL, LPM, ...) et exposées avec un niveau de service et de disponibilité suffisant pour qu'elles soient réutilisées.

Tout ceci a donc un coût : serveurs, stockage, supervision... qu'il faudra bien financer soit directement (vendre l'accès au service open data), soit indirectement (utiliser les ressources de la collectivité donc réaffecter des impôts)
Or, la loi Valter a fixé la gratuité des données publiques et la nouvelle loi a confirmé les licences de réutilisation à titre gratuit qui seront fixées par un décret qui n'est pas encore publié (ODBL, License ouverte et CCBY devraient être confirmées). Une équation qu'il reste donc à résoudre avant d'allumer le moteur pour passer à l'échelle...

Au niveau national le décret du 14 mars met en place le service public de la donnée (nationale) pour les données de références (base SIRENE des entreprises, répertoire des associations, bases RGE de l'IGN, Organisation administrative...). Sa mise en oeuvre demande aussi un haut niveau de disponibilité, de sécurité et de fiabilité qui conduit naturellement à l'ouverture d'API. Les entités productrices de ces données vont donc également devoir leur allouer des moyens supplémentaires à cette mise à disposition, mais elles en ont certainement plus les moyens que les collectivités de moins de 15.000 habitants.

Les ingrédients législatifs sont en train de s'assembler  pour passer à l'échelle, mais le plus dur reste à faire : accompagner le changement à cette échelle, en interne mais aussi en externe.

La conduite des changements pour passer à l'échelle

Pour cela, Romain Lalanne de la Direction Digitale de la SNCF qui a piloté l'ouverture de l'API SNCF (ouverte en déc. 2015), riche aujourd'hui de 88 jeux de données  (sur data.sncf.com - horaires, régularité, comptage voyageurs, incidents) s'est appuyé sur un écosystème digital le plus large possible : développeurs, sociétés de services, startups de la Frenchtech...

L'open data conduit à créer et animer la communauté des réutilisateurs. Sinon, les données ouvertes resteront sans usages à dormir sur les serveurs.

L'ouverture d'API, par rapport à des fichiers XLS ou CSV, prépare l'avenir quand les robots dans les gares ou les chatbots dans les messageries instantanées voudront eux aussi connaître les horaires pour renseigner les usagers avec qui ils sont en contact. Le choix de SNCF est de proposer son API gratuitement jusqu'à 150.000 requêtes par mois, puis de tarifer le service quelles que soient les données demandées (et donc de son coût de mise à disposition). Un modèle lissé qui permet une plus grande lisibilité.

Parmi les autres retours d'expériences de collectivités qui ont lancé un projet de portail open data, on trouve la Métropole Européenne de Lille qui reconnaît être partie parce que toutes les autres grandes métropoles avaient déjà lancé un portail. Pourtant, faut-il ne pas ouvrir tant que les données ne sont pas parfaites ? Et bien non justement !

L'ouverture a permis d'exposer les données et de corriger les erreurs en travaillant directement avec les producteurs. L'ouverture n'est que la partie émergée de l'iceberg, une étape vers une animation autour des données du territoire en commençant par les producteurs et en allant vers les réutilisateurs.

L'implication de tous les acteurs

Autre témoignage, celui de David Poncet, responsable Open Data de l'Agglomération de Saint Malo qui a mis en place une démarche systématique de scoring (faisabilité politique, technique et juridique) des données de la collectivité pour évaluer leur potentiel d'ouverture. Un scoring auquel GreenSI ajoute bien sûr l'usage et l'attente de la donnée par une écosystème, même si ce n'est pas toujours facile à évaluer et que cela peut cacher des surprises.

Par exemple, Saint malo a ouvert les menus des cantines municipales et déclenché le développement par un particulier d'une application citoyenne pour les partager ("Y'A D frites"). La rencontre avec ce ré-utilisateur et les différentes prestataires des cantines a permi de normaliser le format d'échnage de ces menus et de donner plus de rayonnement à l'application.

Une histoire parallèle à celle qui s'est passée à Toulouse Métropole avec l'application ("QuiDitMiam!") démontre que cet usage, promis partout où il y a des enfants avec un smartphone, a un bel avenir. Il se pose alors la question du rôle (ou pas) de la collectivité à soutenir le développement d'une application au-delà de son territoire, et pour la startup à trouver un modèle économique. C'est ce qu'a fait cette semaine QuiDitMiam en participant au salon Restau'Co pour y présenter une version nationale de son application.

La cantine scolaire en train de devenir le premier succès à grande échelle de l'open data ?!...
Autres surprises, le jeu de données le plus réutilisé à Saint Malo est celui de la position des bateaux pour le départ de la route du Rhum et au Département 92 (qui a reçu un trophée pour sa démarche open data), ce sont les photos libérées des archives de la planète du Musée Départemental Albert-Kahn

Ces données permettent de créer de nouveaux services dans le domaine des loisirs et de la culture.Au final, c'est donc bien par "test & learn" que les avancées sont les plus significatives. Le DGS et DGA doivent être impliqués en amont avant d'aller travailler avec les services pour l'ouverture de leurs données. On note que le processus s'accélère quand les élus s'impliquent, et qu'au final ce sont eux qui doivent trancher quand les services ne sont pas en phase pour ouvrir tel ou tel jeu de données. Le portage règlementaire était nécessaire mais il n'est pas suffisant.

L'open data comme ouverture du SI

C'est un diagnostic partagé par Yann Mareschal de Bordeaux Métropole qui a retracé l'historique des multiples démarches open data du territoire depuis 2010. Sans réduire l'engagement de chacun, l'heure d'une plus grande mutualisation au niveau régional est arrivée. De plus, si à l'avenir l'open data est un signe de vitalité de l'aménagement numérique du territoire, il s'inscrira dans une compétition entre grandes collectivités pour attirer les investissements.

Jusqu'à présent la motivation des convaincus a été essentielle pour faire avancer les projets. Mais pour passer à l'échelle il faudra convaincre à tous les niveaux. C'est donc avec un projet "Smart Data" fédérateur que Bordeaux Métropole s'attaque à cette nouvelle étape de rationalisation qui doit mobiliser en interne les élus, les métiers et bien sûr la DSI. L'open data est aussi vu comme un moyen de "garder la main sur l'architecture" du Systèmes d'Information et un formidable moteur pour les réorganiser.

Voici une idée que GreenSI ne peut pas renier : l'open data comme brique du SI et de la normalisation des données. C'est une condition qui n'était pas présente dans les projets et qui est certainement devenue nécessaire. Elle n'est bien sûr par suffisante et ce sont les nouveaux services/usages et leur succès qui resteront les critères de succès de la démarche. C'est une évidence que la DSI ne doit pas oublier quand elle n'est pas en prise directe avec les citoyens et/ou que son périmètre se limite aux SI internes de la collectivité.

Après la première vague des projets commencée en 2010, la période est donc propice aux retours d'expériences avant un nouveau départ de l'open data dès 2017, mais certainement plus en 2018 quand le calme sera revenu en France sur le front électoral pour remobiliser nos élus.

lundi 7 novembre 2016

CDO, misez sur le D de Data !


Sans surprise, l'étude du cabinet Russels Renoylds Associates d'avril 2016 avait montré que les leaders numériques étaient plus des "disrupteurs" et innovateurs que les autres cadres dirigeants de l'entreprise.



Parmi ces managers, le "Chief Digital Officer" - CDO -  est apparu il a quelques années pour mener la transformation numérique de l'entreprise depuis la Direction Générale. Mais avec le temps la fonction semblait se compliquer, que ce soit pour obtenir des budgets propres ou dans sa relation avec les Directions métiers déjà engagées dans leur transformation.


La parution fin octobre du second baromètre des CDO est l'occasion de faire le point sur l'évolution de la gouvernance digitale des entreprises et sur ce nouveau poste au board des entreprises.

En 2015, pour le premier baromètre la fonction, le poste de CDO tendait à se généraliser avec le digital devenu une priorité stratégique à court terme pour 87% des entreprises dont 22% déclaraient avoir nommé un CDO (37% si le CA>1 milliard).

La prévision était qu'en 2016, 37% des entreprises auraient un CDO (41% pour les entreprises hors secteur financier).

Le second baromètre en 2016 montre que ce chiffre était trop optimiste de 11 points et seulement 26% des entreprises ont actuellement un CDO, et dans seulement 48% de ces entreprises il est rattaché à la Direction Générale comme normalement il devrait l'être pour piloter la transformation. Donc seules 12,5% des entreprises ont un CDO nommé et rapportant directement à la DG, ce qui n'est finalement pas beaucoup après 3 ans.

Ce baromètre s'est d'ailleurs bien gardé cette année de publier une estimation pour 2017 ;-)



Le baromètre prend aussi note que si les premiers CDO ont été des évangélisateurs qui ont amené plus de transversalité et de nouvelles approches (digital factory, fablab, labs,...), le rôle du CDO est maintenant devenu plus compliqué quand il s'agit de digitaliser les métiers.


À leur palmarès, les CDO peuvent afficher ces dernières années avoir été de bons catalyseurs pour changer les organisations et les modes de gouvernance, et accélérer la préparation de l'entreprise à l'ère du digital.

Ils ont aussi eu un impact sur l'évolution des modes collaboratifs et le recrutement de nouveaux talents, mais le baromètre montre que l'écart sur ces deux sujets, entre les entreprises qui ont un CDO et celles qui n'en ont pas, est moins tranché. L'entreprise n'a visiblement pas besoin de CDO pour préparer ses salariés au digital.

Les CDO sont aussi les révélateurs d'une gouvernance de l'entreprise peu adaptée au digital et qui demande beaucoup plus de transversalité, d'agilité, d'ouverture et d'animation d'écosystèmes externes ou de communautés.


Mais c'est une chose de préparer les moyens pour se transformer et une autre de le vouloir. Si l'équipe de direction n'a pas la nécessité ou l'envie de changer, le CDO ne pourra que révéler ces dysfonctionnements sans pouvoir y remédier.

La fonction de Chief Digital Officer a donc certainement atteint un cap, à la fois dans son périmètre dans l'entreprise, dans le nombre d'entreprises concernées et certainement dans le temps. Ce rôle, qui peut être déterminant pour certaines entreprises et leur a permis de prendre de l'avance dans l'agenda digital, n'est pas adapté à toutes les organisations et est un révélateur de freins devant le digital. 

La véritable révélation de ce baromètre c'est la progression du Chief DATA Officer dans les organisations, puisque 18% des entreprises déclarent en avoir nommé un et une prévision pour 2017 serait de 23%. Mais méfions-nous des prévisions de ce type de baromètre purement déclaratif ;-)

Quand le Chief Digital Officer cherche à fédérer, transformer et parfois piloter les initiatives digitales, souvent axées sur les clients et moins sur les processus, le Chief Data Officer est responsable d'aligner les données et leur circulation sur la stratégie de l'entreprise. Il définit de facto un cadre de gouvernance des données plus cohérent avec la stratégie et accélère l'évolution des plateformes pour les collecter, les manipuler et les exposer.

Le Chief Data Officer facilite donc la digitalisation des processus et la circulation des données, déjà en interne, versus un Chief Digital Officer plus tourné vers la culture digitale et les relations externes de l'entreprise.

GreenSI n'est donc pas surpris par cette évolution car quand on s'attaque à la transformation digitale et que l'on rentre dans le concret des projets, on tombe vite sur le noyau fondamental qu'il faut maîtriser : la donnée.

Une donnée devenue marchandise qui doit circuler, y compris en externe de l'entreprise. D'ailleurs une simple comparaison de termes de recherche sur Google montre que le sujet Chief Data Officer est fortement correllé au sujet Chief Digital Officer. Alors de là à dire que l'on parle de la même chose (un catalyseur de la transformation) mais avec des attributions différentes, il n'y a qu'un pas...


Ce n'est donc pas le nom de CDO qui est important mais bien sa fonction, et la Data est certainement une priorité. La capacité à avoir des data "activables" de façon opérationnelle est clairement un facteur de différentiation dans la transformation interne et la création d'écosystèmes digitaux.

Ce sujet est abordé depuis longtemps par GreenSI, par exemple pour les stratégies omnicanales (le tête à queue du CRM) ou pour les nouvelles architectures (le changement de direction du SI vers les données). Ce sont deux domaines qui sont dans les objectifs de la transformation digitale des entreprises, mais aussi des collectivités locales comme l'a montré le récent billet sur l'open data (opendata: transformation numérique des collectivités locales en vue).

Le premier mérite du Chief Data Officer, c'est peut être de signaler à toute l'entreprise que la data ce n'est ni le territoire ni le patrimoine de la  DSI !
Une croyance qui, certainement par facilité pour les métiers, non seulement limite d'exploitation d'un actif clef de l'entreprise, mais surtout qui le verrouille par application d'une gouvernance qui n'intègre pas la vision stratégique du digital. C'est par exemple le cas quand la DSI veut stocker l'ensemble des données au sein de son SI, sans recours à un Cloud, qui seul permettra l'agilité et la circulation des données avec un écosystème externe et de bénéficier des données non produites dans l'entreprise.



Alors quand 87% des entreprises considèrent que la fonction de "Chief Data Officer" est amenée à se généraliser, c'est certainement une bonne nouvelle pour toute l'économie numérique. Le projecteur est de nouveau sur ce qui est essentiel, la data avec un grand D !



L'humour de ceux qui aiment le numérique