lundi 26 décembre 2011

En 2012 pourra t-on résister à l'open data? le cas de la RATP

Le partage de données publiques dans des formats ouverts (open data) a pour objectif de "libérer" les données récoltées ou produites, par les autorités publiques, et de les "rendre", si possible gratuitement, à la société, ses citoyens, associations, entreprises privées et administrations publiques.
Après tout ce sont bien nos impôts qui payent tout ou partie de la collecte de ces données pour permettre aux administrations de faire leur travail. Alors pourquoi ne pas les recycler et laisser d'autres avoir de nouvelles idées pour les valoriser.
Au sein des villes, ce sujet a été particulièrement présent en 2011 et devrait se poursuivre en 2012 (Entre le web et les territoires les données circulent en masse).

Mais ne croyons pas que l'open data ne concerne que les administrations et les villes . Les entreprises sont ou seront aussi touchées. En premier lieu celles a qui une autorité a délégué un service public comme le transport. Et c'est la mésaventure qui est arrivée à la RATP en 2011 de ne pas avoir détectée cette tendance de montée de l'opendata.

Retour sur les faits qui illustrent la prise de conscience de l'opendata au travers de l'exemple de la RATP:
  • Eté 2011: lancée en 2010, une application iPhone, CheckMyMetro, fait du métro son terrain de jeu en cherchant a mettre en relation ses usagers autour de l'activité des principales lignes. Un "Foursquare" à la parisienne très vite utilisé par les mobinautes pour signaler les contrôleurs dans les wagons avec leur téléphone portable!
    Et aussi une application gratuite qui tombe mal au moment où la RATP a décidé de commercialiser ses informations...
  • Réponse immédiate de RATP: l'utilisation du plan de métro et de ses horaires est une violation de la propriété intellectuelle de la Régie Autonome des Transports Parisiens. Et de se mettre en retrait derrière le STIF (syndicat des transport d'Ile de France) en tant que simple opérateur (EPIC) a qui on a confié un service. C'est au STIF de trancher sur l'utilisation des données...
    On notera que l'estocade de notre Régie Parisienne était latérale et n'attaquait pas uniquement le fond mais visait aussi a reprendre la main sur son territoire représenté par la carte du métro.
  • Juillet 2011: devant une certaine agitation des réseaux sociaux la RATP met fin au conflit avec la startup mais conserve son plan de métro
  •  Réponse rapide "de la foule" (crowdsourcing)... euh, un peu organisée par CheckMymetro en organisant un concours: refaire une carte du métro en se basant sur de l'information disponible au yeux de tous, la localisation des stations. Plus de 80 cartes alternatives ont été produites et après un vote des internautes un gagnant a même été désigné. Et ces cartes sont bien sûr réutilisables par qui le souhaite pour lancer des nouveaux services sur le terrain de jeu, désormais devenu public, du métro parisien.
  • Fin 2011 et fin de l'histoire ? l'application "Métro & Bus Paris Officiel" sur iPhone est maintenant gratuite... et la RATP a organisé le 20 Décembre  un "barcamp" pour stimuler une première communauté de développeurs et rassembler son écosystème sur le sujet de l'ouverture  des ses données!
Loin de vouloir polémiquer sur le droit d'accès aux données, ou la juste rémunération d'un opérateur, pour GreenSI la morale de cette histoire est triple :
  • C'est le public qui choisi ce qui est du domaine du libre. Tous les règlements ou conventions peuvent être mises au placard, de toutes les façons dans une démocratie ce n'est qu'une question de temps pour que le public puisse les changer.
  • La RATP a perdu une première opportunité de se mettre en avant au sein d'une communauté influente sur les réseaux sociaux. Pas facile de réagir a l'application "Check My Controlleur" certes, mais c'est la dure loi du monde économique moderne où des anti-missiles fabriqués par certains permettent de supprimer les missiles construits par d'autres. Au sens propre comme au sens figuré.
    Mais une réaction rapide lui permet de se remettre en selle et finalement a peut être aidé une prise de décision interne toujours un peu lente dans les grandes entreprises. A suivre en 2012.
  • L'innovation vient aussi des startups! Et même un établissement centenaire comme la RATP pourtant connu pour son innovation technique (pneumatisation des rames, métro automatique,...) peut s'endormir sur un sujet comme les données qui pour elle est annexe a son métier alors que pour d'autres est totalement au coeur du modèle économique.
Ces enseignements suggèrent que l'opendata a du potentiel au delà des périmètres de services publics et que des forces sont en mouvement pour y contribuer :
  • Les associations de consommateurs qui testent et décortiquent les produits pour informer le public sont au début de ce mouvement dans les entreprises. Vont-elles commencer à construire des megas bases de données libres?
  • Le data journalisme qui vise a faire parler les données et informer ce même public va aussi pousser a l'ouverture de données dont ils ont besoin et qu'ils savent valoriser en audience pour leur articles.
  • Les techniques de récupération automatiques de données à partir de la lecture automatique de pages web se développent, les données des entreprises déjà publiées sur le web ne sont plus à l'abris. Les citoyens peuvent aussi s'organiser pour reconstituer ces données.
  • Les portails de données ouvertes où l'on peut déjà trouver des jeux de données ouvertes fleurissent, à l'image de celui lancé par l'Etat en décembre (data.gouv.fr) ou celui du Conseil général du 71 (www.opendata71.fr). Le croisement entre données et la connaissance de l'offre en sera facilitée.
Alors peut-on résister à l'open data?
Sur le moyen terme si les citoyens ont décidé le contraire on peut imaginer que ce sera très difficile. Alors en 2012, pourquoi ne pas utiliser la force de "l'adversaire" et accompagner le mouvement pour mieux le maîtriser ?

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