lundi 6 juin 2016

Oracle a-il la tête dans les nuages?

Cette semaine une ancienne comptable d'OracleSvetlana Blackburnpoursuit Oracle en justice car elle pense qu'elle a été congédiée, en octobre 2015, suite à son refus "d'ajuster les données" pour améliorer la présentation des comptes de la division Oracle Cloud Services.

Elle affirme que la Direction Générale lui a demandé d'ajouter quelques millions de dollars dans les comptes de facturation "prévisibles" pour soutenir les revenus du Cloud et les communications prévues en fin d'année.

Oracle de son côté a publié un communiqué pour affirmer que la société était confiante dans ses comptes de l'activité Cloud. Mais cette information a quand même jeté un doute sur les marchés financiers et fait chuter immédiatement l'action Oracle le 2 juin de plus de 4%, et dans de gros volumes échangés.



Une information qui a aussi retenu l'attention de GreenSI pour ce billet, dans le contexte "technico-juridique" actuel de cette société très présente dans les DSI et qui après son rachat de SunMicrosysems, s'est retrouvée avec deux nouveaux métiers: fabricant de hardware et acteur de la destinée du langage Java (le plus utilisé pour les développements sur Internet).

Deux nouveaux métiers où le juridique prends tout le devant de la scène pour Oracle en ce moment :

  • Oracle avait attaqué Google sur la propriété des API Java incorporées à l'OS Android et utilisées par Google notamment pour ses smartphones. Mais Oracle vient de perdre cette bataille judiciaire. Et les DSI peuvent souffler un peu car en cas de victoire d'Oracle, d'autres procès auraient eu lieu, avec des risques sur la pérennité de Java actuellement en open source (comme l'avait lancé Sun au départ).
  • Et puis cette autre affaire qui se déclare cette semaine: HPE attaque Oracle et réclame $3 milliards de dommages, car HPE estime avoir subi un lourd préjudice avec l'abandon du support des processeurs Itanium (utilisés par HPE), ce qui arrange bien les ventes de hardware du nouveau constructeur Oracle.
Toutes les attentions seront donc portées vers les revenus de sa division Cloud.

Oracle doit publier ses résultats le 15 juin et ils seront certainement épluchés par tous les analystes pour y voir les résultats des annonces et de la stratégie mise en oeuvre depuis le retrait du fondateur Larry Ellison. Une stratégie pas si simple à déchiffrer, avec de multiples questions ouvertes pour ses clients, comme l'abordait déjà le billet de GreenSI en septembre 2014.


Il est vrai que la société a annoncé la croissance forte de ses ventes dans le Cloud (+57%) qui représenterait $583 millions.

Et le toujours très bouillant Larry Ellison, de rajouter "qu'ils allaient devenir la plus grande société de SaaS et PaaS dans le monde" !
Et pourtant, on part de loin pour réaliser une telle affirmation. En 2008, Larry Ellison faisait une conférence devenue célèbre pour expliquer que le cloud n'avait aucun avenir et ne voulait rien dire (bande son sur YouTube). C'est d'ailleurs certainement ce que devaient penser la majorité des DSI de l'époque. Comme quoi , tout changer très vite...


Est-ce qu'on ne serait pas dans un bon Tex Avery: il suffirait d'y croire pour avancer dans le vide ? Ou est-ce qu'il y a une réelle hyper-croissance du Cloud Oracle ?

Entre temps Salesforce, leader mondial des ventes de CRM en SaaS, a refusé l'offre de rachat d'Oracle qui se murmurait en 2015. De plus, cette semaine Salesforce vient de faire un pas de géant dans le e-commerce avec l'offre de rachat de Demandware pour $2,8 milliards. Un domaine ou le Cloud d'Oracle essaye aussi de se développer par acquisitions successives.

Oracle se retrouve donc a un moment charnière de son histoire, démontrer qu'il a pris le virage du Cloud. Mais surtout rassurer sur le fait que les logiciels "non Cloud" qu'il vend aujourd'hui aux DSI du monde entier, ne sont pas des "pilules empoisonnées" augmentant leur dette technique car ils ne pourront jamais évoluer vers les infrastructures Cloud qui sont pourtant l'avenir.

Oracle n'est pas le seul bien sûr. Tous les éditeurs de logiciels sont confrontés à cette transformation de leur modèle technologique, qui est aussi une transformation de leur business modèle (licence vers abonnement) sans compter la capacité d'investissements demandée pour y arriver.

En janvier de cette année le cabinet d'analyse Gartner mettait d'ailleurs en garde les DSI dans une de ses publications (payante), contre les chiffres annoncés par les acteurs du Cloud. Le cabinet d'analyse y relèvait par exemple une communication d'IBM qui annonce "$9,4 milliards de revenus dans le Cloud sur les 12 mois glissants" et un peu plus loin d'un "taux annualisé de $4,5 milliards pour les activités As as Service". Des concepts compliqués et difficiles à croiser, lâchés sans explication d'IBM.

Pour Microsoft les chiffres des logiciels en SaaS comme Office 365 ou Dynamics CRM, incluraient nécessairement des ventes plus classiques de licences sur microordinateur si les stockage des données se fait sur OneDrive. Le cas d'Oracle y est aussi abordé mais on attendra l'issue du procès pour se prononcer.

La recommandation est donc de ne pas faire confiance aux multiples annonces et de proposer aux DSI une batterie de questions à se poser avant d'écouter le chant des sirènes. Par exemple comme celles d'isoler la part des technologies sous-jacentes (dont la vente, la location ou l'hébergement de matériels), du conseil et de l'assistance ou encore d'identifier les nouveaux clients de la plateforme cloud des anciens.

Et pourtant le Cloud n'est pas une option, que ce soit pour les nouveaux ou les anciens systèmes. D'ailleurs pour me le rappeler tous les jours une affiche représentant un tableau du peintre Magritte trône fièrement dans mon bureau. Non, dans les SI, ce n'est pas si surréaliste que cela ;-)



Les DSI pressés par leur DG pour la transformation numérique de l'entreprise pourront à l'avenir s'inspirer de la réponse d'Elon Musk, CEO de Telsa qui a présenté ses comptes ce 1er juin. 

Quand on lui a demandé si la construction de l'usine pour la Tesla Modèle 3 avançait bien, Elon Musk a donné une réponse dont il a le secret : "aussi vite que la vitesse de mon fournisseur le plus lent..." 

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