dimanche 3 décembre 2017

#FoodTech: innovons ensemble

Cette semaine, se tenait à Dijon le salon de la #FoodTech, en terre de gastronomie et d'agriculture. Un salon et des conférences qui ont rassemblé sur 2 jours, tous les acteurs "de la fourche à la fourchette" comme les organisateurs aiment le présenter.

Signe d'une économie numérique, les "X-Techs" ont depuis longtemps quitté les seules "Bio Tech" et "High Tech", pour couvrir de plus en plus d'industries. L'alimentaire, de la production à la consommation, est aujourd'hui celle promise à une nouvelle révolution. GreenSI y voit également le signe d'une classification des industries qui devient de plus en plus obsolète, et où "la Tech" en tant que segment d'actions en Bourse n'a plus beaucoup de sens (voir ce billet de 2014: Vers la fin des industries). 

Cette première manifestation de la FoodTech a donc permis, en un même lieu, la rencontre des startups de la Production alimentaire, de la Transformation des matières premières, de la Distribution, sans oublier les consommateurs et leur Expérience de consommation.

C'est pour ne pas oublier cette expérience de mieux manger, de savoir ce que l'on mange, d'où ça vient... que le salon a ajouté le mot "use" entre les mots "Food" et "Tech", la FooduseTech, et mettre en avant ce changement profond des usages.

L'expérience consommateurs est d'ailleurs le domaine qui bénéficie de nombreux investissements.

On y retrouve par exemple AlloRestau et Deliveroo, ou le nouvel  UberEats, ces startups que l'on croise en vélo dans nos rues pour nous livrer en 30mn des plats de restaurants. Mais on peut également se faire livrer les plats froids à réchauffer chez soi avec Frichti qui vient de lever 30 millions d'euros, ou carrément se faire livrer "une box" d'ingrédients frais pour cuisiner nous-même comme les chefs, avec moiChef. Un domaine qui explose aux États-Unis.

La technologie des plateformes partagées entre acteurs (ici consommateurs, restaurateurs, livreurs, laboratoires de cuisine) va aider chaque domaine à devenir plus "smart" avec le numérique et à repenser son offre, sa logistique, ou  son modèle économique. La donnée se retrouvant au cœur de ces usages.
Dans la production, le développement de l'agronomie de précision est bien engagé avec l'internet des objets, les drones et maintenant les robots (voir le billet de GreenSI Les robots sont dans le pré). Mais la transformation des usages n'est pas non plus en reste avec par exemple WefarmUp qui s'est déplacée à Dijon pour proposer la location directe de matériels entres agriculteurs, et a calculé sur des données historiques dans le Sud-Ouest que cela permettrait de mieux utiliser de 40% la capacité de ces matériels et donc leur financement.

A l'extrême de la chaîne, imaginer de nouveaux usages et repenser l'expérience utilisateur est un domaine très dynamique comme on vient de le voir. Mais cela ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. En effet, entre production et consommation, c'est maintenant dans la transformation et la distribution que tout est encore à repenser. Comme cela a été dit dans l'une des keynotes; après 40 ans de développement du marketing orienté sur l'emballage, le prix ou le lieu d'achat, on a certainement oublié ce qui fait la véritable nature de notre alimentation: la qualité des produits.

L'assiette d'Arthur et Alex rejoint les startups qui proposent de court-circuiter radicalement cette chaîne et de mettre les produits du terroir à portée de clic. Au pas de course, décline le même concept au niveau du quartier dans une ville, ou comment transformer votre quartier en un supermarché en ligne géant avec livraison à domicile. Un concept intéressant dont les "smart cities" devraient peut-être s'emparer...

Ce développement des usages dont on ne voit pas la fin, a été rappelé par le partenariat entre SEB et Orange, autour de la plateforme collaborative de données et de recettes de cuisine Foodle, dont l'objectif est de construire un écosystème au-delà des produits de SEB.

Luc Bretones qui pilote le Technocentre d'Orange (design et marketing) & Orange Vallée (innovation) a donné sa vision sur le fait que "l'Histoire se souviendra de nous comme les hommes préhistoriques de la data".

Le simple sujet de partager sérieusement des recettes de cuisine pour créer un écosystème amène à réfléchir sur l'ontologie de ces données, des méthodes de collecte et d'analyse, le partage d'API, l'anticipation de la scalabilité et demain sur comment aborder les interrogations de cette base de données en langage naturel. Un sujet sur lequel Orange travaille pour que son assistant vocal Djingo puisse se connecter à Foodle.

Donc si vous gérez encore vos recettes sur fiches cartonnées vintages, décolorées par l'usage, gardez les, elles vont prendre de la valeur !  ;-)
Hasard du calendrier, au même moment sur Paris, Orange faisait le lancement de Orange Bank pour tenter de déplacer une autre frontière, celle de la Banque de Détail vers les opérateurs de services numériques. A suivre...
Pour revenir sur la transversalité de la FoodTech, quand on écoute Xavier Boidevézi, Vice-Président de l'Atelier Digital du Groupe SEB, on a quand même plus l'impression que SEB est passé dans l'industrie qui répond à la question "on mange quoi ce soir?", que dans celle de l'électroménager connecté.

La data va donc être ce liant entre toutes ces activités qui vont redessiner les frontières de nos industries, avec de nouveaux usages amenés par la technologie.La première application de ces données à laquelle on pense dans la FoodTech est bien sûr la transparence et la traçabilité sur la production et la transformation des produits alimentaires.

La startup TAGsparency propose l'usage de la technologie blockchain pour créer ce registre traçabilité entre producteurs, distributeurs et clients. Le produit que vous scannez dans votre frigo aura un code barre personnalisé qui consultera cette blockchain et vous dira d'où il vient, vous donnera les propriétés nutritives en fonction de la date de cueillette,  ou vous alertera si un problème est connu sur le lot de ce produit. Le distributeur peut alors vous proposer un coupon d'échange du produit directement sur votre smartphone.

Tout cela reste bien sûr à imaginer et n'est pas opérationnel, mais cette société illustre bien la révolution devant nous dans la consommation.

La donnée peut même devenir une marque, parce qu'elle rétabli la confiance et offre une nouvelle expérience.
C'est ce que fait Brandless aux États-Unis en mettant en avant les produits "sans marque". La grande distribution qui a depuis 20 ans créé des "marques distributeurs" très orientées prix bas, va certainement ouvrir ses chakras et imaginer d'autres terrains pour plus de différenciation.
Certains diront que la FoodTech est en retard sur d'autres industries transverses plus médiatisées, ou que la grande distribution veut garder le contrôle du jeu entre le produit et le consommateur, mais GreenSI a entendu dans les allées du salon l'argument qui bouge tout le monde depuis 2017 : Amazon !

Le cauchemar que ce soit ce géant américain qui réinvente la distribution avec de l'e-commerce, une dose d'abonnements et une logistique du dernier kilomètre sans faille, est sur toute les lèvres depuis le rachat de Whole Foods, et de toutes les rumeurs de rachats en France de Carrefour à Monoprix en passant par Casino.


Ce salon #FoodUseTech, placé sous le haut patronage du Premier Ministre, a été l'occasion pour Mounir Mahjoubi, secrétaire d'État au Numérique, interrogé par Xavier Boidevézi, de venir rappeler dans la conférence de clôture de la première journée l'importance de ce secteur pour la France, à la fois sur le plan de la "food", que de la "tech", où la France est désormais connue et reconnue avec la Frenchtech. Un message qu'il a réitéré le lendemain aux Docks Numériques, l'accélérateur de startups et l'espace de coworking basé à DijonGreenSI était également présent, et où s'est arrêté le #StartupTour du gouvernement sur le thème "on se dit tout". Une démarche qui vise à identifier tous les points de blocage à l'innovation en France à la rencontre de startups sur les territoires.

Sa conclusion a été donnée en signant la table de la salle de réunion (après y avoir été invité) par : "on innove ensemble".
Et c'est peut-être ça la définition de ces nouvelles industries transverses "Xtech" où des acteurs d'origines et d'industries différentes vont innover ensemble pour changer la donne.


dimanche 28 décembre 2014

Les SI en 2014: entre rétrospective et perspective

Voici venue l'époque des rétrospectives. GreenSI ne voulait pas non plus passer à côté de cette opportunité d'exploration, le nez dans le rétroviseur, pour mieux se préparer à aborder la suite en 2015.

En 2014 la bataille des DSI s'est engagée sur 4 fronts pour accompagner la transformation numérique des entreprises et collectivités locales: utilisateurs, clients, usine et métiers.

Abordons, au travers de l'actualité 2014, ces quatre terrains pour mieux apprécier l'évolution des acteurs.
Mais comme choisir c'est renoncer, GreenSI n'a gardé que ce qui illustre des transformations en cours. Et vous allez voir qu'il y en a beaucoup, d'où ce billet en deux parties.

Sur le front de l'Infrastructure

  • La sécurité des SI sur la brèche en 2014
  • Le "legacy" sous le tapis
  • L'open source incontournable dans le cloud
  • La consolidation de l'industrie des télécoms en Europe
  • La réalité d'une offre "cloud français"
Sur le front des Utilisateurs

  • Savoir compter de 7 à 10, la saga Windows
  • La bombe à retardement du BYOD
  • Le collaboratif en panne, l'e-mail repart
  • Poste de travail en entreprise: PC, tablette ou smartphone?
Sur le front des Métiers 

  • En 2014, le Digital Business, c'est pour de vrai
  • DSI et Digital Business, quelle organisation?
  • Le bigdata est mort voici les mégadonnées
  • IBM, Microsoft et SAP... la transformation des dinausores?
  • Ça coince toujours pour transformation des SI de l'Etat
Sur le front des Clients

  • Les Google glasses: pour innover en mode "fail fast!"
  • La French Tech porte le numérique sur le devant de la scène

La Sécurité des SI sur la brèche en 2014


Ce n'est que la poursuite d'une tendance et non une rupture, mais 2014 a été marquée par le sujet de la sécurité.

Dès janvier les données de 4,6 millions de comptes Snapchat sont compromises. Puis au tour de Skype d'être piraté par des partisans du régime syrien, la Snecma d'être ciblée par des hackers via Internet Explorer, de Home Depot de révéler que 56 millions de cartes bancaires de ses clients sont parties dans la nature et d'Orange qui s'est fait pirater les données privées de 800.000 clients.


Le piratage similaire de la chaîne de distribution Target a conduit à la démission du DSI.

La DSI est aussi sur le pont quand la faille Heartbleed est découverte dans OpenSSL, utilisé par des millions de sites et de serveurs, dont ceux des entreprises qui utilisent l'open source pour leurs sites Internet.

Cet incident fut la démonstration de la capacité du logiciel libre a fournir rapidement des correctifs, et de l'intérêt pour le libre d'être utilisé par les Géants du web (Google, Facebook,...) qui ont mis sans tarder leurs équipes pour combler la brèche béante.

L'offre en matière de maîtrise de la sécurité pour les entreprises s'est renforcée en 2104avec Orange qui s'offre Atheos, spécialiste de la cyberdéfense. Une  cybersécurité prise très au sérieux au plus haut de l'Etat avec l'extension des pouvoirs de l'ANSSI, et un investissement de 100 millions pour la sécurité des SI de l'Elysée. Il est vrai que les révélations sur la NSA en 2014 ont confirmé la lecture de 200 millions de SMS par jour et l'espionnage systématiques d'ordinateurs, mêmes déconnectés (via des chevaux de Troie).

Enfin, GreenSI ne peut pas ne pas parler de la plus élégante des attaques par DDoS - "Denied of service" - quand Google a affiché sa condamnation par la CNIL (comme elle l'avait contraint de le faire) en mettant un lien depuis sa page d'accueil vers le site de la CNIL... qui s'est immédiatement effondré, et a eu beaucoup de mal a rester en ligne tout le weekend.

Cette "atttaque" fut nominée pour le prix de l'humour IT 2014 de GreenSI, mais attendez la fin du prochain article pour découvrir le gagnant final de ce prix.

Le "legacy" sous le tapis

Il y a 50 ans, le 7 avril 1964, IBM lançait son System/360 dont l'architecture matérielle et les logiciels inauguraient l'ère des systèmes informatiques. Des mainframes qui allaient demander un responsable des systèmes, puis en se développant dans l'entreprise, un Directeur des Systèmes d'Information. 
Un père qui devient bien encombrant quand le DSI ne s'en est pas encore débarrassé. Un environnement mainframe qui doit encore perdurer et dont la maintenance et l’évolution des applications sont difficilement financées, car les DSI peinent à convaincre les dirigeants de l’entreprise de leur accorder des budgets.
Et pourtant il faudra bien réécrire certains programmes au coeur des processus. La notion de dette technique n'est pas encore toujours comprise, mais pas souvent expliquée par les DSI eux-mêmes.

L'open source incontournable dans le cloud

OpenStack est un ensemble de logiciels open source permettant de déployer des infrastructures de cloud computing. De nombreuses entreprises ont rejoint la Fondation OpenStack dont IBM ou Intel. En 2014 Cisco fait l'acquisition de Metacloud et propose une solution SaaS de déploiement de cloud privé basée sur OpenStack. Un acteur de plus qui rejoint les adeptes de cet open source. Suivi par SAP qui rejoint le développement d'Openstack et HP qui investit 1 milliard dans Openstack.

OpenStack semble bien parti pour régner sur les environnements cloud.

Autre acteur de l'open source, Docker lève 40 millions de dollars pour poursuivre le développement de sa solution de virtualisation d'applications du même nom.
Une opportunité pour les DSI de faire d'une pierre deux coups, adopter l'open source et le cloud, via des clouds hybrides dont ils gardent la maîtrise ou qu'ils confient a des partenaires.

La consolidation de l'industrie des télécoms en Europe

La dégradation des marchés des services de télécommunications en Europe a stimulé les opérateurs a se rapprocher pour réaliser des économies d'échelle et d'améliorer leurs parts de marché.

Deutsche Telekom met en vente sa filiale T-Mobile US, qui intéressa un moment Illiad, mais qui finalement acheta Orange Suisse en fin d'année. De son côté Numericable a bouclé le rachat de Virgin Mobile et BT achète EE.


La transformation de l'industrie des télécoms en engagée en 2014 et impactera a terme les offres et la stratégie des grandes DSI, pour le transport de données ou les offres de communication des salariés.

La réalité d'une offre de cloud "français"

En 2014 c'est Cloudwatt qui relance la lutte face à Numergy en sortant (enfin) son offre d'un cloud hébergé en France et dont l'actionnariat est contrôlé en cas de tentative de rachat par un acteur non français. De son côté Numergy se fait agréer en juin 2014 Hébergeur de Données de Santé (HDS).

Mais n'oublions que les offres « made in France » existent aussi en dehors ce ces deux opérateurs issus du programme de cloud souverain de l'État. Chez Ikoula ou OBS par exemple.
Enfin on peut déplorer qu'en 2014 l'Europe n'ait pas mis le cloud européen dans son agenda.

Savoir compter de 7 à 10, la saga Windows

Le destin de la DSI est fortement lié a celui de ses fournisseurs. D'où l'importance d'en changer pendant les périodes où leurs offres ne sont plus en phase avec le marché, ou du moins dans ces moments de se reposer les bonnes questions et de ne pas reconduire mécaniquement les contrats.
Et 2014 en a certainement fait douter plus d'un sur la version de Windows à installer. 

Le seul consensus de l'année: éradiquer Vista.
En revanche Windows XP s'arrêtant le 8 avril 2014, la résistance s'organise pour conserver ces machines qui fonctionnent encore très bien pour piloter les processus industriels ou l'information voyageur dans les gares par exemple.

Windows XP + Windows 8 : la pire équation possible pour Microsoft?

Conduisant HP à continuer de vendre des PC avec Windows 7, car Windows 8 n'a pas eu le succès escompté (8% en Europe en mars). Le patch de mars, version 8.1, fut très attendu car les utilisateurs voulaient que le bureau fasse son retour comme écran et s'annonca comme le vrai départ de Windows 8 pour les DSI.


Mais voila qu'en juillet le "patch tuesday" déclenche des "écrans bleus" et même des données perdues... les DSI sont encore sur le grill à cause d'un de leur fournisseur.
Windows 9 doit être dévoilé le 30 septembre par Microsoft mais ce n'est pas l'avis du nouveau CEO Satya Nadella qui demande de revoir la copie. Ce sera donc Windows 10, un nouvel OS hybride, et une approche différente qui sera choisie: plus d'1,5 million de testeurs, ou "insiders" avec un lancement annoncé à l'automne 2015 au plus tard.

Fin 2014 Windows 8.x double enfin Windows XP en base installée... et on aura parlé de 5 versions de Windows en un an dans l'actualité. 

Et d'ailleurs, pourquoi garder le Windows que la DSI a dans la chaussure au fait? 

En 2014 les Google Chromebooks sous Android explosent... mais restent un marché de niche adapté a certains usages. 
C'est aussi la sortie d'iOS 8 en septembre. Mais le Mac est-il un corps étranger pour l'entreprise? Apple a du mal a s'y développer et va s'associer avec IBM pour cela. 

En revanche, pour les tablettes et les smartphones, c'est iOS qui domine les déploiements en entreprise en 2014. Microsoft est présent avec WP8, mais uniquement sur les terminaux Windows Phone de Nokia dont il remplace la marque Nokia par 'Microsoft Lumia'. Fin de l'histoire de celui qui a rayonné sur la téléphonie mondiale.


La bombe à retardement du BYOD

Près de 8 millions de foyers français sont équipés d'une tablette. Vous pensez vraiment que vos salariés se sont pas concernés et qu'ils sépareront les usages professionnels des usages personnels? Peu de chance que ce soit le cas.

En 2014, le BYOD - Bring Your Own Device, a été régulièrement sur le devant de la scène, avec la question de sa maîtrise, que ce soit celle de son déploiement ou... de son interdiction quand le BYOD se transforme en informatique clandestine ("Shadow IT"). La question reste entière et les études montrent que les usages varient entre l'Europe, les Etats-Unis et l'Amérique du Sud (Brésil leader).

Le fameux portail de services, front office de la DSI orientée services, ne devrait-il pas l'intégrer? Capgemini et VMware se sont associées en 2014 pour annoncer une offre et aider la DSI à gérer le BYOD. Mais si les employés peuvent très bien comprendre ces problématiques de sécurité pour l'entreprise et de contrôle des appareils, voir d'accès a leurs données personnelles (photos, vidéos, SMS, etc.), il y a aussi des limites qu'ils ne souhaitent pas dépasser. 

Le BYOD ce n'est donc pas encore gagné.

C'est bien la bataille pour le contrôle du terminal qui est engagée entre les utilisateurs et l'entreprise.

Et puis après le BYOD, le BYOS - Bring Your Own Software - arrive. Et 2014 a montré la vigueur de ces offres de services en ligne complémentaires aux terminaux. Par exemple la nouvelle levée de fonds pour Dropbox désormais valorisé à 10 milliards de dollars. Le marché des plateformes de stockage en ligne et d'applications en ligne est en très forte évolution. Box prêt à entrer en bourse et à lever 250 millions de dollars et le Français Oodrive qui rachète Active Circle.


Le collaboratif en panne, l'email repart

En 2014 Google entreprise change de nom pour Google for Work et décroche plusieurs contrats mondiaux. Longtemps seul sur ce créneau, les outils gratuits d'Office débarquent sur Office.com et Microsoft OneNote devient gratuit sur Mac et Windows.

IBM lance Connections 5, la nouvelle version de sa plateforme de collaboration.

Ces suites sont dopées par le développement du mobile et surtout des tablettes. Mais rencontrent la nouvelle concurrence des plateformes de stockage (BoxDropbox...) associées à des interfaces emails qui se sont toutes améliorées en 2014.

De son côté Google lance Inbox, une interface qui catégorise les emails automatiquement et amène une certaine intelligence pour gérer un flux d'emails toujours plus en plus important. 
Total et Siemens annoncent en 2014 qu'ils veulent bannir la consultation des e-mails en dehors des heures de bureau, et mais Siemens dément dès le lendemain.
2014 c'est aussi le bilan de l'inititative "Zero mail" d'Atos qui a voulu convertir tous ses employés au social. Le chemin accompli est énorme mais l'objectif "zéro" était un peu trop ambitieux.

C'est aussi la refonte pour OutlookYahoo! et même Laposte.netL'email semble ne pas vouloir disparaître, mais sa boite devenir plus intelligente et fortement mobile.

D'ailleurs, signe des temps, Facebook va ferme son webmail (@facebook) montrant que social et email sont encore deux domaines séparés, mais s'offre WhatsApp, messagerie instantanée uniquement sur mobile, pour 19 milliards de dollars... juste avant que Google ne mette la main dessus.


Poste de travail en entreprise: PC, tablette ou smartphone?

2014 ne sera pas l’année de la reprise pour le marché mondial des PC. C’est ce que confirme le cabinet IDC qui prévoit un nouveau recul des livraisons d’ordinateurs. Pour les constructeurs, il s’agira donc de la 3e année consécutive de baisse.

Quelle est la stratégie tablettes pour votre entreprise?
La question s'est posée à plusieurs DSI en 2014. A la Société Générale par exemple dans le cadre de son programme de transition numérique « DigitForAll » qui va déployer les tablettes avec des solutions bureautiques. Et a Air Francequi outre d'autoriser ses clients à utiliser smartphones et tablettes pendant le vol, va aussi poursuivre l'équipement de son personnel navigant.

Mais la DSI a parfois du mal a rompre sa relation avec un autre fournisseur, BlackBerry. Même si en 2014 la CNAV aura montré l'exemple en abandonnant BlackBerry au profit de l'iPhone.
Ce sera pour BlackBerry l'année du retournement avec "seulement" 207 millions de dollars de pertes contre presque 1 milliard un an auparavant. Un BlackBerry prêt a céder sa division messagerie (BBM), qui se lance dans les appels vocaux et le social, a l'instar de Whatsapp, un produit peut utilisé dans les entreprises.


Mais fin d'année les ventes de tablettes ralentissent, au profit des hybrides. Pour IDC, les quatre trimestres auront été marqués pour Apple par un recul des ventes mondiales d'iPad. Apple, comme les autres fabricants de tablettes, souffre de la saturation du marché et d'un cycle de renouvèlement plus long qu'attendu (mais rassurez vous avec les marges sur l'iPad peuvent souffrir longtemps).

Du côté des pros, la Surface Pro 3 débarque en France et vise les pros. Microsoft perd encore de l'argent avec Surface, mais ce peut être une piste pour certains usages, a condition de sortir du piège Windows 8 qui s'est refermé sur sa stratégie tablette (vue des consommateurs). Et puis signalons la tablette durcie de Samsung pour le marché professionnel, la Galaxy Tab Active qui embarque un lecteur NFC, et l'alliance Apple/IBM dans les entreprises qui est une vraie chance pour l'iPad.

Côté smartphone, 2014 c'est le lancement de l'iPhone6 le 9 septembre avec 10 millions d'exemplaires vendus en quelques semaines. Le phénomène Apple n'est pas prêt de s'arrêter.



En 2014, le digital business, c'est pour de vrai

Dès janvier, Google a fait alliance avec les constructeurs automobile pour envahir le prochain des grands objets connectés après le smartphone: la voiture. Mais quelques mois plus tard, voilà que Google dévoile son propre prototype de voiture 100% autonome qui pourrait bientôt être autorisé à rouler en Californie. Une société de technologie qui concurrence des constructeurs avec du logiciel pour piloter un produit grand public, c'est l'illustration de l'ère du "digital business" quand le logiciel devient business.

L'entreprise qui a la capacité de le construire et de le maîtriser, possède un avantage concurrentiel qui peut déstabiliser rapidement une industrie. Sujet développé par GreenSI dans sa trilogie sur l'économie des applications.

  

Et quand Tesla Motors, et son génial patron ingénieur Elon Musk créateur de Paypal et de SpaceX, fabrique une voiture électrique plus rapide que tous les prototypes des constructeurs historiques, c'est une nouvelle démonstration de la capacité d'innovation de rupture des startups. Mixez les deux, logiciel et innovation de rupture, le cocktail risque d'être explosif dans toutes les industries.


 

Cela a au moins eu comme conséquence en 2014 d'accélérer la R&D des constructeurs. Ford a annoncé tourner le dos à Microsoftpour ses voitures connectées et a annoncé un partenariat avec Blackberry et son système d'exploitation QNX dérivé d'Android. La bataille ne fait que commencer.

Des startups auxquelles les grands groupes commencent à s'intéresser, comme Siemens qui crée cette année un fonds de 100 millions de dollars. Ou Crédit Agricole qui monte un incubateur géant, centre d'innovation dans Paris Le Village by CA, et GDF SUEZ qui organise un hackathon géant pour réinventer la relation clients dans l'énergie.

Mais quand on compare les $100 millions de Siemens, au crowdfunding (sites pour les particuliers comme kickstarter) qui aurait permis de lever 78,3 millions d'euros, on mesure que le pouvoir "de la multitude" peut être proche de celui d'un grand groupe pour financer l'innovation. De quoi remettre en cause beaucoup d'idées préconçues, déjà mises à mal par le fait que, depuis quelques années, l'innovation technologique vient de plus en plus des marchés grands publics (notamment financés par la publicité) et moins des marchés entreprises.  


De plus, pour l'instant il semble que "le ciel soit la seule limite" (sky is the limit) si on regarde la croissance folle d'Uber. Une startup qui a réinventé l'expérience de déplacement dans la ville, et surtout cristallisé toutes les frustrations autour de cette nouvelle économie, qui sera bientôt valorisé plus de 10 milliards de dollars.

Les startups intéressent aussi les géants du net. Quand Google rate une opportunité, il n'hésite pas a y revenir, notamment dans la maison connectée où il s'est offert en 2014 Nest pour $3,2 milliards. Et a voir les gadgets connectés du CES 2014, où d'ailleurs la France fait déjà bonne figure, dans le futur tout sera connecté.

Bienvenue dans l'économie des applications. Et pour se donner un dernier ordre de grandeur, Apple a annoncé en 2014 avoir atteint les 10 milliards de dollars de revenus grâce aux Apps. Soit la moitié du chiffre d'affaire de SAP: la valeur des logiciels est peut être en train de se déplacer dans ce monde hyper connecté...


DSI et digital business, quelle organisation?

La question du rôle de la DSI, au sein de l'entreprise, pour mener cette transformation a clairement marqué l'actualité de 2014.


Faut-il morceler la DSI ou doper son leadership sur le numérique? On a même vu  un article "Les têtes doivent tomber à la DSI". Mais bon, c'était un 1er avril...
Il n'y a pourtant pas de fumée sans feu car pour 28% de dirigeants IT, il n’y aura pas de transformation numérique réussie de l’entreprise sans changement de direction au sein de la DSI.

Mais au delà de la question de l'organisation, ce que 2014 a amené, c'est la question de l'agilité pour fabriquer ce SI opérant dans ce monde numérique et d'une certaine façon de la capacité de la DSI à innover dans un monde numérique.

Connaissez-vous DevOps? Le chaînon agile manquant. En 2014 les projecteurs (conférences et témoignages) ont été mis sur cette démarche née quelques années auparavant et dont les adeptes augmentent tous les jours. Une transformation qui demande aussi de revoir ses méthodes de développement et de mettre en place de l'API management pour mieux échanger et contrôler avec son écosystème. Une étude a aussi révélé qu'un quart des budgets logiciels vont aller aux applications mobiles. L'industrialisation de leur développement, dans des environnements mobiles toujours plus complexes et hétérogènes, est devenue en 2014 une priorité.

Heureusement les offres pour outiller la DSI et prendre en compte cette dimension DevOps arrivent. Avec des éditeurs traditionnels comme CA et le français Axway, mais aussi avec l'open source où des startups qui se lancent sur ce créneau, de la gestion des livraisons à l'API management en passant par les livraisons en continue.

Et dans ce contexte, le datacenter, cloud privé, hybride ou public, redevient stratégique.


SEPA, fin de la saga

Bascule décalée, puis re-décalé, la saga SEPA s'est terminée en 2014. C'était le prix a payer pour avoir un système de paiements unifié au niveau européen et l'adaptation de toutes les chaines informatiques qui en découle. Mais au moment où j'écris ces lignes, des courriers sont encore envoyés par des entreprises, pour s'excuser auprès de leurs clients de problèmes de prélèvement par mandat SEPA. 


Le bigdata est mort, vive les megadonnées

Si vous n'avez pas entendu le terme bigdata, c'est que vous revenez d'un voyage interstellaire. Même l'académie française sait ce que c'est, puisque que 2014 sera l'année de l'officialisation du terme « mégadonnées », pour le remplacer dans la langue de Molière. Un terme qui désigne ces volumes de données hétérogènes qu'ils va falloir traiter en temps réel pour y trouver de la valeur.


Et quand on mixe bigdata et open innovation on trouve par exemple le site Datascience.netqui propose aux "datascientists" français (ces profils de statisticiens que l'on s'arrache), de relever différents challenges proposés par des entreprises dans le domaine de l'analyse de données. Ainsi la SNCF voudrait mieux prévoir son trafic en gare et Ecometering, la filiale "smart energy" de GDF SUEZ, modéliser les consommations électriques des professionnels.


Mais le big data risque de buter sur la raréfaction des compétences, à l'instar de Salesforce qui serait en train, aux Etats-Unis, de "siphonner" les compétences de LinkedIn en embauchant méthodiquement, et un a un, son équipe de datascientists. 


IBM, Microsoft, SAP... la transformation des dinosaures?


En 2014, IBM France a fêté son 100eme anniversaire et est loin de disparaître comme le prévoyait une tribune à laquelle GreenSI avait répondu par un billet d'inspiration darwinienne (pourquoi les dinosaures ne vont pas disparaître) et qu'ils allaient se transformer.

L'évolution est engagée en 2014 a coups de milliards. Dans Watson, la division autour des données, de la reconnaissance du langage et du prédictif, dans Softlayer le réseau de datacenter nouvelle génération, dans Cloudant éditeur de base de données NoSQL accessible dans le Cloud.

Mais IBM en 2014 c'est aussi la vente de sa division serveur à Lenovo, 10 ans après la vente de la division PC. 

Malheureusement c'est aussi un plan social en Europe et en Inde, qui touche la France et le site historique de La Gaude. Signe de cette transformation interne sans précédent, la fronde sur Facebook des salariés IBM avec la page"Roadmap to Hell".

IBM n'est pas seul dans sa transformation. Oracle, SAP, Microsoft, Dell et HP, pour ne citer qu'eux, sont aussi des entreprises qui ont vu les débuts de l'informatique et doivent en 2014 remettre un tour de vis dans leurs stratégies de marchés.

Des poids lourds qui comptent encore puisque que pour l'étude de PWC publiée en mars 2014, Microsoft, IBM, Oracle et SAP dominent le marché des logiciels et du SaaS. Et le SaaS génère 86% des revenus mondiaux du Cloud. Mais leur transformation est engagée et plus généralement dans le logiciel car pour le Truffle 100 cuvée 2014, la croissance des ventes de logiciels des 100 premiers éditeurs européens passe de 10% (chiffres 2012) à 2,7% (chiffres 2013).  

Dell qui s'est retiré de la bourse, après la reprise par son fondateur Mickael Dell, a engagé en 2014 un plan social sans précédent de 20 à 30% de ses effectifs.


HP va supprimer 11.000 à 16.000 emplois de plus et poursuivre son recentrage.

SAP a passé une année sous le signe du cloud, poursuivant l'acquisition de solutions SaaS (Concur pour 8,3 milliards de dollars, spécialistes des notes de frais). SAP veut devenir une entreprise du Cloud et entame pour cela une réorganisation en interne avec des annonces de postes supprimés (1.500 à 2.500 selon Reuters) 

Chez Microsoft2014 c'est l'année de Satya Nadella aux commandes qui veut réinventer Microsoft. Windows Azure risposte face aux offres d'Amazon et de Google. La guerre des prix du stockage fait rage dans le cloud. Une restructuration est aussi engagée et la Finlande fait grise mine (pays de Nokia), avec l'annonce de 18.000 emplois supprimés dont 70% chezNokia.

Mais citons aussi la création en 2014 de la .Net Foundation pour saluer la "libération" en open source d'une partie du code de .Net et l'alliance avec IBM afin de porter des applications majeures de Big Blue dans le Cloud de Microsoft. Deux choses impensables quelques années auparavant, la transformation est bien en marche.  


Pour Oracle2014 c'est l'année du passage de témoin de Larry Ellison à la conférence annuelle. Pour GreenSI Oracle manque d'une stratégie lisible, c'est maintenant à Mark Hurd (ex HP) de la définir. Quoi qu'il en soit Oracle utilise en 2014 son trésor de guerre pour racheter a tout va dans le SaaS et dans le CRM au sens large (marketing et analytics).

Plus près de nous, en France,  2014 aussi sous le signe de la consolidation pour Sopra-Steria, devenue une ESN de 35.000 salariés, dont 8.000 en offshore, mais aussi pour Atos qui s'offre les activités informatiques de Xerox et de Bull.
L'emploi informatique en France a baissé, puis s'est re-stabilisé, puis rechute en novembre, avec paradoxalement des compétences très recherchées. La transformation va faire entrer l'industrie dans une période moins prévisible.

Pour les DSI c'est un risque d'instabilité de leur fournisseurs traditionnels.


Ça coince toujours pour la transformation des SI de l'Etat

2014 est une année qui restera difficile pour les SI de l'État.

Le projet Dossier médical personnel a engloutis 500 millions d'euros pour des résultats peu probants, alors comment le relancer?

Louvois lui a coûté des centaines de millions depuis son lancement puis son arrêt en 2013. Mais cet arrêt ne règle rien et en 2014 il faut maintenir les chaines obsolètes des payes des corps d'armées, et définir un nouveau système cible qui engloutira lui aussi certainement des centaines de millions d'euros.

Sans citer les dégâts collatéraux de l'ecotaxes sur les systèmes d'information du transport de marchandises, même si ces systèmes (et leurs investissements) ont été montés par le privé pour assurer un service public de collecte. 

Et puis nouveau Premier Ministre oblige, l'informatique de l'État aussi va devoir faire des économies (40 millions). Pas de quoi affoler un DSI d'un grand groupe du privé, habitué a ces restructurations, mais pas simple dans un contexte de gouvernance des SI de l'Etat actuellement très éclatée entre ministères et agences autonomes.

Le renfort de cette gouvernance (via un décret du 1et Aout 2014 qui place les infrastructures et les systèmes d’informations transverses des ministères sous la tutelle des services du Premier ministre), sera assurée par Jacques Marzin a la tête de la DSI de l'Etat, dont le rôle pour la transformation numérique de l'Etat sera bien sûr essentiel. Comme celui du DSI du privé dans la transformation numérique de son entreprise, tout simplement. 

L'Etat prend aussi conscience en 2104 de ces opportunités du numérique (et des risques) et confie une mission est à Philippe Lemoine pour évaluer les opportunités pour la France de cette transformation numérique. Un rapport qui sera rendu en fin d'année, après changement de Ministre et de Secrétaires d'Etat au numérique. Ce sera aussi l'année d'un discours du chef de l'Etat sur la stratégie numérique de l'Etat, très orientée cyberdéfense, et la nomination d'un CDO - Chief Data Officer - pour la France. 

Maintenant yapluka !


Les Google Glasses: pour innover en mode "fail fast !"

2014 l'année de lancement des Google Glasses.


Certains pourront ergoter sur les flops de Google, en oubliant que c'est l'un des fondamentaux de l'approche d'innovation que de prendre des risques, et parfois d'échouer, pour identifier les vrais marchés et les vrais besoins. 2014 aura été l'année de la fermeture de nouveaux services de Google (Bump, Flock...) et de l'éclatement de la bulle des Google Glasses.


Peut-être que ces lunettes high tech ne verront pas le jour (au delà des prototypes achetés par des milliers de fans). Mais elles démontrent la démarche d'innovation tout azimut de Google dans tous les domaines et nous rappellent les règles de l'innovation.


Pour GreenSI, la DSI devrait s'approprier cette démarche d'essais-erreurs et d'adaptation permanente de ses projets et processus, de miser moins sur plus de chevaux et de savoir arrêter des applications peu utilisées.  


La French Tech porte le numérique sur le devant de la scène


Sur le front du support au numérique français, 2014 restera l'année du décollage de la FrenchTech. Cette marque pour la technologie française, derrière laquelle les milliers de startups françaises, en tout point du territoire, se sont retrouvées. Donc bravo à cette initiative des secrétaires d'Etat au numérique, Fleur Pellerin, puis Axelle Lemaire.


Un numérique qui s'est aussi invité dans les campagnes des municipales 2014 des grandes villes, et notamment à Paris. Mais le chemin sera long car l'étude des programmes de campagne a aussi montré que la France numérique avance à deux vitesses, et que la très grande majorité des Français attend encore le TGV (maturité des élus très faible, aménagement du territoire en haut débit, services en ligne locaux...)

En revanche, les citoyens eux, sont de plus en plus connectés et l'écart se creuse avec les élus. Comment accélérer cette mutation numérique restera une question pour 2015.


Prix de l'humour SI 2014

Le prix de l'humour SI 2014 est finalement décerné par GreenSI a Arnaud Montebourg qui a menacé de rendre "illégal" Google en obligeant l'hébergement des données en France, et a appelé à la création d'un OS "made in France". 
Bel élan patriotique! Et résister c'est déjà se préparer à la transformation numérique.

Mais la stratégie numérique est malheureusement beaucoup plus compliquée que cela, et surtout se gagne par l'ouverture et non par des tranchées. Peut être qu'il faudrait explorer un peu mieux le logiciel libre avant de signer des contrats "open bar" aux éditeurs américains et ensuite se plaindre de leur pouvoir, non?...


GreenSI vous souhaite une excellente transformation numérique en 2015! 

Continuez de le suivre sans modération en 2015 !

lundi 8 septembre 2014

Le gouvernement se mobilise (enfin?) autour du numérique

Cette semaine GreenSI relèvera dans l'actualité, la proposition du Premier Ministre, au Président de le République, de faire du numérique l'une des priorités de l'action du Gouvernement (saisine) et de demander au Conseil National du Numérique d'organiser une grande consultation.
Chose demandée, chose faite, la plateforme du CNNum est déjà en ligne (http://contribuez.cnnumerique.fr/) mais pas encore ouverte à la collecte de contributions.

Au delà de l'effet d'annonce et de la probabilité (non nulle) que cela ne débouche sur rien de concrêt, c'est pour GreenSI, le premier engagement fort du gouvernement français sur le numérique, à ce niveau de l'Etat, depuis le e-G8 (forum en marge du G8 qui s'est tenu à Paris en 2011).

Un sommet e-G8 qui avait été "inspiré" à la  suite d'un billet sur le blog de Tariq Krim, serial entrepreneur créateur de Netvibes, qui mettait en avant que la France n'avait pas de CTO (Chief Technologie Officer). Billet qui avait enflammé les débats sur le web, jusqu'à ce que le politique s'en empare. Et puis les Etats-Unis avaient nommé leur premier CTO en 2009 suite à l'élection de Barack Obama. Mais dans un contexte 2011 de création de la loi Hadopi, la confusion régnait sur les enjeux du numérique, et le sommet a accouché d'une souris. La France s'est alors engagée dans une approche de "lawyers", via la loi, plutôt que de "makers", via des actions à impact. Nicolas Sarkoy, pourtant élu avec une campagne web remarquée par les professionnels, venait certainement de rater là, le titre de premier Président 2.0. 

Depuis, la France s'est doté d'une DSI au niveau de l'Etat (DISIC) et même d'un Chief Data Officer, qui aura les habilitations nécessaires pour ouvrir les données, jalousement gardées, par les administrations (open data). A suivre...

Cette semaine, avec Manuel Valls, le numérique ne s'installe donc plus uniquement à la table d'une secrétaire d'Etat au sein d'un ministère (Fleur Pellerin puis Axelle Lemaire), mais à celle de tous les Ministres. Pour faire le parallèle avec le privé, disons que la gouvernance du numérique de l'Etat vient de quitter la Direction de la Communication (plan de 15 millions pour la French Tech d'Axelle Lemaire) pour devenir une stratégie numérique opérante, élaborée en Comité de Direction. 

D'ailleurs la semaine dernière, via l'ANSSI, l'Agence Nationale pour la Sécurité des SI, l'Etat s'est doté d'une politique nationale de sécurité pour ses SI (hors militaires). On frise le sans faute, car développer encore plus le numérique au niveau national sans le maîtriser en terme de sécurité, pourrait s'avérer catastrophique a moyen terme. Dans ce document (PSSIE) d'une quarantaine de pages, on y trouve des bonnes pratiques à appliquer pour tous les SI de l'Etat, comme l'hébergement des données sensibles sur le sol national (voilà le "cloud souverain" qui revient) ou la formation à la cybersécurité de tous les agents de l'Etat utilisant un SI. 

La nouvelle gouvernance est donc claire, les services du Premier Ministre reprennent la main sur l'informatique de l'Etat. Ce qui est confirmé par un décret publié pendant la torpeur du mois d'Août, avec à la manoeuvre Thierry Mandon, le secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, aussi en charge de réduire les dépenses informatiques de l'Etat de 20 à 40%.
 
Au menu, du classique pour les DSI de grands groupes: consolidation des datacenters, simplification du patrimoine applicatif, unification des réseaux... mais qui n'avait jamais pu être fait au sein de l'Etat, faute de gouvernance. La DISIC pilotée par Jacques Marzin, est donc désormais en charge de cette politique SI des ministères, qui comme dans les grands groupes, ne se fera pas sans difficultés.

Les acteurs du numérique français, applaudissent visiblement des deux mains, et saluent l'initiative du gouvernement.

Mais revenons au CNNum et à cette nouvelle concertation.
Une consultation qui fait suite à celle de la mission pilotée par Philippe Lemoine (dans laquelle je suis intervenu sur le thème de l'opendata) et que l'on trouve encore dans les archives du Ministère du Redressement Productif. Une mission qui aura vu 2 changements de gouvernement entre son lancement et ses résultats (au stade du rapport intermédiaire). Pas simple.

Et puis la consultation du CNNum fait aussi suite aux multiples rapports remis aux secrétaires d'Etats au numérique, dont celui de Tariq Krim sur les professionnels du numérique abordant les compétences des développeurs, ou celui de deux députés, Laure de la Raudière et Corinne Erhel, sur le développement de l'économie numérique. Le numérique est visiblement un sujet qui demande bien des avis...

Les thèmes de la consultation du CNum proposée aux citoyens (éclairés) sont :
  • Croissance, innovation, disruption : le numérique comme force de transformation des industries,
  • Loyauté dans l'environnement numérique : pour définir les grands principes du numérique pour les citoyens,
  • Un Etat stratège dans la transformation numérique : le numérique comme enjeu de transformation et de souveraineté pour l’Etat.
  • La société face à la métamorphose numérique: au delà de l'Etat et des entreprise,la métamorphose du monde et de la société avec le numérique. 
C'est donc une opportunité de vous impliquer dans cette réflexion nationale, via le sité dédié (http://contribuez.cnnumerique.fr/), si cela vous dit.

Alors que penser de tout ça?

Pour GreenSI la France à la chance d'avoir une effervescence d'innovations et de startups du numérique talentueuses. 

Ce qui n'est pas donné à tous les pays, et ce malgré un climat des affaires et social certainement moins attrayants que d'autres pays selon les enquêtes internationales.
La nomination hier de Azendoo, startup Bordelaise, au "Best Multi Platform Award" d'Evernote, seule française devant des startups du monde entier, nous rappelle la force de cet eco-système. Et rappelons nous aussi la présence massive de la France au CES de LAs Vegas l'an dernier avec de nombreux objets connectés et déjà des leaders français comme Parrot ou Withings.

Alors oui c'est déjà une bonne chose qu'un budget de communication soit alloué par l'Etat a ces succès, et consolidés dans la marque FrenchTech, pour au moins leur donner cet avantage à l'international.

Mais pour aller plus loin, il faudra en passer par la réforme des SI de l'Etat. Et exploiter le numérique en avantage concurrentiel pour la France, notamment dans l'Education, qui sinon sera balayée par un tsunami numérique et aura aussi raté la formidable opportunité du réseau mondial de la francophonie, si elle ne fait rien. Ou en accompagnant la transformation de ces industries secouées par le numérique, qui organisent une résistance vaine, au lieu de se transformer (taxis, livres, musique,...) alors qu'elles sont pourtant au coeur de la prochaine économie de partage et de services, que le numérique est en train de réinventer, et que le gouvernement appelle de ses voeux.

Et puis hasard du calendrier, la France se hisse vendredi à la première place européenne pour ses services aux citoyens, et à la quatrième mondiale. Sans compter notre excellence pour déployer des machines automatique de contrôle et de levée de l'impôts (site impots.gouv.fr, radards automatiques, portiques eco-taxes, hadopi,...). On est donc pas si mauvais que cela du côté de l'interface citoyen ("front office"). C'est donc bien à l'intérieur du SI de l'Etat, dans le "back office", et pas nécessairement dans le front office, qu'il doit y avoir les plus grandes marges d'amélioration. En tout cas c'est l'intuition de GreenSI sur laquelle je vous invite à réagir en commentaires.

Ce sursaut est donc une chance de poursuivre, plus vite, plus fort, la transformation digitale de la France, en commençant par celle de l'Etat, dont le poids dans l'économie est l'un des plus important d'Europe. Mais attention à l'écueil de vouloir tout faire rentrer dans le projet de loi relatif au numérique en préparation pour l’année prochaine. Cela nous ramènerait du côté des "lawyers" et nous éloignerait de la route des "makers" dont nous avons grand besoin après 4 ans de discours. 

Et pour regarder un peu plus loin, notons que le Président Obama vient de nommer son troisième CTO depuis 2009. Une nomination qui en France mettrait en évidence deux autres symboles: 
  • Megan Smith, est la première femme à la tête du SI de l'Etat, dans une profession où l'équilibre homme-femme est loin d'être atteint. 
  • Megg est l'ancienne VP de Google(X), le lab de Google qui travaille sur ces fameux projets "moonshot", comme la voiture sans conducteur, dont GreenSI avait parlé l'an dernier. Mais qui est aussi passée par Apple et quelques startups. En tout cas, pas quelqu'un qui a fait toute sa carrière dans l'administration voire même qui est issue de son école nationale.  
De quoi projeter Washington encore plus loin, au moins dans l'imaginaire.

Mais la France est-elle prête pour cela? 

Si oui, c'est à la French Tech a qui il faudrait demander de donner un coup de main pour la réforme du SI l'Etat. Elle regorge d'idées pour l'éducation, la santé et objets connectés, ou analyser les données pour rendre l'Etat plus efficace. Mais travailler avec la FrenchTech n'est pas gagné pour une administration. Déjà à cause de la complexité du code des marchés publics, de moins en moins adapté aux projets informatiques, encore moins a ceux de rupture, qui privilégie les acteurs établis et le conservatisme des choix techniques. 

C'est peut être par là d'ailleurs qu'il faudrait commencer la simplification.

L'humour de ceux qui aiment le numérique