lundi 14 mars 2016

Le prédictif, la vraie rupture de la santé connectée

Le numérique transforme petit à petit tous les domaines, en faisant tomber, une à une, les hypothèses structurantes sur lesquelles avaient été construits des services, des produits ou des modes d'organisation.

Cette semaine GreenSI a rencontré @-healthune startup qui s'est fixé comme objectif de contribuer à l'amélioration des conditions de santé humaine mais qui risque de chambouler un peu notre conception de la médecine.

Comment ? En faisant sauter l'hypothèse structurante qu'il faut l'apparition de symptômes pour détecter une pathologie !

Et si on était capable de détecter les pathologies bien en amont, bien avant la manifestation de ses premiers symptômes ? De prédire les symptômes avant qu'ils n'arrivent et donc le diagnostic de la pathologie.

C'est dans le cadre de la 4ème édition de ROOMn, la rencontre d'affaires Mobilité et Digital, que le Docteur Jean-Michel Tarlet, cardiologue expert en rythmologie a présenté CardioNexion.


C'est un dispositif composé d'une électrode portée sur soi (capteur à appliquer sur la peau, mesurant et enregistrant pendant 10 secondes sa fibrillation) et connectée (émet toutes les 30 secondes) à un système temps réel qui évalue les risques de pathologies cardiovasculaires sur la base des enregistrements fournis et de leur évolution. Un dispositif qui, pour sa mise au point, a bénéficié de l'expertise du pôle Objets connectés de l'Entreprise de Services Numériques, Open.

En cas de risques le personnel médical est alerté, il prévient le malade, qui peut être traité avant l'apparition des symptômes puis contrôlé en continu jusqu'à un retour à la normale.

Et quand on parle de prévenir les risques mortels associés aux pathologies cardiaques, telles que les infarctus, les AVC ou encore la mort subite du nourrisson, on se dit que si ça marche, ça risque d'être plus qu'un nouveau gadget connecté pour compter son nombre de pas dans la journée...

 

Comme chaque fois, le numérique réorganise toute la chaîne de suivi et de traitement :
  • Le dispositif de mesure est miniaturisé et toujours posé sur le patient mais de façon beaucoup plus pratique qu'actuellement (tissé dans un soutien gorge, un maillot de corps, un T-shirt,...).
  • Les données collectées sont directement transmises alors qu'actuellement cela demande au patient de les ramener à un hôpital,
  • Elles sont immédiatement analysées avec des algorithmes de reconnaissances des pathologies,
  • Le patient est alerté (RAS, rendez-vous avec le médecin, critique) et suivi à distance, de façon personnalisée, par le corps médical.
Cette rupture n'est bien sûr pas la première dans le domaine de la Cardiologie.

Pour la petit anecdote "innovation", l'instrument d'auscultation du coeur a été imaginé par Renée Laennec en regardant jouer des enfants avec une poutre. L'un émettait des vibrations d'un côté de la poutre et l'autre les écoutait de l'autre côté. Le problème qu'il avait à résoudre était : comment éviter de coller son oreille sur la poitrine d'une femme qu'il avait a examiner ? A une époque très regardante sur les bonnes manières... En pensant au jeu de ces enfants, il roula une feuille de papier en tube qu'il posa sur la poitrine et écouta avec ce qui est devenu le premier stéthoscope. Comme quoi la sérendipité ne date pas d'aujourd'hui.

Ensuite, l'électrocardiogramme, la représentation graphique de l'activité électrique du coeur, a amené la capacité à imprimer cette activité sur une longue période pour analyse


Ce qui était déjà une autre rupture par rapport à pouvoir l'écouter uniquement en temps réel avec le patient en face de soi. Puis le passage de l'analogique au numérique a permis l'enregistrement de cet électro-cardiogramme. Il ne restait plus qu'a révolutionner l'usage en réorganisant la chaîne de suivi et de traitement, c'est ce que la CardioNexioncherche à faire.

Comme toute rupture numérique, celle-ci aussi impacte les organisations en place.

Elle modifie le rôle médecin dans la mesure ou il est moins impliqué dans le diagnostic et plus dans le traitement et le suivi de son efficacité. Elle amène un concept de centre de suivi médical centralisé des patients, un peu comme les SOC - Sécurity Operating Center - ont révolutionné la gestion de la sécurité des réseaux et des SI.

Le prédictif est donc la vraie révolution en matière de santé dans les années à venir.
Elle reposera sur les données, et principalement celles que les objets connectés pourront fournir, mais aussi sur les plateformes de traitement en temps réel où les spécialistes auront paramétré les algorithmes de reconnaissance. Des plateformes qui vont certainement évoluer vers du multi-signaux (ECG, T°, ...) et du multi-pathologies à reconnaître et suivre, pour bénéficier des économies d'échelle du numérique.

Puis viendra l'heure d'interconnecter ces plateformes entre elles.

Lors des mêmes rencontres ROOMn, dans une conférence précédente, Métropole Nice Côte d'Azur partageait ses réalisations sur la Smart city, la ville mobile, digitale et collaborative, et notamment comment une plateforme centralisée et reliée a de multiples sources de données issues de capteurs répartis dans la ville, permettait d'améliorer les services urbains. 




On y retrouvait exactement la même séquence : dispositif de mesures, données collectées, temps-réel, analyses et actions. Le patient étant devenu un citoyen acteur aussi soucieux de sa ville, que de sa vie ;-)

Pour GreenSI, ce parallèle entre deux exemples de deux univers distincts, nous rappelle qu'il y a de moins en moins de différences entre les industries. Dans une économie numérique une chaîne de traitement médicale peut très bien ressembler à la surveillance du trafic ou de la voirie. Un Uber peut très bien être un taxi ou livreur en fonction du moment de la journée.

La transformation numérique est en marche, ne regardez pas uniquement dans la direction de votre industrie, les collisions latérales peuvent aussi se produire !

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