lundi 13 octobre 2014

Mais où sont donc passées les geekettes?

Si vous lisez cet article sur GreenSI, il y entre 7 et 9 chances sur 10 pour que vous soyez un homme!
Tout simplement parce que c'est l'ordre de grandeur du nombre de femmes dans l'industrie informatique en France, mais aussi de l'autre côté de l'Atlantique.

Mais où sont donc passées les geekettes?

GreenSI est allé en rencontrer à la remise des trophées Excellencia. Une initiative de Syntec Numérique (commission intitulée Femmes du Numérique), et de l’EPITA, école d’ingénieurs dont le Président Joel Courtois se désespère de ne pas avoir plus de 7% d'étudiantes acceptées à l'entrée. Un score que l'on retrouve dans la majorité des meilleures écoles d'ingénieurs avec des débouchés dans l'informatique (11%) si on en croit le classement de la revue l'Etudiant. Les scores les plus élevés sont à 16-20%.

Ce qui explique la difficulté, 5 ans plus tard, de recruter des jeunes diplômées dans notre filière et donc dans les effectifs des ESN (services, éditeurs, hébergement...). Elles ne seraient que 30% dans les Entreprises de Services Numériques. Ceux qui souhaitent consulter une analyse plus détaillée, se reporteront à l'étude très complète du Cigref publiée l'an dernier (PDF).

Ce trophée a donc comme objectif d'attirer les jeunes femmes dans le numérique, de briser les stéréotypes, et de faire prendre conscience que les métiers des nouvelles technologies sont aussi une opportunité d'avenir pour les femmes.
 
D'ailleurs quand on parle de stéréotypes, en cherchant des images dans Google avec le mot "geekette", on y trouve plus de filles déguisées en héroïnes de jeux vidéos masculins, quand ce n'est pas en manettes de jeux, que de professionnelles de l'informatique. Il y a encore du boulot...



Mais pourquoi donc des femmes dans le numérique?

Vu de GreenSI la réponse est assez triviale: augmenter mécaniquement le nombre de lecteurs!

Mais au delà de l'humour, tout simplement parce que le numérique manque de candidats  tous sexes confondus, et que la Commission Européenne pronostique une pénurie de compétences qui laisserait un million de postes vacants en Europe d’ici à 2020. Alors pourquoi se priver d'un vivier de talents juste parce que nos métiers ne sont pas connus ou que les préjugés sont coriaces?

Et puis l'histoire a montré que certaines femmes avaient été déterminantes dans le développement de cette industrie. Pour ne citer que Grace Hopper conceptrice dans les années 50s du langage COBOL et du premier compilateur. Une informaticienne issue des mathématiques (Doctorat à la prestigieuse Université de Yale) qui rappelle les liens étroits, au début de l'informatique, entre ces deux disciplines.

Mais en 2014, plus besoin d'avoir une licence en mathématiques pour faire de l'informatique. Même si la filière ingénieur domine encore certainement, les origines des professionnels sont diverses. Il n'y a qu'a faire un tour sur LinkedIn pour s'en convaincre.

D'ailleurs, fin des années 1980, la pénurie d'élèves ingénieurs liée à la croissance forte des SSII (et de salaires d'embauche plus beaucoup plus élevés) avait même conduit des promos entières d'ingénieurs agronomes a se reconvertir dans les systèmes d'information et à quitter leur aspirations pour la biologie.

Depuis, les femmes ont atteint le sommet des DSI. Même les plus grandes dans le privé (GDF SUEZ), ou dans le public (CUB, CNIL). Et la DSI de l'année 2011 en France, Pascale Avarguès (Ville de Bordeaux), a aussi été reconnue DSI de l'année au niveau européen. Titre remis par Neelie Kroes, autre femme et ex-Commissaire Européen en charge de la société numérique. Terminons pas nos deux Secrétaires d'Etats à l'Economie Numérique, successives, Fleur Pellerin et Axelle Lemaire.

La qualité est donc là, c'est la quantité qui pose problème.

Et c'est certainement une chance, que dans les tendances qui impactent la DSI, on trouve le rapprochement avec le marketing, pour la conception des produits numériques, et le rapprochement avec la communication, pour pilotage des relations numériques - internes et externes - de l'entreprise sociale. Marketing, Communication, deux secteurs qui attirent plus les étudiantes que l'informatique, mais qui finalement, via un chemin détourné, pourraient amener ces talents a œuvrer in fine pour l'entreprise numérique.

Continuons donc à encourager l'attrait pour la filière SI, mais n'oublions pas d'élargir le champ au numérique tout entier, au delà des chefs de projets et des développeurs.

Il reste la question des salaires.

Une question qui n'a rien de spécifique à l'informatique, puisque pour l'INSEE, les hommes perçoivent en moyenne un salaire supérieur de 25 % (en équivalent temps plein) à celui des femmes. 

Une question qui a été posée cette semaine au CEO de Microsoft, Satya Nadella, lors d'une conférence pour la promotion des femmes dans les métiers de l'informatique (la Grace Hopper Celebration of Women in Computing) : Quel conseil donneriez-vous à une femme qui veut une augmentation? La réponse de Satya, de penser que le "système" détecterait sa compétence et d'attendre sagement une augmentation, n'a pas convaincu. Elle a même enflammée Twitter. Car justement il y a un biais dans le système, que les femmes qui assistaient à cette conférence, voudraient bien changer.

Ce qui a conduit le patron de Microsoft a s'excuser après coup sur Twitter ("Notre industrie doit combler le fossé entre les salaires des hommes et des femmes") et d'envoyer un email de clarification a toutes ses salariées avant de partir en week-end.
 
Remercions-le!
Car, outre d'avoir donné une partie de son temps précieux a cette conférence, il aura involontairement aidé a faire un peu bouger les choses dans la Silicon Valley, et même chez Microsoft qui n'affiche que 17,1% de femmes et aucune dans le top management. Un chiffre faible, comme dans beaucoup de sociétés d'informatique aux Etats-Unis, même si encore une fois la qualité montre la voie avec Meg Whitman (CEO HP) ou Marisa Meyer (CEO Yahoo!), mais la quantité ne suit pas.

Alors chères lectrices de GreenSI, vous êtes toutes fortement encouragées en cette fin d'année, a montrer votre contribution essentielle aux systèmes d'information de votre entreprise et à aller de ce pas, réclamer une augmentation à votre patron!Car visiblement de l'attendre ne suffit pas.
 

Mais n'oubliez pas aussi de parler de GreenSI à vos copines :-) 

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