dimanche 18 novembre 2012

A la recherche du temps perdu par la Maison de la Presse numérique

Dans ce monde physique en train de se faire digivorer tranquillement (voir Comment LEGO est train de se faire digivorer?) le livre et la presse sont en ce moment au cœur d'une transformation mondiale.

Les acteurs sont Google et Amazon pour citer ceux dont les modèles de publicité et de vente de livres sont en attaque frontale des, non moins puissantes et influentes, grandes maisons d'édition et de presse.
Mais aussi les réseaux sociaux qui réorganisent les mécanismes de distribution de ce contenu.
Le résultat c'est la chute des recettes de la presse et la recherche d'un nouveau modèle qui soit intègre et profite du développement du numérique, soit se lance dans de nouvelles activités. Les chiffres publiés par le Ministère de la Communication (http://www.ddm.gouv.fr/chiffres.php3?id_mot=22) sont sans appel :

Les recettes de la presse en euros constant s’effondrent, malgré le doublement du nombre de titres (1000 en 1995 - 2000 en 2006) pour occuper toutes les niches de contenu pouvant intéresser le grand public.


Vu les enjeux, en France en cette fin d'année, l'Etat se mêle même à la discussion, déclenchant tour à tour :

  • le support d'une "taxe Google" réclamée par les maisons de presse,
  • les menaces de Google de référencement de la presse française (18 octobre),
  • une visite de son président Eric Schmidt à l'Elysée (29 octobre) dont rien n'a filtré a priori 
  • une attaque "sournoise" mais légitime de contrôle fiscaux de grande ampleur de Google (1,6 milliard €) et d'autres acteurs de la numérisation de notre économie dont Facebook et Amazon


Alors quand on est patronne d'une Maison de la Presse à Cabourg, petite ville de Normandie, on peut avoir l'impression d'être totalement dépassée par le débat. Tout en étant confrontée quotidiennement à la réalité: internet redistribue les cartes et mon commerce doit s'adapter pour survivre.


Une prise de conscience affichée sur la vitrine de ce commerce : "Si on m'avait dit que je serais parmi les futurs dinosaures! Et pourtant cela est vrai...".

Une vitrine qui sert d'affichage à destination des badauds et où la propriétaire y fait aussi ses recommandations de livres, donne ses impressions, annonce les évènements... bref un blog en pleine rue. 

Toutes les libraires le savent bien: le conseil et les recommandations sont leur fonds de commerce.
Encore faut-il que les clients poussent la porte du magasin pour les entendre!
Et quand les ventes à l'unité de la presse chutent de 3-5% par an, c'est autant de lecteurs potentiels en moins. Il va falloir aussi aller chercher ses clients ailleurs. D'où certainement l'idée d'utiliser sa vitrine dans la rue commerçante de la ville, comme un espace d'expression pour mettre en avant cette différence y compris quand le magasin est fermé. Et ça GreenSI adore et dit bravo!

En poussant la logique plus loin on conseillerait à Patricia d'ouvrir aussi sa vitrine au "2.0" avec la possibilité pour les passants de "liker" ses commentaires (une petite pastille autocollante ?) et de pouvoir afficher les leurs (un bloc de post-it avec un crayon ?) quand la boutique est fermée.

Tout ça pour créer du lien, briser la glace et faciliter la conversation quand les chalands pousseront la porte pour y rentrer, même si ce ne sont pas des habitués de la boutique. Et pourquoi pas un fil Twitter pour prolonger cette relation nouvelle sur leurs téléphones en mobilité loin de la rue marchande ?

Car les usages de consommation collaborative qui sont à l’œuvre sur Internet sont rendus possibles à grande échelle par le numérique, mais ne sont pas la propriété du numérique. 

Ils ne demandent qu'a être transposés et sont même complémentaires de l'approche en ligne. 

Les stratégies locales et multi-écrans peuvent aussi inclure la vitrine de la maison de la presse. Et on se demande même si une approche globale sur l'ensemble des vitrines des maisons de la presse n'aurait pas un intérêt... au-delà des simples publicités 1.0 affichées actuellement.

Cette rencontre fait réaliser qu'on est encore loin de l'aboutissement de la réflexion sur la Maison de la Presse numérique où l'on aurait une relation permanente avec son "coach culturel", on pourrait y emprunter des livres numériques, y offrir des services mixant local et Internet, par exemple y trouver des livres d'occasion recherchés en ligne pour ceux qui aiment encore le contact avec un bon livre papier.

Pour GreenSI, il semble urgent d’accélérer les expérimentations en ce sens, de rechercher ce temps perdu par les combats d'arrière-garde contre le numérique, au lieu de le développer. Et franchement à la recherche du temps perdu à Cabourg ville où Marcel Proust a passé une partie sa vie, c'est quand même tout un symbole. Non ? 
Mais attention quand même, car "A la recherche du temps perdu" est un ouvrage en sept tomes dont les trois derniers ont été publiés après la mort de leur auteur...

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