vendredi 3 février 2012

L'université a des leçons à donner en matière d'informatique dans les nuages

En lançant en aout 2011 le projet Andromède de regroupement de trois acteurs de l'industrie numérique en France, le gouvernement voulait préserver la sécurité et la confidentialité des données de ses administrations et des entreprises françaises qui souhaitent évoluer vers ces nouvelles plateformes de services. 
Il est vrai que le marché du Cloud computing public et plus particulièrement du PaaS - Plateform as a service - est dominé par des acteurs internationaux tous américains: Google App Engine, IBM SmartCloud, Microsoft Windows Azure, AWS Amazon Web Services, VMware CloudFoundry.com...
Le chiffre d'affaires des services « cloud » d'Orange est estimé à 85 millions d'euros (+70%) deux ans après le lancement des premières offres. A comparer à l'estimation d'IDC de 1 milliards pour AWS, et les 7 milliards "issus du Cloud" annoncés par IBM pour n'en citer que deux.

Et après avoir balayé les avantages nombreux de ces offres, les DSI de l'administration ou du privé qui assurent un service public, buttent toujours sur le point de l'hébergement des données hors de France, voire d'Europe, et les contraintes imposées par la règlementation ou tout simplement la sécurité nationale.
Or le marché du Paas est un marché fragmenté et toujours immature, sans réelles normes et standards partagés, qui se consolide (achat de Heroku par Salesforce par exemple) et se développe en même temps (migration des entreprises). Selon Gartner, en 2015 plus de 25% des entreprises devraient utiliser les services de cloud d'infrastructure applicatives, contre moins de 5% en 2011. 

Alors dans ce contexte, inciter trois acteurs français a fabriquer la première offre tricolore localisée en France est certainement une bonne idée économique et politique. Et reconnaissons aussi une certainement clairvoyance stratégique de notre Ministère de l’Économie Numérique.
D'où l'accueil favorable réservé au protocole signée entre la Caisse des Dépôts, et ses partenaires privés France Telecom/Orange, Thalès et Dassault Systèmes (Capgemini présenti s'est retiré) assorti d'un investissement public de 135 millions d'euros issu du grand emprunt et de 150 millions par le privé.

Mais c’était sans compter sur l'héritage gaulois de nos acteurs. En Décembre Dassault Systèmes décide de se retirer (et sa mise de 30 millions d'euros). Et coup de théatre, il revient taper à la porte du grand emprunt en début de semaine avec un nouveau consortium, concurrent du premier. Consortium gardé pour l'instant secret mais où certains y voit la main d'Atos et de son PDG proche du pouvoir actuel. Bref, à défaut de construire le Cloud tricolore que les administrations attendent, on en est qu'aux présentations des biceps et à la revue des business modèles... quand le Cloud américain lui se renforce et se développe. L'exception française a encore frappée.

Mais pendant ce temps un autre Cloud tricolore est en train de naître. UnivCloud, le nuage pour les établissements d’enseignement supérieur.
Loin des projecteurs et des intrigues, l’appel à projets « développement de l’économie numérique », lancé par le gouvernement permet à ce projet collaboratifs de R&D de développer son informatique en nuage.
Les acteurs sont l'Université Numérique de Paris Ile-de-France, 4 PME innovantes et la société INEO du Groupe GDFSUEZ. Du public, du privé, des grands et des plus petits, est-ce la combinaison gagnante?


Axé sur une stratégie de mutualisation, il propose une utilisation à la demande des ressources informatiques et un modèle de facturation à l’usage des services. Il a dans ses objectifs de rationaliser et de standardiser les systèmes d’information des établissements.
UnivCloud permettra aux établissements franciliens de disposer d’une puissance informatique importante (mutualisation des capacités actuelles inutilisées) et modulable. Il cherche aussi à s'inscrire dans une perspective de développement durable et de maîtrise énergétique pour optimiser les coûts de fonctionnement.

Quand on écoute les annonces de ce projet, on se dit qu'UnivCloud a tout compris à ce que le Cloud computing est, et ce qu'il peut amener a des infrastructures informatiques hétérogènes et anciennes. Alors, oui GreenSI ce soir préfère oublier la grande nébuleuse d'Andromède quelques temps, et écouter la leçon que nous donnent nos universités d'Ile de France. Souhaitons leurs bonne chance pour ce formidable projet!

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