dimanche 28 avril 2013

Google, la startup qui voulait se faire aussi grosse qu'un État

La menace fantôme

Si Google était un État, avec son chiffre d'affaire autour de 50 milliards de dollars, ce serait le 76ème état du monde par comparaison avec le PIB. C'est-à-dire l'Uruguay (liste 2011), un état de 3 millions d'habitants.

Chez Google il n'y a que 54.000 salariés pour créer cette richesse. Le plus haut PIB par habitant dans le Monde c'est le Qatar, avec $88.000/habitant. Chez Google, $85.0000 le salaire moyen d'un développeur. Le chiffre d'affaires par employé est lui autour de $1 million. Soit un peu plus de onze fois la production de richesse que le Qatar atteint en exploitant des puits de pétrole. Google c'est en exploitant ses données (et parfois un peu les nôtres). Les données, que certains appellent le pétrole du 21em siècle...

Les puristes diront qu'on ne peut pas comparer le chiffre d'affaires d'une multinationale au PIB d'un pays qui inclut nécessairement ceux qui ne sont pas en état de travailler. Mais l'ordre de grandeur des chiffres fait quand même a réfléchir. Et Google a aussi monté un système social très avantageux pour ses salariés, mais aussi pour leur famille:
  • en gérant une crèche,
  • en offrant le transport depuis San Francisco,
  • avec les repas gratuits dans de nombreux restaurants sur le campus GooglePlex,
  • avec une multitude d'activités sportives
  • et qui va même jusqu’à reverser le salaire d'un salarié décédé, à sa veuve, dix ans après sa mort.
Difficile de ne pas faire le parallèle avec nos collectivités locales, une émanation de l'Etat local et de la fonction publique territoriale. Comme si être un Googler (nom des salariés de Google) c'était une vie, une famille et beaucoup plus qu'une entreprise.

Avec de tels chiffre, on comprend mieux que Google (et les autres Géants du Web) soient au cœur de certaines préoccupations des États. Et pour ceux qui pensent que les multinationales existent depuis longtemps et qu'elles ont toujours été dominantes, on peut argumenter que celles qui ont des actifs "mobiles" qui peuvent changer de pays facilement ne sont pas légion. 

Par exemple, les multinationales du pétrole au Mexique au milieu des années 1970 auraient bien aimé pouvoir ne pas se laisser nationaliser leurs actifs et raccompagnées à la frontière. Tenter de nationaliser les actifs de Google dans un pays ferait sourire, tant il serait simple de déplacer un datacenter et de basculer son trafic sur un autre et tant l'activité est distribuée mondialement. Sauf peut être les États-Unis, qui pourraient s'en prendre au vaisseau amiral, le GooglePlex, avec des lois antitrust, mais c'est une autre histoire.



Et beaucoup d’États on découvert récemment que même la taxation des profits réalisés dans chaque pays était déjà un exercice compliqué quand on parle d'une activité mondiale et totalement numérique. Et les géants du web ne font qu'exploiter cette fluidité transnationale des données et des échanges pour "localiser" leurs profits là où ils ne sont pas ou peu taxés. A tel point que les Etats pensent même à changer la loi ou inventer de nouvelles taxes pour y répondre. Avec le support des opérateurs de réseaux qui construisent et fournissent les routes mondiales du e-commerce, que ces géants savent exploiter mieux qu'eux...

L'empire contre-attaque

Le pire c'est que Google est même très gênant pour certains Etats.
Surtout quand Google se drape de la cape de la liberté (souvent associée à l'internet) et dénonce les agissements des Etats qui lui font des requêtes pour surveiller ses habitants ou "rectifier la vérité". C'est ce que l'on peut trouver dans le dernier rapport de transparence (second semestre 2012), où Google indique cette semaine que le nombre de réclamations de suppression de contenus avait encore fortement augmenté, tout comme celui des demandes de renseignements sur les utilisateurs.

Et la France est même en troisième position dans le monde, avec un peu plus de 21.000 demandes de renseignements par semestre.

Des requêtes auxquelles Google a répondu favorablement à 66% pour la France. Et quand il ne répond pas, il se positionne comme défenseur de la liberté d'expression. Comme au Brésil pendant la campagne électorale comme il l'indique dans son rapport.

On a donc affaire à un Google puissant comme un Etat, qui arrive à échapper à certaines des lois de ces Etats et qui s'érige même en défenseur des libertés de leurs citoyens.

Republic of Google

Dans un monde numérique où chaque citoyen a besoin d'une identité (Gmail), d'un peu de stockage (Google Drive, Google Apps), d'outils de communication et de relations (Google+) et d'un peu de détente (Google Play), comment ne pas résister a comparer les services de Google a ceux d'un véritable Service Public numérique

Un service gratuit offert a tous les citoyens de la terre qui souhaitent les utiliser, quand ils ont la chance d'avoir un accès internet.

Un service financé par les impôts (le coût de publicité) que Google sait lever auprès de marques et d'entreprises qui veulent être présentes dans ce monde numérique. Car la vraie "taxe Google" c'est le coût de la publicité qui constitue encore 92% de ses revenus. Un peu comme si une commune dégageant beaucoup de taxe professionnelle payée par les entreprises offrait à ses citoyens d'aller gratuitement à la bibliothèque où à la piscine. Une offre qui attire plus de citoyens qui en retour achètent dans les entreprises. De quoi faire réfléchir nos politiques sur le sens de circulation de la "pompe à impôts" qu'est un Etat pour faire circuler la richesse.

Et là on ne parle plus de 54.000 employés qui bénéficient de ces services (Search, Gmail, Youtube, Google+, Docs,....), mais bien de plusieurs centaines de millions de personnes. Des utilisateurs dont il faudra défendre les données contre des Etats indiscrets et qui en échange adopteront la "citoyenneté numérique de la république de Google". On peut y voir le début d'une fonction régalienne d'un Etat, la sécurité.

Pour les plus Geek d'entre vous qui avez reconnu le choix des titres, vous devez bien vous douter de la suite: la Fédération du Commerce dans StarWars, est devenue de plus en plus puissante. Elle a obtenu une place au Sénat galactique, d'égal à égal avec les États. Puis a commencé a monter son armée de (an)droïdes et a comploter contre l'empire pour se protéger et protéger les routes du (e-)commerce...
Bon c'est les vacances, GreenSI avait envie de ne pas finir cet article sérieusement. A vous d'écrire la suite dans les commentaires si il vous inspire ;-)




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