lundi 20 avril 2015

Unexpected IT: DSI attendez-vous à l'inattendu...

Il y a 60 ans, presque jour pour jour, le Président d'IBM France proposait le mot "ordinateur" pour parler des machines IBM 360. Un terme déjà présent dans le dictionnaire Littré et signifiant "Dieu qui met de l'ordre dans le monde". Ce terme est depuis passé dans le langage courant pour parler de l'informatique.

En 2015, l'ordinateur (hardware + software) c'est plutôt celui qui met le désordre dans le monde!

Et il n'est pas tout seul, car il s'est allié depuis 20 ans à un réseau mondial unique, Internet. Il a aussi lui même muté sous diverses formes, dont certaines mobiles ou tout simplement des objets connectés. La combinaison de l'ordinateur et du réseau transforme le monde et provoque par exemple l'arrivée d'acteurs nouveaux comme les GAFAs, d'une économie collaborative dont l'open-source, ou la redistribution du savoir et la transformation de la façon d'enseigner.

C'était donc une excellente idée d'organiser pour les 15 ans de Linkbynet, un hébergeur français très en vu, une conférence sur le thème "Unexpected IT". Car depuis 15 ans l'informatique nous surprend quotidiennement. Des nouveautés auxquelles on ne prête pas attention amènent parfois des ruptures majeures quelques années plus tard.

Et c'est d'ailleurs tout l'esprit de GreenSI que d'être témoin de cette transformation numérique, mais aussi celui de Kareen Frascaria, ex-blogueuse ZDnet sur le Cloud, en charge du pôle veille & communication chez Linkbynet, qui a organisé l'événement.


L'iPhone, un produit inattendu à la DSI

Le 27 juin 2007, quelques jours après la keynote de Steve Jobs pour confirmer la sortie du premier iPhone d'Apple (annoncé le 29), le très sérieux cabinet Gartner publiait une étude pour déconseiller son achat aux professionnels.

Gartner voyait l'iPhone comme un simple iPod communiquant... et ratant la perspective de nouvelles industries. Celle des applications mobiles. Et puis celle des opérateurs OTT "over the top", qui capture la majorité des bénéfices en verrouillant la relation clients via Internet mobile. Car l'iPhone 1, n'était que le premier test d'un processus d'innovation continue tous les 15 mois.
Heureusement de ce côté de l'Atlantique, le 28 juin, Louis Naugès, aussi ex-blogeur surZDnet, écrivait sur son blog un papier très visionnaire sur la rupture des usages que pouvait amener ce nouveau terminal. 

Alors que vous soyez DSI, fournisseur ou acteurs des SI, oubliez les plans quinquennaux. Même l'Etat y a renoncé en transformant son ex commissariat au plan, en France Stratégie, structure de veille stratégique (avec des contenus de qualité).
Regardez au loin, et préparez-vous à l'inattendu. Car dans ce monde technologique, c'est la seule chose dont on est à peu près sûr...

GreenSI a été invité pour la keynote de Unexpected IT 2015, a présenter sa vision de la DSI en regardant dans le rétroviseur les articles publiés sur ce blog ces dernières années, et où l'inattendu était déjà très présent. 

Qui dans une DSI, aurait dit en 2009 que le Cloud serait aussi incontournable en 2015?

Pour avoir été interrogé dans la première étude du Cigref sur le sujet, et bien pas grand monde. Car on avait posé la question aux DSI. Et en plus à ceux des grandes entreprises.

Mais en 15 ans, les SI de ces grandes entreprise sont devenus minoritaires par rapport au "SI mondial", l'ensemble des ordinateurs en réseau.

Si 90% des données ont été créées en 2014 dans les deux dernières années, et ce sera en une seule année en 2015,  on oublie de dire que ce n'est pas dans les SI des entreprises mais dans celui de quelques SI (GAFA, opérateurs, startups...) en lien direct avec les internautes et leurs objets connectés. De même, quand on parle  bigdata en entreprise, on oublie de dire que dans la plupart des cas il faut aller chercher les données à l'extérieur. Et là généralement quelqu'un de conservateur prend la parole pour dire que ce serait bien déjà d'analyser celles en interne... sans réaliser que leur valeur ne sera révélée que par des données externes. Sinon on l'aurait déjà fait!

La réalité inattendue qui s'est imposée aux DSI, c'est que le SI mondial s'est déporté sur Internet. Les nouvelles technologies sortent en priorité pour le marché grand public. Les choix des DSI ne portent plus que sur l'accostage de leur propre SI a ce nouveau monde digital, sous peine de déconnecter leur entreprise de ces nouveaux marchés. 


Unexpected IT - Keynote GreenSI 15 ans Linkbynet from Green SI

Fabrice Benaut, ex-DSI de Gfk mais surtout activiste du numérique auprès des DSI est venu compléter cette vision de la transformation numérique sous l'angle des data.
Il nous a rappelé une évidence que l'on oublie parfois. Après avoir connecté et numérisé l'ensemble de notre monde, ce monde est maintenant représenté avec des data qu'il faut gérer et exploiter, en écrivant du logiciel (algorithme).

L'inattendu pour la DSI est assez paradoxal, car elle va devoir se réapproprier ses métiers de base du début de l'informatique: la maîtrise des données et du logiciel. Quand l'ordinateur "mainframe" était l'affaire de quelques équipementiers, le métier de la DSI c'était de faire des applications dessus, donc de s'intéresser au logiciel et aux données. Car l'infrastructure, le bijou de famille qu'on aime bien montrer, est lui devenu en 2015 une commodité car industrialisée par le Cloud et achetée en mode service.

Et pour ceux qui sont encore sceptiques devant cette vision inattendue, Boris Lecoeur d'Amazon Web Services, nous rappelle lors de la conférence que Netflix, le leader des videos à la demande via Internet, n'a pas d'infrastructure en propre. Et ce chiffre que l'on a du mal a imaginer: chaque jour Amazon reçois les commandes équivalentes à l'informatique nécessaire pour un business de $7 milliards.
Les investissements de Netflix portent sur le contenu (la production de séries TV, films...) pas sur l'infrastructure, qui est achetée à la demande et mondialement... auprès d'Amazon. 

C'est le nouveau modèle de ces startups qui visent les marchés mondiaux et Amazon se positionne clairement comme le modèle de distribution de tout ce qui sera numérique... ou pas. Allez consulter le blog deWerner Vogels, CTO d'Amazon, qui est toujours très intéressant.
Son nom est prémonitoire: All Things Distributed.

Philippe Dewost, Directeur Adjoint à la Mission PIA, en charge de l'économie numérique à la Caisse des Dépôts, nous a donné en 3 points sa vision sur les 15 prochaines années pour les DSI.
GreenSI dirait, le code, le code et le code, pour rappeler que ça doit être l'objet de toutes les attentions. Qualité, agilité, collaboratif, développeurs,... et qu'une partie de la gouvernance de la DSI va devoir se réorganiser autour de ces objectifs de maîtrise du code. 

Le monde est maintenant trop compliqué pour sortir des applications ou des produits parfaits. Ils arriveraient trop tard. C'est la devise de plusieurs startup (dont Blablacar) mais ça doit aussi être le leitmotiv dans les grandes entreprises qui doivent rechercher l'agilité. Développons seulement les premières fonctions d'une application et mettons les de suite dans les mains des opérationnels ou des clients, pour avoir un retour, avant de s'attaquer à la totalité de l'application. Mais ne sous-estimez pas le conservatisme de l'entreprise pour arriver à ce résultats, et pire encore, celui de vos fournisseurs de services qui préfèrent sans aucun doute signer des contrats de 18-24 mois, qu'on ne trouvera bientôt plus que dans le secteur public.

Enfin, les talents qui pourront piloter ces projets de nouveaux services numériques mondiaux, et peut être même les coder, vont se tarir rapidement, au fur et à mesure que les entreprises basculent dans le monde digital.
La capacité à attirer les talents du numérique sera peut être le plafond de verre qui séparera les meilleures entreprises des autres. Encore quelque chose d'inattendu pour notre monde de pensée (occidental) qui suppose que la ressource est illimitée et qu'il suffit d'appeler son intégrateur préféré pour réussir un projet. Le passage de l'idée à l'implémentation deviendra beaucoup plus compliqué, c'est même ce qui fait aujourd'hui la différence entre deux entrepreneurs.

Quel sera le prochain iPhone?

Celui qui transformera radicalement l'internet et avec lui le monde et la vie des internautes.

L'intuition de GreenSI c'est que si Google réussi son projet Loon de ballons mobiles autour de la terre, pour connecter à internet les milliards d'individus (et de machines) qui ne savent pas ce qu'est Internet, alors le monde de demain ne sera certainement pas celui que l'on connait. Son centre de gravité va se déplacer. La géopolitique pourrait même en être modifiée. C'est un des domaines qu'il faut s'attendre à l'inattendu, et plus vite qu'on ne pense puisque la technologie Loon est prête a passer en mode industriel.

Gilles Babinet, co-fondateur de Captain Dash et Digital Champion français auprès de laCommission européenne, a lui mis en avant dans les perspectives de ruptures, celles amenées par la fusion de l'environnement et de la data.

Car l'environnement est pour lui le challenge principal à 15 ans et la data peut être une partie de la solution pour nous aider à réaliser cette transition énergétique mais aussi des usages et des comportements.
Quand on travaille pour SUEZ environnement et qu'on pilote des projets "Data", on ne peut qu'approuver cette vision! Merci Gilles ;-)

Malheureusement pour cette soirée, Axelle Lemaire, Secrétaire d'Etat chargée du numérique, qui a du accompagner à la dernière minute François Hollande pour son déplacement en Suisse, n'a pas pu faire la clôture des keynotes. Elle a certainement du aider le Président dans son avion, à trouver en urgence une porte de sortie à l'Assemblée, avec le projet de loi sur le renseignement qui obligerait les hébergeurs (dont Linkbynet) a installer des boites noires.

Un rejet d'une ampleur inattendue (voir Les hébergeurs montent à la barricade) qui a pris le gouvernement par surprise, pensant bénéficier encore de l'effet "Je suis Charlie".
Comme quoi, avec la technologie,  il faut toujours se préparer à l'inattendu !

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