lundi 22 janvier 2018

IA: la nouvelle plateforme de développement du business

L'intelligence artificielle est revenue ces dernières années sur le devant de la scène après avoir traversé trois "hivers" depuis les premiers travaux qui ont posé ses fondements. On peut situer ses débuts dans les années 40 si on est un adepte inconditionnel de A.Turing (et du principe du même nom qui permet  de faire la différence entre une machine et un humain) ou à la fin des années 60 quand des chercheurs ont orienté leurs travaux sur l'analogie entre le cerveau humain et l'ordinateur (qui dans le même temps devenait de plus en plus puissant).

Ce nouveau printemps de l'IA, confirmé par la rétrospective de 2017, est le résultat d'un réchauffement lié aux évolutions technologiques majeures récentes, dont la puissance et la connectivité sont amenées par l'Internet public et privé, mais également par des avancées dans les algorithmes de traitement de données. "Le printemps de l'IA" est le premier chapitre du livre certainement le plus commenté sur les réseaux sociaux fin de l'année dernière "La guerre des intelligences", livre également très intéressant sur la perspective sociétale de l'IA.

Est-ce que l'IA accélère ? La vision de GreenSI est plutôt que l'IA est une technologie informatique structurelle, en rupture avec l'existant qu'elle remet en question. Ce n'est pas une technologie de plus qui va se développer sur l'existant à une vitesse donnée. Soit elle sera suffisamment performante pour attirer de multiples usages qui se développeront sur ce nouveau territoire, soit elle hibernera une quatrième fois. C'est donc bien du côté des usages qu'il faut regarder l'accélération et moins du côté de la technologie.
Sur ce nouveau territoire, il va être de plus en plus difficile de séparer l'IA des applications et comme le titre de ce billet l'indique, de séparer l'IA du business. 

Si l'IA tient cette fois-ci ses promesses, le système d'information qui joue aujourd'hui ce rôle de développement des applications va donc certainement devoir abandonner du terrain.

Le SI de l'entreprise est vu comme un cœur transactionnel (system of records), une couche décisionnelle (system of intelligence) et une couche relationnelle qui s'est développée avec l'Internet (system of engagement). Le nouveau territoire amené par l'IA remet en question ces deux dernières couches. L'IA est bien sûr une rupture dans l'analyse des données et rend obsolète une partie du décisionnel, mais les plateformes IA qui simulent le comportement humain seront également plus performantes pour repenser totalement l'interface Homme-machine. C'est tout l'enjeu des nouvelles interfaces vocales, qui semblent promises à un nouveau départ - mais ce n'est qu'un début.


Il est intéressant de noter que le motto de Google "Organize the world’s information and make it universally accessible and useful" (Organisez l'information mondiale et rendez-la universellement accessible et utile) fait totalement référence à ces deux dernières couches. 

L'IA est donc une nouvelle plateforme de développement des applications en dehors du système transactionnel, une plateforme de développement du business.
Mais comme la pensée humaine ne se résume pas à des algorithmes et à de la puissance de calcul, l'Homme ne sera pas totalement remplacé par l'IA et trouvera sa place à côté de ces applications.

Donc non seulement l'IA est une nouvelle façon de développer des applications business, mais c'est une nouvelle façon d'organiser les processus de l'entreprise avec ces applications. Une étude du BCG et du MIT, a mesuré cet impact pour chaque industrie et chaque fonction de l'entreprise (ci-dessus)

Les billets de GreenSI sur ce sujet ont mis en évidence plusieurs points d'ancrage de cette nouvelle plateforme qu'il faut garder en tête pour planifier le développement business avec l'IA:
  • les sources de données sont essentielles pour développer de l'IA avec du machine learning. Quand 2018 sera l'année de la GDPR en Europe et de la protection des données, elles sera certainement celle de la conquête des principales sources de données ailleurs dans le monde et de leur analyse tous azimuts pour développer de nouveaux algorithmes.

  • l'IA sera révélatrice de la transformation digitale. La transformation reste l'objectif pour le business, l'IA est un moyen de le faire via la capacité de développement de nouvelles applications numériques orientées business. Réciproquement et sans transformation, il n'y aura pas d'émergence de services numériques ni de nouvelles sources de données et de relations. L'IA aura alors peu de chance de se développer.
  • Si l'IA est une nouvelle forme de développement, la bataille pour recruter ses "développeurs" a commencé. Certes, on aura besoin de Data Scientists comme "grand architecte des données", mais il est vraisemblable que la plateforme IA baisse la barrière pour développer une application et que la pénurie de data scientists n'est que temporaire. C'est avec cette vision qu'il faut interpréter l'offre de Google annoncée cette semaine Cloud AutoML. Elle a vocation à simplifier l’accès au machine learning (ML), pour l'instant sur la création de modèles de reconnaissance d’images. Cela demande la mise à disposition dans son Cloud de machines dédiées TPU (Tensor Processor Unit) mises à disposition des entreprises pour réduire les temps de traitements.
Mais l'IA pose également des questions sur les enjeux géostratégiques car la domination de ce nouveau territoire qui va rendre obsolète une partie des systèmes d'information des entreprises (et donc créer une dépendance technologique et business forte) mais également des questions sociétales sur le monde dans lequel les femmes et les hommes veulent vivre demain.
  • L'IA déterminera qui des GAFAs conservera son leadership sur les dix prochaines années, et la compétition est féroce. C'est vrai pour ceux de la génération précédente qui ont presque disparu des radars de l'innovation. IBM n'est encore aujourd'hui sur le devant de la scène de l'innovation technologique qu'avec sa vision avancée sur l'IA, concrétisée par Watson, mais peine à en faire un business rentable.
  • les BATX chinois sont également de la partie. La décision de Google, qui a quitté la Chine en 2010 (pour Hong Kong), d'y revenir en 2018 installer un laboratoire IA est un signe fort de cette bascule à l'Est.
  • les européens sont absents de la partie malgré le potentiel de leur écoles et de leur main d'œuvre et comme cité précédemment, la GDPR ne va pas faciliter la tâche puisqu'elle va mobiliser les rares ressources data des entreprises sur une autre sujet autour des données.
  • IA et manque de diversité ne feront pas bon ménage. Pouvons-nous confier l'éducation de ces futures intelligences artificielles à des équipes d'informaticiens où la diversité ne serait pas présente ?

    La réponse est bien sûr non pour GreenSI.
    Elle est également non pour Mounir Mahjoubi, sécrétaire d'Etat au Numérique, dans son discours de mercredi dernier devant un parterre de DSI présents à la cérémonie des DSI de  l'année, où il a annoncé que Femmes@Numerique pourrait être le label de la Grande Cause Nationale 2018. À suivre...
Sur ce dernier point on est pas tant rassuré que ça sur cette diversité quand IBM, un des acteurs de l'IA et pourtant dirigé par une femme, Ginni Rometty, organise une conférence à Paris sur le thème "From Here to AI" et mobilise 9 intervenants sans aucune femme.

Comment peut-on sérieusement parler de l'avenir de la transformation des entreprises sans amener une perspective plus diverse ?

GreenSI propose donc un nouveau titre, en français, aux organisateurs : "De Her à l'IA".
Her comme le meilleur film de science fiction sur le sujet de l'intelligence artificielle, et Her pour se rappeler que l'IA à besoin de diversité: Never Without Her (jamais sans elle)

L'association #JamaisSansElles qui œuvre pour la diversité dans les métiers de l'informatique, et qui fête ses deux ans ce mois-ci, pourra leur fournir les noms des femmes influentes en intelligence artificielle.

GreenSI donne également deux pistes : le poste de "Head of Data Sience" de plusieurs sociétés françaises (SNCF, Voyage-SNCF...) sont tenus par des femmes, idem pour celui de "Chief Digital Officer" (Natexis, Econocom, Suez,...).

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