mardi 20 décembre 2016

Quand le sage montre les GAFAs...

Quand on parle de vague déferlante pour imager la transformation digitale, cette semaine c'était un Tsunami qui s'est abattu sur l'actualité et qui ne laisse planer aucun doute sur les forces de transformation qui réinventent une par une toutes les industries.


Google, ou plutôt Alphabet, qui a la vertu de savoir laisser dans ses labs ses projets par mûrs comme les Google Glasses, voire de les tuer, sait aussi mettre les moyens pour les faire passer à l'étape suivante: l'industrialisation. Cette semaine ce fut l'annonce par Alphabet du lancement de Waymo, une nouvelle société dédiée pour le logiciel des voitures autonomes, un projet qui quitte donc l'incubateur interne Google X.


Dans la famille Alphabet, nous avons donc maintenant le W ;-)

Certains pourront dire que Google vient de renoncer à produire des "Google Car" et que c'est un échec. Mais GreenSI pense qu'au contraire la démarche qui aura permis à Google un positionnement optimum sur ce nouveau marché est plutôt exemplaire. Les constructeurs traditionnels de voitures ont donc maintenant une carte à jouer sur leur voiture devenue "hardware", leur compatibilité sur un marché où rapidement les éditeurs de logiciels vont se compter sur les doigts d'une main.

Après le "PC compatible" (Intel+Microsoft versus IBM propriétaire) il y a 30 ans, est-ce l'époque de la voiture compatible qui s'ouvre ? Une époque où le logiciel sera un critère de choix déterminant des nouveaux acheteurs et où les "chassis/moteurs" chercheront à proposer leur gamme compatible avec plusieurs logiciels. Et si Google, comme pour Android, s'appuie sur l'opensource, ce sera tout un eco-système ouvert avec lequel travailleront les constructeurs, et non plus uniquement leurs fournisseurs.

En tout cas cette semaine BMW a déplacé sa bataille vers la relation avec le passager, et pour cela compte sur l'intelligence artificielle et les services d'IBM, reconnaissant par là que pour aller vite les constructeurs renonçaient aussi à cette bataille de l'IA et allaient se fournir sur le marché. 
Dans le même domaine mais dans une autre industrie, Amazon a annoncé cette semaine qu'ils allaient équiper un hôtel complet de Las Vegas avec son Amazon Echo, à qui on peut parler, pour que l'intelligence artificielle Alexa nous réponde. Une sorte de conciergerie d'hôtel totalement robotisée et directement dans votre chambre. La force de transformation des organisations et du service clients est une réalité.


Ce qui est frappant avec Alphabet, mais aussi Amazon, c'est cette capacité et ces méthodes pour produire de la disruption "en masse", produit après produit, comme si leur métier n'était pas dans une industrie, mais dans la réinvention des indutries.

Sans aucun doute, Alphabet est positionné pour être le premier conglomérat mondial de sociétés disruptives.

Quand le proverbe dit "Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt", c'est bien l'innovation de rupture comme métier, la gestion des talents, la capacité d'industrialisation, qui sont le plus fascinant dans cette transformation numérique et non uniquement la technologie. 

Uber, lui, applique d'autres méthodes "non conventionnelles", pour ne pas dire illégales, pour déplacer les barrières, et après un test à Pittsburg, et ouvre cette semaine son service de voitures autonaumes à San Francisco. Des voitures "sans chauffeur" (avec un technicien humain) mais sans aucune autorisation !

Apple, quant à lui, a préféré la demander une autorisation pour ses futurs tests, avec un positionnement de plateforme logiciels comme Waymo.

Cette actualité nous confirme que nous allons donc bien vivre à court terme la révolution du transport dans les villes comme l'abordait le dernier billet de GreenSI (Les nouveaux usages dans la Smart City). Et l'effet collatéral sera de relancer la course des constructeurs (qui produiront la "voiture hardware") pour rester au coeur de ces innovations.

Malgré l'acharnement historique du conservatisme national en matière de numérique, la France a décidé cette semaine de ne pas rater toutes ces opportunités puisqu'une ligne de livraison par drone a été autorisée. Le groupe La Poste peut donc tester dans le département du Var le nouveau mode de livraison par drone et rester dans la course mondiale, puisque Amazon teste aussi ce mode de livraison en réel au Royaume-Uni. Encore un sujet qui peut profondément modifier la logistique dans les années qui arrivent.


La semaine aura été riche en amplifications de disruptions. Amazon a parachuté en Francequasiment sans prévenir son service de vidéo à la demande Amazon PrimeVideo. Un service qui concurence directement Netflix et toutes les offres de VOD déjà existantes.

Pour ses membres Premium (49€/an et livraison gratuite) ce service est pour l'instant aussi gratuit, même si pour l'avoir essayé, il n'est pas encore très fourni ni en film ou séries en anglais, et encore moins en français.

Cette ouverture illustre cependant le cauchemar de nombreuse sociétés, de se réveiller un matin avec un disrupteur confortablement installé dans son potager et lorgner sur ses carottes, et la force des plateformes qui peuvent ouvrir les pays les uns après les autres à coût marginal.

Dans ce contexte, la seconde conférence numérique franco-allemande, où François Hollande était au côté d'Angela Merkel (celle qui a compris bien avant beaucoup de politiques les enjeux de l'Industrie 4.0, des plateformes d'intelligence artificielle et des robots) est certainement un signe positif pour relancer la coopération Franco-Allemande sur les industries de demain. C'est vrai qu'on a réussi Airbus en Europe en démontrant la pertinence d'un outil industriel face à Boeing, alors pourquoi ne pas aborder la prochaine échéance, la transition numérique de toutes les industries et de tous nos outils... et sans y mettre 17 ans comme avec Galiléo le "GPS européen" !


Mais cette semaine restera dans l'histoire quand la première démocratie du monde reconnaît avoir été perturbée via des armes numériques pour l'élection, justement démocratique, de son Président. Derrière les ficelles, certainement un homme d'Etat Russe, mais surtout une puissance dont on ne soulignera jamais assez l'excellence pour sa maîtrise du côté obsur de la force du numérique.

Le numérique a déjà fait basculer la transformation de la géopolitique...

Cette actualité nous démontre la puissance des plateformes numériques pour réorganiser le fonctionnement de notre monde bien réel, et y amener des services d'optimisation et d'intelligence qui en décuple l'efficacité, mais aussi les risques.


Pour Gilles Babinet, qui sors ce mois-ci son troisième ouvrage "Transformation digitale: l'avènement des plateformes", les entreprises ou les institutions publiques qui n'auraient pas encore décodé ces bouleversements et leur radicalité, vont se retrouver dans une bataille où leurs stratégies issues du passé auront des effets de plus en plus faibles. Après L'Ere numérique, un nouvel âge de l'humanité et Big Data, penser l'Homme et le monde autrement, Gilles Babinet revient sur les conséquences de ces changement pour les organisations et leur nécessaire transformation comme le décrypte chaque semaine GreenSI. 

Aux sources de ces changements, un monde numérique ouvert, créé en dessous du radar des politiques, où la propriété intellectuelle est challengée par certains et offerte par d'autres (open source). Un monde où l'accès massif à la connaissance, aux technologies génériques, initie de nouvelles méthodes de travail et d'innovation.

Au cœur de ce monde se trouvent des plateformes pour centraliser les données, l'intelligence et coordonner des millions d'objets et de micro-décisions décentralisées.

Comme l'actualité de la semaine nous l'a montré, la culture de la disruption, des règles établies avec Uber, des modèles avec Amazon ou des technologies avec Alphabet, est devenu un modèle d'innovation, une nouvelle culture de l'échec et finalement tout simplement de management.

L'organisation adaptée à cet environnement va mettre en place un management du digital qui repose sur des piliers bien connus des lecteurs de Greensi: le pitch, le MVP - minimum viable product, le design thinking, l'amélioration continue et le management par la mesure, le capital humain, les talents et la culture d'entreprise. Au cours des pages, issues d'entretiens avec ces nouveaux barbares, cet ouvrage résume de façon très précise cette mutation profonde du management dans un monde digital.

Ouvrez donc vos chakras aux plateformes du numérique, mais quand on vous montre la technologie, regardez surtout leurs méthodes de management, c'est là que le retard est certainement le plus important.

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