dimanche 27 janvier 2013

Mobilité: Après Metro pour Microsoft, c'est Boulot et Dodo la stratégie de RIM - Blackberry

Mobilité: Après Metro pour Microsoft, c'est Boulot et Dodo la stratégie de RIM - Blackberry

En août 2011 GreenSI analysait la chute des ventes de BlackBerry et publiait "La chute des ventes de Blackberry va redistribuer les cartes de la téléphonie mobile en entreprise". Apple avait imposé une nouvelle réalité au marché et créé un "océan bleu" (voir en fin d'article) avec le couple iPhone/iPad, AppStore et le tactile, accélérant la crise de management au sein de BlackBerry qui se soldera par le départ des deux fondateurs.

Une panne mondiale (qui a entamé son image de sécurité sur laquelle s'appuyaient les DSI) et un gros raté pour la tablette Playbook, n'ont pas aidé à la reprise des ventes. La sortie du BB10, qui devrait être annoncée la semaine prochaine, est donc la dernière chance de RIM sur le marché des téléphones portables. Et dans l'entreprise où fin 2010 le DSI devait justifier le choix d'un autre équipement que BB, l'heure est plutôt a expliquer pourquoi il faut garder cet équipement devenu presque "Low cost" que certains cachent dans les salles de réunions quand les iPhone, Galaxy et Nexus sont de sortie.



Pour sortir de cette ornière la réponse affichée sur le nouveau site du BB10 est ambitieuse: "Re-designed. Re-engineered. Re-invented."

Cette semaine ce fut la mise à disposition des entreprises de la version 10 de son service BlackBerry Enterprise Server, cette brique d'administration, qui manque à iOS et Android, pour gérer les flottes, la télédistribution des applications et les politiques de sécurité. Elle s'ouvre aussi aux protocoles standards de gestion de flottes utilisés par les logiciels de MDM (Mobile Device Management). Mais la bonne nouvelle c'est qu'avec la fonction "BlackBerry Balance", elle supporte le BYOD, une des tendances qui a amené ses concurrent dans l'entreprise par la petite porte.

Et si ça marche, c'est une innovation qui va changer la donne sur le front du BYOD... au moins pour quelques temps. Car au delà du débat sur les coûts du BYOD, le fait indéniable, c'est qu'aujourd'hui  les salariés ont aussi des besoins de communication et d'accès internet mobile dans leurs vies personnelles. Et il n'est pas simple de cloisonner ces deux vies tant le modèle "home at work" et "work at home" devient la règle. Le découpage des lieux entre travail et maison ne suffit plus, il faudrait découper le temps plus librement.

Et bien c'est ce que propose la nouvelle stratégie de RIM avec le BB10 et son double environnement : Work (boulot) et Personal (Dodo). Ce qui vous permet de retrouver un espace avec vos données et vos applications personnelles quand vous le voulez et bien cloisonné par rapport à l'environnement de l'entreprise. Et les statistiques montrent que les téléphones portables sont de plus en utilisés le matin au réveil dans son lit pour savoir ce qu'il s'est passé dans la nuit.  L'histoire ne dit pas si le BB10 sert aussi de pointeuse entre les deux environnements.... en tout cas il est piloté par le BES 10 de l'entreprise, méfiez vous quand même!



La vision du BYOD de BlackBerry c'est donc l'entreprise qui vous remet un terminal BB10 que vous pouvez utiliser chez vous. En fait c'est ce que vous faisiez depuis 5 ans et qui était toléré. Mais maintenant, les environnements sont séparés et elle vous le fourni, l'entreprise reconnait donc que vous avez le droit de le faire. C'est un pari risqué pour BlackBerry car l'inverse est actuellement le modèle certainement dominant du BYOD. Un téléphone personnel qui accepte les applications de l'entreprise. Et pour cela il faudrait ouvrir le BES aux autres terminaux concurrents, "une évidence" visiblement pas encore comprise par BlackBerry. Ou plutôt qui demande d'utiliser un produit tiers pour piloter ses BB10.

Côté téléphone le BB10 adopte le tactile et le grand écran de ses concurrents, affiche un navigateur compatible HTML5 donc taillé pour le web, et là encore le BB10 ne fait que rattraper son retard car les versions précédentes sont de moins en moins utilisables sur le web. Pour les applications qui sont le moyen de partager les revenus avec un écosystème de développeurs, BlackBerry redouble d'efforts pour faire bonne figure à côté d'Apple et de Google... et mieux que Microsoft.

In fine GreenSI pense que le BB10 va certainement stabiliser un parc de BB en entreprise, en permettant le remplacement de ceux qui sont en fin de vie, avec un terminal qui rattrape son retard par rapport a ses concurrents (tactile, browser) et rassure les administrateurs réseau (Balance).

RIM a bien compris tout l'enjeu de regagner la clientèle des particuliers. C'est eux qui seront aux commandes des choix du BYOD et c'est le marché le plus important en volume. D'où un lancement organisé de façon minutieuse: peu d'info qui filtre, un site qui distille l'information, quelques fuites organisées savamment, une grande journée de lancement le 30 Janvier et, le 3 Février, une publicité lors du Super Bowl 2013 pour conquérir l'Amérique du Nord. A la manœuvre un français, Frank Boulben, passé par SFR, Vivendi, Orange et Vodafone et recruté en Mai dernier pour ce lancement, après une longue vacance du poste de Directeur Marketing de RIM.



Mais pour convaincre les particuliers le prix sera certainement plus déterminant... que la pub au Super Bowl. Et la barre est basse avec le Nexus 4 de Google ($299) et le Nexus 5 deux fois plus rapide en approche en Mai.

Certes les parts de marchés des ventes de RIM sont réduites, mais la base installée est encore grande (estimée à 80 millions) et si elle se transforme à 60-80% en BB10, cela donne encore un peu de temps (12-18 mois?) pour trouver la bonne formule qui refera de BlackBerry un acteur incontournable du marché. Le temps pour RIM déterminer si ils veulent servir le marché de l'entreprise qui appelle infrastructure et serveurs BES ou celui du grand public qui lui va demander des plateformes de services dans le Cloud et un écosystème différent. Financer les deux sur la durée peut être problématique.
Mais le véritable atout de BB10 et des futurs modèles serait la compatibilité Androïd, (on est pas loin vu le noyau de l'OS) car il sera difficile sur la longueur de convaincre les développeurs de porter systématiquement leurs applications sur 4 systèmes : iOS, Android, WindowsPhone8 et BB OS. Sans compter sur les Firefox et Linux qui veulent venir jouer sur les terminaux mobiles (voir l'article de L.Naugès sur le 3em acteur du marché des OS). Comme c'est déjà le cas aujourd'hui, la non-disponibilité des applications récentes sur un terminal conduira a une défection des clients ce qui fera encore plus fuir les développeurs.

Alors dans ce contexte est-ce que GreenSI croit à la rumeur d'un rachat par un fabricant de PC chinois, Lenovo par exemple? Ce serait un test intéressant pour le gouvernement Canadien qui verrait d'un mauvais œil la perte de nationalité d'une des plus grandes entreprises Canadienne. Et peut être une explication de la montée du cours de Bourse depuis quelques semaines...



Avec des concurrents qui alignent tous des tablettes et des terminaux dans leur gamme (Microsoft, Samsung, Google,...) avec des applications qui jouent la continuité entre les terminaux (tendance du multi-écran), et surtout dans un monde entreprise encore habitué au PC, n'avoir qu'un smartphone est certainement le prochain handicap de RIM. Avec la compatibilité Androïd, un partenariat fort ou un rachat par quequ'un qui comprend les ordinateurs et les tablettes, alors oui RIM est certainement capable de rebattre les cartes et de se transformer. La Saga continue !
 

Et vous, allez-vous acheter un BB10 au premier trimestre?
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Océan bleu: stratégie qui consiste a changer les règles du marché et ne pas accepter les variables sur lesquelles tout le monde se bat dont le prix (océan rouge) mais de créer de nouvelles variables (le design, les applications, le tactile...) où il n'y a pas de concurrence et où le prix peut même devenir secondaire.

dimanche 20 janvier 2013

Vœux 2013: vous êtes plutôt classique ou numérique?

Vœux 2013: vous êtes plutôt classique ou numérique?


Depuis quelques années le mois de janvier est un bon indicateur de la numérisation de nos relations. Avec souvent de très bonnes idées pour souhaiter une belle et bonne année, mais parfois des choses plus hasardeuses...

Sans aucun doute c'est l'année où j'ai reçu le plus de cartes de vœux numériques. On à l'air de toujours surfer sur la tendance de la conversion au numérique de plus en plus de monde et certainement aussi sur celle du nombre de relations qui augmente à la puissance des réseaux sociaux. Autant de nouveaux voeux que l'on ne recevait pas les années précédentes.

Le nombre de cartes en papier quand à lui est en chute libre pour moi depuis 2009. Mais paradoxalement j'ai reçu autant de cartes en papier cette année que l'an dernier. Comme si il y a avait un niveau stabilisé d’irréductibles qui ont décidé d'affirmer leur différence en continuant a payer l'affranchissement a notre secteur public postal.



Et bien en fait non! Ce qui ressort de la cuvée 2013 (et déjà aussi 2012) c'est une réelle maîtrise de la communication par ceux qui sont restés au papier. Des cartes très personnalisées et signées individuellement. Certaines très créatives dans le pliage ou dans le message. Le marché de la carte cartonnée s'est certainement contracté, mais ce fut visiblement pour le meilleur.

Et je ne peux résister à partager avec vous celle de la société Lecko avec cette interrogation:
"En 2013 la (sur)information prendra-t-elle de bonnes résolutions ?"  Une carte que GreenSI ne peut qu'approuver à 2013% (Infobésité, il faudra bien se résoudre à repenser l'email en entreprise).
Mais ce qui m'a le plus frappé cette année ce sont les cartes numériques non personnalisées. Voire pire, celles envoyées par une mailing liste "no reply" certainement sous-traitée à la même agence qui fait les campagnes d'emails dans l'année, et qui ne disent même pas qui de la société nous envoi la carte. Non je n'exagère pas et c'est plus d'une carte sur deux reçue...


Surtout  avec cette superbe création graphique qui l'illustre à merveille :

Donc une belle réussite de la personnalisation pour les plus rares cartes en papier qui, forcément, se démarquent plus facilement en cette période chargée.
 
Du côté de ceux qui ont basculé au tout numérique, on trouve aussi de belles créations qui exploitent le numérique avec du son et de la vidéo. On sent la réflexion en amont et l'intégration des vœux dans une politique de communication.
Même si j'attends encore la carte QRCode a flasher pour lancer l'animation 3D qui va m'incruster dans la carte 3D en utilisant la caméra de mon smartphone. Ou l'avatar "à la Akinator" avec qui je peux discuter un peu de tout et de rien, une fois qu'il m'a délivré son message de bonheur. Et j'espère que les Google Glasses avec de la réalité augmentée vont nous amener des voeux sympas incrustés sur notre champ visuel ;-)

Parce que le hic de la carte numérique c'est qu'elle commence par un email. Ce truc intrusif qui s’empile sans demander votre avis. Et quand on ouvre et qu'en plus il est envoyé par "marketing@abc.com" quand ce n'est pas "rep1.bigben.tartuffe@atlas123.net", ce n'est pas une super incitation a aller perdre deux minutes de plus et cliquer sur le lien pour accéder à l'animation... quand il y a une animation.
Est-ce que ces cartes vous marquent l'esprit? Franchement je ne pense pas!

Cette période doit donc nous faire réfléchir sur le sens du numérique dans les relations. Les réseaux sociaux mettent en avant des individus, la publicité sur le web fait du tracking à la limite de l'indiscrétion pour être hyper personnalisée, les données personnelles se répandent partout... 
La tendance c'est donc bien la personnalisation: le bon message au bon moment.
Et non l'automatisation d'une dépersonnalisation de masse.
Je ne suis pas sûr que ces cartes numériques, en mailing de masse, sans message personnel, ne servent à autre chose qu'a remplir nos poubelles d'emails inutiles dont elle est déjà bien chargée.
Dans ce contexte, la carte papier a encore de beaux jours devant elle... en attendant que le numérique invente autre chose que sa pâle et froide reproduction.

Car il en a vraiment le potentiel. Mais il faudrait peut être dire à nos DirCom que les cartes de voeux ça ne se prépare pas entre le 17 et le 20 décembre avant de partir au ski et de laisser la DSI mettre en ligne le 31 un code développé en urgence par une agence pendant les vacances de Noël...

Pourquoi ne pas en faire de vrais projets de communication numérique originaux? Allez, notez dans vos agendas d'envoyer une à vos DirCom en septembre pour leur rappeler que cette année se termine le 31/12 et qu'il faudra une nouvelle carte de voeux. Encore? pfff...

_____________ COMPLEMENT _____________________________________

Une autre explication a été apportée par un Twittos DSI à la lecture de l'article. J'adore!

dimanche 13 janvier 2013

La chaussée des géants du web, pavée d'open source

La chaussée des géants du web, pavée d'open source

J'avais été passionné par la visite de Facebook, Apple et PayPal (eBay) que j'ai eu la chance de faire l'été dernier, ainsi que celle d'autres nouvelles stars montantes de la Silicon Valley. 
J'en ai retenu une approche différente de la DSI pour l'informatique interne. Beaucoup plus à l'écoute des salariés, le BYOD est une règle et un SI totalement aligné avec la philosophie générale de l'entreprise: Un SI intégré au "Facebook interne" pour Facebook, un SI à l'interface totalement re-écrite et prônant la simplicité (apparente) pour Apple. Presque un cliché. Voir "DSI de Facebook, un poste avancé de la transformation des DSI"

C'est donc avec plaisir que j'ai lu l'ouvrage collaboratif publié par Octo Technology sur les "Géants du Web" qui nous entraine, entre autres, dans les méandres des plateformes technologiques de LinkedIn, Netflix, Google et Amazon. Où on y découvre une approche totalement différente des problématiques informatiques, tellement ce qu'ils cherchent à faire est nouveau et que leur besoin de scalabilité à l'échelle du Web, les amène à imaginer de nouvelles solutions. Eh oui, tout le monde ne compte pas ses clients par paquets de 100 millions..

Un passage de cet ouvrage qui m'a particulièrement marqué c'est le "Build vs Buy". C'est à dire vaut-il mieux fabriquer (développement spécifique) ou acheter (progiciel). La sempiternelle question à laquelle tout DSI est exposé à chaque nouveau besoin des métiers.

Les services informatiques ont commencé dans les années 80 par répondre "Build", avec du développement en Cobol souvent. Mais en 2013, la majorité les DSI vont répondre "Buy" tellement elles ont été échaudées par des développements spécifiques non maîtrisés. Parfois parce que les métiers n'arrivent tout simplement pas à les spécifier totalement, d'autres parce que cela semblait simple à coder au départ, et surtout parce que finalement ils coûtent cher à maintenir.

Et donc aujourd'hui, la DSI se rassure avec la sécurité des progiciels pour tout ce qui ne concerne pas le cœur métier (en supposant qu'il soit bien cerné...). Des progiciels, qui cela dit en passant, échouent parfois aussi et qui savent s'entourer de paillettes pour nous séduire et faire oublier leurs échecs.
Mais pour les géants du web ou les fragiles startups, l'informatique "EST" le cœur métier.
Car sans informatique plus rien ne marche. De la commande à la livraison, de l’appât du client détecté sur un site grâce à son tracking permanent jusqu'à l'achat. Et même parfois le produit lui-même qu'il achète est numérique (un film à la demande) ou dérivé du numérique (un clic sur une page de pub). Ne cherchez donc pas de progiciels dans le cœur des systèmes industriels de ces entreprises numériques. En 2013 un géant du web va répondre "Buid" sans aucun doute à la question précédente. D'autant plus que cela lui amène une maîtrise totale du code, sans royalties ou risque sur la propriété intellectuelle finale de sa solution.

Et certains de ces géants vont même jusqu’à supprimer ce qu'une DSI ne remettrait jamais en cause, tellement c'est le socle de tout (y compris de son mode de pensée): par exemple une base de données du marché dans le cas de LinkedIn. Ne la cherchez plus ils ont re-développé à la maison, plus rapide, plus fiable, pour leur plateforme mondiale.


Et d'ailleurs Jean Marc Potdevin, COO chez Viadeo notre champion national, confiait en novembre dernier lors d'une conférence, suivre Hadoop et GraphDataBase de très près pour gérer l'analyse de ses 45 millions de membres.
Le "Build" est donc la règle sur cette magnifique chaussée des géants.
 

Mais la culture open source et l'adoption massive des frameworks open source est pour ces géants un moyen de ne pas réinventer le fil à couper le beurre. Et surtout de rejoindre ou de créer un réseau de d'experts et de ressources techniques sur ces nouvelles solutions. Car l'argument ultime d'une DSI pour les progiciels, qui par construction (et par expérience) a horreur du risque, c'est "en cas de problème je peux me retourner vers l'éditeur". Vous l'avez déjà entendu celle-là?!
Et bien, sauf que comme le fait justement remarquer cet ouvrage, combien de problèmes techniques dans les DSI sont résolus par l'éditeur (dont les consultants sont payés parfois jusqu'au triple du prix d'une ressource de SSII) et combien par des forums et un réseau d'entraide sur la toile? Et bien beaucoup moins qu'on ne l'imagine...


Les géants du web ont adopté un modèle prônant l'ouverture et la force de l’écosystème.
Et ces nouvelles solutions sont architecturées et pensées dès le départ pour supporter le web. C'est peut-être une des raisons pour laquelle les solutions autour du "big data" comme Hadoop viennent de ces sociétés et non des éditeurs traditionnels.

Alors faut-il renoncer aux progiciels et se préparer à un retour du développement spécifique dans les DSI?  Faut-il transformer nos DSI en éditeurs de logiciels sur mesure finalement?


Les SSII ont essayé de prendre ce rôle ces 20 dernières années, en sous-traitance des DSI, avec plus ou moins de succès. Plutôt moins quand la gestion des compétences et des talents n'était pas leur fort, et que la qualité du code était dans le meilleur des cas, moyenne. Car généré par des ateliers logiciels génériques et "bavards" ou produits par de jeunes recrues talentueuses... mais ne maîtrisant pas le framework du projet. Heureusement, certaines SSII ont compris que la qualité des développements était aujourd'hui une force et que l'architecture était une fondation. Et les outils d'analyse de code sont remis au goût du jour et certains passent en SaaS. Alors ne vous étonnez pas de voir ces sociétés moins connues se développer à l'avenir et d'autres acteurs historiques plus connus disparaître.

Quand on est sur un besoin commun à plusieurs entreprises, le progiciel reste bien sûr très adapté. A condition de respecter la sacrosainte règle de ne pas le modifier ou d'isoler proprement le spécifique. Mais l'éclairage des géants du web met en évidence deux nouvelles situations pour rompre avec l'approche progiciels :
  • quand c'est une brique différenciante et que celui qui a cette fonction en tire un avantage pour son business modèle. Et notamment quand le modèle lui-même est numérique. C'est vrai pour des systèmes intelligents, codant des algorithmes uniques, ou automatisant un processus totalement repensé et nouveau exploitant la technologie (la rupture ZipCar par exemple :article )
  • quand il y a une opportunité de développer un produit utilisable par l'entreprise, mais aussi commercialisable auprès d'autres entreprises car ses fonctionnalités sectorielles sont pertinentes pour de petits acteurs de l'industrie qui ne peuvent les développer. Et dans ce cas, le SaaS est un modèle intéressant et déjà exploré par ces géants du web. C'est l'opportunité pour l'entreprise d'utiliser son SI pour la construction d'un ecosystème autour de problématiques sectorielles, en pouvant choisir qui y faire rentrer. La différenciation se fait par l'écosystème et non uniquement par la fonction. C'est une sorte d'adaptation du modèle open source au niveau logiciel métier spécialisé.
Pour les géants du web, ces deux situations représentent 80% de leurs besoins, alors que dans une entreprise non numérique c'est l'inverse. Mais avec le développement de l'entreprise numérique, et la différenciation par le SI, le retour du développement logiciel dans les DSI est peut être à l'horizon. Et avec lui certainement de nouvelles organisations pour le sourcing (freelances, open source, framework, plateforme de déploiement...) et la gestion de la connaissance, pour garder la maîtrise des développements.

 
Cas pratique: vous voulez commercialiser une chaussure de sport bourrée de capteurs qui enregistrent tous les mouvements du corps et le pouls de celui qui l'utilise? Tout ça pour lui donner un tableau de bord de ses entrainements et des conseils sportifs quotidiens, voir lui préconiser un régime alimentaire?
Vous êtes certainement dans la différenciation par rapport à vos concurrents vendeurs de baskets à fleurs!
Le développement spécifique semble donc adapté, foncez!
Et même, le cœur de votre système, la base de données pour l'enregistrement des mouvements, est certainement un module qui peut intéresser tout un écosystème via vos API. Pour qu'ils puissent les croiser avec leurs données et apporter plus de valeur à l'utilisateur. Alors clairement oubliez SAP, Microsoft Dynamics et les autres, peut-être même les bases de données Oracle ou DB2 et relisez Linux, MySQL et Java ou PHP pour les nuls.
C'est visiblement comme cela que la frêle start-up aurait pris le problème... avant de devenir un géant du web.

dimanche 6 janvier 2013

L'autopartage en effervescence: un modèle d'inspiration pour la DSI?

L'autopartage en effervescence: un modèle d'inspiration pour la DSI?



ZipCar.com est un service d'auto-partage apparu aux États-Unis en 2000. Début 2013 il regroupe plus de 700.000 membres et 11.000 voitures partagées.


Depuis, il a commencé à s'étendre en Europe dans les grandes capitales à  Londres et à Barcelone (mais pas à Paris) et surtout a adopté les technologies mobiles pour ses adhérents (les "zipsters") ce qui leur permet de réserver leur véhicule depuis leur smartphone iOS ou Android.

Car l'originalité de ZipCar c'est d'avoir repensé le modèle de la location de voiture en partant de l'utilisateur. Et de l'avoir simplifié en quatre étapes.
 
Quand vous cherchez une voiture, il vous faut trouver l'agence de location la plus proche où sont regroupées toutes les voitures à louer. Et cette agence peut être loin de là où vous êtes. Ce qui vous incite à regarder si une marque concurrente n'a pas une agence plus proche.

Avec ZipCar, après vous être enregistré sur le site et avoir validé vos moyens de paiements (une fois pour toute) vous êtes devenu un zipster. Vous pouvez lancer l'application qui vous montre sur une carte où sont les voitures disponibles les plus proches de vous. Car les voitures de ZipCar "couchent dans la rue" et non dans le garage d'une agence. Elles sont stationnées là où les zipsters précédents les ont laissées et elles sont toutes géolocalisées. Et votre carte RFID de membre ZipCar aura été activée pour ouvrir cette voiture après votre réservation sur votre smartphone. Il ne vous reste plus qu'a la conduire... et la laisser, là où vous voulez!

 

Le temps entre votre souhait de voiture et votre départ est donc très court dans les grandes villes si il y a suffisamment de voitures en circulation. La location de voiture "au trajet" ou "à l'heure" devient possible, alors qu'elle est très compliquée avec un loueur traditionnel... à moins d'avoir son bureau au dessus de l'agence.
Et pour les parisiens qui se demandent comment se positionne Autolib, et bien un peu entre les deux. Car créer des stations Autolib de recharge électrique c'est moins souple que de garer sa voiture dans la rue, mais plus simple que de créer des agences de loueur avec du personnel. Cependant, a moins de vouloir banîr le stationnement urbain, on voit mal comment on pourra avoir des stations Autolib partout comme pour ZipCar. Mais la station a quand même un avantage et résout un des problèmes (minime) de ZipCar puisque la voiture électrique se recharge à la station Autolib alors qu'avec une ZipCar c'est à vous de faire le plein (mais gratuitement avec une carte carburant dans le véhicule).
ZipCar est donc un vrai modèle de rupture pour la location de voiture. Et comme on est prêt à payer plus cher l'heure à l'heure, que l'heure à la journée, une ZipCar peut rapporter plus qu'une voiture louée à la journée. Et en plus c'est bon pour l'environnement (voir étude de l’Université de BerkeleySauf que ZipCar n'arrive pas à gagner de l'argent, malgré son modèle à bas coûts.
Et cette semaine Avis-Budget a annoncé avoir racheté la société ZipCar pour $500 millions. Ce qui confirme la pertinence du modèle. Pour Avis c'est une opportunité de développer un modèle complémentaire pour mieux servir ses clients en leur proposant ce service de location à l'heure ou à la course. Pour ZipCar, c'est l'opportunité de réduire ses coûts et de profiter de l'expérience de gestion de flotte d'Avis et de ses capacités d'achats de véhicules. Et la concurrence s'y met déjà comme par exemple Hertz On Demand qui a développé son propre système.
Mais cette annonce a aussi fait quelques inquiets, dont des clients, qui ne veulent pas qu'Avis "tue ZipCar" avec des méthodes de management d'un grand groupe bien installé quand ZipCar a besoin d'agilité pour se développer rapidement. A suivre donc.



Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Robin Chase, l'un deux fondateur de ZipCar, a voulu aller plus loin en 2011 et quitté ZipCar et créé (à Paris cette fois) BuzzCar. L'autopartage sur le modèle de ZipCar, mais les voitures à louer appartiennent à une nouvelle communauté: celle de ceux qui veulent louer leur voiture personnelle. Ainsi BuzzCar se charge de mettre en relation une communauté de membres qui n'ont pas de voiture avec une communauté de membres qui n'utilisent pas leur voiture tous les jours ou toute la journée. Et pour cela met à leur disposition sa plateforme collaborative de location.



Une fois le site d’inter-médiation BuzzCar ouvert, les inscriptions de loueurs et donc la capacité de location, a pu augmenter à une vitesse qu'aucun loueur traditionnel ne saurait égaler, puisque chacun loue "une capacité de voiture" qu'il a déjà, donc immédiate. Un modèle sans investissement. Alors que les modèles précédents doivent acheter les voitures et déployer leur infrastructure, d'où la concentration sur les grandes villes. BuzzCar peut être présent à la ville mais aussi à la campagne. Et coté standardisation, la flotte est aussi forcément plus diversifiée et le processus un peu moins normalisé avec BuzzCar, car chaque voiture a son histoire et son propriétaire qui joue un rôle dans la location. Un peu comme la différence entre une chaîne d’hôtel et un bed & breakfast pour passer la nuit.

Quel rapport avec la DSI vous devez vous dire?

Et bien oubliez la voiture et remplacez la par un autre équipement. Un poste de travail par exemple, cet équipement dont on a besoin de plus en plus souvent de partout pour accéder aux autoroutes de l'information. Et alors bienvenue dans l'économie de partage.

  • La voiture louée standardisée et centralisée (Avis): c'est le modèle DSI traditionnel. Vous avez un poste standard en arrivant dans la société et vous le rendez à la fin. La DSI se chargera de le re-formater et de le transmettre au prochain salarié ou de le recycler. Entre les deux il est à vous... même si vous ne l'utilisez pas.
  • La voiture standard louée à coté de chez vous (ZipCar): c'est une machine standardisée en libre service que l'on peut prendre à la journée ou à la réunion. On les laisse quelque part pour le prochain utilisateur. Les ChromeBook de Google sont particulièrement adaptés à ce mode de partage, mais aussi tout ceux qui auront développé la virtualisation du poste de travail accessible avec des terminaux banalisés. Notez que ces machines ne sont pas forcement dans les murs de l'entreprise.
  • La voiture personnelle: c'est le BYOD. Vous venez travailler avec votre propre équipement, forcément plus diversifié que le poste standard, et repartez le soir avec. Ce qui au passage en améliore le taux d'usage, au lieu de dormir au bureau. Bien sûr ce poste peut circuler sur le réseau de l'entreprise pour vous conduire aux applications et aux données... et vous devez avoir le bon permis délivré par la DSI pour cela.
  • Et la voiture diversifiée à coté de chez vous (Buzzcar) : c'est la communauté de ceux qui ont un terminal personnel (BYOD) à partager, qui commence à se prêter les terminaux et les accès réseaux quand ils ne les utilisent pas. Et pourquoi prêter son terminal avec des conseils personnalisés pour utiliser telle ou telle application.

Bien sûr ces modèles peuvent se combiner entre eux en fonction des terminaux et des catégories d'utilisateurs. Comme pour le rachat de ZipCar par Avis. Et la réflexion peut s'étendre aussi au support. Est-ce que l'utilisateur en prend en charge une partie (le plein d'essence) ou pas?

Cette métaphore de GreenSI, c'est pour prendre conscience (si ce n’était pas déjà fait) que nos certitudes en matière de gestion centralisée et standardisée des équipements, n'attendent qu'un autre business modèle pour s'effondrer.

Les économies et la maîtrise ont été l'orientation majeure qui a conduit à ce modèle, mais de nouveaux objectifs de l'entreprise: simplicité, flexibilité, diversité, taux d'utilisation des équipements... peuvent être priorisés et nous amener à reconsidérer notre gestion des postes de travail. Et pour cela la démarche de ZipCar de repenser le service à partir de l'expérience utilisateur en l'enrichissant avec de la technologie (géolocalisation, mobile, RFID...) est peut-être un exemple à suivre. Après tout, faisons mentir le proverbe que c'est les cordonniers les plus mal chaussés. Bien sûr les modèles économiques et de risque sont à réfléchir et affiner, mais il vaut peut être mieux s'y préparer que de ne pas avoir de modèle et de subir les demandes.

Alors si Stéphanie de la Compta, celle qui tape des clopes à tout le monde à la machine à café, vous demande "t'as pas un iPhone ?". Ne soyez pas étonné(e), c'est le BYOD-partage qui commence. Pour le meilleur ou pour le pire...