lundi 4 juillet 2016

DevOps: évoluer vers une DSI agile

Jeudi 30 juillet se tenait la dernière matinée de la "DevOps Connection", organisée par CA Technologies, et dontGreenSI avait déjà parlé lors du lancement de la série en janvier (DevOps: autre moteur de la transformation digitale). Une série de meetups sur ces 6 derniers mois, qui ont mobilisé à chaque fois entre 60 et 80 professionnels, pour partager leurs retours d'expérience sur cette démarche et ses résultats.

Ce billet est donc l'occasion de faire le point sur DevOpsde mesurer l'évolution de la prise de conscience des DSI à transformer le développement et des changements que cela amène dans l'industrie des services informatiques toute entière.
Lors de cette matinée, lebaromètre Netmediaeurope, réalisé pour l'occasion, nous a appris que les organisations qui recourent ou s'inspirent de DevOps :
  • sont 6 fois plus nombreuses à avoir réussi à réduire de moitié les délais de livraison des applications (30% vs 5%), un point critique dans l'évaluation des DSI par les métiers
  • que les décideurs métier travaillant dans ces organisations sont 4 fois plus nombreux à considérer que la disponibilité des applications est "très bonne" (23% vs 6%)
  • enfin, que 44% d'entre elles réduisent de "beaucoup" les coûts de développement ou de livraison des applications
Pour GreenSI, qui avait publié son premier billet sur DevOps en 2014 en se demandant pourquoi personne n'en parlait en France, la lame de fond DevOps est bien en train d'atteindre toutes les DSI, et les résultats des premiers adeptes sont engageants. Tout au moins, DevOps est un très bon étendard pour souffler le changement à la DSI quand l'entreprise demande plus d'agilité pour la fabrication de ses applications.

Car maintenant, le développement d'applications est sous les feux des projecteurs de l'entreprise numérique.

Ce sont les applications qui sont devenues les nouveaux services numériques en ligne supportant la transformation des business modèles, et qui restent tout autant stratégiques en back-office pour permettre une logistique quasi temps réelle.
Le suivi de ce processus est devenu un nouveau standard. Une bonne question que la DG devrait poser (si ce n'est pas déjà fait), c'est "en combien de temps savons nous développer et déployer une nouvelle application dans tel domaine ? "



Pour ceux qui avancent avec DevOps, le délai n'est pas le seul critère et des KPI plus précis commencent à émerger, comme ceux proposés par des ESN présentes à la matinée. Par exemple le taux d'échecs des déploiements qui couplé avec une démarche "lean" permet aussi de s'améliorer en continue. Que de chemin parcouru !



En professionnel de l’informatique, j’ai découvert l'importance du DevOps il y a 10 ans, sans que ce nom ne lui soit donné à cette époque, lorsque les sites d’e-commerce cherchaient à ouvrir de nouvelles fonctionnalités chaque semaine pour rester dans la course. Pour y arriver, les "champions" avaient travaillé sur l’organisation en parallèle des équipes – chaque semaine une équipe livrait –, et la communication était sans faille entre ceux qui préparaient ou développaient ces nouvelles fonctionnalités et ceux qui assuraient le fonctionnement du site Internet.

Les pratiques de management des systèmes d’information, issues des méthodes de gouvernance traditionnelles de l’informatique et développées pour un monde de stabilité qui avait tout le temps devant lui, trouvaient leur limites.

Quand le rythme des besoins en fonctionnalité s’est accéléré et que l'environnement s'est complexifié, avec l'augmentation du nombre d'acteurs et la disparition des frontières entre l'intérieur et l'extérieur de l'entreprise, on a atteint un point de rupture.

Oubliez donc tout ce que vous savez sur le "cycle en V" !
Il n'est plus adapté à de plus en plus de projets de l'entreprise. Il faut reconstruire une méthode pour piloter les développements dans une économie numérique.
DevOps, qui est plus une démarche qu'une méthode aboutie, englobe beaucoup d'outils qui se sont développés partout pour chercher une solution à ce problème. C'est un étendard dont le nom sonne bien et qui a fédéré les énergies pour transformer le processus de fabrication des applications.

Mais derrière les applications, c’est bien de la transformation complète de la DSI qu’il s’agit, et plus largement de toutes les équipes en charge de manager le SI, qui ne sont plus toutes pilotées par la DSI.

DevOps n’est donc pas une nouvelle mode, ni un nouvel acronyme pour briller dans les dîners. DevOps est un guide de survie dans une économie numérique et collaborative, dans laquelle les professionnels de l’informatique se sont retrouvés en première ligne, sans toujours le vouloir... 

Le moment de l'arrivée de ce point de rupture n'est pas un hasard !
DevOps est arrivé quand la productivité amenée par le Cloud, l’agilité demandée par la conquête de l’Internet, et lefonctionnement 24 h/7 j amené par la mondialisation, se sont combinés pour créer un nouveau paradigme.

C’est donc une nouvelle façon de faire de l’informatique adaptée à l’attente numéro un des entreprises : leur transformation digitale interne et externe. C'est le thème du livre "Mettre en oeuvre DevOpsd'Alain Sacquetconsultant DevOps confirmé, qu'il m'a demandé de préfacer et de commenter avec le regard d'un DSI, thème abordé de façon très pragmatique.

Car si la DSI a su grandir et trouver sa place dans un modèle d’informatique stable et robuste, au point de reprendre dans son management direct tout ce qui se connecte au réseau de près ou de loin, cela ne lui préserve pas nécessairement sa place dans une époque d’informatique agile et dynamique. Idem pour les divers fournisseurs de la DSI, que ce soient les ESN ou les hébergeurs.

Pourtant elle a de sacrés atouts pour assurer ce rôle quand elle maîtrise DevOps, et devient l'une des toutes premières Directions de l’entreprise à avoir adopté à grande échelle l’agilité. Un sujet aussi très présent dans les discussions de toutes les Directions et de la Direction Générale.

Et puis, dans une économie numérique, il restera le socle robuste du système d’information à faire vivre, alors pourquoi ne pas s’organiser pour la robustesse ET pour la flexibilité, et prendre un second coup d’avance dans cette économie numérique si puissante mais finalement si fragile ?
Le principal frein pour l'adaptation des ESN, identifié dans les débats qui ont suivi les présentations, reste le prix de développeurs, fortement sous influence de la Direction des Achats.

Avec DevOps, on achète plus des ressources, mais une "tribu" qui sait déjà travailler ensemble, ce qui ne s'apprécie pas avec un simple TJM. Les engagements doivent porter sur la célérité (nb de points par jour par développeur), et non uniquement sur le prix par jour. À la fin le client est gagnant car le résultat est la multiplication des deux.

De plus, un TJM bas ne permet pas d'enrôler dans son équipe les meilleurs, car la pénurie des développeurs (confirmés et coaché) est une réalité. Les salaires risquent donc de se rééquilibrer entre les chefs de projets et consultants en amont (dont on aura moins besoin) et les développeurs (dont on aura plus besoin).

Et puis DevOps permet de libérer la valeur de la proximité des équipes qui travaillent parfaitement ensemble à un rythme élevé. Une valeur qui peut l'emporter sur la réduction des coûts promises par l'off-shore dont le modèle pourrait devenir obsolète. Décidément le TJM comme seul critère est sérieusement remis en question.

Donc encore du changement à venir dans les organisations...
Dans tous les cas, DevOps doit clairement être une source de réflexion et d'inspiration pour tous les DSI, voire de devenir leur manuel de survie, en permanence sur leur table de nuit, pour éviter d'être réveillés en sursaut par le cauchemar de l'inadaptation de leur organisation à une économie numérique.

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