lundi 8 octobre 2018

Open data : 90% de hors la loi, et alors ?

Ce lundi 8 octobre, la loi pour une République numérique promulguée le 7 octobre 2016 (parue au JO n° 235 du 8 octobre 2016) fête ses 2 ans après, chose rare, avoir été adoptée à l'unanimité par le Sénat.


Cette loi qui vise à plus largement préparer le pays aux enjeux de la transition numérique et de l’économie de demain dans une société "numérique ouverte, fiable et protectrice des droits des citoyens" s'est aussi attachée à mettre les administrations et les collectivités locales sur la route de l'open data. Elle a fixé un calendrier sur 2 ans.

Le 8 octobre 2018 devait correspondre au franchissement de la dernière étape pour les plus de 4400 collectivités concernées (plus de 3500 habitants), à savoir publier en open data, par défaut, leurs données non protégées.
Aujourd'hui force est de constater que malgré l'euphorie de sa promulgation et quelques métropoles en avance, moins de 5% à 10% des collectivités sont arrivés à cette étape (chiffre qui varie selon les sources) et pas beaucoup plus en sont à l'étape précédente de la publication occasionnelle. Dans les administrations centrales, ces deux ans ont également permis de belles réussites comme l'ouverture des données d'accidentologie des routes ou celles de données anciennement payantes (comme le fichier Siren) et dont l'usage a explosé. Mais le citoyen éclairé reste encore sur sa faim pour ce qui est de l'ouverture complète et encore plus pour celle par défaut. C'est vrai que le RGPD a également semé en 2018 un peu de confusion dans le monde des données, confusion qui avait d'ailleurs été anticipée par GreenSI dans un billet du début de l'année, et que le "pack de conformité RGPG" promis par la CNIL aux collectivités a été repoussée une nouvelle fois en 2019.

Finalement, ce résultat n'est pas une surprise. Sans pénalité, et avec le seul objectif de respecter une loi, l'open data n'a pas de moteur. Les rares qui font vivre et mettent à jour les jeux de données publiés sur les premiers portails, trouvent la mobilisation ailleurs que dans le respect de la loi et exploitent la dynamique créée autour de l'ouverture des données, la communication et l'innovation qu'elle engendre.

Dans le même temps, un billet de GreenSI cet été notait que l'open data d'entreprises privées non encadrées par la loi, incluant les GAFAs, progressait et permettait déjà de développer de nouveaux services et de réduire les inefficacités dans certains domaines comme dans le Transport où l'échange des données entre acteurs (horaire, trafic, temps réel,...) est essentiel pour une offre de plus en plus multimodale et public-privé.
Alors que sur le plan international, et malgré le constat précédent, le secteur public français est relativement en avance pour l'open data sur ses homologues étrangers, comme le montrent plusieurs classements (dits de "gouvernement ouverts"), les initiatives privées d'ouvertures de données (éventuellement payantes) par les entreprises sont elles plus développées dans les pays anglo-saxons.

Ceci fait dire à GreenSI qu'on n'appuie peut-être pas sur le bon démarreur !
Après 10 ans d'open data en France, un support au plus haut niveau de l'État - sur 2 présidences - avec des moyens importants mobilisés (notamment data.gouv.fr et Etalab), dont 2 ans dans un cadre législatif contraint, il faut se faire une raison, quand ça ne marche pas, ça ne marche pas!

La FING a engagé en 2018 une démarche pour identifier les initiatives open data qui ont eu un réel impact, car il y en a. GreenSI a traité par exemple de la base de données OpenFoodFacts qui est en train de changer notre façon d'acheter. Mais souvent ces initiatives montrent qu'elles ont su rencontrer des ré-utilisateurs et pas rester sur la production réglementaire de données. Et puis après les avoir manqués, on n'atteindra pas les objectifs fixés sans rien changer. Les journées de l'open data "par principe", organisées en ce moment par Etalab du 4 au 12 octobre, rassemblent les principaux acteurs pour s'interroger sur ce qui reste à faire.

Pour GreenSI ce qu'il faut changer, c'est oublier le réglementaire, et afficher l'open data comme un moteur de la transformation numérique des administrations et des collectivités locales.

C'est peut-être d'ailleurs le message caché de l'open data "par défaut". Un terme qui en informatique est la donnée qui sera utilisée si on ne fait pas mieux, mais qui peut aussi se traduire par l'open data "naturel au sein d'une organisation, l'open data "au quotidien" ancré dans les rouages de production et d'utilisation des données, en opposition avec celui a posteriori, imposé par l'extérieur avec des règles ou des lois.

En 10 ans, le numérique est passé du site internet à la plateforme.
Alors quoi de plus normal que d'oublier le portail open data imaginé il y a 10 ans, où on viendrait télécharger ses données et de passer à une vision plus moderne de plateforme open data qui échange beaucoup plus efficacement avec tout un écosystème et créé de la valeur avec ces données.

L'open data a besoin d'un modèle économique que les plateformes peuvent délivrer, par exemple la réduction des inefficacités internes aux administrations et aux collectivités, ou la fluidité des échanges au sein d'écosystèmes incluant public et privé. Et tant pis si ces plateformes ne font pas un open data "pur" avec des acteurs autorisés à faire payer le service et le coût de l'infrastructure, voir a demander de s'authentifier pour en bénéficier.

En 10 ans, les démarches projets ont évolué d'un cadre hérité du monde de la construction pour embrasser l'agilité, de l'expression des besoins (lean startup), à la livraison continue (devops) en passant par le développement itératif (scrum).

Alors quoi de plus normal que d'imaginer des interactions permanentes entre les producteurs et les ré-utilisateurs de données, pour co-construire ces plateformes.  D'imaginer de produire en priorité ce qui a le plus de valeur, d'en faire un exemple pour renforcer l'adhésion à la démarche, puis de passer au jeu de données suivant. 

Et puis en 10 ans n'a-t-on pas oublié ceux qui, a un moment ou à un autre, sont à la manœuvre de la transformation numérique : les Directions des Systèmes d'Information ?

Pour que l'open data se fasse "par défaut", il faudra qu'il soit connecté au système d'information ! C'est pourquoi les DSI vont pouvoir s'emparer du sujet et créer des programmes d'ouverture des données ancrés sur la dématérialisation, l'amélioration des processus, la transversalité entre services et le développement (ou l'adhésion à) ces plateformes qui permettent de valoriser plus largement les données. D'ailleurs les systèmes d'information basculent eux aussi des applications vers les plateformes comme le traitait le dernier billet.

Ces trois constats font dire à GreenSI que l'open data doit quitter son adolescence heureuse et tranquille auprès de ses parents engagés dans "l'open", et affronter maintenant son avenir lié à sa vraie nature : la data. Pas besoin pour cela de remettre en question son passé, mais simplement de créer un nouvelle branche qui adhère à des objectifs plus opérationnels, uniquement là où cela a un intérêt. 

Ce nouvel open data manipule, au sein d'écosystème, les données, source de création de valeur dans une économie numérique, si c'est encore nécessaire de le démontrer. Donc pour caricaturer, un peu moins d'open et un peu plus de data !

Alors si ce lundi 8 octobre, 90% des administrations et des collectivités locales ne respectent pas la loi, est-ce grave ?

Pour GreenSI la réponse est non, si la prise de conscience de ces dix premières années débouche sur un programme de transformation numérique. Ce programme délivrera avec plus de chance, une nouvelle efficacité et leur intégration réelle dans l'économie numérique où les attendent déjà nombreux de leurs usagers.
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