dimanche 22 juillet 2012

Un nouvel OS, Windows 8: grande nouvelle ou non évènement ?

Je me souviens encore fin Janvier 2007 du lancement officiel de Vista sur toute la planète et de la soirée organisée par Microsoft France. Des centaines de personnes invitées, un feu d'artifice qui a embrasé La Défense le quartier des affaires et une couverture médiatique à la hauteur des grandes messes auxquelles l'industrie informatique était habituée à cette époque. Tous les constructeurs et fondeurs de microprocesseurs venaient saluer l'arrivée de ce nouvel OS qui allait prendre le relais sur Windows XP.

Notre geek national Olivier Ezratty, connu pour son exceptionnelle couverture du Computer Electronic Show de Las Vegas, avait fait le déplacement à La Défense pour couvrir l'évènement pour son blog (et je le remercie pour l'emprunt de sa photo)

Je prenais mes fonctions 3 mois auparavant à la stratégie informatique d'une grande société, l'avenir de Microsoft était tout tracé, personne ne l'aurait remis en cause, pourquoi réfléchir avant de basculer, et pourtant...
Car la suite on la connait avec entre autres un certain nombre d'embûches sur la route de Vista.
  • Vista ne s'est pas imposé dans les entreprises car... XP était très stable et un excellent produit. A tel point que de nombreux grands comptes sont encore sur XP et que leurs DGs sont plutôt satisfaites d'avoir évité une migration et des coûts qui, quoi qu'en disent les fabricants, amènent très peu de valeur au métier et obligent à tester toutes les applications et corriger celles qui ne sont pas compatibles.
  • Et inversement Vista n'était pas toujours très stable car il demandait des ressources machines importantes, voire imposant de changer une partie du parc de PCs (d'où un certain volontarisme des constructeurs à soutenir Vista?)

  • Vista avait été peut être un peu trop pensé pour combattre le piratage et non pour l'expérience de ses utilisateurs comme en atteste la présentation aux partenaires de l'époque: " De temps en temps, les utilisateurs peuvent être obligés de valider l'authenticité du logiciel via un processus en ligne." et il y en a 28 slides comme ça pour apprendre à reconnaître la vrai expérience Vista... celle de ceux qui ont payé leur licence. Sans commentaire.

  • En 2009 les projets Cloud étaient matures en France et la perception du rôle du navigateur comme un accès aux applications encore plus affirmée. Le rôle de l'OS comme lanceur d'application et d'accès aux ressources du réseau et du poste, devenait moindre avec des ressources dans le Cloud et un poste banalisé. On commençait a parler de poste de travail virtuel qui pouvait se provisionner en arrivant le matin et pas en se stockant sous un bureau la nuit.

  • Fin 2009 Microsoft comprend que ça ne décollera pas et annonce Windows 7 qui réussira une belle percée auprès du grand public... et laissera les entreprises avec une hétérogénéité sans précédent jusque là. Pas moins de 4 versions de Windows coexistaient: les derniers Win98, XP, Vista et Windows7, sans parler des multiples versions de chacun de ces systèmes (family, pro, premium...) et des 3 "services pack"de XP. Merci à tous nos administrateurs d’infrastructures pour nous avoir fait traverser cette période épique sans trop d'encombres.

  • En 2011 les ventes de l'iPad et le "modèle Apple" ont amenés une autre alternative: iOS.
    Adapté à des machines tactiles, il s'impose pour l'accès à internet, le collaboratif et le décisionnel... même en entreprise, car amenés par les salariés quand l'entreprise ne l'a pas (encore?) choisi. C'est le BYOD auquel GreenSI croit dur comme fer. Certes, il existait déjà d'autres OS dont Linux pour concurrencer Windows, mais en dehors des informaticiens et de quelques services publics "engagés", la richesse applicative de Windows ne leur a pas permis de percer sur le poste de travail. Avec le modèle des Apps, Apple a changé la donne et Google l'a suivi avec le navigateur Chrome et un OS Chromium (basé sur Linux) qui reste cependant encore confidentiel (ChromeBook). Mais désormais l'application domine l'OS et non l'inverse, car maintenant elle a deux alliés, le Cloud et les Stores.

  • En Juin 2011 Microsoft lance mondialement Office 365 et enrichit sa stratégie Cloud autour d'Azure. On n'a plus besoin que d'un accès internet pour utiliser l'environnement bureautique et de collaboration de Microsoft. Et on se demande si on a encore besoin d'un OS pour accéder à Office.

Le 26 Octobre 2012, 5 ans et 9 mois après Vista, Microsoft va sortir Windows 8 "OS multi-devices", dans un contexte d'annonce de ses premières pertes trimestrielles, de ventes de mobiles Windows Phone (7) faibles malgrès la qualité du produit et toujours sans tablette en rayon des géants de la distribution. Il faut une bonne vision pour voir le multi-devices!
La tablette tactile est annoncée pour ce même jour d'Octobre car pour GreenSI c'est elle qui va assurer, ou pas, le succès de cet OS.
Sans tablette, c'est le scenario Vista qui se profilera: dépenser des sommes importantes en marketing et feux d'artifices pour convaincre les décideurs de migrer rapidement leur parcs de PCs, dans un contexte de réduction des investissements informatiques, bof....
A comparer à un Apple qui en quelques mois sait s'appuyer sur ses utilisateurs, et son propre réseau de boutiques rempli d'une armée de coach habillés en bleu avec une pomme blanche, pour assister ces utilisateurs à changer eux même de système (on est déjà en version 5 en 3 ans sans problème). La rupture n'est clairement pas que technologique.
D'ailleurs Microsoft poursuit sa mue et ouvre progressivement ses propres boutiques, les Microsoft Store, en plus de sa boutique en ligne. Impensable il y a quelques années pour le champion de la distribution indirecte et des VARs (Value-Added Resellers).


Et puis Apple c'est un OS pour les tablettes/téléphones (iOS) et un pour les Desktop/laptop (OSX). N'est-ce pas plus simple pour gérer l'expérience utilisateurs adapté à chaque terminal et Microsoft ne prend t-il pas un risque en voulant tout unifier? La convergence des écrans montre que le facteur taille est important (le débat entre le 7" et le 10" par exemple) mais que tout ne terminera pas forcément sur le même écran. On en aura 3: celui en "inches" (dans la main), celui en "feet" (sur la table, le bureau) et celui en "yard" (sur le mur)... c'était la vision en 2000 au début de l'internet qui est en train de se réaliser.
En tout cas, cette fois-ci l'expérience utilisateur et la capture du marché grand public au plus vite, seront certainement de la partie pour convaincre des entreprises que leur stratégie informatique passe encore par la case Microsoft pour le poste de travail.
Les ventes (et le prix) grand public de la tablette Microsoft vont être suivies de près par GreenSI, car c'est certainement la clef de la stratégie multi-plateformes. Et ce ne sera pas facile car Google a sorti une Nexus 7" sous Android 4 à moins de $250 aux Etats Unis, qui est en rupture de stock dès le jour du lancement. Hypothèse GreenSI, Samsung va certainement réagir en baissant le prix de son Galaxy Tab 2 qui se vend aussi très bien mais est maintenant $100 au dessus de la Nexus. Et la rumeur d'une Google 10" se répand dans la Silicon Valley...



Coté téléphonie la chute de RIM est certainement une chance pour Microsoft pour capturer le remplacement des Blackberrys en entreprise, avec une version 10 dont la date de livraison recule régulièrement. L'alliance avec Nokia pouvant être mise à profit pour cela (et l'excellent Nokia 900)... à moins que le rachat de RIM ne soit aussi à l'étude, qui sait?
Dans l'entreprise où l'OS est de moins en moins quelque chose de tangible pour une DG (maintenant réconciliée avec l'informatique grâce aux iPad), le produit d'appel reste clairement Office 2013. Pour l'utiliser il faudra passer sous Windows 7 ou Windows 8, et il ne sera plus compatible avec XP et Vista. Voila, c'est dit. Pas de Windows 8, pas d'Office. Si la DSI ne veut pas de Windows 8, elle va devoir s'accrocher pour enlever son tableur fétiche a notre chef comptable, même si des alternatives existent, elle sait bien que ce sera dur, certaines ont déjà essayé avec les Google Apps! La segmentation des usages et des utilisateurs sera utile pour avoir une chance de rebattre les cartes de la bureautique.

Alors cette stratégie de produits croisés sera elle suffisante pour embarquer les entreprises dans une trilogie Windows 8 + Tablette/PC/téléphone + Office 2013?
Cela ne semble pas gagné d'avance et la vitesse d'implémentation sera déterminante vu la vitesse d'évolution du marché. Mais Steve Balmer est un combatif qui n'a certainement pas dit son dernier mot. C'est bien sûr son bilan qu'il défend depuis le départ de Bill Gates juste après le lancement de Vista.

Mais pour les entreprises si ça ne marche pas, c'est certainement avec le navigateur, les outils collaboratifs et la suite bureautique, une hétérogénéité de plus qu'il va falloir gérer ces prochaines années. Ce n'est pas le plus simple des scénarios, mais acceptons le de suite, cela nous préparera à gérer la suite quoi qu'il arrive.

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