samedi 3 juin 2017

Artificial Intelligence first!

L'actualité autour de la nomination du nouveau gouvernement d'Edouard Philippe cette semaine nous a peut-être fait passer à côté de la Google I/O, la conférence des développeurs de Google qui s'est tenue du 17 au 19 mai à Mountain View.

GreenSI l'a vue comme la confirmation d'un tournant pour Google, l'intelligence artificielle, pris il y a quelques temps sous la direction de son CEO Sundar Pichai, qui a ouvert avec une keynote très inspirante.

Il y a dix ans, pour le maître de la recherche sur Internet qu'il avait transformée en revenus publicitaires massifs, la bascule vers le mobile était une question stratégique. Les internautes allait de moins en moins utiliser un PC. Sa doctrine était devenue: "mobile first".
Rétrospectivement, on voit que la stratégie d'ouverture d'Android a payé devant iOS et que Google est leader mondial de l'internet mobile, même si le mobile a aussi été une opportunité pour Facebook qui a regagné du terrain sur la publicité en ligne.

Aujourd'hui, c'est sur cette nouvelle IHM que va devenir l'intelligence artificielle sous toutes ses formes, qu'Alphabet remobilise toutes ses divisions avec un nouveau cri de guerre : "AI first" !

L'IA a donc été présente, mais pas toujours visible, dans toutes les annonces majeures des nouveaux produits et services de cette conférence. C'est toute une stratégie de plateformes, de services et d'applications qui est en train de s'installer pour permettre à Alphabet de garder sa position avec l'arrivée de la prochain vague de l'internet, celle des objets connectés et intelligents.

Dans les annonces, l'assistant vocal de Google continue de s'enrichir et vient d'ailleurs de débarquer en français dans Allo sur smartphone. Cet été il sera disponible également dans Google Home, l'objet connecté qui concurrence directement Amazon Echo et son assistant vocal intelligent Alexa qui a surpris tout le monde en 2016 par son succès fulgurant (estimation de 10 millions vendus à fin d'année). Des maisons aux hôtels, la force de frappe d'Amazon en a fait un produit grand public recherche.

La guerre pour l'interface utilisateur ultime est donc déclarée, et comme sur le mobile, c'est celui qui ira la plus vite à déployer son assistant dans tous les terminaux qui aura une position dominante dans les revenus qui découleront des prochains services, par exemple, de publicité ou de conciergerie.

Pour accélérer son développement, Alphabet a donc annoncé la mise en place d'un nouveau département transverse "Google.ai" qui permet en interne comme en externe d'aider les projets avec de l'expertise et une plateforme ouverte de services reposant sur l'intelligence artificielle. Dans ce domaine la puissance de calcul est essentielle et constitue une barrière à l'entrée ce qui rime avec centralisation.

Comme pour Android, la vitesse d'adoption dépendra du nombre d'applications lui-même dépendant de la taille de la communauté des développeurs, d'où les efforts pour diffuser TenserFlow le produit de machine learning développé pour ses besoins propres et mis à la disposition gratuitement de la communauté.

Ainsi, contrairement à l'approche classique des éditeurs, Alphabet ouvre sa recherche et propose à ceux qui veulent se lancer d'utiliser ses applications, sachant que la valorisation viendra ensuite dans les services. 

Ensuite Alphabet cherche à dépasser l'interface vocale avec le visuel (Google Lens), très adaptée au mobile, et qui lui permet de trouver rapidement des synergies grâce à sa domination dans les mobiles. Ainsi avec votre prochain téléphone Androïd dopé aux services de reconnaissance visuelle de Google, vous pourrez pointer visuellement un objet et en extraire en temps réel de l'information. 

Une image vaut mieux qu'un long discours, la bataille pour l'interface homme machine se déroule aussi sur ce terrain!

Alphabet a également annoncé la poursuite de ses investissements dans deux industries qui vont être révolutionnés par l'IA, les véhicules autonomes et la santé. Mais contrairement aux nouveaux produits qu'il créé en innovant là où il n'y avait rien, comme avec les assistants, dans ces industries il y a déjà des acteurs historiques qui vont certainement résister et de nouveaux entrants aux arguments bien rodés comme IBM Watson ou @-health, donc GreenSI avait déjà parlé. La compétition sera donc dure.

Profitons de ce billet pour saluer Valéo, équipementier automobile inconnu du grand public, dont pourtant la vie de chacun dépend puisqu'il équipe entre autres les systèmes de freinage et de gestion du moteur de nombreux constructeurs.  Valéo a donc annoncé il y a 15 jours qu'il allait avoir l'autorisation du ministère de l'Intérieur de l'autoriser à faire rouler un Range Rover sans chauffeur dans les rues de Paris. L'algorithme de Valéo va donc être confronté progressivement à la circulation d'une grande métropole, avec comme point ultime la traversée de la place de l'Etoile. 

Cette annonce est très importante puisqu'elle déplace le centre de gravité du véhicule autonome sur l'Europe et rappelle aux américains que cette industrie est aussi dominée par Renault-Nissan, BMW et Mercedes.

Aux européens maintenant de dépoussièrer les vieux projets ITS - Intelligent Transport Systems - comme ARAMIS, PROMETHEUS, SOCRATES et autres ERTRAC engagés autour de la route intelligente depuis au moins 30 ans et prendre en compte qu'ils ont été pris de vitesse par Google et Tesla en seulement 10 ans.

Par exemple pour améliorer la logistique des villes ERTRAC, dont la roadmap figure dans le schéma ci-dessous, pourrait peut-être aussi penser à des flottes de drones ?


En tout cas c'est comme cela qu'Amazon y pense en France puisque qu'ils ont annoncé cette semaine l'ouverture du centre de développement du programme Prime Air à Clichy en région parisienne. Un centre qui va devoir inventer les logiciels de gestion des routes aériennes des drones entre celles des avions et celle des camions, reposant certainement sur beaucoup l'intelligence artificielle.

L'avenir reste donc à écrire. Voilà un sujet de réflexion et d'amélioration pour engager des projets numérique ambitieux, et espérons pragmatiques et opérationnels, au niveau européens comme Airbus ou Ariane nous y avait habitué.

Mais revenons en France avec notre nouveau secrétaire d'Etat au numérique, Mounir Mahjoubi, qui a trouvé dans ses tiroirs en prenant son poste le rapport "#FranceIA". La stratégie de Google est certainement le signal de remettre ce dossier sur le dessus de la pile, à côté de celui de la transformation numérique des TPE/PME, car si il y a des domaines où c'est bien le rôle de l'Etat d'être visionnaire et de faciliter l'émergence d'industries (en tout cas de ne pas l'empêcher), l'Intelligence Artificielle est certainement tout en haut de la liste.
Pour être leader dans les techniques d'IA la France est très bien placée, c'est ce que montre le rapport #FranceIA, mais avec le risque de développer la valeur ailleurs. Google qui ouvre sa technologie et sa recherche montre bien que l'essentiel de la valeur n'est pas ici mais dans les services et les nouvelles industries qui vont émerger.

Pour être leader dans les services d'IA il faut être leader dans la captation de données. Seules les données massives et la répétition permettront aux machines d'apprendre assez vite pour dépasser l'homme dans certaines tâches. Les réseaux sociaux où s'échangent la majorité des données de l'Internet sont presque tous contrôlés par des américains ou des chinois (il y a bien Blablacar...), leur donnant un avantage indéniable pour contrôler les futurs services intelligents aux personnes.

Mais la France et l'Europe peuvent cependant encore capturer les données de la vague suivante de l'internet, celles des objets et des machines. C'est donc dans la transformation numérique de l'industrie, de la ville, de la route, de la voiture ou de la maison, dopée aux objets connectés et à l'intelligence artificielle, que se cachent peut-être les géants européens de demain si on prend aujourd'hui les bonnes décisions d'investissements.

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