dimanche 5 novembre 2017

#Flipyoumind : on peut disrupter la disruption

 #FlipYourMind est une série de billets de GreenSI sur le thème de la transformation digitale. Ne cherchons pas à agir à l'ère du digital tout en pensant encore comme à l'ère précédente. Si vous lisez ceci c'est certainement que vous avez choisi de prendre la pilule rouge ;-)






Une idée qu'il faut garder en tête avec les nouvelles technologies, c'est qu'elles sont en permanence à la recherche de nouveaux usages grâce au flux de capitaux énormes que les investisseurs réinjectent pour faire émerger le prochain Google ou Tencent.

Tous ceux qui ont connu la technologie comme un marché avec peu de sources d'innovations (Microsoft, Adobe, ...), de la consistance dans ces investissements même quand cela n'avait plus toujours d'intérêt pour les utilisateurs (Windows 8, Flash...), sont certainement un peu déboussolés.

Il faut donc changer sa façon de voir: le financement des startups a montré qu'a quelques exceptions (comme Amazon) les budgets innovation sont maintenant supérieurs en dehors des entreprises installées que dans ces entreprises. La disruption a donc également plus de chance d'émerger en dehors.


Le salon Disrupt SF 2017, qui s'est tenu le mois dernier à San Francisco, a vu défiler des centaines de nouveaux prétendants pour terrasser des modèles déjà établis depuis longtemps. Mais ce qui a retenu l'attention de GreenSI, c'est la disruption de modèles encore non établis, comme celui de la Blockchain. De quoi nous rappeler l'incertitude de l'environnement dans lequel se déroule la transformation numérique des entreprises.



La Blockchain, utilisée par le célèbre Bitcoin (plusieurs plateformes), est une technologie qui fait partie des technologies qui permettent de construire de nouvelles architectures de système d'information, totalement distribuées, publiques et sécurisées par de la cryptographie.  

Comme cette technologie agit sur le socle des SI (l'architecture), elle ne pourra 
pas s'imposer en peu de temps (voir Disruption de la Blockchain: pas si vite), car on ne change pas une architecture en claquant des doigts. La blockchain pourrait donc se développer dans les entreprises, mais lentement et à partir de 2020... si elle n'est pas disruptée elle-même d'ici là !

Pour disrupter un système on attaque ses points faibles. Les entreprises prévoyantes investiront d'ailleurs pour connaître leurs points faibles et s'y préparer. Le bitcoin avait attaqué les points faibles du système monétaire, base de transactions hyper-centralisée détenue par très peu d'acteurs au niveau mondial.

Mais le bitcoin, ou plutôt la blockchain sa technologie sous-jacente, a également ses propres points faibles bien connus :
  • on ne sait actuellement traiter que 7 transactions par seconde, car, par design de la technologie, le travail des "mineurs" pour obtenir un consensus, qui valident et poussent les blocs dans le système, augmente avec la taille de la base. Le temps de traitement est donc conséquent et le nombre de transaction limité.
  • les mineurs ne sont pas si neutres que cela. Ils peuvent choisir l'ordre dans lequel les transactions se déroulent dans un bloc, retarder les ordres en les plaçant dans des blocs futurs, voire les empêcher d'entrer dans le système. La blockchain est certes une technologie de confiance, mais une la transaction enregistrée, avant c'est une autre histoire!
    Cet été, quand le cours du bitcoin à flambé a 5000€, de longues discussions avec des traders de bitcoin m'ont appris que le montant des frais de transaction pour passer un ordre se sont envolés pour acheter ou vendre plus vite...
    La limitation des 7 transactions par seconde créé une pénurie qui est exploitée quand tout le monde veut acheter ou vendre en même temps. On est donc loin d'un marché neutre où seul l'horodatage de l'ordre est un critère de priorité dans un journal d'ordres.
  • l'énergie pour alimenter les serveurs augmente avec la taille de la base et le nombre de transactions.
    Les quantités nécessaires deviennent importantes et la consommation énergétique nécessaire pour miner du bitcoin dans le mode en 2017 serait équivalente à la consommation du Nigeria ou de l'Equateur (voir Diginomics).
    D'ailleurs, une telle valorisation de l'électricité fait qu'un opérateur d'électricité pourraient gagner plus d'argent en minant du bitcoin (avec son énergie produite) qu'en vendant cette même électricité sur les marchés !
    Cela peut paraître étrange, mais dans un autre registre, quand on a commencé faire du carburant avec du maïs, la culture du maïs a été modifiée pour ne plus être qu'alimentaire, ce à quoi l'Agriculture n'était pas habituée.

Ethereum l'autre place en vogue qui est plus positionné comme une plateforme de blockchain pour développer des applications et de nouveaux modèles et qui attirent les investisseurs, n'est pas non plus en reste sur ces faiblesses.
Ces faiblesses constituent autant de risques de retarder le développement massif de certains usages, comme le remplacement des marchés d'actions ou d'enchères (où la neutralité pour établir la transaction est essentielle), mais empêchent aussi les usages qui demanderaient trop de volumes de transactions.

Imaginez maintenant qu'une nouvelle technologie de grand livre distribué permette de résoudre ces problèmes : alors la technologie de la blockchain aura été disruptée !

Une technologie qui permettrait d'éliminer le besoin de calculs massifs, donc de consommation d'énergie, d'être des dizaines de milliers de fois plus rapide en limitant la bande passante nécessaire pour les échanges entre acteurs du marché. Les usages de cette nouvelle technologie vont alors pouvoir aller plus vite et dépasser ceux imaginés actuellement avec la blockchain.
Cette technologie existe peut-être déjà...


A Disrupt 2017, la société Swirlds a présenté Hashgraph, une plateforme logicielle qui a développé l'algorithme de consensus beaucoup plus efficace, rapide et équitable que la blockchain. L'avenir à court terme nous dira si Hashgraph, comme Etherum après le Bitcoin, deviendra une technologie ou une plateforme qui révolutionnera les échanges. Hashgraph a des atouts qui sont crédibles (voir la présentation à Disrup).


Cependant, ce n'est pas l'objet de ce billet de comparer les technologies, mais plus d'indiquer la direction que ces technologies prennent : celle d'un Internet à l'architecture décentralisée dans ses transactions.

D'ailleurs une autre tendance nous amène à cette vision décentralisée de l'internet, celle de l'internet des objets. Quand le nombre d'objets sera suffisant, la puissance de calcul dans les objets sera supérieure à celle centralisée, et ce serait bien dommage de ne pas l'utiliser.


Si vous acceptez cette idée vous venez de rentrer dans la dimension du "Fog" (ou du "Edge") computing, le Cloud à l'ère de l'internet des objets, où la puissance de calcul et les applications sont distribuées.

A quoi ça sert ? Et bien les capteurs vont devenir de plus en plus intelligents et puissants. Au lieu d'imaginer un monde où toute l'information est remontée sur un serveur central pour y être traitée, on peut imaginer une alternative où le capteur traite le maximum de données "dans le Fog" avant de les remonter dans le cloud. Vous avez compris l'image du brouillard (Fog) qui vient sur terre pour faire le lien avec les nuages (Cloud).

Un cas concret (mais extrême) sont des capteurs acoustiques déposés au fond des océans pour capter la biodiversité marine. Plus il y a de vie, plus cette vie fait du bruit. Ces capteurs, avec un traitement du signal adapté, peuvent reconnaître les formes de vie et mesurer le bruit fait par des coquillages, les poissons ou les bruits générés par l'activité humaine, portuaire ou nautique. Comme il ne vous a pas échappé que le réseau mobile n'est pas  disponible à 40-70m sous l'eau et qu'il faut remonter le signal en surface pour le transmettre, il vaut mieux remonter un signal déjà traité (dans le Fog), et extrêmement plus léger, plutôt qu'une masse de données brutes à traiter plus tard (dans un cloud).

Cette notion d'informatique de périphérie ("edge computing") n'est pas nouvelle mais elle a été limitée par la puissance des processeurs des objets. Or celle-ci augmente tous les jours. Nous pouvons donc maintenant fabriquer de minuscules, mais puissants systèmes sur puce pour un coût très faible, modèle très adapté à l'Internet des Objets (IoT) pour répondre à la manière de collecter et traiter des données sans se heurter au cas extrême de la congestion et de la latence du réseau (voire de son inexistante sous l'eau).
L' "edge computing" permet de localiser les tâches de calcul au plus près de leur création et d'éliminer ces problèmes et d'améliorer les performances des applications.

Est-ce que le cette approche est en train de disrupter le Cloud ? D'une certaine façon oui, car elle redonne du pouvoir aux système décentralisés, et remet en cause ceux qui miseraient sur un scénario "tout cloud" à 5-10 ans. Ce n'est pas sans poser la question de la gestion de ces terminaux quand ils sont répartis sur le territoire. On quitte certainement là les modèles ITIL traditionnels de gestion des terminaux pour aller vers des centres de supervision d'équipements et de flux de remontée de données.

Qu'est-ce que nous pouvons retenir de ces deux exemples de disruption par l'architecture pour la transformation digitale des entreprises ?


D'abord que nous devons changer de vue sur les disruptions. Il est contre-productif de résister avec la technologie précédente, mais ça l'est peut-être également d'adopter à reculons ou très en retard la technologie disruptive sans explorer en avance le modèle suivant. 

On peut disrupter un disrupteur!


Ensuite, nous prenons conscience que l'architecture est un domaine de disruption du business, compris malheureusement par encore trop peu de managers du business. Pourtant c'est bien un Internet des plateformes, moins homogène qu'actuellement, qui est en train de se mettre en place, et l'entreprise devra décider où aller y faire du business. Moins homogène car de nouveaux standards apparaissent mais également parce que les plateformes centralisés des GAFAs perdront de leur influence avec le développement d'architectures peer-to-peer.


Enfin, ne confiez donc pas uniquement la responsabilité de l'architecture aux techniciens, comme les  DSI, qui ont été recrutés pour en gouverner la trajectoire sur le long terme. Par définition une disruption n'est pas compatible avec une gouvernance planifiée et elle les surprendra sans grande anticipation.
L'architecture devient donc un enjeux métier par ses capacités de transformation du business. C'est pourquoi il est certainement indispensable d'intégrer dans les objectifs de la DSI des critères business, et pas uniquement techniques, d'utilisation de l'architecture qu'elle propose à l'entreprise et à son écosystème,.

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