dimanche 23 janvier 2011

Connectons nous tous à la ville numérique et intelligente

D'ici 2050, 70% de la population mondiale vivra en ville.
Dans la majorité des pays ce sont les infrastructures elles mêmes qui sont la priorité de développement: l'accès à l'eau, à l'énergie, les réseaux d'assainissement, de transport, des écoles, des logements, etc... Cependant dans les pays comme la France où ces infrastructures sont déjà en place depuis plusieurs dizaines d'années, l'enjeu est à l'optimisation de leur fonctionnement, à leur numérisation, au développement de leur intelligence.


Les fournisseurs de technologies informatiques l'ont bien compris. Car qui dit intelligence dit en partie système d'information pour collecter, trier, traiter, analyser et agir. Ainsi Atos Origin avec le développement de sa filiale Worldgrid ou IBM avec son programme Smart City, ré-organisent leurs équipes pour répondre à cet enjeu et développer leurs affaires.
Les opérateurs de réseaux de la ville n'ont pas attendus non plus pour développer sur leurs réseaux des systèmes toujours plus automatisés et sophistiqués, de telecollecte d'information. Pour par exemple donner l'horaire d'arrivée du prochain bus directement sur la borne d'un arrêt, ou relever tous les jours, voire toutes les 10 mn, les compteurs de leurs clients et optimiser leur utilisation de l'énergie ou détecter des fuites. 
Les habitants ont aussi commencé à utiliser les outils sociaux mis à leur disposition sur Internet et la capacité formidable des réseaux de communication et outils de mobilité, pour produire des données afin de mieux s'orienter dans la ville, de s'y déplacer virtuellement et de la vivre avec leur communauté.


Une quantité d'information incroyable ("big data") est produite et circule chaque minute dans les veines numériques de la Cité. Des centaines de fois plus importante que la quantité de données dont on avait besoin auparavant pour opérer la ville, entraînant un besoin immense en puissance de traitement et d'analyse. Les collectivités des grandes villes comme Rennes, Bordeaux ou Paris, engagées sous la bannière de l'open data, cherchent a stimuler l'ouverture des données publiques, qu'elles soient produites par les services de la ville ou par des opérateurs privés dans le cadre d'une délégation de service public.


C'est un bon début pour démontrer aux citoyens le bénéfice qu'ils peuvent en tirer et a un monde public parfois sceptique, si j'en juge les efforts qu'elles dépensent en congrès et rencontres pour répandre la bonne parole, et convaincre d'autres villes de s'engager dans l'aventure.
Mais une fois toutes ces initiatives menées à leur terme, l'enjeu de la ville numérique résidera dans l’interconnexion en temps réel de ces systèmesEt là, il me semble qu'on est loin d'avoir amorcé le début d'une réflexion tant le sujet est complexe. Que ce sois en terme de responsabilité juridique ou de business modèle, pour ne prendre que ces sujets qui me paraissent extrêmement flous dans le carcan législatif qu'on s'est choisi parfois pour justement empêcher cette interopérabilité et "protéger" le service public. La sécurité de ces infrastructures n'est pas non plus à négliger et leur interconnexion augmentera le risque qu'elles soient détournées.


Pour aller au delà de ces initiatives d'ici 2015, il me semble que la collectivité va devoir exister dans ce monde numérique et être visible de tous les acteurs.


Exister tout d'abord sur le plan technique par la mise à disposition de plateformes sur lesquelles les autres opérateurs pourront venir se brancher et faire circuler l'information et développer l'intelligence nécessaire à la Cité. Des plateformes qui devront aller au delà du simple référencement des sources de données, délivrer des services sécurisés et qui devront trouver leur modèle économique pour être durablement présentes et assurer la perennité des services qui s'appuieront sur ses flux.
Exister sur le plan des standards pour favoriser l'interopérabilité et donner une visibilité à moyen terme a des opérateurs qui redoutent les changements de cap au grès des élections municipales.
Exister vis-à-vis des citoyens les bénéficiaires de ces services. Les réseaux sociaux ne doivent pas être vus que comme un moyen de décliner la dernière campagne de communication, mais à l’instar des entreprises un moyen d'y engager la relation avec les citoyens. Les plateformes d'idées et de dialogue citoyen sont une première étape, mais elle demandent une énergie importante pour "y ramener" les citoyens et leur faire exprimer leurs idées. L'avenir me semble être d'aller dialoguer là où sont déjà les citoyens, c'est à dire dans les réseaux sociaux et il n'y a qu'a consulter les chiffres de temps passé sur les principaux réseaux sociaux (24h en Décembre 2010 soit presque 1h par jour).
Comment organiser cette présence ? Il y a eu débat cette semaine sur la communauté Useo entre la page ou le profil Facebook de la collectivité. La réponse est "les deux mon capitaine" car la collectivité doit tout autant rassembler ses administrés sous ses bannières (page fan) qu'agir elle même en tant qu'acteur de mise en relation avec des profils engagés et actifs autour de ses enjeux (biodiversité, ...), qui pourquoi pas, seront les stars du web local de demain. 
Les autres plateformes sociales comme Twitter pour informer en temps réel en puisant dans les flux de données opendata, Flickr pour le patrimoine numérique... ne doivent pas non plus être négligées.


In fine le bon vieux site web ne sera plus que la première page associée à l'URL de la collectivité où l'on passera de moins en moins de temps.  La présence numérique de la collectivité doit être ailleurs dans ces réseaux qui se prolongent jusqu'aux citoyens. Cette présence vient aussi de quitter le pré-carré du conseiller municipal en charge de la communication et de devenir un outil transverse à la disposition de tous les conseillers et de toutes les commissions: transport, développement durable, écoles... vaste programme de conduite des changements à engager!
Il n'y a qu'a surfer sur la carte du palmarès des villes Internet 2011 pour s'en convaincre. 12 ans après le lancement de ce label, les villes 5@ vérifiant tous les critères de maîtrise de l'internet et qui se présentent à ce label, ne sont pas encore légions. Or les critères de ce label n'ont pas encore adopté toutes les fonctionnalités nécessaires à la ville numérique. Il faudra donc du temps et d'ici 2015 je pense qu'il y aura peu de villes numériques élues même si les annonces fleurissent.




La ville numérique ne se développera donc pas par procuration.
La collectivité doit y jouer un rôle majeur, et ce rôle ira au delà de la stimulation d'un éco-système qui ne saurait, en l'absence de modèle économique, s'organiser seul pour agir de façon efficiente dans l'intérêt des citoyens. Elle devra renforcer sa présence numérique et réorienter ses moyens dans cet objectif, pour que nous puissions TOUS réellement passer au numérique. Alors prêt pour le numérique ?

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