vendredi 2 novembre 2012

OpenData : la RATP ouvre une nouvelle ligne de données


Début 2011 la réflexion allait bon train à la RATP pour actualiser la stratégie internet, avec au menu l'exploration du potentiel de l'opendata et une recommandation d'ouvrir quelques données. Une recommandation qui demandait encore de convaincre en interne, par exemple de montrer que cela ne posait aucun problème de sécurité si ces données arrivent dans des mains mal intentionnées.

Quand soudainement à l'Eté 2011 l'actualité s'est invitée dans le débat avec l'initiative d'une jeune pousse, CheckMyMetro. Cette jeune impertinente sors une application iPhone s'appuyant sur la liste des stations pour offrir un service d'informations géolocalisées entre utilisateurs depuis leur smartphone. Un service gratuit pour leur permettre de signaler la présence dans une station d'incidents sur la ligne, de pickpockets et surtout pour les premiers utilisateurs de l'application, de... contrôleurs.
Ce qui n'était pas pour plaire à tout le monde à la RATP, surtout ceux qui n'étaient pas convaincus par l'opendata. S'en est suivi une partie de bras de fer entre la RATP et une communauté formée autour de CheckMyMetro, dont l'enjeu s'est vite centré sur l'ouverture de la carte du métro propriété de la RATP (voir :Peut-on resister à l'opendata, le cas de la RATP)

Cette première aventure s'est finalement avérée comme un formidable accélérateur interne pour aborder l'opendata. C'est-à-dire construire une démarche en coordination avec un écosystème, avec l'objectif de développer de nouveaux services pour les usagers.

Après cette crise, la station suivante sur la ligne de l'ouverture fut la découverte de cette communauté de développeurs pour comprendre les données et les formats qu'ils cherchent pour réaliser des applications mobiles. Ce fut via l'organisation d'un "barcamp" fin 2011, c'est-à-dire une rencontre qui prend la forme d'ateliers participatifs où le contenu est fourni par les participants qui doivent tous, à un titre ou à un autre, apporter quelque chose :
  • Le thème: la cartographie des transports en commun
  • Les participants: la communauté Open Street Map, très active pour l'ouverture des données géographiques
  • Le lieu : La cantine, pour être sur un terrain porteur d'idées en germes.. et oublier le terrain juridique ;-)
Le barcamp fut fertile et une liste de données à ouvrir a été coproduite. Les premières données ne posant pas de problème furent rapidement ouvertes sur le portail de l'Etat (data.gouv) et mises en ligne sur ratp.fr quand la licence d'ouverture n'était pas compatible avec celle de data.gouv.
Aujourd'hui RATP passe à la station suivante sur la ligne de l'ouverture de ses données et ouvre son propre portail data.ratp.fr

A la clef de nouvelles données, notamment un important jeu de données de tous les arrêts de bus géolocalisés. Sur le plan technique, pour aller vite, c'est la même plateforme opensource que celle de Rennes ou Nantes qui a été utilisée. Pour l'instant on est encore dans de la donnée fixe, échangée par fichiers, mais les équipes travaillent déjà sur les premières API qui seront ouvertes, notamment pour la mise à jour de données ou la diffusion de données au fur et à mesure de leur production.

Les échanges avec les premiers qui ont abordé l'opendata, montrent les réticences des états majors  sur l'ouverture des données (même dans le secteur public) quand les enjeux ne sont pas mis en avant pour les compenser :
  • les données ont de la valeur... même si on ne l'exploite pas
  • des données ça se protège et ça se défend
  • on est les seuls a pouvoir le faire, car nous savons prendre les bonnes précautions pour diffuser ces informations
  • on risque de voir qu'elles ne sont pas toutes bonnes...
En interne cet exercice a donc demandé la mobilisation d'un comité pilotage transverse de l'opendata composé de la Direction de la Communication, du Département Commercial et bien sûr de la Direction Générale. C'est un véritable changement d'esprit interne qui s'est produit et une nouvelle perception des enjeux de l'ouverture et de la force de "l'open innovation" déjà abordée dans plusieurs billets de GreenSI. Oui ouvrir n'est pas simple, mais ne pas ouvrir (quand on peut résister) est aussi une perte d'opportunités non accessibles.

C'est maintenant l'occasion de préparer des applications s'appuyant sur ces données, ou des données à ouvrir, qui vont enrichir les services en ligne de la RATP et surtout les services mobiles. La pénétration des smartphones en France fait que les utilisateurs du réseau de Bus ont accès à internet avant et pendant leur trajet. Mais avec l'arrivée de l'ouverture de l'internet dans le métro et le RER, ces applications de mobilité prendront encore plus d'importance sur l'ensemble des usagers.

Et en plus des services proposés par la RATP, c'est surtout l'incitation de l’écosystème à développer des applications que la RATP n'aurait pas faites elle même qui va jouer. Pour cela des concours d'applications seront lancés prochainement.

C'est au final un retour d'expérience très intéressant que nous offre la RATP, avec en 18 mois beaucoup de chemin qui a été parcouru et le plus important bien sûr la perception interne que l'ouverture était vraiment une carte à jouer.

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