lundi 16 janvier 2017

Entreprise du futur: Arrêtons de parler de la technologie

Ce billet a commencé dans une discussion sur Twitter à propos d'un article qui parlait "des technologies du futur de l'Internet des Objets" et citait la litanie des technologies à la mode (bigdata, IA, blockchain...).

C'est un article qui coche certainement tous les buzzwords du moment pour attirer l'attention en pleine période du CES de Las Vegas quand les technologies les plus folles sont sur le devant de la scène, mais un article qui donnait peu de clefs sur le futur aux non initiés.

Il y a un an, un billet de GreenSI mettait d'ailleurs en garde sur le piège de "la déférlante des acronymes de nouvelles technologies" pour imaginer sa stratégie numérique (Priorités de la DSI 2016: place au concret !). Non, si vous n'avez pas de projet blockchain ou bigdata cette année vous n'avez pas raté votre vie ! ;-)

D'où la question de GreenSI : est-ce que cela a encore un sens de parler de technologies et non d'usages ?

Le mot usage est sur toutes les bouches, mais on continue de trouver trop beaucoup d'articles sur les 7 ou 10 technologies qui vont changer le monde, alors qu'on sait bien que ce seront les usages qui s'en chargeront.

L'entreprise du futur le sera d'abord par son organisation et son utilisation du numérique.

Gilles Babinet parle de plateformes dans son dernier ouvrage (Transformation digitale: l'avènement des plateformes), en faisant référence aux GAFAs, mais ne nous y trompons pas, ces plateformes ne sont bien sûr pas uniquement technologiques.

Certains domaines comme celui de la "voiture autonome" ont pris de l'avance dans cette direction comme le faisait remarquer le dernier billet (CES 2017). Pour parler de l'avenir de la voiture, on pourrait évoquer l'IA, les capteurs, les radars, le logiciel embarqué, le logiciel temps réel, le bigdata,... mais finalement c'est bien l'usage, et l'interface homme-machine au coeur de cet usage, qui prime: rendre la voiture autonome.

Donc désolé, mais pour GreenSI l'internet des objets n'a pas de futur en tant que tel.

L'IoT contribuera peut-être à l'avenir de nombreux usages et de nombreuses industries. Il sera certainement essentiel dans l'avenir des usines et de l'industrie en général, on parle même d'Industrial IoT pour souligner les progrès qu'il a y à faire en terme de sécurité et de robustesse. L'IoT a aussi besoin des autres technologies de la donnée et de leur analyse pour être pertinent. Seule, l'IoT reste une technologie.

C'est la même vision qu'il faut avoir avec la ville intelligente, "smart city" pour les anglophones, qui représente l'évolution des usages pour rendre le modèle de la ville durable avec l'augmentation continue de la population urbaine et améliorer la qualité de vie pour tous les citoyens.

Les premières expérimentations menées par des sociétés de technologies américaines ne rencontrent plus un tel engouement aujourd'hui, quand les collectivités ne peuvent y mixer les usages par les citoyens, ou leurs usages pour se transformer elles-mêmes.

Et puis la FrenchTech est passée par là, avec une vision plus centrée sur les usages de la ville en France et moins sur des frameworks mondiaux censés fonctionner aussi en Inde et en Amérique du Sud. Les plateformes doivent s'adapter dans chaque pays au contexte légal et aux attentes de leurs utilisateurs.

On peut également citer la technologie blockchain, devenue célèbre avec son premier usage, la monnaie électronique décentralisée comme le bitcoin, mais qui est aussi promise à un bel avenir dans de nombreux domaines où la traçabilité et la confiance peuvent réinventer les usages et les chaînes de valeur. Ce sera certainement le cas dans le secteur de l'assurance.

Alors pitié, arrêtons de ne parler que de technologies, de les égréner à l'infini. Ne faisons pas que répéter qu'il faut parler d'usages, mais recentrons le débat sur les usages, justement !

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise technologie. Mais il y a des usages qui se discutent, se débattent et s'approprient pour faire évoluer la société. Les technologies de base de données ou d'internet servent autant aux dictateurs qu'aux démocraties, à créer des fichiers et à surveiller les populations...

La confusion vient peut-être du fait que les technologies comme le bigdata ou la blockchain restent des domaines de compétences. Des domaines d'apprentissage pour ceux qui rejoignent l'industrie du numérique après l'école ou par reconversion. Ces domaines ont des experts, souvent reconnus, qui structurent les organisations des prestataires de services (conseil, ESN...).
Mais ces technologies et leur découpage sont-ils pertinents pour parler des projets et des trajectoires des entreprises ou de la société ?

À l'heure du lancement des nouveaux projets pour 2017, ne tombez pas dans le panneau de lancer un projet bigdata ou blockchain, vous serez forcément déçu si vous n'avez pas un objectif centré sur un usage attendu. Et l'usage dépend de vos utilisateurs, de votre business modèle ou du design initial.


C'est d'ailleurs une question qui se pose à toute l'industrie des prestataires informatiques, regroupés en Syntec Numérique, pour aborder leurs nouveaux clients. Une approche segmentée par technologies ne semble plus pertinente pour aborder les projets de demain.

Les nouveaux acteurs de l'innovation comme le NUMA, ou des sociétés qui ont remis à plat leur offre comme Weave, ne parlent plus de technologies mais d'étapes dans la construction agile d'un nouveau produit ou d'objectifs pour l'entreprise du futur : découverte, exploration, MVP - minimum viable product,...

À ces nouveaux acteurs de mobiliser l'équipe technologique pluridisciplinaire, interne ou externe, qui pourra faire progresser la réflexion, puis la construction des nouveaux services et surtout de l'organisation pour les opérer.

L'intelligence artificielle et les algorithmes avancés, qui d'ailleurs n'ont rien de nouveau et existent depuis les débuts de l'informatique, vont obliger à aller plus dans la fabrication collaborative des produits, tant le modèle mathématique, la modélisation numérique de l'objet (de la 3D aux 7 niveaux du BIM - Building Information Modeling) et les mesures temps réel de l'objet sont intimement liées.

Le marteau, les clous, les ciseaux et la tenaille, nous ont impressionnés quand ils ont été forgé la première fois, mais c'est bien notre capacité à créer l'atelier de menuisier capable de fabriquer tout ce qui est en bois qui fera la différence.
Pour GreenSI, l'avenir est sans aucun doute aux méthodes et aux organisations qui sauront outiller la fabrication collaborative de services autour de maquettes numériques (modèles, data, API). Par exemple, les "fablabs" pour les objets physiques, Autodesk pour les objets 3D, Github pour le logiciel, Trello pour la conception agile... Ces outils collaboratifs sont certainement là pour durer et nous aider à réinventer les ateliers à l'ère du numérique et de la collaboration généralisée.

Ce seront des ateliers capables de forger tous les matériaux dont l'entreprise du futur a besoin pour ses nouveaux usages.



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