dimanche 26 octobre 2014

Entreprise numérique: vers la fin des industries?

Bon je sais, le titre est un peu accrocheur, et l'objet de ce billet n'est pas d'annoncer la fin du monde économique, mais de revisiter la notion "d'industrie" à l'ère de l'entreprise numérique.

Vous savez la catégorie qu'on vous fait remplir dans les formulaires des salons et qui comme moi vous laisse peut être souvent perplexe. 

Quand vous travaillez chez Carrefour dans le Drive (quand on commande sur internet et qu'on se fait livrer dans le coffre de sa voiture via un entrepôt spécialisé), vous êtes dans le e-commerce, dans la distribution où dans la logistique?

Certainement un peu les trois à la fois. En tout cas c'est dans ces trois domaines que les projets, les technologies et les échanges seront fructueux d'enseignements. Les démarches d'open innovation le savent bien, on a beaucoup d'idées à partager entre industries différentes. C'est donc que la notion d'industrie n'est pas si pertinente que ça pour appliquer ces idées.

Mais vous allez me dire que dans un salon spécialisé ce n'est pas grave, car vous avez encore la liberté d'aller explorer les stands que vous voulez. En revanche quand un commercial d'une ESN est assis en face de vous, et vous annonce fièrement en vous tendant sa carte de visite, représenter la division "distribution", vous ne pouvez vous empêcher de vous dire que vous être en train de rater l'expérience de cette ESN en matière de e-commerce et de logistique. Et vous n'avez peut être pas l'agenda assez dégagé pour rencontrer ses deux autres collègues...

A l'heure de l'entreprise numérique,et de la transformation numérique des entreprises traditionnelles, est-ce que cela a encore un sens de classifier les entreprises par industrie?

Voir, d'organiser la force commerciale des ESN (éditeurs hébergeurs, intégrateurs, services...) sur ce modèle. Après tout, un bit est un bit, qu'il représente la qualité de l'eau mesurée en continue, la commande de votre repas du soir ou une publicité sur le web. Ce qui est important c'est pourquoi vous voulez le transporter, le stocker, l'analyser ou le transformer, et pas nécessairement ce qu'il représente.

Prenons un autre exemple chez les constructeurs dans l'industrie automobile.

Le salon de l'automobile 2014 a fermé ses portes le mois dernier. Tout le monde a compris, au travers des annonces, qu'on était rentré dans l'ère de l'usage du véhicule et de l'expérience de son usager. Et que pour cela l'industrie automobile allait déployer de multiples technologies informatiques: accès internet, ordinateur de bord à écran tactile, OS et applications mobiles embarquées en lien avec le Cloud, reconnaissance vocale, et même à terme le pilotage autonome et automatisé relancé par Google il y a déjà un an. Je ne vais plus nécessairement choisir ma voiture sur son moteur mais sur ses services à bord, car selon l'Insee on passe en France en moyenne 55mn par jour dans le véhicule quand on l'utilise pour aller travailler, et que le coût du temps perdu dans les embouteillages est de 6 milliards par an.

Les "constructeurs" automobiles sont donc potentiellement des opérateurs de services. Mais ils pourraient aussi devenir des "exploitants de réseau", à l'image de Tesla qui gère des bornes de recharges rapides. Ou si la tendance est de renoncer à l'usage individuel de la voiture mais a un usage partagé comme c'est même devenu un axe de développement pour les véhicules électriques.

Et quand on commencera a imprimer en masse avec des imprimantes 3D, il faudra aussi revenir sur les certitudes que nous avons autour de la notion de constructeur... 

C'est d'ailleurs dans cette industrie, bien avant internet, qu'une entreprise innovante qui faisait des pneus, est devenu sans aucun complexe, une référence dans le tourisme et la mobilité. Alors pourquoi imaginer que le découpage des industries est figé, et qu'un constructeur restera constructeur?

Regardons maintenant les nouveaux acteurs du numérique promis a un bel avenir comme Nest, qui vend un thermostat intelligent ou Netflix, qui diffuse de la vidéo en streaming. 

Ce sont avant tout des "data companies". 

C'est à dire que leur modèle économique et leur savoir faire est basé sur la capture et l'analyse d'un grand nombre de données. Le thermostat ou la série TV ne sont qu'un domaine d'application. La valorisation est aussi bien du côte du client utilisateur (B2C) que des entreprises qui pourraient bénéficier de ces données (B2B).
Dans le cas de Nest pour délivrer un confort intelligent en fonction des usages et du contexte météorologique, et pour Netflix pour mieux personnaliser le contenu a proposer à chacun, mais aussi pour mieux produire du contenu à succès en connaissant les goûts de ses utilisateurs. Car Netflix est aussi un producteur.
L'inverse est donc vrai,
dans un monde numérique les "opérateurs de services" peuvent devenir "constructeurs" (de contenu).

Ce sera vraisemblablement aussi le cas dans pour les entreprises qui s'engouffrent dans le développement des objets connectés autour de la santé. Rendez-vous en janvier au CES pour en parler.

Alors on peut se demander quelle serait la typologie pertinente dans une économie numérique? 
 

Pour GreenSI c'est la fonction qui va devenir plus pertinente que l'industrie. Mais ce n'est qu'une intuition. Car ce n'est pas si simple que cela quand on voit la convergence entre le marketing et l'informatique autour de la donné et des relations numériques de l'entreprise. Les fonctions dont on parle ne seront donc pas nécessairement celles que l'on a aujourd'hui dans les entreprises.
De là a prédire la fin des salons sectoriels et le développement des salons par fonction, il n'y a qu'un pas que... GreenSI ne franchira pas!

En revanche, il y a certainement des opportunités et des innovations perdues, si vous ne fréquentez que des salons sectoriels qui vous délivrent des solutions clef en main. Car il y a peu de chance que ces startup qui sont en train d'imaginer comment repenser l'expérience utilisateurs et les fondamentaux de votre industrie les fréquentent...

Mais vous, qu'en pensez-vous ?

dimanche 9 février 2014

DSI: l'âge de l'extinction?


Clin d’œil de ciné-fil, le 14 juillet 2012, le jour d "Independance Day" à la française, GreenSI lance un appel pour résister à ces nouveaux envahisseurs des DSI qui remettent en cause son modèle et sa gouvernance (Transformers 4: déjà à l'affiche dans toutes les DSI).
Un an plus tôt, un premier signal d'alerte était donné avec le billet Cloud + Mobilité + Social: l'ère post-PC a commencée.

Pour GreenSI, la résistance a adopter est celle du bambou, et non du celle chêne. Plier sans casser et envoyer ses rhizomes dans les bonnes directions pour occuper de nouveaux territoires. Ceci afin de se transformer en même temps sur 4 fronts, pour absorber les ruptures technologiques que sont le Cloud, le Social et le Mobile, tout en développant de nouvelles compétences et une nouvelle gouvernance du SI.

Voilà que 2014 démarre avec des éléments déchaînés et que la bande-annonce de Transformers 4 (qui sortira en Juin) vient d'être présentée cette semaine lors du Super Bowl. Une occasion toute trouvée avec ce billet pour regarder le chemin parcouru depuis 2011 et faire un point sur la situation de la DSI et son avenir.

Transformers 4 : l'âge de l'extinction




Un titre qui ne s'invente pas!
Et qui ne pouvait pas être plus prémonitoire de cette année 2014 pour les DSI. Car il n'y a pas un mois qui passe, sans un article sur la disparition du DSI ou de la DSI.

La résistance aurait donc échoué? Les forces de transformation "extra-DSI" auraient emporté l'organisation et la gouvernance du SI dans la tempête?
Parfois, on se le demande, mais jugez par vous même :

Et ce n'est qu'une sélection... Bon alors, il est mort et encore chaud ce DSI ou ce n'est qu'une illusion collective, orchestrée par les consultants en organisation et autres vendeurs de changement ?

Entreprise numérique = Data + Relations Numériques

Sur le diagnostic, Cloud (et Data dans le Cloud), Mobile et Social, la période a montré que ce n'était pas une mode mais bien de réelles forces externes sur la façon de gérer l'information.
Et même mieux, Gartner a montré que ces forces formaient un "Nexus" convergent ("nexus of forces") et qu'elles se renforçaient l'une l'autre.
Le Mobile est boosté par les données dans le Cloud devenues accessibles, là où les infrastructures SI internes sont freinées par les règles de sécurité. Le Social dans le Cloud est la règle, avec du SaaS ou directement des applications construites sur réseaux sociaux. Le Social démultiplie la Data, et les objets connectés (qui seront sociaux et beaucoup plus nombreux que les humains) vont amplifier ce phénomène, etc...
Aujourd'hui l'interdépendance entre la stratégie technique et la stratégie d'entreprise, le fameux "alignement stratégique du SI" est une obligation. Mais sans rigidifier l'entreprise qui doit rester agile. On comprend que les deux se gèrent donc en même temps.
La transformation de la DSI, n'est qu'un aspect de la transformation numérique de l'entreprise. La sempiternelle question du DSI siégeant au Comité Exécutif de l'entreprise, qui a animé les débats des dernières années est donc tranchée. Pour réussir la transformation numérique de l'entreprise, soit le DSI y rentre, soit on le remplace par un patron déjà au COMEX.


Et ce n'est pas que dans les entreprises.

Dans le public aussi la transformation numérique est en marche, trop lente pour certains, mais elle n'est plus discutée. Le Conseil National du Numérique fait ses recommandations au plus haut de l’État. Les Ministres se bousculent dans les salons technologiques pour y parler sécurité, startup et innovation. Même dans l'éducation nationale on redouble d'efforts, avec le Plan Numérique pour l’École et la FUN (France Université Numérique) qui se lance dans les cours en ligne (le MOOC à la française), c'est dire.


Une transformation qui englobe tous les produits et services de l'entreprise ou des collectivités locales et qui conduit jusqu'aux clients ou aux citoyens, quand ces derniers se sont eux mêmes connectés.

D'où l'arrivée sur le devant de la scène de la transformation, d'un nouvel acteur, souvent inconnu de la DSI, le Marketing. Ce département qui est justement en charge de définir le "go to market", c'est à dire quels marchés cibler et comment l'entreprise les atteint. Et qui explique certainement le nombre important d'articles qui commencent à traiter de la relation entre le Marketing et la DSI.

Marketing & DSI, des trajectoires convergentes pour l'innovation

Mais il se trouve que le Marketing est lui même aussi fortement impacté par cette transformation numérique de l'entreprise.
Car, quand il s'agissait de juste montrer du doigt les "masses" à viser dans les marchés cibles, maintenant, dans un monde numérique, c'est la personnalisation qui compte. Remplacer une division de blindés habituée à arroser de courriers et d'emails, par des snipeurs infiltrés dans les réseaux sociaux et sur les sites de e-commerce, n'est pas une mince affaire. Surtout, que les équipes clientèles de l'entreprise, sont elles aussi en première ligne au contact avec les clients, que ce soit en SAV ou en commercial. Attention aux balles perdues...
Les entreprises ayant un peu trop segmenté leurs fonctions communication, marketing, commerciale et clientèle pourraient vivre une période intéressante de "cacophonie numérique" vers les clients.


Et puis le marketing avait pris l'habitude de tout sous-traiter, a des agences qui regroupent tous les métiers pour capturer le maximum de budget et proposer des approches globales. Une stratégie de sourcing qui a atteint sa limite quand on parle de la transformation de l'entreprise. Car l'agenda des agences (protéger ses marges), n'est pas aligné avec celui de l'entreprise (se transformer). Et le contrat (quand il y en a) est un faible outil d'alignement stratégique. Comme on dit, quand on écrit un contrat c'est en pensant au divorce, il est peut-être temps de ressortir les contrats...


Ce qui compte désormais c'est l'usage de la technologie.


Et pour améliorer cet usage, une grande place est faite à l'innovation et à l'expérience utilisateur. Et pour appuyer cette idée, je citerai le nouveau patron de Microsoft, Satya Nadella, qui dans son mémo aux salariés pour sa prise de poste cette semaine, déclare, 

“Our industry does not respect tradition - it only respects innovation”.


Toute la DSI est concernée par ce message et ce n'est pas un hasard, car Microsoft partenaire historique du DSI, est aussi engagé dans la même transformation.

D’où les appels réguliers de GreenSI sur la DSI condamnée à innover et l'ouverture de son ecosystème pour adopter l'open innovation.


Tout ce qui est numérique sera raccordé au SI (Règle GreenSI #4), pas nécessairement avec le réseau de la DSI, et échangera de l'information. Donc une amplification des relations numériques de l'entreprise avec ses clients et partenaires. Au départ avec les données du SI mais très vite avec les données externes (réseaux sociaux, open data, objets connectés,...) , dont la croissance amène vite a la notion de "big data".


On ne pourra pas échapper à la résolution de l'équation de la relation : DSI + Marketing = Innovation. Car la DSI ne dirige pas l'innovation, elle la co-créé avec les métiers... et avec les clients et citoyens. Une chasse gardée historique du marketing, où elle n'est pas toujours la bienvenue. Et le niveau de compréhension du numérique n'est pas toujours très développé si peu ont été recrutés
pour cela au marketing.

De même pour les données, anciennement "Business Intelligence" territoire historique du marketing. Car 2014 sera aussi l’année de la Data, voire du big data pour certains. Encore un domaine où il faudra (re)préciser que le SI doit jouer un rôle clef pour capturer et organiser les données, et le marketing ou les métiers, pour les analyser. Ces données devront dépasser le simple usage de ciblage et permettre de fabriquer des modèles qui enrichiront les applications métiers et la prise de décision en temps réel dans la relation clients ou le pilotage.

Donc fini les échanges de fichiers Excel avec les agences si c'est encore le cas. Si la data est l'or noir du 21em siècle, il est temps de l'organiser, de l'analyser et d'en maîtriser sa diffusion. Bienvenue dans le monde des API et de l'Open Data. Les SI sont des plateformes et Internet la plus grande d'entre elles.
Le focus de la DSI évolue donc vers la Data pour développer la capacité de l'entreprise a être plus "intelligente", smart diront les anglophones. C'est le nouveau territoire à organiser. Les géants du web l'on bien compris.
Celui de la circulation de l'information, sur une infrastructure devenue une commodité, et finalement retrouver son rôle premier, traiter et faire circuler l’information.



Si la DSI reste sur son territoire traditionnel de support quand ce n'est pas uniquement l'infrastructure, son activité peinera à accompagner la transformation numérique de l'entreprise. La DG se tournera vers d'autres acteurs.

Comme le disait très justement en février 2012, au gala des DSI, Pierre-Noël LUIGGI, PDG fondateur d’OSCARO le leader de la vente de pièces auto par Internet:

"Le DSI doit être un entrepreneur et non un manager. Je souhaite la mort du DSI, et la naissance de celui qui sera un "intra-preneur" pour épauler son dirigeant".


Finalement GreenSI se demande si il ne faudrait pas qu'il meure pour mieux renaître de ses cendres?


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Teasing du prochain épisode :




Ce n'est pas pour cela qu'il faut faire table rase du passé!

Les applications métiers se classent en deux catégories. Celles qui produisent des données ou des services pour les clients, de la gestion de stocks de produits au CRM en passant la logistique, et celles qui sont tournées vers l'entreprise son organisation et son support. Les premières devront s'ouvrir et s’agréger autour de cette nouvelle capacité de traitement de la Data. Les autres se rationaliser pour réduire les coûts de gestion tout en gérant au mieux la conformité de l'entreprise.

mardi 22 octobre 2013

Numérisez-vous vite, avant que les "Tech Companies" ne prennent votre business

Il y a dix jours, un article de ComputerWorld mettait en avant que selon une enquête de consommateurs, les automobilistes interrogés préfèreraient acheter une voiture sans conducteur à Google qu'a Ford ou Toyota.

Pourtant, aucune des deux voitures n'est commercialisée à ce jour. Donc ce n'est certainement pas le résultat d'un comparatif d'un magazine auto qui a pu influencer le public. Non, acceptons-le, la confiance dans les sociétés technologiques, sur ce produit du futur, dépasse déjà celle envers les constructeurs d'automobiles d'aujourd'hui!

Un fait assez original pour retenir mon attention et le partager sur Twitter.


Finalement, en y réfléchissant, ce n'est peut-être pas si surprenant que ça.

Il est vrai que Google a un temps d'avance pour rendre tangible ce futur produit, puisqu'il a déjà mis sa voiture sans conducteur en circulation, que l'on peut rencontrer sur son campus de Mountain View.

Damnant ainsi le pion à la R&D de tous les constructeurs automobiles, réveillés en sursaut, et qui n'ont plus comme riposte que des communiqués de presse ou les "concepts cars" lors des salons de l'automobile, dont celui de Paris récemment (Nissan promet sa voiture sans conducteur pour 2020).

Des sorties de produits plus "consistants" devraient s’échelonner entre 2014 et 2017 nous dit l'étude (PDF). On est bien à l'aube "de quelque chose" qui est arrivé plus vite que la voiture électrique, dont on nous parle depuis au moins 10 ans, comme le montre le graphique ci-dessous :

 

Et d'ailleurs, la voiture sans conducteur, est un sujet qui n'a pas été lancé par Google aux États-Unis, mais bien en Europe chez les constructeurs haut de gamme, selon les données de recherches sur... Google (c'est aussi ça la neutralité du Net!) :

 
En fait, même si tout le monde pense à Google quand on parle de "société technologique" qui fabrique des voitures sans conducteur, l'étude compare des sociétés spécialistes de la technologie "en général", à deux types de constructeurs, comme sur le schéma ci dessous. La comparaison montre d'ailleurs que le haut de gamme se défend mieux que ceux ciblés sur la voiture de M.Toulemonde, comme Ford ou Toyota.



Après la musique, les films, les livres, la publicité,... doit-on conclure que les sociétés de technologies vont renverser tous les business? Y compris des industries bien établies et très capitalistiques comme l'industrie automobile?

En fait pour GreenSI, toutes les entreprises sont en train de devenir des entreprises technologiques (GreenSI - Règle #8).

Et donc toute entreprise de technologie, les "Tech Companies", a déjà établie un capital de confiance, pour concurrencer les entreprises qui se lancent dans la numérisation de leur modèle économique. Surtout quand ces dernières ne prennent pas la technologie par les bons bouts que sont le Mobile, le Social, le Cloud et la Data.


La numérisation est en train de transformer toutes les industries. Et comme le rappelle le président du Syntec Numérique Guy Mamou-Mani, "le numérique c'est à la fois le futur de l'industrie et l'industrie du futur". Des propos à méditer à la lueur de la convergence éclairée par cette étude.


Les entreprises réellement numériques comme Google, Amazon, Facebook, Apple (les fameuses GAFA) sont perçues comme ce stade ultime de cette transformation numérique. Elles  créent de la valeur et génèrent des revenus grâce à des produits et services presque numérisés ou totalement numérisés. Elles sont perçues comme telles par les clients, ce qui explique les résultats de l'enquête sur les voitures sans conducteur. Elles ont donc un avantage pour articuler une stratégie numérique, par rapport à d'autres entreprises. 

Et quand en plus, dans le classement des marques mondiales, qui mesure la perception du grand public, on retrouve Apple et Google en tête devant Coca-Cola (n°3) et loin derrière le premier des constructeurs, Toyota (n°10), on comprends que la traduction de cet avantage technologique en ventes aux clients particuliers, en sera grandement facilitée. Le jeu des alliances entre sociétés de technologies et constructeurs va devoir démarrer pour rattraper le retard.

Une conséquence de cette numérisation, bien connue des lecteurs de GreenSI, est que le management de l'entreprise doit évoluer vers le management des technologies de l'information. Une compétence qui devient essentielle quand la chaine de production ou l'acquisition de clients repose sur des plateformes numériques mondiales. Et d'ailleurs, même sur le plan financier, les GAFA ont montré leur supériorité pour l'optimisation fiscale en exploitant à fond la volatilité du numérique ;-) 

Que ce soit le DG, le Directeur des Opérations, ou le DSI qui prennent le leadership, pour la création et la communication de la vision numérique de l'entreprise, et l'animation de la diffusion de la technologie dans l'entreprise, toutes les entreprises devront passer par là. Un des membres du Comex devra plus que porter le sujet, mais l'incarner, et influencer la stratégie numérique de l'entreprise. 

Des facilitateurs, comme ces nouveaux postes de management à cheval entre le métier et la technologie, qui "éclosent", peuvent jouer un rôle pour faciliter cette adaptation:
  • "Chief Data Officer" centré autour de la donnée et de sa valorisation;
  • "Chief Digital Officer" quand on articule sa stratégie autour de la relation numérique;
  • et pourquoi par le "Chief Marketing Officer" déjà positionné pour la création des nouveaux produits, à condition que la culture numérique du marketing soit déjà bien affirmée.
La seule chose qui semble certaine pour GreenSI, c'est que ce leadership numérique devra émerger, car le modèle économique est à adapter, et cela ne pourra pas se faire par procuration. 

dimanche 28 juillet 2013

Fascicoliphobie: ce bon vieux fichier qui fait peur à nos Ministres

Le Ministère de la Culture s'est trouvé une nouvelle phobie: le fichier légal revendu d’occasion par un consommateur. Et pour l'occasion GreenSI invente un nouveau mot, la fascicoliphobie - du latin fasciculus (petit paquet, assemblage de même chose, qui représente le fichier).

Dans une note interne, que s'est procurée PC-Inpact, le rapporteur s'interroge sur les risques d'existence d'un marché d'occasion de fichiers d’œuvres culturels numériques achetées... légalement!
Ce marché pourrait réduire la "juste rémunération des créateurs" et le financement de la création. Et pour créer des marchés d'échanges, tout le monde sait que le numérique et l'Internet sont redoutables.

En gros si vous achetez un logiciel, une musique ou un film par téléchargement, vous ne pourriez pas le revendre comme vous le faites avec un support physique. Étrange raisonnement pour ceux qui ont déjà intégré le monde numérique et veulent le construire sur de nouvelles bases. Mais visiblement pas pour ceux qui voient la numérisation comme une menace.
On était si bien sans Internet...

Et donc ce bon vieux fichier, déjà combattu par Hadopi avec force et grandes dépenses, quand il est suspecté d’illégal, se retrouve encore sur la croisée des tirs nourris alors qu'il est légal.
Allez comprendre!

Pendant ce temps une étude montre qu'en Norvège l'offre légale fait fondre le piratage. Alors si l'offre légale se développe, l'économie va être submergée de fichiers légaux... que les gens pourront revendre.

Laissons les sages de la Commission de réflexion créée pour l'occasion réfléchir et abordons le sujet sous l'angle de la transformation d'une économie de biens possédés à des biens utilisés.

La location de voiture est par exemple en totale effervescence avec le développement d'une économie et de communautés de partages. Les consommateurs n'ont plus besoin de posséder les voitures mais peuvent les utiliser quand ils le souhaitent. C'est aussi le modèle des offres légales d'écoute de toutes les musiques que l'on souhaite pour un forfait mensuel. Et ce fut le cas de feu nos vidéos clubs avant le développement de l'Internet et de la VOD.

En fait le physique permet des modèles de partage limités (les loueurs de voitures par exemple) alors que le numérique permet des modèles de partage infinis (avec les possibilités offertes par des modèles d'échanges d'objets et de relations sans cess renouvellés sur Internet).

Pour GreenSI "c'est ça la bonne question" comme dirait le professeur Lanning dans iRobot.

 

Le problème n'est donc pas de savoir si on peut revendre une œuvre numérique mais de savoir comment créer des marchés pour n'utiliser que ce dont on a besoin, et quand on en a besoin. Et ne pas en payer le coût quand on ne l'utilise pas. La revente n'est qu'un moyen pour les consommateurs de créer ces marchés si ils n'ont pas été créés par d'autres.
Et c'est même quelque chose de vertueux globalement. Puisque cela optimise le nombre d'objets physique a fabriquer, et les infrastructures de stockage pour ce qui est numérique.

Si on applique ce raisonnement aux ressources naturelles on retrouve les principes du développement durable et de l'économie de partage qui ne sont pourtant pas combattus. Personne ne défendrait l'idée de ne pas économiser le carburant parce que cela réduirait les taxes qui financent la prospection de pétrole. Si ? ;-) 

Mais en revenant à la culture, ce monde optimisé ferait peur. Pourquoi donc?

Là où la culture tremble, c'est que si on optimise l'utilisation de ces objets, on réduit forcément les revenus de ceux qui touchent un pourcentage fonction du nombre d'objets vendus.

Alors deux solutions s'offrent a notre société:
  • empêcher cette optimisation, et le juridique trouvera sans problème un moyen d'y contribuer, et la résistance s'organisera...
  • ou changer le modèle de rémunération pour passer d'une rémunération au volume vendu a une rémunération à l'usage, voire a la qualité.
Car la triste réalité de notre monde physique payé au volume est que le CD dans le placard sous la poussière, rapporte autant à l'auteur que celui qui tourne en boucle à la maison. Et la note interne du Ministère de la Culture parle de "juste rémunération", et bien ça se discute!

GreenSI espère donc que les sages ne resteront pas sur l'étude des barrières pour contraindre le numérique, mais aborderont bien le changement de règles qui permettra à tous de profiter de ce monde numérique. Un changement vrai pour toutes les industries comme le savent bien les lecteurs de GreenSI.

Après tout, si l'exploration spatiale découvrait une planète viable pour l'homme, et sans pesanteur. Est-ce que nos premiers investissements seraient de fabriquer une usine à gaz pour y recréer de la pesanteur sous prétexte que nos machines terrestres n'y marcheraient pas toutes ?

De quoi méditer cet été sur la plage en regardant les étoiles... et en attendant les résultats de la réflexion des sages.
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L'humour de ceux qui aiment le numérique