mardi 29 décembre 2015

2016: la réalité virtuelle va devenir une réalité

2016: la réalité virtuelle va devenir une réalité


Tous les signaux sont en train de passer au vert pour que la réalité virtuelle se développe fortement en 2016. Tout simplement parce qu'elle va atteindre le grand public, et depuis l'avènement de l'internet et de la multitude, c'est le grand public qui tire les ficelles de l'innovation, même dans l'entreprise. 
La réalité virtuelle c'est cette simulation informatique interactive en temps réel et immersive d'un environnement réel ou imaginaire. À ne pas confondre avec la réalité augmentée, mise à l'honneur deux ans plus tôt par les Google Glasses, qui elle ajoute des données sur un environnement réel, mais sans chercher à le simuler, donc plus simple.

Mais depuis elle a fait pchittt... en attendant de revenir mixée à de la réalité virtuelle ?

La réalité virtuelle, à quoi ça peut servir ?

À beaucoup de choses : de l'apprentissage en conditions réelles dans un environnement simulé, à la téléportation à l'autre bout du monde pour visiter un temple Inca, en passant par la revue d'une conception assistée par ordinateur.
L'industrie du transport (avions, trains, espace,...) et tous ceux qui modélisent avec une CAO - Conception Assistée par Ordinateur - sont en avance sur ces sujets.
Mais pour cela ils ont dû payer des logiciels de base ou des applications très chers pour en financer la recherche et le développement sur un marché limité. Même si ces dernières années l'arrivée d'environnement de développement en open source avaient commencé a faire baisser ce ticket d'entrée pour le rendre accessible à d'autres usages comme dans le BTP ou les bureaux d'études.
Ce qui va changer en 2016, c'est l'arrivée des poids lourds du grand public pour descendre le ticket d'entrée encore plus bas.
Si le pari de Facebook avec le rachat d'Oculus se concrétise au premier trimestre avec la sortie de son casque Rift, les premières applications qui vont attirer massivement les investissements seront certainement dans le jeu et les loisirs.

Un casque Occulus dont l'aventure a commencé sur une plateforme de crowdfunding en 2012, qui a rapidement produit des versions pour développeurs (SDK) mais qui 3 ans plus tard commençait a faire perdre patience à ses premiers supporters.

Car depuis, Sony a montré ses projets et vise aussi le premier semestre 2016 avec sa "PlayStation VR" dont la cible "Gamers" est non équivoque. Facebook et Sony ont fixé le prix de l'expérience utilisateur "haut de gamme" autour de 350€, plus le coût des applications dont de nombreuses seront gratuites financées comme l'Internet.
Samsung avec son "Gear" vise un marché non limité aux jeux vidéo puisque son casque s'appuie sur un smartphone que l'on insère pour en réutiliser la connectivité, l'écran et la puissance de calcul. Le casque est à 100€ mais avec le smartphone on reste dans du haut de gamme. La stratégie de Samsung leader dans les smartphone haut de gamme avec Apple est claire et tactiquement intelligente.



Pour revenir dans l'entreprise, à ces niveaux de prix, le coût principal sera celui des applications, par exemple celles de formation ou de découverte de sites à distance. Et peut-être elle seront certainement rentables en comparant les coûts d'un dispositif virtuel à un dispositif réel de simulation équivalent. C'est donc pour GreenSI une très bonne première raison de s'y intéresser.

Réalité virtuelle et augmentée dans l'entreprise ?

Mais d'autres approches, encore à l'horizon, peuvent amener encore plus de potentiel dans les applications professionnelles:
Microsoft voit ses "HoloLens" comme un complément de Windows 10. Ce qui est surprenant. En effet, Microsoft aurait pu choisir un lien avec sa console XBox comme Sony, ou avec Minecraft, un jeu célèbre de construction virtuelle racheté $2 milliards en septembre 2014.
GreenSI augure que ce positionnement autour du nom de son système d'exploitation amènera le potentiel d'une réalité virtuelle "ambiante", utilisable dans les multiples situations d'utilisation d'un ordinateur et mixant réalité virtuelle et réalité augmentée. Peut-être un peu tôt pour les usages actuels, mais cela permettra peut-être à Microsoft de regagner des places dans les classements d'innovateurs.

Google a lancé Cardboard, une technologie ouverte de réalité virtuelle. Pas tant pour son casque en carton a moins de $20 qui fait sourire au premier usage, et qui provoque aussi des grincements de dents chez Occulus, mais plus pour l'écosystème qu'il pourrait créer. Car cette technologie, y compris les plans en cartons de pizza, sont en open source et libres de droits. Donc ont le potentiel d'avoir un développement rapide comme cela a été le cas avec Android pour conquérir le mobile. 

Bien sûr, il n'y a rien à voir entre l'expérience attendue avec la Rift d'Occulus et la Cardboard et son casque en carton. Mais le carton aura le mérite de rapidement démocratiser le produit sur une large partie de la population.
 

Et puis derrière la technologie des équipements, se cache tout l'enjeu des formats de fichiers compatibles.

Youtube a déjà été agrémenté d'un rayon "video 360" pour que ses vidéos soient diffusées sur les équipements comptabilité. Facebook a de son côté lancé le format vidéo 360°. La bataille des formats a commencé pour attirer les meilleurs développeurs qui feront les succès des premières applications, une fois qu'on se sera lassé de la visite des pyramides en 3D immersive et que notre portefeuille asséché ne pourra plus continuer de racheter tous les jeux vidéos en format 360.

Car l'avenir de ces équipements sera aussi dans les applications grand public plus traditionnelles comme les GPS, les news ou pourquoi pas la gestion de ses emails. Et avec Facebook dans la partie, il ne serait pas surprenant de voir des expériences collaboratives comme l'a essayé Second Life lancé en 2003...

 
Pour Google, après Youtube, c'est StreetView qui a été mis à jour pour être compatible 360 avec une Cardboard. Le résultat est très ludique puisqu'on peut survoler les villes ou la même planète, puis se déplacer dans les rues. Google partira certainement avec une longueur d'avance et doit déjà préparer de nouvelles applications pour cette compatibilité.

Chez Apple c'est silence radio... mis à part le rachat de Metaio, une société allemande spécialiste de la réalité augmentée et quelques dépôts de brevet sur la réalité virtuelle. Donc certainement en embuscade pour attendre le bon moment et le bon marché pour se lancer.

Après les premières applications de communication façon "GoPro", l'interaction et le collaboratif pointent leur nez à l'horizon en 2016, et pourquoi pas les applications métiers après-demain. En tout cas si vous voulez être dans les premiers, ça s'étudie aujourd'hui.

lundi 21 décembre 2015

Disruption: la blockchain sur les radars des banques... mais pas que !

Disruption: la blockchain sur les radars des banques... mais pas que !


Lors des API Days à Paris dont on a parlé dans le billet précédent, j'avais gardé pour ce billet la passionnante conférence sur la blockchain de Michel Khazzaka de CSC. Pourquoi GreenSI s'intéresse-t-il à ce sujet associé au Bitcoin et à une monnaie virtuelle ? Et bien parce que le Bitcoin n'est que la première implémentation d'une nouvelle architecture informatique de confiance qui pourrait révolutionner d'autres industries que la Banque: la blockchain.

Blockchain : de quoi s'agit-il ?

Techniquement, c'est une architecture répartie avec des noeuds actifs (serveurs) qui participent au fonctionnement du système global. Cela permet de gérer une base de données décentralisée et cryptée dans laquelle toutes les transactions y sont enregistrées et accessibles à tous. Tout le monde peut vérifier les échanges. Cette architecture permet de réduire fortement les coûts des transactions devant être authentifiées par rapport aux méthodes reposant sur des intermédiaires multiples.
Elle a été imaginée par Satoshi Nakamoto et a fait l'objet d'une publication en 2008.

Pour donner une image, la confiance que vous avez aujourd'hui dans le solde de votre compte bancaire est assurée par le fait que votre banque vous met à disposition un relevé de compte avec toutes les transactions. Vous pouvez théoriquement le recalculer depuis l'origine du compte. Imaginez maintenant généraliser ce système en partageant un méga-livre de comptes, crypté pour que chacun accède uniquement à l'information dont il a besoin. De quoi mettre tout le monde en confiance.

Le Bitcoin est une première implémentation de cette architecture de blockchain. Il modélise une monnaie virtuelle dont on peut non seulement maîtriser la quantité en circulation mais aussi en vérifier les échanges et les dépositaires. Les serveurs informatiques répartissent la puissance de calcul, alimentent et gèrent cette base de données répartie. Et pour cela se rémunèrent bien sûr...

Le Bitcoin permet d'acheter là où les particuliers ou les commerçants ont confiance en ce réseau (et ont un accès avec un compte qui trace les opérations). Donc potentiellement de gérer les transactions financières sur la planète. La question très médiatisée de la valeur du Bitcoin n'a pas de rapport avec ce mécanisme créateur. Comme avec le cacao ou le manganèse, on peut toujours spéculer sur l'offre et la demande.

Que risquent réellement les banques ? De se faire "désintermédier" comme tiers de confiance pour les transferts de monnaie électronique. En France, Paymium est un opérateur qui vous permet d'ouvrir un compte en Bitcoin.

Blockchain, cela ne concerne pas que la Banque

Ce type de mécanisme est plus répandu qu'on pourrait l'imaginer dans la vie économique.

Par exemple si vous détenez des actions d'une entreprise dans votre épargne, c'est que vous avez confiance en leur valeur. Cette valeur dépend de la certification des comptes de l'entreprise par des auditeurs indépendants, qui analysent en interne les données relatives à la publication des résultats.

Et on peut imaginer des mécanismes similaires pour certifier l'atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serres fixés par la COP21.

Le potentiel d'utilisation des blockchains dépasse donc le cas d'usage du Bitcoin.


Par exemple, un projet comme Ethereum vise a mettre en place une nouvelle plateforme d'implémentation de la blockchain non limitée aux paiements.
Des dizaines de startups financées par des fonds d'investissements, comme Chain.com qui aide les grandes entreprises à mettre en place la technologies, ou Onename.com qui propose une application pour gérer les identités nécessaires dans le mécanisme, se sont créés en 2013 et 2014, pour tenter de se faire une place dans ce nouvel Eldorado.

Comme Uber représente la nouvelle économie des plateformes collaboratives, le Bitcoin est le symbole d'une nouvelle architecture de la confiance qui peut amener une rupture là où aujourd'hui on traite ce sujet de façon moins rapide (certification des comptes annuelle), plus compliquée (des métiers d'experts) et surtout plus chère (coût par transaction certifiée).

C'est donc une autre forme de transformation numérique qui montre son nez à l'horizon.

Alors préparez-vous a entendre à l'avenir que telle ou telle industrie s'est faite "Bitcoiniser", par analogie avec "l'Ubérisation ". Cela prendra du temps pour atteindre les individus, et donc beaucoup d'investissements, mais les positions des premiers entrants se prennent certainement maintenant.
Quelles sont ces industries qui seront exposées les premières ?

Lors de cette 6eme #APIConnection, Michel Khazzaka nous a livré ses premières intuitions. Outre le transfert d’argent, tout ce qui a trait à l’identité numérique, à la gestion de titres, ou aux marchés est concerné en priorité:

 

Pourtant, mis à part quelques articles dans la Banque, et maintenant GreenSI, pas grand monde en parle en dehors de cercles spécialisés. En France la tendance "Bitcoin" n'est même pas sur le radar dans les recherches Google (alors qu'elle l'est aux Etats-Unis). Pourtant The Economist en a fait sa couverture fin octobre de cette année et sa couverture est sans équivoque sur le potentiel de la blockchain pour faire tourner le monde ;-).

D'où certainement cette initiative de la CDC cette semaine pour réveiller la France de la Finance (communiqué), et lancer un laboratoire sur la technologie blockchain avec des partenaires comme AXA, BNP Paribas ou le Crédit Agricole. L'objectif de ce groupe est d'explorer et d'évaluer le potentiel de cette architecture décentralisée de la confiance. D'autres membres pourront les rejoindre au premier trimestre (contact: @pdewost).

Blockchain, ça ne marchera jamais !

On ne parle donc pas trop de la rupture potentielle que la blockchain peut amener, en revanche on parle beaucoup de pourquoi cela ne marchera pas.

Le premier argument des détracteurs est tout simplement la taille du stockage, puisque par construction, conserver l'ensemble des transactions et tout recalculer n'est pas le premier algorithme qui vient naturellement à l'esprit pour économiser de l'espace de stockage. Donc si la blockchain se développe, l'explosion des volumes sera une menace a son développement et donc... ça ne marchera pas. CQFD.

La réponse de Michel Khazzaka, lorsque la question est posée dans la salle, est pourtant simple. La croissance des volumes de stockage est plus forte que celle des transactions, et le Bitcoin n'est pas le seul a réclamer du stockage exponentiel.
GreenSI ajoute aussi qu'Internet s'est développé avec un nombre d'adresse IP limité, déjà saturé alors que les objets connectés arrivent à peine. Depuis l'origine, les solutions se mettent en place quand les problèmes se présentent, soyons optimistes.

D'autres mettent en avant que les premiers utilisateurs des Bitcoins sont le crime organisé, ou les vendeurs de drogues ou d'armes, via leur ecommerce dans le "deep web". Paradoxalement cela semble plus démontrer l'infaillibilité du cryptage de ce système que les limites d'un modèle. Rappelons nous que les premiers téléphone mobiles en France étaient aussi très appréciés par les mêmes, jusqu'à ce que l'on impose une carte d'identité pour acheter une carte SIM...

En conclusion, les freins actuels ressemblent plus à une mauvaise connaissance des enjeux et un décalage de perception entre les grandes entreprises, qui sont les acteurs tiers de confiance dans de nombreux domaines, et la réalité de la technologies blockchain. De nouveaux acteurs émergent, principalement aux Etats-Unis, et dans les acteurs traditionnels le NASDAQ s'est déjà dit intéressé par la technologie blockchain pour l'évolution de sa plateforme.

Alors espérons que l'Europe et la France sauront prendre le virage à temps. 

lundi 14 décembre 2015

API days: la standardisation au coeur de la transformation numérique

API days: la standardisation au coeur de la transformation numérique


Le 8 et 9 décembre se tenait en France une conférence qui a déjà fait le tour du monde et dont l'influence augmente chaque année : API Days. Le thème ne pouvait laisser GreenSI indifférent : automatiser le SI, le business et toute la société avec des APIs.

Les APIs, ce sont ces petites interfaces inter-applicatives dont les usages augmentent dans un monde numérique toujours plus complexe, plus interconnecté et de moins en moins sécurisé. Quels rôles jouent-elles dans la transformation des industries et des entreprises ? C'est le thème de ce billet, et le fil rouge de la 6eme matinée #APIConnection (que je ne présente plus), qui s'est tenue au cœur de cette conférence API Days.

La standardisation ouvre les portes les mieux fermées

Dans un monde numérique, les chaînes de valeurs des industries et les entreprises au sein de ces industries ne sont pas toujours aussi fortement intégrées qu'on pourrait le croire. C'est tout l'enjeu des nouveaux entrants de chercher à les reconfigurer pour en capturer la valeur et en éliminer les inefficacités. On dirait les gaspillages dans le monde de la qualité et du "lean management".

Une de ces techniques est la désintermédiation. Elle se produit quand une société cherche à s'insérer entre le producteur du service physique - une nuit d'hôtel par exemple - et le client final, en excellant dans la relation client numérique avec ce dernier. C'est ainsi qu'Accorhotels s'est retrouvé en quelques années avec de sérieux concurrents mondiaux, comme Booking ou AirB&B, qui ne possédaient pas d'hôtels, mais une relation clients internet et mobile de premier ordre.

Pour Ronnie Mitra, de l'API Academy, ces "fragilités" qui permettent à d'autres de venir s'y insérer, existent dans toutes les entreprises. Ce phénomène a très bien été analysé par John Hagel III dans un célèbre article publié dans Harvard Business Review "Unbundling the corporation" en... 1999. Un hacker dirait que la révolution numérique exploite donc des failles connues depuis longtemps et non corrigées !

Cet article montre comment les entreprises se fragilisent lorsque leur coûts de transaction internes sont supérieurs à ceux de leurs nouveaux concurrents qui émergent dans l'industrie à l'extérieur de l'entreprise.

À l'époque c'était l'exemple de la chute d'IBM dans les mainframes (matériel, logiciel et réseau intégré), quand la standardisation a permis à de nouvelles entreprises (Microsoft, Apple, Intel, Cisco...) de produire collaborativement le même service qu'IBM, une infrastructure informatique puissante, mais à un coût de standardisation bien moindre, et en libérant l'innovation.

Or les APIs c'est la standardisation des échanges entre applications, entre les entreprises dans une industrie, voire directement entre industries. On peut donc imaginer que ces nouveaux standards puissent ouvrir les portes à de nouveaux acteurs, dans toutes les industries, au fur et à mesure de leur transformation numérique.
Les portes déjà connues sont :
  • l'ouverture du marché des internautes mobile, et l'accès aux clients des entreprises qui n'y sont pas présentes,
  • la capacité à créer des écosystèmes d'acteurs dont la présence numérique est plus forte ensemble que séparément,
  • distribuer du contenu ou des produits sur n'importe quel autre site, c'est la grande tendance des "marketplaces".

L'API est un produit ; commercialisé en B2B

Si la relation numérique en B2B prend de la valeur, comme dans le cas de la désintermédiation des clients finaux en B2C quand certaines plateformes deviennent incontournables, alors les APIs deviennent des produits a part entière qui offrent l'accès à ces plateformes. Au Moyen-Âge, les péages sur les ponts et routes étaient bien une source de revenus au même titre que ce qui y circulait dessus. 
 

Dans ce contexte, on comprend l'accord stratégique annoncé cette semaine par Voyages-sncf.com avec (la plateforme) AirB&B, pour proposer des nuitées lors d'achats de voyages. La SNCF en tire une marge sur des produits additionnels vendus lors de l'achat des billets de trains, et AirB&B valorise son API en exposant son offre directement dans le site SNCF et y recruter des clients de la SNCF qui vont quitter leur logement.

Si vous n'êtes pas aussi influent que Voyages-sncf.com, le premier site de e-commerce en France, il faut vous regrouper en écosystèmes. Par exemple, vous allez pouvoir proposer vos produits via des plateformes intermédiaires comme Stripe, qui auront su fédérer un ensemble de sites mobiles où vos produits seront exposés et pourront être achetés et payés en quelques clics.
Donc si vous ne pouvez pas construire votre propre pont, vous pourrez quand même payer le péage, avoir accès au marché, et en tirer des revenus complémentaires.



Si les APIs sont des produits, alors elles contribuent au business modèle de l'entreprise. Et si elles sont gérées par le SI, et par la DSI, cette dernière est au premier plan pour orienter une partie de business modèle de l'entreprise (si cela vous avez échappé). 

Kirsten Moyer, VP Research du Gartner, y a même présenté ce que pouvait être un "Programmable Business model" pour une entreprise.
Comment ? En utilisant des plates-formes API pour exposer toutes les fonctionnalités de l'entreprise sur un marché dynamique de la sous-traitance et se laisser "re-programmer" en fonction des opportunités imaginées par d'autres. Éventuellement demain par des machines et de l'intelligence artificielle.

D'une certain façon c'est la stratégie de La Poste qui expose certains de ses services sur son portail développeurs et laisse quiconque les ré-utiliser et les intégrer à son offre. Mais on y est pas encore en B2B, alors que c'est déjà le cas en B2C chez les utilisateurs des plateformes de travail "à la tâche" (Amazon mechanical turk, Task rabbit....) qui font couler beaucoup d'encre sur leurs entorses au code du travail, et sur l'évolution des conditions sociales qu'elles amènent. 

Aujourd'hui tous les acteurs de l'économie numérique ont un business modèle qui, à un certain stade de leur développement, valorise ses données via des APIs.

GreenSI avait d'ailleurs récemment salué la présentation au NUMA de FoodmeUp, une jeune pousse qui dans son business modèle intégrait les APIs en complément de la vente directe et de sa communauté (voir Innover en startup ou en entreprise, une question d'équilibre).

La valeur circule dans les ecosystèmes

Une autre perspective sur les APIs a été donnée par Bertrand Masson de la société Moskitos.

C'est la quête de "l'économie de la connexion" quand une marque va donner ("give"), un coupon personnalisé par exemple, pour recevoir ("take") en échange des données personnelles. À leur tour ces données seront ouvertes ("give") aux distributeurs pour enrichir l'expérience en magasin (orienter vers les bons produits) et augmenter("take") les ventes de la marque.

Un modèle Give - Take - Multiply où le résultat final est gagnant-gagnant pour les clients, les marques et les distributeurs.

La valeur est créée par l'efficacité de l'écosystème, et donc cette valeur est prise sur la réduction des coûts de transactions par la standardisation et l'ouverture. Ce nouveau paradigme repose sur des APIs ouvertes par les marques et les distributeurs. Il y a déjà quelques exemples.

Pour faire simple, en tant que marque, au lieu d'envoyer un million d'e-mails et en tirer au mieux 1.000 prospects, sans ensuite savoir quoi leur offrir ni quand ils iront chez un distributeur où la marque est présente, optimisons ces budgets marketing colossaux et redistribuons-les entre les acteurs de manière intelligente. Éventuellement un tiers de confiance assure la confidentialité des données quand elle est nécessaire.

Pas sûr que les agences de communication qui tirent la majorité de leurs revenus de ces inefficacités voient cela d'un bon oeil, mais Google est déjà passé par là avec son moteur de recherche, donc elle savent qu'elles doivent se reconvertir...

Enfin c'est AccorHotels qui a conclu la session en exposant sa stratégie digitale, et surtout le rôle joué par les APIs dans cette stratégie :
  • toucher rapidement des clients où qu'ils soient, par exemple en train de surfer sur une application mobile dans le taxi après l'aéroport et à la recherche d'un hôtel
  • trouver des sources de revenus additionnelles en valorisant des données via leur exposition au bon moment chez le bon partenaire,
  • alimenter les applications mobiles,
  • ouvrir des services à l'extérieur de façon sécurisée, tout en étant relié au SI qui contient le back-office qui reste le référentiel métier.
AccorHotels a d'ailleurs créé une nouvelle équipe interne - pôle Architecture et Déploiement, dédiée à la gestion de ces APIs. Ce pôle accompagne la mise en place d'une nouvelle gouvernance adaptée, pour le support (interne et externe), la définition et la mise en oeuvre des standards et bonnes pratiques.

Les APIs jouent donc un rôle clef dans la standardisation des relations entres entreprises, via leur systèmes d'information et contribuent à la réorganisation des flux de données au sein des entreprises, entre entreprises et au sein d'industries toutes entières. La maîtrise de ces flux est stratégique pour maintenir sa position concurrentielle, mais est aussi une source de revenus et d'innovation pour les startups en herbes cherchant a se faire une place au soleil dans ces chaînes de valeur, et bien sûr pour les acteurs historiques qui sauront s'adapter.

Beaucoup de contenu a été produit par GreenSI sur les API en 2014 et 2015 (voir les liens à la fin de l'article). Il semble clair qu'en 2016 les APIs vont s'installer dans les stratégies digitales d'encore plus d'entreprises.
Pourquoi pas la vôtre ?



mardi 8 décembre 2015

DSI-DRH, vers un mariage de raison

DSI-DRH, vers un mariage de raison

Depuis longtemps la DRH a exploité l'informatique pour se faire fabriquer un SIRH, automatisant la gestion de la paie, et commencer à s'attaquer à la numérisation de ses processus. Mais le constat fait cet été par GreenSI que la transformation numérique de la DRH semblait au point mort est toujours d'actualité. La DRH n'ayant peut-être pas de VISION sur cette transformation numérique et son impact sur le SI et sur les salariés.

C'est à cette question que l'Agora SIRH, créée pour l'occasion par NGA HR France et supportée par SAP, s'est attaquée lors de son premier afterwork à Paris le mardi 1er décembre et auquel GreenSI participait.
Comme un bon dessin vaut souvent mieux qu'un long discours, Tatienne Laplanche jeune dessinatrice de talent, a illustré tout au long de cette soirée, les éléments de cette transformation.

Vous en découvrirez quelques uns dans ce billet (source: Tatienne©).

Le domaine RH n'est pas un modèle de stabilité !

De multiples règlementations viennent régulièrement impacter les règles sociales de fonctionnement des entreprises et donc le SIRH. En 15 années le législateur a produit en France 88 nouvelles dispositions légales avec un record en 2014 quand la DRH a du s'adapter à 13 nouvelles dispositions légales. Carole Blancot, spécialiste des RHs invitée pour partager sa vision, et blogueuse a ses heures perdues, en a fait une synthèse pour ceux qui veulent aller plus dans le détail.

Au-delà de la charge pour spécifier, coder et paramétrer ces législations dans les progiciels, n'oublions pas le stress généré sur les équipes par des contraintes, des échéances légales, et de multiples nouvelles mises en production majeures demandant nouvelles phases tests et souvent astreintes effectuées tard le soir et le week-end.

Sans parler du stress autour de quelques échecs très médiatisés, comme l'abandon du nouveau SIRH des armées (Projet Louvois) ou celui de l'Education Nationale (Projet SIRHEN) dont les sénateurs viennent cette semaine de couper le budget en 2016. 

Non, le SIRH n'est pas un long fleuve tranquille !

Mais entre 2000 et 2015 pendant que le SIRH était le nez dans le guidon de l'automatisation de la gestion administrative et réglementaire, avec un horizon limité à la prochaine échéance, le salarié lui évoluait. Il découvrait l'autonomie du PC généralisé, voire du PC portable pour les chanceux, Facebook, l'iPhone, la tablette, les "drives" pour stocker ses photos, pour ne citer que quelques services que Mme Michue utilise maintenant au quotidien.

Donc quand le salarié vous parle de Cloud, il sait de quoi il parle après avoir essayé tous les services du Cloud public a sa disposition, de chez lui ou depuis son mobile. Il attend simplicité, prise en compte de ses équipements,...
Or quand la DRH parle de Cloud, c'est souvent pour reprendre le discours de ses éditeurs (de progiciel RH) qui en parlent pour elle, et n'a pas toujours une vision des enjeux collaboratifs pour l'entreprise.

Pourquoi un tel écart dans l'appropriation des technologies ? Quelle est réellement la vision de la DRH sur la transformation numérique ? Quand les robots et l'intelligence artificielle frappent à la porte de l'entreprise, les salariés aimeraient peut-être savoir ce qu'est le numérique et comment la DRH va s'y prendre pour adapter les emplois et les compétences.

Pourtant peu d'entreprises répondent à cette question, du moins publiquement, et qui à l'instar d'Orange, mettent en avant la DRH comme l'un des moteurs de la transformation numérique ?

La révolution numérique et collaborative

Pendant ce temps, dopée par les usages domestiques, la révolution collaborative est bien avancée du côté des salariés. A défaut d'en prendre en compte les nouvelles attentes des salariés, ses effets n'ont été que partiellement intégrés dans le SIRH et dans ses pratiques, qui parfois laissent penser que rien n'a changé. 

La DRH a souvent peu participé aux initiatives de maitrise du numérique par les salariés et aux développement des usages internes (intranet, KM...) ou externes sur les réseaux sociaux. Pourtant l'internet et toutes ses applications sont un canal de plus en plus important de mise en relation, par exemple pour le recrutement, la formation et les compétences, au coeur des sujets de la DRH.
 
Cette révolution collaborative pose la question de l'adaptation de certains processus RH, aujourd'hui très intégrées à l'ERP... qui malheureusement n'est pas accessible à la majorité des salariés (il faut un poste de travail, une licence, une formation...)

Pourtant, chez Facebook le recrutement se fait via l'application sociale interne avec cooptation et mobilisation des salariés pour proposer leurs camarades. L'ERP n'arrivant qu'a la dernière étape de l'histoire, intégré à la plateforme collaborative via des API, une fois le salarié recruté (voir DSI de Facebook, un poste avancé de la transformation des DSI). Donc oui les DRH peuvent animer des processus collaboratifs internes, ce n'est pas réservé à la Direction de la Communication, à la Direction Commerciale pour collecter des informations de veille ou à la Direction de l'innovation pour animer l'entreprise autour d'idées innovantes et de trophées.

C'est vrai que le recrutement de talents et d'informaticiens est très tendu aux Etats-Unis. Les salaires montent, alors la mobilisation des salariés est devenu essentielle pour améliorer l'efficacité globale du processus. D'ailleurs si cette tendance gagne l'Europe, la DSI dont les compétences requises changent, pourrait avoir besoin de la DRH et de ce type processus pour réaligner ses emplois sur les compétences, et faire rentrer les talents du numérique dont elle aura elle aussi besoin...

Vers plus d'opportunisme dans l'adoption des technologies

Les adaptations réglementaires successives, pour ne pas dire permanentes, ont fait oublier aux RH que la technologie peut être utilisée de façon opportuniste. Donc utilisée de façon proactive, et pas uniquement de façon réactive en réponse à une nouvelle contrainte externe. Par exemple pour développer de la valeur et pas uniquement pour réduire les coûts.
Mais surtout en regardant loin devant et pas uniquement la nouvelle réglementation en projet à l'horizon.

Pourquoi le SIRH n'adopterait-il pas une démarche de création de valeur ? 

Pourquoi la numérisation ne serait-elle pas aussi une opportunité de développer de nouveaux services pour les salariés, comme celui du coffre fort numérique ?
Un espace de stockage offert à chaque salarié (même quand il quittera l'entreprise) pour être partie prenante de la révolution numérique et mieux s'organiser.
Par exemple celui de la société Coffreo


Car c'est sur le salarié que repose la responsabilité de conserver ses documents à long terme et prouver ses droits à la retraite par exemple. Mais aussi de garder ses factures de gaz, d'eau ou d'électricité qu'il a accepté de dématérialiser sans bien toujours en comprendre les conséquences.

GreenSI aime bien l'exemple du service coffre-fort, car avec ce service on a un alignement gagnant-gagnant entre le salarié et l'entreprise. L'adoption par les salariés génère des économies pour l'entreprise (en coûts postaux). Et sans une adoption massive par les salariés, ce type de solution peut de ne pas être rentable pour l'entreprise, quoi qu'en dise la fiche projet lors de l'investissement.  La DRH met ainsi le doigt dans le marketing de ses services pour en faire la promotion et atteindre ses objectifs, et dans l'expérience employé/candidat de qualité pour développer l'usage de ses applications et sites.

Avec l'économie numérique, de plus en plus de services vont remettre le salarié au coeur des choix et donc du système d'information. A la RH de décider si elle est partie prenante de cette transformation ou si elle souhaite regarder passer le train. Et dans le premier cas, elle devra développer, avec la DSI, une vision du SIRH qui dépasse son service et intègre le salarié.

On va passer d'un mode "push" à un mode "pull" où le salarié choisira ses services, dans l'entreprise où à l'extérieur. Il est d'ailleurs intéressant de noter que les sociétés d'Interim qui doivent fidéliser des intérimaires entre plusieurs employeurs, ont déjà mis en place ces services de coffre fort et un marketing pour valoriser leurs offre à ces intérimaires.


Vers un système centrée sur le salarié ?

Et si l'avenir était a un modèle centré sur le salarié ? Après tout, dans le e-commerce ou dans la relation clients, les autres directions ont déjà compris que le client était au centre de leur SI et que la personnalisation était la clef de la fidélité. Et ainsi de réduire la fracture entre DRH et salariés sur la façon de construire le SIRH de demain.
Le SIRH doit donc aussi ouvrir ses frontières a tout un éco-système et maîtriser les échanges et offrir des API. Car le SIRH fait déjà parti d'un écosystème qui partage de l'information en permanence, en incluant les caisses de retraites, les mutuelles, les sociétés d'investissement ou les caisses d'assurance maladie ou de chômage. Des tiers qui développent des services nécessitant les données des salariés et qui communiquent avec lui.

Mais un eco-système dans lequel le salarié est au centre, avec lequel les données vont s'échanger tout au long de sa vie professionnelle. Parfois ce salarié va même y amener ses propres applications quand il ne choisira pas celles mises à disposition par la DRH, ou quand la DRH ne les lui mettra pas à sa disposition.


L'intelligence des données RH

Le premier de ces services à la disposition des salariés est LinkedIn.
Créé en 2003, ce réseau social a déjà 400 millions de membres (10 millions en France) dont 1/4 actifs et 1/3 depuis un smartphone (source). Par comparaison, beaucoup d'entreprises aimeraient une participation active du quart de leurs salariés sur l'intranet ! L'âge moyen sur LinkedIn est de 44 ans. On est donc bien en train de parler d'un réseau de professionnels et pas des membres de la génération X, Y ou Z, pour l'instant plus adepte des messageries instantanées et présente sur d'autres réseaux. En France on peut aussi citer Viadeo.

Sur un réseau professionnel comme LinkedIn ou Viadeo, le salarié a mis à jour son CV, qui est souvent plus à jour que dans le dossier RH, pour ce qui concerne sa carrière et ses compétences.

Sur ces réseaux, il commence à y partager du contenu. C'est aussi là que ses pairs peuvent noter ses compétences. Une base de données que LinkedIn revend aux DRH pour les recrutements. Elles ont donc de la valeur ces données ! D'ailleurs LinkedIn, société rentable, assure ses revenus avec des abonnements payés à la fois par l'entreprise, mais aussi par les individus. Est-ce que les salariés sont prêts à payer pour des services RH additionnels non réglemnetaires qui seraient fournis par la RH ? Et pourquoi pas !

Et si LinkedIn etait le début d'une "Ubérisation" de la DRH ? D'une certain façon oui, autour des données, aime à penser GreenSI.

La trajectoire comparée de LinkedIn et de la DRH est d'ailleurs intéressante quand on regarde l'acquisition de Slideshare (partager le contenu professionnel) alors que la DRH est peu impliquée dans les projets collaboratifs internes ou l'acquisition récente de Lynda (des cours de formation en ligne) quand les DRH découvrent à peine les MOOC.

Les quoi ? Les MOOC, Massive Open Online Course, cette révolution de la formation qui déferle dans le monde (voir Un tsunami numérique va déferler sur le monde de l'Education). Comment cette transformation s'insère dans le processus de formation et de gestion des talents ? Une question à laquelle les DRH vont devoir répondre pour ne pas pousser "l'ubérisation" plus en avant et créer une nouvelle fracture dans la formation professionnelle.

Tous ces nouveaux usages sont poussés par les données.

La vision sur l'intelligence de la donnée c'est par exemple capturer et exploiter toutes les données de formation, de compétences, d'aspirations, de façon dynamique, pour aller jusqu'à conseiller le salarié ou son manager sur une utilisation personnalisée des services RH. GreenSI ne parle pas de reporting, mais bien d'analyse de données en temps réel pour faire de la "DRH numérique" (ce moteur d'analyse intelligent qu'elle aura mise en place) un coach des salariés, et un atout pour l'entreprise. 
Futuriste ? Certainement. Mais quand il passe en boucle à la TV des publicités qui disent "Ok Google, c'est où la Transylvanie", on ne peut s'empêcher de penser qu'un jour le salarié demandera "Ok, Google, tu n'as pas un emploi d'avenir et mieux payé pour moi ?" ou  "Ok Google, quelle formation tu me conseilles ?". Et d'autres que la DRH auront toutes les données pour y répondre.

La révolution du client a commencé par la donnée, dont les prix et les critères de choix, accessibles au client et a chamboulé toutes les organisations qui cherchaient à les lui masquer.


Le numérique doit être apprivoisé par tous

Enfinla DRH doit aussi se préoccuper de la santé "numérique" des salariés et de l'influence d'un monde où la sécurité numérique est de plus en plus importante. Par exemple avec des "fraudes au président" via le SI, dont les traumatismes psychiques qui peuvent en résulter peuvent être terribles (voir article KPMG). Ou le fait de vivre en permanence avec de nouveaux risques comme de perdre ses données ou ne pas savoir utiliser une nouvelle application, sans parler de casser l'écran de son smartphone. Mais aussi avec le droit à la déconnexion, quand un salarié est techniquement joignable 24h/24h via son portable ou les réseaux sociaux.
Le tout quand le futur du travail nous prédit des entreprises sans salarié (type Uber qui fédère des indépendants) voire des salariés remplacés par des robots ou de l'intelligence artificielle (pour répondre au téléphone en langage naturel par exemple).

Le contenu de cette première #AgoraSIRH a donc été riche, et sera décliné en 2016 avec plusieurs autres afterworks pour en creuser chaque question.
On voit cependant déjà, que DRH doit être en première ligne pour comprendre ces nouvelles mutations et penser un nouveau modèle socio-professionnel adapté au digital.  

A l'heure où les éditeurs nous expliquent qu'il faut mettre son ERP dans le Cloud, profitons que les DRH ont la tête dans les nuages pour faire passer des messages sur la vision globale dont ils doivent prendre conscience et qui dépasse le cadre de l'ERP : un SIRH global, ouvert, centré sur le salarié...



Pour cela la DRH aura besoin d'une direction qui comprend son SI existant, maîtrise le numérique et ne doit plus être un simple fournisseur mais bien son partenaire auprès des salariés à qui elle fourni déjà les outils numériques: j'ai nommé la DSI.

Si ce mariage n'est pas porté par amour, qu'il le soit au moins par la raison !