jeudi 8 décembre 2016

Les nouveaux usages dans la Smart City

Cette fin d'année est la période des conférences "Smart City" et d'une forte mobilisation des acteurs engagés pour la ville à l'ère du numérique.

Tout d'abord à Barcelone au Smart City Expo World Congress mi-novembre, puis aux Trophées Open Data France dans le cadre Forum des Collectivités Locales, la semaine suivante au Forum Smart City à Paris, et la semaine d'après la Smart City s'est invitée à Pollutec, le salon de l'innovation environnementale, pour rappeler les liens entre la transformation numérique et la transition énergétique.

Cette semaine c'était au forum Smart City à Toulouse organisé par La Tribune où la métropole faisait le point sur l'avancement de son projet d'Open Métropole.  Et puis c'est sans compter les événements qui arrivent comme le congrès Véhicules autonomes et Ville de demain, celui des Interconnectés à Lyon ou le sommet qui réunit à Paris le Partenariat pour un Gouvernement Ouvert, initié par Barack Obama, et où les villes (appelées les "gouvernement locaux") prennent de plus en plus d'importance.



Cette profusion de salons et de conférences est le signe que ce sujet Smart City abordé sur GreenSI depuis cinq ans prend de l'ampleur.

La smart city, ville numérique, ou intelligente selon les humeurs, doit repenser son modèle pour rester durable et imaginer ses usages :
  • à l'ère du numérique et du tout connecté,
  • de sa taille qui explose (En 2050, la population urbaine atteindra 6,5 milliards d'habitants - contre 3,5 milliards aujourd'hui )
  • et de la raréfaction des ressources dont elle est un gros consommateur.
Élus, agents municipaux, opérateurs de services publics ou privés, associations, citoyens... doivent travailler ensemble pour partager différemment l'espace urbain et surtout l'espace numérique qui s'ouvre avec l'explosion des accès à internet des personnes, des machines et des objets. Ce sont des accès et une architecture qui progressivement va décloisonner les systèmes d'information de tous ses acteurs et encourager la donnée à y circuler de plus en plus librement.


Dans ce contexte, si vous êtes le DSI d'une agglomération de communes (qui fédèrent de plus en plus l'informatique des villes), vous savez que votre système d'information a quitté le périmètre des services internes et qu'il s'est déployé plus largement sur le territoire. On peut penser aux points d'accès Wifi dans les lieux publics, les systèmes de signalisation (feux rouges...) et de télésurveillance pilotés centralement, ou les services aux citoyens et aux entreprises désormais sur internet et sur mobile. 

Et puis ceux qui ont recruté des RSSI commencent à se pencher avec effroi sur les réseaux, les capteurs, et les objets connectés qui se déploient sans contrôle...

Il y a des signes qui ne trompent pas et la DSI de Toulouse Métrople vient juste d'annoncer sa réorganisation en Direction du Numérique et tient un stand au salon Smart City. Belle prise de conscience par les élus de cette position majeure du numérique dans la ville et pour son évolution.
 
Vous savez aussi que vous ne contrôlez plus seul le système d'information de votre ville à l'ère du numérique. De multiples acteurs, comme les opérateurs de services de la ville, déploient eux aussi sur le territoire des réseaux bas débit, des points d'accès, des applications de supervision ou d'optimisation, généralement dans le Cloud, qui contribuent à ce système d'information global de la Smart City.

Et puis il y a les citoyens, qui ont de plus en plus leur mot à dire, soit via la CivicTech qui cherche à leur donner la parole pour la gouvernance de la ville (ou du pays), soit via de multiples lieux d'expérimentation où certains services sont désignés pour eux et parfois par eux dans des laboratoires d'usages. Pour ne citer qu'une startup, Coovia avec son co-voiturage développe l'offre de transport locale. Les collectivités l'ont bien compris et sont très motrices pour faire émerger ces lieux et les idées sur leurs territoires. Mais le niveau national y prête aussi attention puisque Axelle Lemaire a d'ailleurs inauguré cette semaine le premier incubateur français dédié à la Civic Tech et a reconnu qu'il pourrait accélérer la transition démocratique vers une société plus ouverte.
La ville est devenue un système complexe qui cherche son système d'information et surtout son architecture pour que les données y circulent librement entre toutes les parties.

La gouvernance de ce système d'informations ne sera pas simple !
Pour GreenSI elle va certainement ressembler aux modèles qui se mettent en place dans le digital, où la transversalité et l'ouverture des systèmes n'est pas une option mais un socle fondamental. Le DSI d'une agglomération va devoir devenir aussi un "Chief Data Officer" ou un "Chief Technology Officer", pour faire circuler les données et fédérer tout l'écosystème impliqué dans le système d'informations de la ville.

Quand on parle d'usages à l'ère du numérique et du tout connecté dans les 5 prochaines années, il ne faut pas en rester aux applications de signalement de problèmes quand un citoyen signale un encombrant ou un éclairage défectueux. Les prochains usages à imaginer vont inclure des robots et de nouvelles façon de penser la circulation et les habitations dans les agglomérations et de les équiper.

Prenons pas exemple la voiture autonome qui sera utilisée en complément du covoiturage et des seules lignes de transports. Elle aura de multiples impacts en milieu urbain comme le développement "d'arrêts minute" au lieu de places de stationnement comme aujourd'hui, de plateformes de données "multi-modales" pour optimiser l'ensemble des moyens de transport entre opérateurs, et certainement des besoins importants en électricité, la source d'énergie de ce type de véhicule.

Certains plus conservateurs pensent que l'horizon de la voiture autonome est 2030, mais on peut noter qu'elle est déjà annoncée sur circuits fermés et domaine privé, par exemple sur des campus étudiants ou dans des parcs d'activités. A Toulouse, lors de la table ronde sur les impératifs de la mobilité à l'heure de la Smart City, le Président de la Régie de transport Tisséo à annoncé avoir déjà un responsable véhicule autonôme et déjà étudier des expérimentations pour prolonger l'offre plus traditionnelle de transports en commun. 

De l'autre côté de l'Atlantique, dans un courrier adressé à l'Agence fédérale de sécurité routière, Apple vient d'officialiser ses intentions de développer un véhicule autonôme. De quoi relancer le sujet et peut être accélerer les calendriers de la future Administration Trump.

Dans ce contexte, l'acteur dans les services de la ville qui sera le plus compétent techniquement pour coordonner ces nouveaux usages et penser l'ouverture de ces nouvelles infrastructures est certainement à la DSI. Un rôle dont GreenSI est convaincu mais qui n'est pas encore perçu par toutes les collectivités. Côté métiers, la coordination des projets et la transversalité nécessaire entre services va demander de nouveaux rôles, à l'image du développement du "Chief Digital Officer" pour aborder le changement de modèle des entreprises avec le digital. La gouvernance du numérique dans les collectivités est certainement à l'aube de grands changements.

La voiture c'est donc pour dans moins de cinq ans mais voici un autre projet en test cette semaine à l'échelle d'un territoire plus petit, mais au trafic très important, la gare.

La SNCF a décidé de déployer un robot pilote (BARYL) à la Gare de Lyon (du 5 au 10 décembre 2016) pour récupérer les déchets des voyageurs. Mais au-delà de l'enjeu capturé par le slogan "Si vous n'allez pas à la poubelle, c'est la poubelle qui viendra à vous" et des 2 tonnes de déchets par jour produits en gare, GreenSI ne peut qu'applaudir cette initiative très pertinente pour étudier le comportement de robots parmi des humains pour opérer un service de la ville.



BARYL c'est une poubelle intelligente qui sait repérer des signes que vous lui faite pour qu'elle vienne vers vous. Si ça vous rappelle une console de de jeu de c'est normal, c'est un capteur Microsoft Kinect à l'intérieur ;-)
Elle se faufile dans le trafic, évite les obstacles, remercie à sa façon avec des sons et de la lumière quand lui donne un déchet et sait aller trouver un agent pour être vidée. Elon Musk aurait certainement pensé à ce qu'elle se vide toute seule, mais on reste France, "step by step" ;-) 

Et puis demain GreenSI imagine bien des BARYL spécialisés pour détecter les canettes ou les papiers et améliorer le tri sélectif et transformer la gare en producteur de ressources via le recyclage plus performant des déchets collectés.

Mais BARYL c'est aussi une démarche de design pertinente pour tester et mettre à l'échelle les nouveaux usages de la ville de demain. L'idée est venue de la SNCF (Gares & Connexions) par analyse de sa problématique de propreté en gare (critère majeur de satisfaction des clients). Puis elle a été designée par un bureau d'études spécialiste des espaces fréquentés par les foules à toutes les échelles (AREP Design Lab). Enfin, la solution technique a été imaginée par une startup (Immersive Robotic) qui a prototypé pour la SNCF l'exemplaire opérationnel de BARYL, nécessaire à l'expérimentation.
Ces exemples laissent apparaître que les villes, mais surtout notre façon de "travailler la ville", sont en profonde mutation.

La ville est un système complexe avec un écosystème d'acteurs et de compétences, dont les relations se multiplient à l'infini, et qui cherche son système d'informations pour lui permettre d'être plus efficient et moins consommatrice de ressources. 

Dans ce système d'informations, la filière système d'informations des collectivités locales tient un rôle clef pour fédérer les compétences et faire inter-opérer les technologies, pour cette ville opérant avec un modèle d'un nouveau genre. Mais pour cela, elle devra adopter les nouvelles approches agiles du numérique, se penser en organisateur du SI, pas toujours en "faiseur", et exploiter au mieux les nouvelles possibilités offertes par le code des marchés publics pour innover avec dans un écosysème de compétences. 

C'est d'ailleurs peut être ce dernier point qui sera le plus complexe...


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