dimanche 10 mars 2019

Startups IA: n'oubliez pas de soulever le capot !

L'intelligence artificielle est la nouvelle plateforme de développement du business, comme l'écrivait GreenSI l'an dernier. Les nouveaux usages de l'IA sont donc le Saint Graal recherché par des milliers de startups pour amener de nouveaux services disruptifs qu'elles peuvent exploiter directement dans tous les secteurs, ou les revendre à d'autres entreprises pour simplement leur fournir de la technologie. 


L'IA est pour GreenSI révélatrice de la transformation digitale des entreprises et pour ceux qui ont du mal à se lancer, la recherche de technologie en externe est la solution pour avancer le temps de s'attaquer aux freins techniques internes (SI, data, experts, ...). Les chiffres du cabinet Gartner pour le sourcing de l'IA montrent que 44% privilégient l'externe, quand 33% préfèrent construire en interne et les autres visant la sous-traitance complète. 
L'IA est un sujet d'actualité brulant. Seules 14% des entreprises ont passé le cap du déploiement et 48% les suivent avec des objectifs dans les 2 ans. 


Mais voilà que cette semaine un rapport publié par la société d'investissement MMC Ventures (The State of AI) vient jeter un pavé dans la marre de tous ceux qui misent sur l'externe pour faire leur révolution IA. Cette étude révèle en effet que 40% des 2830 des startups européennes se classant dans la catégorie IA, n'utilisent en fait aucune technologie assimilable à de l'IA ! 

Cette information n'est qu'une infime partie de ce rapport très complet qui explore l'IA en tant que transformation des business, mais elle a fait cette semaine le tour des réseaux sociaux suite à un article du Figaro qui l'a reprise dans un de ses titres.
Revenons-y avec ce billet, car ce chiffre ne montre pas que l'IA est une imposture mais que certaines startups peu scrupuleuses le sont peut-être ;-)

L'intelligence artificielle a donc clairement atteint le sommet de "la Hype" et tout le monde veut en être, quitte à en adopter le vocabulaire (machine learning, deep learning,...) sans en avoir la technologie.
Un billet récent de GreenSI saluait d'ailleurs le Ministère des Finances pour le pragmatisme de sa trajectoire IA qui résistait aux paillettes mais abordait simplement des enjeux de productivité qui se chiffrent en dizaines de millions.
Donc pour MMC Ventures, 40% des sociétés qui se présentent à votre entreprise, et bien souvent à la Direction Générale, en prétendant développer des programmes d'apprentissage automatique, dompter des réseaux neuronaux multicouches ou faire de la reconnaissance d'images, sont de simples leurres. Elles arrivent certainement aux résultats annoncés, sinon là on entre dans le domaine de la supercherie, mais elles y arrivent avec des technologies qui n'ont rien à voir avec celles qui sont mises dans le périmètre de l'IA.
Or si 44% des entreprises veulent leur faire confiance pour être guidées sur les voies de l'IA et contribuer à leur transformation digitale, ce n'est certainement pas avec des technologies qui ne s'inscrivent pas sur la trajectoire des progrès de l'IA. 

Ces startups ont simplement utilisé l'IA pour attirer un financement, mobiliser des fonds plus importants et avoir plus rapidement des valorisations plus élevées que celles s'appuyant sur des logiciels classiques. Les investisseurs valorisent plus les entreprises qui sont déjà de l'autre côté de la transformation digitale et donc qui ont plus de potentiel de croissance devant elles, sans rupture technologique, par rapport aux autres. Il est donc important de rapidement soulever le capot et de ne pas croire tout ce que l'on vous raconte !

D'ailleurs, dans les difficultés de mise en œuvre de l'intelligence artificielle, le manque de compétences est au tout premier rang pour toutes les entreprises. Ces compétences, qu'elles soient dans la data science ou dans le développement informatique, sont également les mieux payées. Alors demandez-leur comment elles ont fait pour les recruter ? Et vérifiez les CVs de leurs talents avant de signer.
Car malgré tout l'attrait naturel que peuvent avoir les startups, elles se retrouvent aussi devant ce mur des compétences, et ont peut-être sous-estimé leur capacité à mobiliser réellement les technologies d'IA, mais aussi les données, qui leur permettraient d'atteindre leurs promesses. 

Revenons sur les 60% des startups qui ont passé le test et effectivement démontré des technologies d'IA dans la construction et la mise en œuvre de leurs services. Il y en a 479 en UK, 217 en France, 196 en Allemagne, viennent ensuite l'Espagne, les Pays-Bas, l'Irlande et la Suède. En tout 1580.

A moins de 20 jours du Brexit, cet inventaire montre que l'Europe - au sens politique - va prochainement perdre 30% de son potentiel de jeunes pousses dans le domaine de l'IA puisqu'elles sont établies au Royaume-Uni.

Ces startups anglaises pourront-elles se limiter au marché anglais ou devront-elles exporter vers les autres pays européens, dans des conditions pas encore connues ? Ensuite, les spécialistes de l'IA européens qui travaillent sur Londres où les salaires sont plus élevés, vont devoir faire le choix de rester et obtenir un visa ou de rentrer. IA rime donc bien avec "London, UK" car plus de capital investissement, des universités de renoms et des niveaux de rémunération dans tous les domaines plus élevés.

Mais cette dynamique de l'entrepreneuriat de l'IA en Europe pourrait donc fortement évoluer post-Brexit avec un éventuel changement de certains de ces fondamentaux. Le pourcentage de startups IA anglaises à d'ailleurs baissé de 2-3% cette dernière année quand ceux de la France et de l'Allemagne augmentaient de 2-3%. 
La France et l'Allemagne sont les autres pays qui peuvent chercher à étendre leur influence et bénéficier de cette situation. Les investissements de leurs entreprises dans ce domaine seront clefs. Mais ce rapport s'intéresse aussi à celles qui maîtrisent une technologie "IA cœur" par rapport à celles qui développent des usages exploitant l'IA.
Par rapport à leur taille, l'Italie, la Suède et l'Allemagne, sont des fournisseurs de ces technologies en IA. Dans ces pays, le rapport entre les startups "IA cœur" par rapport au total est entre 15% et 20% (barres en bleu), quand la moyenne européenne est à 12%. Ce sont les startups "IA cœur" qui attirent le plus d'investissements.
Quand on compare non pas au total de startups exploitant l'IA dans le pays mais au total européen (points jaunes) on met en évidence les pays qui fournissent les technologies de base au niveau européen. Il s'agit de l'Allemagne et du Royaume-Uni, ce qui pour ce dernier renforce l'hypothèse d'un chamboulement post-Brexit en cas de difficultés à exporter aussi facilement la technologie de ses startups.

La France est leader dans les applications IA pour les services clients (chatbots, réponses automatiques,...) avec plus d'une startup européenne sur cinq française.
On apprends également que la très grande majorité des startups (87%) sont dans le B2B, et que les deux premiers secteurs sont celui de la santé et de la finance. Dans le secteur des médias la proportion de startups en B2C monte à 47%, peut-être parce que les données nécessaires à leurs apprentissages sont plus facilement disponibles.  
Après ce petit tour européen des startups de l'IA, GreenSI retient deux choses, le Brexit pourrait chambouler les écosystèmes européens de l'IA et quand vous rencontrez une nouvelle startup, faites bien attention à ce que toute son intelligence ne soit pas artificielle.

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