dimanche 13 mai 2012

Adoptons la technologie grand public pour collaborer en entreprise


Entre la technologie en entreprise et celle pour le grand public rien ne va plus. 
D'un côté nous constatons de plus en plus deux mondes qui s'écartent et de l'autre côté on constate des forces impressionnantes à l'œuvre pour les rapprocher. Quels dangers pour l'entreprise ou le grand public dans cette tectonique des plaques ? Doit-on redouter un séisme ou un tsunami? Comment tirer parti d'une telle énergie? 

Pour mieux apprécier ces trajectoires, revenons en arrière sur ces 30 dernières années et plus précisément les technologies de collaboration dans l’entreprise.
Lotus Development, fondée en 1982 est initialement connu pour sa solution bureautique (tableur), pour ses solutions collaboratives (Lotus Notes) et pour avoir inventé le « groupware ». Des solutions très innovantes à l’époque qui ciblent l'entreprise pour améliorer la productivité, l’efficacité et la réactivité des équipes et du travail en groupe. Puis qui ont évolué vers la communication unifiée autour de l'email et des espaces de travail partagés. Une société rachetée par IBM en 1995, quelques années après les débuts du World Wide Web (1990) et la naissance du navigateur internet (1993) qui allait amener le grand public sur le plus grand réseau du monde. 

Coté internet tout est ensuite allé très vite après 1993. Le moteur de recherche universel avec Google, du cloud computing avec Amazon ou Google, des applications bureautiques en ligne avec GoogleDocs ou Office365, les photos avec Flickr, Instagram ou Pinterest, les vidéos avec Youtube ou Dailymotion, les Wiki avec Wikipedia, les blogs avec Wordpress ou Blogger, les réseaux sociaux avec Facebook ou LinkedIn, le micro-blogging avec Twitter, la géolocalisation, les places et les badges avec Foursquare,...  

Toutes ces innovations qui ont fait évoluer la collaboration l'ont été coté grand public. En 15 ans la technologie grand public a rattrapé et dépassé les 30 années d’expérience de l’entreprise. Elles sont utilisées en masse et leur nombre d'utilisateurs se compte en centaines de millions sur la planète et sont souvent interopérable entres elles (une video Youtube se poste sur Facebook ou s'insère en un clic sur un blog).

Car côté entreprise depuis 1993, des concurrents de Lotus sont apparus, certains ont déjà disparu, d'autres comme Microsoft Sharepoint sont encore là. Mais quand on compare les capacités de collaboration offertes aux salariés par rapport à celles dont ils disposent en entreprise, l'avantage est passé côté grand public. Elles tournent toujours autour de l'email et des répertoires partagés.Certes beaucoup d'autres solutions comme les réseaux sociaux d'entreprise ou les wikis, mais peu d'exemple en font des plateformes réellement partagées et utilisées par tous les salariés. Et elles sont rarement interopérables tant les éditeurs cherchent à imposer leur standard fermé et chercher une position dominante.

De son côté Mme Michu est devenue plus efficace et agile que nombreux salariés, surtout quand elle fait appel à son réseau social pour l'aider. Ne nous étonnons donc pas que des individus ou des associations puissent être cent plus influents que des entreprises du CAC40... avec des moyens cent fois plus faibles et des outils gratuits.

La technologie en entreprise est en train de se séparer d'une technologie grand public qui innove plus rapidement qu’elle. Et pourtant parfois ce sont les mêmes acteurs qui les produisent (de moins enmoins cependant), mais le moteur d'innovation n'est pas le même.
  • L'éditeur pour l’entreprise repose sur une R&D puissante, un réseau de distribution étoffé, un marketing onéreux, et un modèle économique déconnecté des usages. On paye une licence que l’utilisateur s’en serve, ou ne s’en serve pas…
    Mais le SaaS – software as a service – apparu ces dernières années a été salvateur pour stopper net cette inflation des coûts logiciels en imposant son modèle de paiement : par mois et par utilisateurs, en fonction de la valeur délivrée par le logiciel.
  • Pour l'éditeur grand public lui le moteur c'est souvent la publicité ou la capture de données personnelles qui permettront de mieux cibler... la publicité. Bref, on cherche le trafic et sa valorisation et pour cela on préfère avancer à petits pas rapides qu'a coup de grands projets et de changements de version majeures. Et le trafic, c'est l'usage. Donc un modèle vertueux puisque le seul intérêt de celui qui met en ligne un service gratuit c'est que les utilisateurs s’en servent. Un intérêt partagé avec l’utilisateur final. Ce qui n'est pas toujours le cas dans l'entreprise où le succès d'un logiciel peut s'arrêter dès le début une fois la vente réalisée.
Et puis dans l'entreprise les technologies qui mettent la pression sur l'évolution des organisations et du statu quo établi, ne sont pas toujours les bienvenues... Comme elles ne sont pas choisies par les salariés et arrivent à un moment pas non plus choisi par lui, elles demandent une conduite des changements importante. In fine elles ne sont donc pas toujours les seules responsables quand arrive parfois l’échec de leur mise en place.

Et puis la technologie dans l’entreprise, c'est le territoire de la DSI. Et les technologies de collaboration qui se résument parfois à l’email et aux répertoires partagés sont souvent dans le giron des infrastructures. Un domaine où pour maintenir la stabilité et la sécurité, on n’aime les changements... quand ils sont lents. Et comme aucun métier ne sent légitime pour prendre le sujet, même pas les RH, la DSI se sent bien seule avec ce fardeau.

Si ces deux mondes poursuivent sur cette lancée, il n'y a pas de doute qu'ils sont en train de s'écarter à grande vitesse et une crevasse de se former. Mais en regardant plus près on peut voir des forces de cohésion qui sont en train de se mettre en œuvre pour les rapprocher :
  • La première c'est celle qui veut que pour les entreprises en B2C, les clients étant plongés dans ce monde d'innovation rapide, les entreprises se doivent de l'adopter pour garder le lien... ou disparaître. C’est ce qui est arrivé à Kodak ou Borders.
  • La seconde ce sont les salariés de l'entreprise eux même, qui une fois rentrée chez eux se retrouvent dans le grand public. Voir qui peuvent ramener dans l'entreprise la technologie qu'ils utilisent chez eux...
Ces deux forces conduisent à rapprocher l'entreprise du grand public, parce que l'entreprise s’approprie progressivement les technologies grand public. Comme cela s'était déjà produit début des années 2000 avec les standards de l'internet et les navigateurs.

Il y a donc fort à parier que l'entreprise va rapidement réaliser qu'elle a tout intérêt à aussi adopter les nouvelles technologies de collaboration du grand public :
  • le stockage et le partage de contenus multimédias largement dans l’entreprise: photos, vidéos, présentations,…
  • les réseaux sociaux en interne et avec les clients et partenaires
  • les blogs, wiki pour sa gestion documentaire
  • la bureautique en ligne
  • la géolocalisation,
  • la « gamification »: badges et autres check-in
  • et enfin les activités comme concept d'intégration de tous ces évènements pour leur donner une vision d’ensemble sur leur collaboration dans l’entreprise
Ainsi, à l’image des internautes qui s’approprient les outils du web en fonction de leurs besoins, les salariés devraient pouvoir créer à la demande des espaces collaboratifs qui soutiennent leurs projets et leurs activités. Le collaboratif de l’entreprise peut être vu comme une plateforme mise à disposition des salariés, au moment ou ils sont prêts, pour leur donner cette agilité maximum.

Bien sûr tout le système d'information n’a pas besoin de cette innovation tirée par le grand public. Une partie du système d’information n'a besoin que de ce pourquoi il a été fait au départ, traiter en masse des données et assurer la traçabilité nécessaire aux activités métiers. En revanche toute la collaboration et la communication, en interne et avec l'externe, et les applications fortement collaboratives comme la relation client ou fournisseurs, vont basculer dans ce monde grand public. 

Pour cela la DSI, le département qui maîtrise le mieux la technologie, doit se pencher sur ces applications et plateformes grand public disponibles, les qualifier, les intégrer et les proposer comme briques utilisables en interne sur les PC qui dominent le monde de l'entreprise, mais aussi sur les smartphones et tablettes qui pour les mêmes raisons vont aussi rentrer dans l'entreprise.

Car maintenant que les clients et les salariés ont eux aussi leur propre système d'information, est-ce que finalement la question n'est pas de savoir où s'arrête le système d'information et où commence l'outil du salarié ou du client ? Un outil qui prolonge sa main pour lui permettre d'agir et de collaborer dans un monde de plus en plus numérique.

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