samedi 30 mars 2013

Un vol de startups en Corée du Sud, avec Fleur Pellerin

Un vol de startups en Corée du Sud, avec Fleur Pellerin


 Le voyage de Fleur Pellerin en Corée du Sud a fait le buzz ce début de semaine.
Les origines coréennes de la Ministre aidant (Kim Jong-Suk de son vrai nom a été adoptée à l'age de 6 ans), les organisateurs ont été surpris quand elle a été reçue avec les honneurs d'un chef d'État et que tous les médias la voulaient en première page.
Mais cette "Fleurmania", relayée par la presse française, a peut être occulté la délégation qui l'accompagnait. Et quand on se rappelle que Samsung est devenu en 5 ans le (seul?) challenger mondial d'Apple, on se dit qu'il doit quand même y avoir de bonnes idées à glaner en Corée du Sud. Quand au Japon, il n'est pas en reste côté fabricants d'appareils électroniques ou de robots, des appareils bourrés de logiciels et reliés de plus en plus à Internet.
Ce voyage d'une semaine en Corée (du 24 au 27) puis au Japon (le 29) était donc aussi pour la France une opportunité de mettre en avant ses startups et ses technologies innovantes, qui ont embarqué dans la délégation ministérielle.

A la manœuvre UBIFrance, avec le concours d'Oseo, qui ont sélectionné au départ 12 sociétés, puis finalement 23 qui sont parties faire ce voyage. Avec comme point commun, qu'elles ont toutes des cibles de partenariats ou de prospects dans ces deux pays et y ont identifié des interlocuteurs à rencontrer.
Par exemple, Eco-compteur, un spécialiste du comptage de piétons et des cyclistes déjà présent dans 30 pays. Une technologie qui aurait le potentiel chez nous de réconcilier les organisateurs de manifestations et la police qui ne sont jamais d'accord sur le nombre de participants, mais qui a visiblement aussi des opportunités plus à l'Est ;-)

Ou encore, Geoconcept spécialisée dans les applications des systèmes d'information géographiques (SIG) et Questel le spécialiste des bases de données de brevets. Bref, nos technologies numériques savent s'exporter et nos entrepreneurs ont du talent, ça fait du bien d'entendre ça en ce moment.
Et quand on est une startup de 5 personnes, comme Wikipixel, ce voyage est une opportunité exceptionnelle pour accélérer son développement commercial. Le créneau de Wikipixel, c'est d'être la plateforme de référence pour gérer les médias des entreprises (photos, vidéos,...). Certes, on pense tout de suite a Picassa, mais ce service grand public racheté par Google ne sait pas bien gérer les droits et le partage, et encore moins l'entreprise. Et depuis son intégration à Google+ l'entreprise a finalement peu d'alternatives, qui sont souvent chères et offertes par des agences de communication qui revendent l'accès à leur propre plateforme.

Mais là encore, les besoins évoluent vites, et les solutions des agences ne savent souvent pas gérer les formats du web ou la géolocalisation. Il n'en fallait pas plus à Wikipixel pour chercher a ouvrir la brèche sur ce marché et de convaincre, plusieurs entreprises et collectivités locales, de lui faire confiance.

Comme les nouveaux acteurs du web, Wikipixel s'adresse aux entreprises, mais son modèle est basé sur le Freemium. Tous les salariés peuvent y créer gratuitement un compte de 2Go et commencer à y organiser leurs photos et partager ces médias: service communication, commerciaux, magasiniers... Tous ceux qui sont submergés par le développement du multimedia dans l'entreprise lié à la généralisation des équipements numériques. Tous ceux qui trouvent une limite dans les classiques répertoires de fichiers qui sont finalement peu adaptés aux photos et vidéos. Ensuite quand on augmente le volume stockage ou les services, l'entreprise doit prendre un abonnement payant. Le tout avec des conditions contractuelles qui laissent toute la propriété des médias à l'entreprise et qui ne cherchent pas à exploiter les données personnelles... suivez mon regard.

Car la photo demande un traitement différent des autres documents de l'entreprise: pour en gérer les droits (copyright), la diffusion (plusieurs tailles et formats), le traitement (recadrage),... Et Wikipixel amène à l'entreprise, en mode SaaS, toutes ces fonctions autour d'un stockage sécurisé et collaboratif. Et pour les plus grandes entreprises, Wikipixel sait se brancher sur un annuaire et lui offrir ce même service en "marque blanche", mais depuis son intranet ou son réseau social.

La semaine dernière au salon Documation (le rendez-vous du document numérique) où GreenSI les a rencontrés, et la semaine suivante à Séoul et au Japon; nos jeunes entrepreneurs sont plein d'énergie pour convaincre des partenaires et de nouveaux clients.

A la clef, convaincre les fabricants de matériels électroniques Coréens et Japonais de travailler avec Wikipixel et d'intégrer sa solution à leurs équipements.  
C'est gonflé! Mais c'est là que la délégation ministérielle et ses interprètes peuvent être une sérieuse aide.

Dylan Goubin, le DG fondateur de Wikipixel est un récidiviste. Il a créé il y a 4 ans une solution pour envoyer des emails avec des pièces jointes volumineuses (weSend), puis une plateforme de stockage de fichiers sur internet (weDrop) et maintenant une plateforme de partage de fichier multimédias (Wikipixel).

A chaque fois, le cœur de la solution est une solution technique de stockage et de sécurisation de données. Pour weSend par exemple, une simple plateforme ftp avec une interface pour y déposer un fichier, envoyer lien, et laisser le destinataire télécharger le fichier. Vu de l'utilisateur, ça marche comme un email, mais ça ne passe pas par les serveurs emails et évite de les encombrer. Car la faiblesse de l'email c'est que les pièces jointes sont recopiées autant de fois qu'il y a de destinataires. Et quand ces pièces jointes font 2Go, ça peut faire effondrer rapidement la plateforme email... d'où l'intérêt de weSend pour l'entreprise.

Vu d'une DSI, tout ça c'est du stockage, circulez il n'y a rien à voir! vraiment?

Et pourtant ce sont bien des solutions différentes qui s'adressent a des publics différents. Et ce qui fait la valeur de chaque solution, c'est bien  leur interface et leur ergonomie, et non la plateforme technique sous-jacente. D'où ce voyage pour aller plus loin dans l'intégration du logiciel avec des équipements et fournir une expérience utilisateur encore plus forte.
 
Il y a peut être dans cette approche, une leçon a tirer dans les DSI sur les liens qu'il existe entre les infrastructures et les services collaboratifs pour les utilisateurs. Ce qui a de la valeur pour l'utilisateur c'est bien le service final (envoyer un mail volumineux) et non pas la technologie sous-jacente (ftp). Quelque chose qui est devenu une banalité avec Apple, Google ou Amazon, mais qui est facile à oublier dans le feu de l'action de nos projets SI.

Alors merci a ces entrepreneurs de nous le rappeler et nous attendons avec impatience le développement de la Wikipixelmania dans l'entreprise...

dimanche 24 mars 2013

Le réseau social, votre nouvel email

Le réseau social, votre nouvel email


C'est un des sujets suivis, par GreenSI depuis quelques temps: l'entreprise va-t-elle basculer vers de nouveaux usages de communication en remplacement d'une partie de nos e-mails?

Cette semaine, au salon Business Connect 2013 à Paris, IBM a présenté ses réalisations et les retours d'expérience de ses clients. La vision d'un poste de travail collaboratif (voir article) plus élaboré que l'email, se précise un peu plus.



Avec l'extension de sa plateforme sociale pour y intégrer les e-mails, les utilisateurs vont pouvoir disposer d'un point d'accès unique pour l'ensemble de leurs outils de collaboration, que ce soit les médias sociaux, les e-mails, les documents, les blogs...

Depuis 2009, avec l'adoption des réseaux sociaux à l'extérieur de l'entreprise et le développement des réseaux sociaux internes (RSE), de nouvelles formes de collaborations plus efficaces que l'email se sont développées. Elles sont utilisées pour la veille, la gestion des connaissances, le partage documentaire au sein d'une équipe projet, la recherche d'experts ou les discussions. C'est ce que l'on regroupe sous le terme générique d'entreprise ou de collectivité 2.0 et qui a aussi occupé le devant de la scène au Entreprise 2.0 Summit à Paris cette semaine.

Décidément c’était LA semaine des annonces pour nous faire changer nos mauvaises habitudes avec l'e-mail.

Mais avec un e-mail très bien installé dans les usages, l'avenir de l'entreprise 2.0 n'est pas nécessairement assuré... Et nos "early adopters" de la collaboration se voient contraints de continuer à utiliser massivement l'e-mail pour communiquer avec le reste de l'entreprise qui n'a pas basculé.

A moins qu'on amène ces "retardataires" a découvrir ces nouveaux usages collaboratifs depuis leur email, qui, selon Osterman Research représentent 116 milliards d'envois par jour pour 800 millions de travailleurs. Avec en comparaison 0,4 milliard de tweets par jour, on mesure l'écart d'échange d'information entre l'e-mail et le social. Dans ce flot d'information, l'email est totalement écrasant.

C'est donc le pari d'IBM de prendre par la main ces retardataires, beaucoup plus nombreux, et de faire de leur email (pour ceux qui ont Notes) le centre de la plateforme de collaboration pour partager les connaissances. Avec à la clef (on l'espère) la productivité du personnel et la valeur de l'entreprise. Et comme la collaboration embrasse aussi la mobilité, ce poste de travail d'un nouveau genre est disponible sur iOS, Android, Windows Phone et même le tout dernier BlackBerry 10.

Presque trois ans après l'annonce du "projet vulcain" en 2010, la vision d'une nouvelle collaboration débarque sur les écrans des utilisateurs. 




Mais IBM n'est pas le seul à poursuivre cette vision (qu'il a en partie forgée). BlueKiwi, la plateforme de réseau social, depuis son rachat par ATOS en 2012 a lancé son projet ZEN, pour Zero Email Network. Et avec une première version en Octobre 2012, on retrouve déjà une organisation de l'information très efficace pour communiquer et collaborer au sein des communautés et équipes projets.

Mais à moins de l'interdire ou d'inciter fortement les collaborateurs à moins l'utiliser, l'e-mail peut pour l'instant continuer de vivre sa vie à coté de ZEN si aucune réponse n'est donnée pour l'intégration du mail et du réseau social.



Mais celui qui met les bouchées doubles c'est Microsoft. Après avoir sorti une version Sharepoint 2010 puis 2013 avec des fonctions sociales, des réalisations, comme l'intranet social MyDeclic de Renault, s'appuient sur des logiciels complémentaires comme NewGator pour dépasser les limites de Sharepoint.

Microsoft sait certainement qu'il n'est pas facile de partir d'un logiciel dont l'ergonomie, depuis 2003, est centrée sur les documents et leur contenu (Sharepoint) pour en faire un logiciel centré sur les utilisateurs, leurs centres d'intérêts et leurs interactions (réseau social). C'est quand même un changement de paradigme important. Et d'ailleurs ces deux visions sont complémentaires et doivent être maintenues côte à côte.


Ce qui explique peut-être le rachat de Yammer par Microsoft fin 2012 (plus d'un milliard de dollars quand même!), un réseau social "pure player" utilisé par certains de ces clients comme un complément à Sharepoint. Cette semaine à Convergence 2013 Microsoft a annoncé une intégration plus grande entre Yammer et... Office365. Et selon le blog de Sharepoint c'est pour combiner avec les interactions sociales, l'e-mail, les documents collaboratifs, la messagerie instantanée, la voix, la vidéo et à terme des applications métier. Donc une stratégie de convergence autour de ce socle social.
De son côté IBM propose une intégration entre son offre sociale "pure player" 

IBM Connections et Microsoft Outlook: la bataille autour des utilisateurs de l'e-mail a commencée.

Google, de son côté, a une offre pour les entreprises qui est très riche, incluant le mail, la bureautique et Google+, mais l'intégration entre ces services avance par toute petites touches. A sa décharge il a été le premier à proposer une intégration très avancée, Google Wave, mais tellement en avance qu'elle n'a pas suscité un grand enthousiasme en dehors des communautés de geeks. Google a stoppé ce service au bout d'un an et Marissa Mayer, ex-Google et actuelle CEO de Yahoo! considérait dans une interview que c’était le plus gros échec de Google.

Une étude récente de Knowledge Consult auprès 55 entreprises qui ont déployé un réseau social d'entreprise (tous produits confondus), montre un signe encourageant sur l'impact du RSE sur l'email pour 64% d'entre elles, même si il est difficile à quantifier.




Que retenir de ces grandes manœuvres?

Pour les DSI qui ont commencé ces dernières années a s'organiser avec une équipe dédiée en charge des solutions collaboratives, elles vont pouvoir entamer la réflexion vers ce type de plateforme convergente, ce Graal de la collaboration... compatible avec l'existant, l'email.

Et pour les autres qui voient toujours l'e-mail comme un composant d'infrastructure critique, acheté comme une commodité, il est peut-être temps de se demander si l'entreprise n'est pas en train de passer à côté d'opportunités de transformations manquées, en laissant cet email isolé du reste des solutions de collaboration.

dimanche 17 mars 2013

Vers une DSI en réseau et un DSI community manager?

Vers une DSI en réseau et un DSI community manager?


Plusieurs articles récents reposent la question de la position de la DSI. Certains pour expliquer pourquoi elle doit disparaître, d'autres pour la cantonner dans la salle serveurs... en essayant de fermer la porte à clef!

Au coeur de ce débat la poursuite de la transformation de l'entreprise vers le numérique sous l'emprise des trois forces que les lecteurs de GreenSI connaissent bien: Social, Mobile, Cloud (L'ère post-PC a commencé).

On assiste en fait à la montée en puissance de la "Data" poussée par ces trois forces. Avec le Cloud, une capacité décuplée pour capturer et traiter les données. Avec le mobile et ses capteurs et le social et ses conversations, pour en générer cent fois plus, le tout dans des cycles de mise à disposition toujours plus courts. A noter la parution prochaine d'un livre blanc sur la maîtrise du flux d'information (Un océan bleu d'information) réunissant plus de 50 experts et auquel GreenSi a participé.

Et comme le constate l'étude récente de Forrester pour Colt (http://www.colt.net/cio-research/)les DSI ont une collaboration très faible avec les entités en contact avec les clients, justement celles les plus exposées à la transformation numérique.



Et comme la nature a horreur du vide, les positions sont en train de se déplacer autour de la donnée. Ce qui fait prédire à certains l'arrivée du Marketing pour piloter la transformation numérique (Une nouvelle réalité entre le directeur du marketing et le DSI), et à d'autres, l'émergence d'un Chief Data Officer (Qui sera le chef des big data ?)

Ce qui est commun a tous ces constats, c'est que la DSI est scindée entre deux rôles antagonistes: la gestion d'une infrastructure centralisée (hardware + software) et la participation à l'innovation décentralisée.
Comment réconcilier ces deux rôles quand on a une histoire et des modèles de gouvernance IT qui lui font pencher pour la centralisation?

Et donc la tentation de vouloir centraliser tous les projets numériques à la DSI et de renforcer "la résistance" des métiers qui vont chercher à s'émanciper pour l'acquisition de leur technologies.


Les arguments pour éviter la prolifération des projets directement par chaque Direction métier sont pourtant légions:
  • solutions multiples et fragmentées entre fournisseurs,
  • non sécurisées (dit papa, c'est quoi un LDAP ?)
  • développées sans garantie (voire sans contrat avec un bon de commande de 10 lignes),
  • aucune maîtrise, parfois chiffrage, du récurrent et des compétences de support
  • qui se recouvrent entres elles, quand elles ne sont pas en doublons tout simplement...
Sans parler des fournisseurs qui veulent "verrouiller" LEUR Direction métier avec leur plateforme aux standards fermés, avant de partir en guerre contre le fournisseur de la Direction d'à coté. Et parfois on se demande si on ne marche pas sur la tête quand 3 entités métiers vous contactent pour développer un portail... vers les mêmes clients. Idem avec les applications iPhone qui sont très tendances en ce moment. Chez vous aussi ?


Le rôle régalien d'une Direction des Systèmes d'Information est donc incoutournable, même si ce n'est pas la DSI dans saconfiguration actuelle, ni dans ses compétences actuelles. D'où certainement ce début de fébrilité pour déplacer les murs.
Mais pour éviter le modèle centralisé pas toujours efficace pour innover, et qui finirait par aspirer tous les projets et toute l'entreprise numérique au fur et à mesure de sa transformation, pourquoi ne pas explorer la voie de la décentralisation?

Pourquoi ne pas décentraliser une partie de la DSI dans les métiers?Du moins, en décentralisant les compétences qui permettraient d'éviter le scénario catastrophe décrit précédemment, et d'accompagner les métiers dans leur transformation en s'appuyant sur le Cloud, le Social et le Mobile.

C'est le modèle qui a émergé avec les équipes "Digital factory" ou "Décisionnel" par le passé quand il a fallu mettre en place des organisations très réactives et avec des compétences spécifiques pour répondre à la construction du e-commerce et de l'analyse de données. Mais ces équipes sont souvent devenues "indépendantes de la DSI" et parfois se sont même fait un malin plaisir a court-circuiter la DSI, y compris sur des sujets de nature a être centralisés comme les plateformes. Et rebelote sur la fragmentation des compétences entre directions métiers aux objectifs différents.




Pour éviter ce nouveau travers, une piste serait un(e) Directeur des SI qui a la majorité de ses équipes dans les directions mais qui les manage hiérarchiquement, les faits tourner pour "fertiliser" tous les départements avec le numérique, et développe leurs compétences pour aborder le Cloud, le Social et le Mobile. Un DSI "community manager" avec un noyau d'équipe très resserré pour supporter ses troupes "sur le front", dans les métiers. Pour cela il recrute, pilote un budget formation et innovation pour développer les compétences de ses équipes et les maintenir a niveau dans ce monde technologique qui évolue a grande vitesse. Et qui dit réseau, ne dit pas forcément que réseau interne avec ses troupes, mais aussi animation de la communauté externe de compétences technologiques pouvant accompagner l'entreprise dans sa mutation.

Mais ce DSI n'est plus garant de la livraison des projets, dont la responsabilité est aux métiers.
Une rupture majeure par rapport au modèle actuel ou la DSI "prend la commande des métiers" et est souvent critiquée pour ses retards de livraison et ses dépassement de budget, et rarement félicitée quand tout se passe bien. Vous allez me dire qu'on vient de re-inventer "la régie" des SSII qui placent leurs ressources. Peut-être, mais avec la gestion des compétences en plus et l'alignement de ses objectifs avec ceux de transformation de l'entreprise. Ce qui n'est pas le cas avec une SSII externe à l'entreprise.

Le DSI conserve aussi le pilotage de l'infrastructure centralisée mais en tant que fournisseur de services (appuyé sur le régalien pour tout fonctionne ensemble), rôle sur lequel il n'est pas challengé en interne quand il compétitif par rapport au marché. Et quand il ne l'est pas, la revue de sa politique d'externalisation est aussi un rôle qu'il a toujours assumé par le passé et qu'il partage en bonne intelligence avec les achats.


L'image serait donc celle d'une DSI en réseau et d'un DSI animateur de la communauté "entreprise numérique"?Un modèle où la DSI est garante de la plateforme centralisée utilisée par tous, et de la compétence en transformation numérique de "troupes d'élites" décentralisées, dans des métiers qui pilotent eux mêmes leurs projets et leur ROI.

Cette évolution vous parait-elle réaliste? A suivre...

mardi 12 mars 2013

Une ville numérique a urbaniser rapidement pour éviter la tour de Babel

Une ville numérique a urbaniser rapidement pour éviter la tour de Babel

La ville numérique est très tendance en ce début d'année! Au moins pour les chargés de communication territoriale.

Montpellier Agglomération profite de la présence d'IBM sur son territoire (site de fabrication européen des grands ordinateurs depuis 1965 et localisation d'un datacenter) pour signer un partenariat autour de la "SmartCity".

Nice Côte d'Azur, qui organise en Juin l'Innovative City Convention, avait fait de même l'an dernier et bénéficié de l'expertise d'industriels dans le cadre de partenariats ou de projets européens.

Grand Lyon de son coté a annoncé le mois dernier ses objectifs en matière de "ville intelligente et durable", avec une orientation forte sur la mobilité.
A chaque fois, une volonté affirmée de la ville ou de l'agglomeration, mais aussi l'appui de budgets et de projets d'industriels et de "bâtisseurs" implantés localement.

Et le bal des annonces ne va certainement pas s'essouffler à l'approche de la manifestation 5Plus City Forum. Pendant deux jours les 20 et 21 mars, elle va rassembler au Palais des congrès d'Issy-les-Moulineaux, les experts de la ville de demain entourés de politiques (Jean-Paul Planchou VP du Conseil Régional d'Ile de France, Jean Louis Missika en charge de l'innovation à la Ville de Paris, André Santini le Maire d'Issy les Moulineaux, ... ). Un signe qui ne trompe pas. Il fait bon s'afficher en habits numériques en 2013.

Le troisième opus de ce congrès dédié à l'innovation sera sur le thème de "ma vie et ma ville dans 5 ans" : quels seront les innovations numériques de rupture qui vont impacter le citoyen dans 5 ans.

Comme le présente Carlos Moreno, conseiller scientifique à GDF SUEZ, l'autre grand acteur de la "smart city", qui fera le discours d'introduction de 5Plus City Forum: "toute ville est un système complexe, au sens étymologique du terme (qui vient du latin complexus, « entrelacé »). Car la ville est une agrégation d’êtres humains dont les besoins vitaux, d’épanouissement et de développement se croisent de multiples manières. Cela donne lieu à des ensembles de systèmes et de sous-systèmes, qui viennent s’épouser sous forme de services et d’usages pour se loger, se déplacer, se nourrir, se divertir, se soigner, s’éduquer etc."

Alors pourquoi parle t-on de ville numérique en ce moment? Mirage ou réalité?
Et bien peut être tout simplement parce que les technologies numériques se développent, sont plus accessibles, libèrent les données et l'intelligence pour nous permettre de repenser tous nos systèmes. Les systèmes, ces ensembles d'éléments indépendants qui interagissent entre eux et fonctionnent comme un tout, et qui vont si bien aux villes. Le numérique est tout simplement en train de repenser la ville en tant que système.

Le numérique permet de repenser les interactions entre les acteurs des systèmes:

  • comme le web 1.0 puis 2.0 a repensé les communications, puis les relations entre personnes,
  • comme l'internet des objets va repenser les interactions en machines et entre machines et humains. Des objets connectés dont le nombre va dépasser celui de la population mondiale dans quelques années.
Le numérique rend aussi plus accessible les points d'accès au réseau d'interconnexion entre ces acteurs, avec les smartphones et les tablettes qui ont multipliés la consommation de l'internet en mobilité, et avec eux les "Apps" qui ont amené les données et l'intelligence au creux de la main des citoyens.

La vile numérique est donc une réalité. Même là où on ne communique pas dessus!
Sa construction peut certainement être stimulée par les acteurs de la cité, avec la communication comme premier moyen de focaliser les énergies et de fixer le cap. Mais la ville numérique c'est surtout un processus de transformation numérique, qui a déjà touché l'entreprise et les citoyens, et qui débarque dans un système complexe, la ville. Et c'est pour cela que GreenSI s'y intéresse.

Alors comment transformer nos villes avec le numérique?
Prenons l’exemple de quatre systèmes dans la ville: les transports, l'énergie, l'eau, les services aux citoyens. Cette transformation s'attaque à tous ces systèmes séparément et globalement.

Elle s'attaque à la mobilité et cherche à l'optimiser avec de l'information en temps réel pour que chaque élément autonome puisse prendre les bonnes décisions, pour chaque mode de transport ou inter modes de transport (multi-modalité), avec l'objectif de fluidifier globalement les déplacements de tous. Et les parkings, les loueurs, le co-voiturage et toutes les nouvelles formes de partage de nos déplacements qui vont se développer grâce au numérique, viennent y amener leurs services, pour diversifier et renforcer les services publics classiques (Voir article autopartage).

Elle s'attaque à l'efficacité énergétique, notamment au niveau des bâtiments ou des résidences, ces sous-systèmes de la ville qui concentrent une partie de sa population. Comment en optimiser les consommations et influencer les comportements individuels, promouvoir les eco-gestes et les consignes, pour un résultat collectif partagé.

Elle s'attaque à la gestion des réseaux d'eau, potable, assainissement et pluvial, car la ville est un maillage d'infrastructures collectives que la densité de population rend plus efficaces qu'une gestion non collective. Mais pour aller plus loin dans l'efficacité, des chaines numériques de supervision doivent se développer.

Pour l'eau, tous les compteurs sont équipés d'un émetteur qui va envoyer régulièrement sa mesure de consommation. La ville équipée en récepteurs, va les recevoir, les trier, les dédoublonner et les suivre pour détecter les fuites d'eau entre l'usine et les particuliers (fuites sous-souterraines dans les réseaux) qui pourront être rapidement réparées. Et dans le cas du réseau pluvial qui évacue les volumes d'eau "tombés du ciel" et difficilement prévisibles, ce suivi temps réel est complété par des données météo géolocalisées pour prédire les volumes attendus dans chaque rue et pouvoir anticiper leur évacuation. C'est l'assurance pour la ville de répondre au risque d'inondation en pilotant dynamiquement ses flux comme à Bordeaux avec le système Ramsès de la Communauté Urbaine (photo).

 

La ville entrelacement complexe de systèmes, ou entrelacement de systèmes complexes, amène à l'idée de construire le suivi de toutes ces données depuis un tableau de bord global pour la collectivité. Un "city dashboard" comme disent les anglosaxons.

Plusieurs expérimentations sont en cours, y compris en France. Au moins dans un premier temps pour mesurer et avoir une "photo régulière" de "ce qui se passe" et se poser les bonnes questions. C'est là que la notion d'architecture commence a apparaître pour donner du sens et croiser des données issues de multiples systèmes et chaînes de mesure.

Mais pour piloter cet ensemble, il faudra plus qu'un tableau de bord, un volant et des vitesses par exemple. Et ces interfaces existantes (volant, vitesses...)  sont déjà bien ancrées au coeur du pilotage opérationnel de chacun des réseaux, et sont complexes a mettre en œuvre de façon centralisée. Est-ce d'ailleurs nécessaire? Pas si sûr finalement. L'internet en tant que système complexe a montré qu'il y avait une autre voie que la centralisation.

Enfin, et c'est souvent la partie la plus visible, la ville numérique est la transformation des services publics aux citoyens avec l'aide des technologies. C'est là que le réseau internet, ses applications mobiles, les tablettes, le NFC avec sa sécurité ou ses paiements sans contact, les cartes magnétiques ou les cartes SIM, pour ne citer qu'eux, permettent de repenser tous les services de la ville.

Car la ville numérique est centrée sur le citoyen. Comme le web 2.0 a évolué pour se centrer sur l'internaute. C'est lui, le citoyen, qui est l'un des acteurs du système depuis toujours, mais qui avec le numérique, a maintenant les moyens de plus s'impliquer, de contrôler, d'agir.

Et ne peut-on voir l'open data (l'ouverture des données des différents services) comme la "prise universelle" permettant a tous les acteurs, collectivités, industriels, citoyens, d'amener leur pierre numérique à cette construction. De faire que le tout vaut mieux que la somme des parties, par croisement des données, et que notre système complexe Ville, soit in fine plus intelligent, pour le bénéfice de tous.

Tableau de bord, données, open data, interopérabilité... pour GreenSI, au coeur de cette transformation numérique il y a la capacité à générer, partager et faire parler les données et a architecturer les échanges. Et là les  architectes des SI ont des choses à raconter. Vous savez ceux qui il y a plus de 10 ans ont emprunté à la ville son concept d'urbanisation pour décrire et développer les systèmes d'information qui ne sont plus cloisonnés en silos.

Et bien ces architectes vont maintenant pouvoir rendre à la ville leur savoir et expliquer aux collectivités comment elles doivent s'organiser pour urbaniser ces nouveaux réseaux, y injecter les données et produire des services numériques.

Car comme pour le développement de l'internet, l'émergence de standards sera essentielle pour que le système fonctionne comme un tout.

Et pour cela nul besoin de tout planifier ou de tout réglementer. Les deux tentations les plus généralement rencontrées, surtout chez ceux qui voudraient en tirer un avantage et inventer "le péage numérique" en nous expliquant que tout doit passer par chez eux. Et bien non!

L'idée est de spécifier les zones d'échanges, les standards d'ouverture et d'interopérabilité au sens large, et de laisser la liberté totale sur le reste.
Un nouveau territoire numérique où le rôle des DSI des collectivités locales va se renforcer et où le partenariat public privé appliqué aux systèmes d'information trouve naturellement toute sa place. Les premières initiatives comme City Protocol ont déjà vues le jour, mais un modèle d'innovation ouverte reste à inventer. Faisons le point dans quelques mois.

Et terminons par l'histoire de cette fameuse tour (source Wikipedia).
Babylone est la première des sociétés hiérarchiques et spécialisées, préfigurant toutes les civilisations suivantes avec leurs classes sociales, elle est fondée sur la rétention d'information et donc de la valeur. L'information et la valeur sont thésaurisées (capitalisées) par les classes nobles et sacerdotales. Le gros de la population reçoit une information simplifiée, dénuée d'intérêt, inopérante, destinée à produire une image insensée du monde: la superstition, entretenue par le clergé. C'est dans cette volonté de promouvoir des langages secrets que réside le pouvoir des classes supérieures, et aussi la cause de la confusion des langages et leur multiplication parmi les peuples. Les humains de Babel trouvent ainsi leur punition dans le système de pouvoir qu'ils ont eux-mêmes inventé.

Sans commentaire...

dimanche 3 mars 2013

Faire du SI un avantage concurrentiel: perspective vue des Etats-Unis

Faire du SI un avantage concurrentiel: perspective vue des Etats-Unis


Comment le DSI peut libérer l'innovation dans le SI? C'est une question souvent abordée par GreenSI dans le contexte des DSI et entreprises françaises.
Et bien aussi curieux que cela puisse paraître, c'est aussi la question que se posent les universitaires américains des meilleures écoles de management. Et parmi eux James M. Spitze le Directeur du "Fisher CIO Leadership Program" de l'Université de California-Berkeley (Haas School of Business) dans un point de vue (The "I" on CIO) donné dans la revue de l'Université.
Car visiblement au pays de l'innovation, des start-ups, de la Silicon Valley et des "mega-plateformes" informatiques dans le Cloud qui délivrent des services mondialement, le DSI ne serait pas toujours aux commandes et on lui couperait même parfois les crédits... oh?!
 
Pour James M. Spitze :
  • la capacité à innover des Etats-Unis serait menacée par des entreprises qui voient leur informatique comme une nécessité coûteuse et qui cherchent à tout faire pour en réduire les coûts. Et faisant cela passent à côté de l'impact considérable qu'a eu l'informatique sur ceux qui ont vu le «I» dans CIO (DSI en anglais) comme voulant dire «Innovation» et pas simplement «Information».

  • Seuls les DSI, en pilotant l'évolution du système d'information sur plusieurs années, peuvent intégrer au plus profond des processus, la fiabilité et la rapidité demandée aujourd'hui par nos économies
D'autres leaders d'opinion comme James Champy (auteur de Reengineering the Corporation),Bob Johansen (ancien président de l' Institute for the Future), Tom Davenport (multiples travaux sur la gestion de connaissance) expriment aussi le fait que l'informatique peut être, et a été dans de nombreux cas, un avantage concurrentiel puissant et durable.

Ce qu'ils démontrent avec l'analyse de plus d'une douzaine d'exemples, sur une dizaine d'années. Des entreprises comme 
Charles Schwab, dont la DSI, Dawn 
Leporea compris  (avant son patron) toute la puissance stratégique d'Internet et a joué un rôle clé en 1995 pour faire deSchwab.com le pionnier du e-commerce et un géant dans le secteur très concurrentiel du courtage d'actions en ligne. Et qui aborde la décennie Mobile et Cloud, sans aucun complexe, par rapport aux jeunes start-ups... en se préparant à bientôt fêter 20 ans de leadership dans les SI.
Marriott InternationalWal-MartAmerican AirlinesFedEx, sont d'autres exemples qui démontrent qu'une grande entreprise peut développer cet avantage concurrentiel et battre la concurrence avec son SI, et surtout avec des DSI très innovantes.
Mais après ce constat, qui n'est pas nouveau, mais qui amène plus de données  récentes, le billet de J.Spitze est en fait un cri d'alarme: car ces DSI innovants ne représenterait que 10% des DSI des Etats-Unis. Et il appelle de ses vœux à ce qu'ils soient plus nombreux pour ne pas mettre en péril la capacité d'innovation des entreprises du pays.
Or le problème américain, se situe dans la formation initiale et la faible professionnalisation de la filière informatique. Ses préconisations, à mettre en œuvre en urgence, sont au nombre de trois :
  • que les trois organisations professionnelles de l'informatique aux Etats Unis (l'IEEE, l'ACM et le SIM) se mettent d'accord sur un programme d'études commun pour avoir une filière de niveau universitaire qui produirait un diplôme «Master in IT Management», comme il y a un Master in Business Administration (MBA). Et il est vrai que le MBA mène aussi à la DSI comme pour le DSI de Facebook (voir article).

  • que dans les grandes universités américaines comme Berkeley, les écoles d'informatique, et les écoles de management travaillent mieux ensemble. Même si il est déjà possible dans ce type d'Université, de faire en MBA en prenant une partie de ses cours dans d'autres départements dont l'ingénierie et l'informatique (à titre individuel).

  • que les 90% des DSI qui voient encore le « I » dans leur titre comme représentant "Information" fassent une pause, et passent une partie de leur temps dans ces organisations professionnelles pour réfléchir sur la professionnalisation de leur métier et à l'université pour prendre conscience des attentes vis-à-vis du SI. 
Et le billet conclu que les DSI sont un actif importants pour les États-Unis, mais ils (et leurs patrons) ont besoin de reconnaître leur nouveau rôle de pilote de l'innovation par le SI et commencer à développer l'avantage compétitif,  dont trop peu d'entreprises sont dotées. Et le plus tôt sera le mieux.

Cette perspective américaine amène une nouvelle pierre à l'édifice de la convergence entre l'entreprise et son SI. Que GreenSI résume par "faut-il des managers à la DSI ou du management dans les études SI?".

Nos écoles d'ingénieurs qui "produisent" les futurs DSI en France sont peut être moins spécialisées que les écoles américaines. Mais finalement, sommes nous vraiment armés avec nos parcours techniques?

Ne devrions nous pas nous aussi réfléchir à la formation de la filière pour capturer cet avantage concurrentiel et construire l'entreprise numérique?