mardi 20 septembre 2016

Que penser des objets connectés en entreprise?

Les objets connectés est un sujet qui a envahi le grand public depuis 2012. À tel point qu'aujourd'hui les objets connectés ont leurs propres boutiques spécialisées ou leurs "corners" chez les grands distributeurs d'électronique. 
Cependant, l'échec relatif (par rapport aux prévisions de ventes) des premières montres connectées - dont celle d'Apple qui n'a pourtant pas lésiné sur les moyens marketing - n'en font pas encore un objet incontournable.
Mais que penser de ces objets dans l'entreprise en 2016 ?

Sujet d'innovation en 2014 (GreenSI des objets connectés pour innover à la DSI), a t-il franchi les étapes de l'adoption et de la compréhension des ruptures qu'il porte pour toute l'entreprise et pour son système d'information ? C'est le thème de ce billet.


Si les prévisions se réalisent, chaque personne sera équipée de 6 ou 7 objets en 2020, offrant autant d'opportunités aux entreprises pour se connecter à leurs clients ou à leurs salariés (car ils ne vont pas les laisser à la porte de l'entreprise). Cette évolution du CRM omnicanal a déjà été traitée par plusieurs billets sur GreenSI et ne sera pas ici le focus.

Pour GreenSI, la première idée à garder en tête sur l'objet connecté en entreprise, c'est peut-être de commencer par oublier que c'est un objet.

C'est vrai que le marketing grand public a mis le focus sur l'objet lui même : la montre, le bracelet, le thermostat, même le hub pour les connecter dans la maison a une petite bouille toute mignonne,...

C'est certainement pour en faire un produit rassurant, haut de gamme et donc relativement cher, histoire de financer le marketing et la R&D de ces nouveautés.
Mais le plus important, ce n'est pas l'objet lui-même, ce sont bien sûr les données !

Celles qu'il collecte et qui sont utilisées pour délivrer le service : coach santé, économies d'énergie, surveillance et confort dans la maison,... D'ailleurs les produits grand public n'aiment pas trop que l'on pose des questions sur les données personnelles collectées par tous ces objets...

Dans un cadre professionnel c'est tout à fait différent et surtout beaucoup plus réglementé.

Il ne faut donc pas chercher dans l'entreprise les nouveaux objets connectés à acheter, mais les nouvelles sources de données,capturées en automatique et en continu sur des équipements, mobiles ou non, et même sur l'immobilier.

Une flotte de véhicules géolocalisés dont les tournées sont optimisées par rapport à la circulation et aux commandes clients est un cas d'application que l'on connaît bien dans les secteurs où le prix du carburant et où la maîtrise des délais de livraison jouent un rôle important dans l'offre de l'entreprise ou sa différenciation. Et bien c'est un exemple d'intégration d'un objet connecté dans l'entreprise !

L'objet "véhicule" existait déjà, mais il a été "augmenté" par les données qu'il peut capter et transmettre en continu pour permettre le traitement par des algorithmes plus ou moins sophistiqués.

Vous l'aurez compris, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, l'entreprise a déjà ses applications "objets connectés" depuis bien longtemps. Et leurs données circulent déjà dans son système d'information.

Mais alors qu'est-ce qui change en 2016 ?

Du moins pour les entreprises qui cherchent déjà la maîtrise de ces chaînes d'information, du terrain à la décision, notamment toutes les entreprises avec une partie de leurs agents, véhicules ou actifs dispersés sur les territoires de leurs prestations.

Tous connectés

La première idée, c'est peut-être qu'il y 10 ans il fallait construire son propre réseau de communication ou faire appel à des spécialistes de chaque objet à connecter qui avaient déjà leur propre réseau. Le marché était plus ou moins segmenté par secteur d'activités.

Aujourd'hui les réseaux disponibles sont plus nombreux: le GSM data a encore de beaux jours devant elle, Lora, Sigfox ou 169MHz en longue portée se déploient alors que d'autres montrent déjà le bout de leur antenne (NB-IoT). Ce contexte est donc favorable pour l'entreprise à une (re)négociation des prix et des services, donc à la réduction du coût d'exploitation des objets connectés. De nouvelles applications autrefois non rentables peuvent maintenant envisager de se connecter avec plus de données collectées.

D'autre part, le développement des objets grand public, smartphone en tête, a fait exploser l'offre de capteurs en tout genres à des coûts raisonnables. Le capteur est presque devenu une commodité avec de nouveaux acteurs généralistes pour compléter les offres souvent spécialisées par industrie qui existaient. Il est donc aujourd'hui beaucoup plus facile de prendre un objet de l'entreprise et d'en faire un objet connecté, en lui ajoutant les capteurs et le réseau adapté à l'usage opérationnel souhaitée.

Ne cherchez donc pas les nouveaux objets connectés de l'entreprise : ils sont déjà autour de vous !

Plus intelligents

La seconde idée, c'est que l'analyse de données a fait beaucoup de progrès ces dernières années, que ce soit pour traiter les volumes (technologie "map reduce" pour paralléliser les traitements qui est maintenant à la portée de tous les projets avec Hadoop ou Spark en open source), ou pour en tirer de la valeur notamment avec des algorithmes prédictifs par apprentissage (machine learning). Voir le billet GreenSI sur la santé connectée et sa vraie rupture, le prédictif.

Ces objets connectés qui produisent des données sont donc devenus intelligents, "smart" diront certains ;-)

Connectés + Intelligents = Systèmes complexes + adaptatifs

Dans l'entreprise, les objets de votre entourage font maintenant partie d'un système complexe qui associe des équipements matériels bourrés de capteurs, de choix de la connectivité, du stockage de données produites à tous les niveaux (notamment pour assurer larésilience quand le réseau se coupe), des capacités de calcul locales (microprocesseurs) et bien sûr du logiciel.

C'est le logiciel qui permet de développer de nouvelles fonctionnalités pour ces objets, ou la chaîne dans laquelle ils opèrent. Il ouvre le champ à des applications intelligentes intégrant ces nouvelles chaînes de données issues des objets connectés, parfois bi-directonnnelles, devenues de véritables systèmes ou solutions. Les besoins couverts partent du simple "monitoring" et évoluent vers une complète autonomie à piloter le système.

Le logiciel amène une autre rupture par rapport à l'objet classique, sa capacité à être mis à jour et amener de nouvelles fonctions aux objets, autrefois figés fonctionnellement en sortie de l'usine de fabrication. Cette mise à jour ne peut cependant pas tout résoudre, sinon Apple aurait rendu son AppleWatch étanche avec un simple patch logiciel au lieu de devoir sortir (et nous vendre) un nouvel objet AppleWatch 2 ;-)

Tout objet physique aura donc aussi une partie numérique, parfois embarquée et/ou parfois dans un Cloud, qui délivrera son intelligence ou ses services.
Une vision pourrait être que ces systèmes complexes sont les applications de demain, les solutions "smart", pour insister sur leur capacité à gérer des systèmes répartis en intégrant objets intelligents et processus métier. On peut imaginer par exemple une évolution de la logistique pour être plus adaptative et plus résiliente en fonction d'événements non prévus, ou pourquoi pas une ville intelligente qui optimiserait seule sa maintenance et ses services en s'appuyant sur toutes les compétences de la ville.



Ceci va demander à l'entreprise de repenser l'architecture des objets qu'elle va rendre connectés et intelligent.

Elle va aussi devoir adopter un peu plus le Cloud, public ou privé, interconnecté à internet et aux offres de connectivité du marché qui pourront communiquer avec tous les objets. Le système d'information de l'entreprise continue donc de s'étendre, mais la gestion de cette extension sera de moins en moins gérée en interne de l'entreprise, car elle demande ouverture, interopérabilité, et mutualisation (pour réduire les coûts) ce qui poserait un problème de sécurité (ou de complexité) si ce nouveau SI était hébergé au coeur du SI "traditionnel".

Le défi de la DSI, ou de la Direction du Digital, est donc de penser une nouvelle infrastructure et son architecture pour l'internet des objets, tout en restant connectée au SI actuel pour faire le lien avec les processus métier.

Finalement, Monsieur Jourdain a encore un peu de boulot...

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