mercredi 13 septembre 2017

Budget 2018: n'oubliez par le "legacy" sous le tapis


C'est généralement à la rentrée que les projets SI se décident. Ils préparent les budgets d'investissements 2018 et vont influencer les futurs coûts d'exploitation à la hausse (nouvelles applications) ou à la baisse (rationalisation, dé-commissionnement...).

C'est donc la bonne période pour se poser la question des priorités et donner du sens à cette évolution du SI. Les développeurs agiles diraient qu'ils définissent le "sprint goal SI 2018", si un sprint d'un an reste encore dans le domaine de l'agilité ;-)

Par expérience, dans les organisations DSI qui sont plutôt conservatrices, ce sont souvent les projets de l'année, que l'on ne veut pas quitter, qui se perpétuent et occupent la majorité du temps de décision. Un projet technique qui dérape ou une conduite des changements métier sous-estimée, voilà deux raisons pour qu'un projet budgété sur 2017 se retrouve également en 2018 sans qu'on ne lui pose plus trop de questions sur ses finalités ou sur son ROI pourtant amputé par le coût du décalage.

En dehors du cadre d'un schéma directeur pluriannuel qui donnerait à l'avance les priorités, cette approche laisse parfois peu de place (et surtout peu de ressources) pour tester les nouveaux sujets comme par exemple l'Iot ou l'IA, deux infrastructures structurantes pour les applications de demain. GreenSI a donc toujours été favorable à "sanctuariser" à priori les budgets d'innovation (en pourcentage par exemple) pour éviter que les urgences du présent empêchent de préparer demain.

Mais ce n'est pas le seul problème d'avoir un présent... un peu trop présent. On en oublie également parfois le passé !

Ce que l'on a tendance à oublier dans cet exercice de budgétisation, ce sont les projets qui concernent les systèmes développés il y a quelque temps et qui n'ont pas été modifiés depuis; appelés souvent "legacy". Après tout ils ont fini par tomber en marche alors on n'y touche plus !

Pour GreenSI c'est une vision avec laquelle il faut être de plus en plus prudent, même si ce n'est pas très porteur auprès des métiers d'expliquer que l'on veut renforcer quelque chose qui pour eux n'est plus un sujet depuis longtemps. Et pourtant l'actualité nous montre que si.


En premier lieu à cause de la sécurité, comme nous l'ont rappelé en 2017 les attaques mondiales par "ransonware" Wanacrypt ou NotPetya.

Car ce "legacy" est peut-être stabilisé fonctionnellement mais il reste techniquement vulnérable en fonction de choix historiques qui ne pouvaient présager l'avenir des plateformes techniques et surtout de leur maintenance par les éditeurs, Microsoft dans le cas présent.

En second lieu quand ce legacy concerne l'ERP, une partie complexe à transformer au cœur de l'entreprise, car elle irrigue de nombreux métiers et processus. Or les risques de ruptures technologiques dans les stratégies des éditeurs augmentent actuellement, ce qui nous ramène au point précédent (le risque d'avoir une plateforme non maintenue). Mais on verra également que l'ERP aura un rôle à jouer dans l'efficacité de l'entreprise digitale qu'il pourrait hypothéquer.

Les cyber-attaques cherchent le maillon faible

Quand en mai 2017 les hôpitaux anglais NHS ont été bloqués plusieurs jours sans pouvoir gérer administrativement les patients, ou que deux semaines plus tard le site Renault de Sandouville a dû être mis à l'arrêt, c'est bien parce les SI de production utilisaient des composants techniques avec des portes dérobées ouvrant sur les milliers d'ordinateurs de l'entreprise. Ce n'était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière fois, car l'étanchéité de ces systèmes ne sera jamais totale. Il vaut donc mieux considérer que ça va revenir et s'y préparer.

Comment? En ne laissant pas au hasard (et aux seules décisions métiers) la capacité à maintenir le socle technique des applications installées lors du lancement des systèmes. Ce socle technique devant être maintenu et mis à jour régulièrement, cela va relancer les projets de rationalisation par une réduction du nombre de technologies employées et surtout de ne garder que technologies maintenues par les éditeurs. Voilà donc déjà une idée pour 2018, certainement moins glamour que de connecter le CRM avec un chatbot, mais peut être plus rentable si les attaques reviennent...

Ceci remet donc sur le devant de la scène la capacité de l'entreprise à développer ses applications sur un socle technique commun, plus facile à sécuriser et à cloisonner,.. et non un socle technique par application, au grès des sous-traitances à tel ou tel fournisseur choisi pour être moins disant.


En y ajoutant un soupçon de "cloud", on peut également s'intéresser à créer une "Plateform as a Service"(PaaS), de préférence open source, pour éviter de dépendre du choix des éditeurs de stopper ou pas le support selon leur intérêt à ce que vous engagiez la migration sur une autre version.

L'ERP, socle back-office du monde digital

L'autre raison de regarder son legacy de près c'est de se préparer à une éventuelle mauvaise nouvelle du côté de votre ERP !

Avec la transformation numérique des organisations on aurait presque oublié que l'ERP, avec sa base de données unique pour toute l'entreprise et ses processus transverses, est le fondement de la stratégie SI et de l'efficacité des processus internes, fussent-ils back-office.

Or cette efficacité se révèle être un facteur clef dans la transformation numérique qui digitalise les processus et les étends au-delà de l'entreprise et au-delà des terminaux standards de l'entreprise.

Vous pensiez peut-être qu'Amazon n'était qu'un portail ? C'est surtout une machine logistique totalement automatisée, exploitant des robots dans ses entrepôts pour aider ses employés à tenir la cadence des commandes, et s'engager sur les délais jusqu'au point ultime de livraison de votre appartement au 13em sans ascenseur. La force d'Amazon est donc autant dans son front-office que dans la performance de son back-office à répondre aux engagements pris avec les clients.

On ne peut donc se résoudre à simplement garder son ERP "en l'état", parce qu'il est tombé en marche, sans se questionner sur son rôle à 3-5 ans quand les processus seront totalement numérisés.


Or l'ERP a quelques faiblesses potentielles dans ce nouveau paradigme, comme celui d'être fermé sur lui-même (par construction), de s'intégrer difficilement et de garder jalousement ses données.

C'est certainement un handicap pour pouvoir innover rapidement avec de nouveaux produits ou services numériques sans avoir à le faire évoluer. En effet, les projets ERP restent toujours très risqués (cf. Chaos report) et 1 projet sur 3 ne respecte pas ses délais, son budget ou ses fonctionnalités, s'il n'est pas arrêté avant.

D'autre part une étude CXP de 2014 montre que  plus d'un ERP sur deux en France est âgé de 5 à 10 ans (54 %) et près d'un tiers (29 %) est installé depuis plus de 10 ans. Seules 16 % des installations datent de moins de deux ans. Les modules déployés le plus souvent étant la comptabilité et les achats, dans 73 % des cas chacun, puis la gestion commerciale (67 %), la gestion financière (51 %) et la gestion de production (43 %). Des sujets qui sont au cœur du fonctionnement de l'entreprise, même digitale.

Autre risque, les ruptures technologiques et la migration vers le Cloud demandent aux éditeurs des investissements importants pour faire évoluer leur progiciel. Une obligation que la concurrence des nouveaux entrants leur rappelle tous les jours. Les éditeurs avec une base installée plus faible, ou sans recapitalisation, risquent d'avoir du mal à financer cette bascule technologique en même temps que le passage vers un modèle à l'usage.

Deux exemples d'évolutions où l'ERP "traditionnel" est challengé :
  • Le CRM est un module qui a déjà basculé du côté des domaines où plus d'une vente sur deux est en SaaS. Les éditeurs n'offrant pas de SaaS sont condamnés à court terme.
  • Les objets connectés vont aussi permettre de rendre plus performant les processus avec plus de données pour les piloter, encore faut-il que ces données soient connues de l'ERP. L'ouverture de l'ERP, la création d'un écosystème autour de l'ERP sont deux sujets prioritaires à l'agenda des éditeurs qui proposeront demain les fonctionnalités les plus avancés.
Certains cabinets de conseil comme IDC vont même jusqu'à prédire l'arrivée d'une plateforme ERP post-digital (i-Erp, the new backbone for digital transformation).

En conclusion, que ce soit à cause de la sécurité de la plateforme technique, du risque d'obsolescence d'une solution éditeur ou des freins à automatiser des processus totalement numérisés depuis le smartphone du client, il y a certainement un intérêt à toujours regarder dans le rétroviseur si les systèmes d'hier suivent toujours.


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