lundi 15 juin 2015

Le numérique demande une nouvelle vision des choses

GreenSI ne sait pas si il y a une ancienne et une nouvelle économie, mais il y a certainement une nouvelle façon de voir les choses avec le numérique. Pour l'illustrer GreenSI a repéré cette semaine trois règles qui questionnent certaines de nos "vérités".

Dépasser la notion de métiers et d'industries

Le premier échange qui a inspiré cet article, et son titre, est bien sûr le "Twitter clash" entre Alain Afflelou (opticien) et Marc Simoncini (iFrance, Meetic et maintenant Sensee) qui s'est produit cette semaine. Le premier, s'en prenant au second, pour le questionner sur la légitimité de sa startup Sensee de s'attaquer au marché des verres et lentilles de contact par internet. Insinuant qu'il faudrait être opticien pour rentrer sur ce marché et que les entrepreneurs du numérique n'ont pas de métier.

Venant de Alain Afflelou, lui aussi grand entrepreneur qui a créé et compris l'importance de la marque et du marketing avant les autres acteurs de son industrie, on peut être surpris par cette question. Car cela a permis à son groupe d'assurer rapidement  une présence sur tout le territoire, pendant justement que les autres restaient dans la vision de l'opticien "commerçant de proximité".

Aujourd'hui les territoires à conquérir sont numériques et la proximité se créé aussi sur les réseaux via internet et téléphones mobiles connectés.

Les métiers, ou les industries, ne sont plus des barrières et encore moins des repères. C'était déjà le constant de GreenSI en octobre 2014 avec ce billet - Vers la fin des industries? - qui reposait plus sur l'intuition, que sur une analyse détaillée: les industries et avec elles les métiers, sont de moins en moins pertinents dans un monde numérique. Quel est le métier de Google, ou de Facebook?

Inversement le numérique est de plus en plus pertinent dans les métiers. Les sociétés s'appuyant sur le numérique peuvent rapidement être reconnues comme crédibles sur des métiers établis. C'était le constat, en octobre 2013, quand Google faisait la une du salon de l'automobile et réveillait l'industrie avec la voiture sans chauffeur (Numérisez-vous vite avant que les Techs Companies ne prennent votre business). 
Aujourd'hui "l'Ubérisation" (GreenSI avait lancé l'expression "se faire Digivorer" il y a quelques années) est vue comme un risque par les dirigeants des grandes entreprises et l'industrie automobile multiplie les annonces sur la voiture connectée et/ou autonome.


Cette semaine c'était le lancement de Futur en Seine, le festival du numérique en Ile de France, avec plus de 100 conférences et ateliers, un village des innovations et plus de 80.000 visiteurs attendus. Le numérique se porte bien et les robots circulent en liberté à la Gaîté Lyrique.


Un endroit où il faut aller se perdre, pour glaner de nouvelles idées et de nouvelles façons de penser. Dans la brochure remise à l'entrée, une citation de John Cage qui devrait inspirer Alain Afflelou: "Je ne comprends pas pourquoi les gens ont peur des idées nouvelles. Moi, j'ai peur des vieilles idées". Visiblement Alain ne doit pas lire GreenSI, allez tchin, tchin!

Réinventer les services avec l'hyper-personnalisation

Dans les nouvelles idées de ces jeunes pousses, il y en a une à laquelle croit beaucoup GreenSI: réinventer les services avec une extrême personnalisation. Plus tu me connais, mieux tu peux me servir.

Bien sûr, il faudra résoudre l'équation de la protection des données personnelles, mais avant de dire que ce n'est pas possible ou que ce n'est pas notre métier, si on écoutait ces jeunes pousses dans les allées de Futur en Seine ;-)

GreenSI y a rencontré Sépage, une jeune entreprise issue de la recherche universitaire française qui cherche à exploiter le potentiel des systèmes prédictifs et des données publiques (wikipedia notamment). Sa réalisation MARA (site qui sera lancé en juillet) imagine le futur de l'achat de voyages en ligne, avec un site qui ne vous propose que ce qui vous plait.
 
Première conviction de MARA: pour personnaliser votre voyage vous devez vous connecter avec votre compte Facebook.Donc l'accès au site se fait par un login Facebook. Cela permettra d'analyser vos données et de vous faire des recommandations pertinentes. Un peu comme votre agence de voyage du coin de la rue, qui finalement, vous connaissez bien.

Autre idée intéressante, vos choix sont dictés par vos goûts mais aussi par la perception des autres. A vous de voir si de retour de vacances vous préférez dire que vous êtes allé au Club Med à Marrakech ou faire un Trek au SriLanka. Et pour cela MARA a imaginé le scoring des voyages par votre réseau en analysant les goûts de vos relations sur Facebook.

Mais sans accès Facebook pas de service! C'est gonflé. Mais c'est une conviction forte qui devrait nous faire réfléchir sur les bases CRM des entreprises. Et si finalement la bataille était perdue d'avance et qu'avec l'explosion des données, la base CRM "ultime" ne sera plus jamais dans l'entreprise à l'avenir... 


Mélanger Bigdata, machine learning (le nouveau mot à la mode pour Intelligence Artificielle) et eTravel, c'est certainement le type de combinaison qui nous prépare les services numériques de demain et devrait orienter nos réflexions sur l'évolution de nos SI et services numériques d'aujourd'hui.

Maintenant, on peut se dire que demain l'accès aux données personnelles va être encore plus difficile qu'aujourd'hui. Mais l'intérêt d'un service comme MARA c'est qu'il explique le lien qui est fait entre vos données et ses recommandations: il propose Istanbul car c'est une destination culturelle en phase avec vos "posts" et vos "likes". Il rend plus acceptable le partage des données personnelles. En tout cas il amène du neuf par rapport au modèle actuel "service gratuit contre données, sans autre explication des usages qui en sont fait".

Et puis GreenSI suggère à MARA de glisser un service de type "Akinator" (ce bon génie qui devine à qui vous pensez grâce aux statistiques) pour poser les 2 ou 3 questions discriminantes statistiquement, et humaniser la phase de découverte et rendre encore plus pertinent le choix final.

Si MARA marche, il devra s'ouvrir à d'autres sources de données personnelles comme vos commentaires Tripadvisor ouHotels.com, à chaque fois avec votre accord. D'ailleurs Thomas Houriez de Sépage reconnait que 95% des données stockées dansFacebook sont inutiles pour leurs algorithmes.

Il ne reste plus qu'a imaginer l'accès temporaire certifié (le temps de l'analyse) à vos données personnelles, pour rendre "l'hyper personnalisation des services" encore plus acceptée. A l'avenir si les consommateurs ont confiance dans l'usage de leurs données, ils seront encore plus enclins à les partager, y compris, voire même peut être surtout, leurs données de santé.


Mélangez virtuel et réel

Autre jeune pousse intéressante, Vinoga. Un jeu pour découvrir l'univers du vin. Avec le jeu, comme dans FarmVille (dans Facebook) vous allez gérer une exploitation agricole et découvrir les cépages, les techniques vinicoles... en cherchant a atteindre l'équilibre financier de votre exploitation. Du classique dans les jeux virtuels et les serious game.


Ce qui a retenu l'attention de GreenSI, c'est la possibilité de commander le vin fabriqué!

Comment? En étalonnant les différents types de vins possibles et en créant un équivalent avec des bouteilles bien réelles aux mêmes caractéristiques. Passer du virtuel au réel, et réciproquement, va se développer sous de plus en plus de formesVinoga nous l'illustre de façon très originale.

Bien sûr le festival Futur en Seine avait ses stands d'imprimantes 3D, autre façon de passer du virtuel au réel, et de repenser les processus de gestion des pièces détachées ou les pièces produites en petites quantités. Mais aussi de tester un produit conçu avec un ordinateur (CAO) en l'imprimant en 3D à petite échelle, même à distance.

Mais on peut aussi tester un produit non encore fabriqué (en réel) dans des simulateurs virtuels. Deux exemples rencontrés au festival, dont celui deRenault, associé à d'autres acteurs (CEAThéorisON-X...) dans le projet VARI3 pour Intuitive Interface Interactive, qui permet via des lunettes que l'on porte de positionner notre tête (et notre angle de vision) dans l'espace. Cela permet ensuite de nous déplacer dans le prototype d'une voiture à tester, pour en apprécier, avec nos sensations réelles, si les objets sont à la bonne distance et nous plaisent.



L'image ci-contre est la vue générée en permanence par le simulateur au fur et à mesure que vous vous déplacez. En se rapprochant on zoom sur les équipements et même passer la tête par la portière pour regarder la peinture de la  carrosserie. 

Autre exemple plus connu, celui d'un jeu vidéo joué avec le casque d'immersion Occulus Rift  qui permet au jouer de "rentrer dans le jeu" et de piloter, un avion par exemple, avec une manette.

Mais comment faire disparaître la manette pour rendre le jeu encore plus naturel? C'est l'objectif de Prodigy. Les figurines sont détectées (via NFC) sur un plateau et reproduites sur l'écran de celui qui joue avec vous. Réciproquement vous voyez ses figurines sur votre écran. Pour les actions, des cartes sont posées sur ce plateau de jeu, détectées, et les actions exécutées par le jeu. Cette fois ci c'est le numérique qui s'immerge dans le réel. Concept prometteur et sortie fin d'année.


L'intérêt de ces dispositifs c'est de projeter l'humain dans le virtuel avec ses propres sensations, encore plus performantes (pour combien de temps) que les calculateurs des machines. Et l'innovation venant du grand public, il n'y a pas de raison qu'elle stoppe à la porte de l'entreprise. On peut donc raisonnablement imaginer que ces dispositifs soient exploités par nouveaux e-commerçants, pourquoi pas pour démarrer le voyage acheté chez MARA.

Avec la transformation numérique, préparez-vous donc à un monde sans industries cloisonnées, ou les services sont personnalisés à l'extrême et où le virtuel et le réel se mélangent a volonté. A consommer sans modération.

Et si vous avez un moment de libre cette semaine, Futur en Seine se prolonge sur plusieurs lieux jusqu'au 21 juin.

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