lundi 24 février 2014

Des citoyens connectés, dans des villes déconnectées de la réalité d'Internet

Cette semaine a eu lieu à Paris, la 15eme remise des labels "Ville Internet" en présence de Bertrand Delanoë, Maire de Paris, et de Cécile Duflot, ministre de l’Égalité des territoires, pour récompenser les initiatives numériques de nos communes avec un label qui va de @ à 5@ et que vous pouvez fièrement afficher sur un panneau d'entrée de ville.

Quinze ans déjà que ces labels ont été lancés, et qu'ils ont été attribués à 945 collectivités locales, dont 268 en 2013. L'Ile-de-France, Rhône-Alpes, Nord-Pas-de-Calais, Lorraine et Aquitaine, étant les régions recueillant le plus de villes ayant reçu un label.
Cette année 187 villes restent au même niveau, pour ne pas dire stagnent, 27 progressent d'une @, 5 de deux @. Tous les détails dans un document de 7 pages mis en ligne sur le site du label Ville Internet.



Tout ça pour ça!

Car GreenSI est loin de partager le satisfecit qu'il règne autour de ces labels "Ville Internet". 

Rappelons-nous qu'il y a 36.683 communes en France pour mieux apprécier l'ordre de grandeur des chiffres donnés précédemment. On est très très loin du compte. Nous vivons donc majoritairement dans un désert d'initiatives numériques avec quelques bons élèves par-ci et par-là. Ou alors tous les dossiers ne remontent pas, ce dont on peut douter une veille d'élections municipales quand les équipes en place cherchent a valoriser leur action.
Et ce qui est grave, c'est que la croissance du nombre de dossiers depuis 2004 est plutôt nulle, si on en croit la courbe ci-dessous.


En tout cas rien à voir avec la croissance des courbes que l'on a l'habitude de regarder quand on parle d'Internet. 12 millions d'internautes en France en 2001, 41,2 millions en 2013 selon Médiamétrie. Le nombre d'internaute aurait été multiplié par 3,4 sans que les idées d'initiatives ne jaillissent? Peu crédible. Les équipes municipales ne vivent pas en autarcie et sont aussi connectées que le reste de la population.
D'ailleurs GreenSI s'est amusé a calculer le nombre de citoyens français qui vivent dans une ville 5@ ou 4@ : 3,5 millions soit 5,3% de la population. Et quand on considère toutes les villes qui en 2014 on eu un label, cela ne représente que 6,5 millions de Français soit un peu moins de 10% de la population.
Or quand on sait que plus de 3/4 des Français vivent en ville, ce n'est donc pas à cause de la population rurale que ces chiffres sont faibles. Encore une iée reçue. Madame la Ministre de l’Égalité des territoires a bien fait de se déplacer pour constater l'inégalité extrême des territoires entre ceux dans la salle et le reste de la France.
La fracture numérique entre les villes et les citoyens est en marche. Un comble dans un pays fier de sa démocratie locale, dont le Président se doit d'ouvrir chaque année le salon de l'Agriculture, symbole de la proximité locale.
 
La réalité c'est que le numérique est le dernier des soucis de la très grande majorité de nos élus. C'est l'hypothèse à laquelle arrive GreenSI pour expliquer un tel désintérêt sur une période si longue. Si vous avez un autre explication, n'hésitez pas à enrichir le débat en laissant un commentaire.
Il faut donc appeler à la sensibilisation de nos élus. 
Ce que certains comme Gilles Babinet, notre Digital Champion français auprès de l'Europe, ont commencé, avec par exemple ce livre. Un autre est en préparation chez Pascale Luciani-Boyer, membre du Conseil National du Numérique et Présidente de la commission numérique à  l'Association des Maires de France.
Mais cette sensibilisation ne pourra pas prendre 15 ans de plus !

Le politique aime bien imposer son rythme mais là il n'a plus la main. Google (9/1998), Facebook (2/2004), YouTube (2005), Twitter (2006), sont nés depuis la création des labels (1999) et ont changé la façon dont les relations s'organisent et se passent entre individus, que ce soit sur Internet, mais aussi dans la "vraie vie" (IRL) avec l'Internet Mobile.
Et les critères des labels sont suffisamment généraux pour intégrer ces changements :

  • L'accès public au numérique et à internet et à leurs usages
  • L'administration au service du public
  • La démocratie locale.
Pourtant un balayage rapide des initiatives, montre que peu d'initiatives exploitent encore le potentiel amené par ces changements, le social, le mobile et cloud. Même parmi les 5@. Donc vraisemblablement, si on devait considérer des critères de labels intégrant l'utilisation par les villes des réseaux sociaux ou la présence sur le mobile, beaucoup de villes dans le classement n'y figureraient peut être même plus.

Car ce sont bien les citoyens qui changent et qui vont plus vite que les équipes municipales sous l'impulsion des élus.

Le chiffre publié par La Tribune cette semaine fait réfléchir : plus de 80% des entreprises qui ont fait faillite en 2013 n'avaient pas de site internet. La non présence sur internet est devenue une variable statistiquement significative.

Du site "plaquette" au site interactif et communautaire

Mais le plus extraordinaire c'est quand même cette phrase dans la plaquette des résultats des labels 2014:

"Comme chaque année, un lot significatif d’une vingtaine de collectivités aurait dû enregistrer une baisse d’une arobase. Nous avons décidé de suspendre d’une année cette possibilité afin de ne pas courir le risque d’une éventuelle instrumentalisation politique en année d’élection municipale."
GreenSI ne commentera pas le fait que l'on puisse changer les règles d'un label en cours de route.

Ce que GreenSI trouve extraordinaire c'est qu'on change les règles justement l'année où les électeurs sont censés venir voter pour des résultats et un programme. Y compris sur le numérique bien sûr. Un peu comme si on annonçait qu'il n'y aurait plus de publication de l'évaluation des budgets municipaux les années électorales, où qu'on ne comptabiliserait plus les pollutions environnementale et autres sujets délicats pour les équipes sortantes. Et pourquoi pas carrément ne plus publier de données les années électorales?

Est-ce qu'on a bien intégré les changements d'usages d'Internet depuis 15 ans? 

Un site internet ne serait encore qu'un outil de communication, qui devrait même être interdit pendant les campagnes électorales? Si c'est le cas, voici donc le fond du problème qui confond développement du numérique pour le territoire et développement de la réputation de l'élu.
C'est d'ailleurs ce que GreenSI a trouvé dans le bilan d'un maire sortant d'Ile de France. Quelle piètre excuse que d'expliquer a ses administrés que le nouveau site de la ville (l'ancien date de 2005 année des @@) n'a pas été mis en ligne à cause des élections qui arrivent. Et pourquoi pas à cause de l'Europe...

 
On ne doit pas parler du même site internet comme outil numérique de la ville.
GreenSI parle d'un site internet permettant le lien entre une équipe municipale (il n'y pas que des élus) et les citoyens.
D'un site qui via des formulaires en ligne, permet de faire ses demandes administratives et d'entrer en relation avec les services publics locaux dont les horaires d'ouvertures ne sont pas toujours adaptés aux nouveaux rythmes de vie.
D'un site communautaire qui permettrait de créer du lien entre associations locales et citoyens, de stimuler l'économie du partage et de l'échange en développement.

Non, on ne doit clairement pas parler du même site internet, pour risquer une infraction au code électoral si on le met en ligne.

Élection municipales, une chance pour la fracture numérique?

Heureusement la capitale montre l'exemple. Les programmes numériques sont (pour l'instant) un élément de débat entre les candidates.
Et "poids politique" des deux candidates oblige, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusco-Moriset, ils sont même relayés par la presse spécialisée. 


Car s'il y a une certitude c'est bien que la fracture numérique est un sujet politique. Au sens premier du terme, "la vie de la cité", numérique en l’occurrence. Dans ces deux programmes :

On y parle d'utiliser le numérique comme un facteur d'attractivité du territoire.
On y parle du numérique comme un accès public aux données... même les années électorales!
On y parle du numérique comme un moyen de faciliter la participation citoyenne et de se préoccuper en urgence de ceux qui n'y ont pas d'accès.
Espérons que ces programmes de campagnes ne resteront pas lettre morte une fois que les urnes auront départagé les candidates. Espérons aussi que dans les autres villes de France le numérique sera un sujet de prise de conscience et de propositions des candidats. Il est temps de se remonter les manches dans les 90% des villes qui ne sont pas encore labellisées Ville Internet.

Que l'on puisse enfin clore ces labels qui ne devraient plus exister après 15 ans, car le numérique est maintenant installé, comme le développement durable ou la sécurité, et qu'il devienne un axe normal et quotidien de relations avec les citoyens et de développement du territoire. Avez-vous encore un panneau à l'entrée de la ville pour dire qu'il y a l'eau courante dans cette ville ?
Et pourtant je peux vous dire que les distributeurs y travaillent tous les jours et qu'ils innovent en permanence. Mais c'est juste devenu "normal". L'internet citoyen est devenue la norme.


La France numérique avance à deux vitesses, mais la très grande majorité des Français attend encore le TGV. 

Pour combien de temps encore ?

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