samedi 7 janvier 2012

Kodak ou la lente inadaptation a "une vérité (numérique) qui dérange"

Cette semaine vous n'avez pas pu échapper aux commentaires sur l'assombrissement de l'avenir de Eastman Kodak. Incroyable pour une société plus que centenaire (fiche wikipedia) dont l'action plonge à 44 cents soit en dessous de la valeur de ses actifs et qui détient une marque qui évoque tant de choses dans l'imaginaire du commun des mortels sur la planète. Le nom Kodak, apparu en 1888 avait justement été choisi pour se prononcer dans toutes les langues.

Mais pour un lecteur de GreenSI ce n'est pas une surprise qu'une entreprise qui rate le virage du digital et de l'évolution fulgurante de l'économie numérique, termine au cimetière des dinosaures. Juste à coté des encyclopédies papier comme Encyclopaedia Britannica ou Universalis qui étaient en leur temps le symbole du savoir et de la réussite pendant des années. Aujourd'hui et après bien des polémiques, qui pense encore que leur modèle de production (experts, comités...) et de diffusion (papier, commerciaux en porte à porte, vente a crédit...) est adapté a un monde ou presque tout le monde est connecté, la connaissance double tous les 7 ans et où tout va très vite?

Eastman Kodak du nom de son génial inventeur George Eastman associé a cette marque internationale Kodak, est leader dans les révélateurs de films et photographies pour professionnels. Puis réussi sa migration vers le grand public avec les films souples et des appareils. Mais se laisse doubler sur ce domaine par son concurrent Polaroïd qui avait réussi a déposer le brevet de la photo développée instantanément (une révolution proche de celle du numérique quand on part de la photo argentique). Mais un Polaroïd qui finalement n'a pas eu plus de succès sur le long terme. Les stocks de films ont été réfrigérés en 2008 après l'arrêt de la production et se vendent au prix fort sur les forums de passionnés de la photographie...
La migration vers la photographie numérique et le film numérique ont donc eu raison de Kodak ce producteur de produits inadaptés au nouveau monde numérique qui se dessinait devant lui.

Pourtant des tentatives vers le numérique on été faites mais n'ont pas connu le succès nécessaire pour remplacer l'ancien modèle. Des tentatives certainement trop tardives (2004), mais surtout parce que troquer la chimie et les bacs de révélation lucratifs pour des datacenters et des chaînes de traitement numérique inconnues; ce n'est pas une décision facile à prendre. Surtout dans une société centenaire qui en a vu d'autres, donc peut être assise sur des certitudes.

Mais profitons de ce billet pour saluer une autre société plus que centenaire bien de chez nous, Legrand, atelier de porcelaine basé à Limoges et spécialiste de la porcelaine de table en 1860 est arrivé dans l'équipement électrique pour les propriétés isolantes de la porcelaine quand la vaisselle en porcelaine intéressait moins de monde. Puis dans le plastique moins cher pour les mêmes produits et résister à la concurrence et maintenant leaders mondial des produits et systèmes pour installations électriques mais aussi réseaux d'information depuis que la maison devient intelligente.


Qu'est ce qui fait la différence entre un Kodak et un Legrand?
Et bien pour simplifier, l'incendie de l'usine en 1949 et la décision rapide de se concentrer sur la production d’appareillage électrique.


Et là GreenSI ne peut s'empêcher de penser à AlGore et a son film "une vérité qui dérange" pour sensibiliser au développement durable: une grenouille trempée dans de l'eau qui se réchauffe doucement ne bouge pas jusqu’à en mourir. Ce qui lui serait bénéfique serait un vrai choc thermique, celui que l'on ressent quand on met la main sur une flamme et qui déclenche le réflexe de l'enlever.
L'extrait du film est très pédagogique:





Profitons en pour penser aux autres dinosaures que l'on rencontre tous les jours. Ceux qui peuplent nos systèmes d'information et dont on ne sait plus se débarrasser car il manque le choc thermique pour prendre la décision d'engager le projet de remplacement "de la vérité qui dérange" tout le monde:
  • Internet Explorer 6, allez même 7, qui représentent moins de 50% des parts de marchés mondiales et la vérité qui dérange qui est qu'ils sont de moins en moins compatibles avec les sites web ou applications SaaS sans parler des tablettes tactiles
  • Office 2003, dernier gardien de la bureautique individuelle, dont on utilise 20% des fonctions au mieux (et très mal) et qui s’avère totalement inadapté au monde des applications en ligne et de collaboration intensive qui est devant nous. Et la vérité qui dérange c'est que la migration vers 2010 ne l'est pas nécessairement plus.
  • le PC fixe fourni par l'entreprise, qui est passé en 30ans d'objet de reconnaissance d'un statut social de Chef de service, a une antiquité que nos DSI continnuent a nous fournir (je pense qu'ils les ont congelés comme les Polaroïd), alors qu'on voudrait venir avec notre équipement , dans un monde ou l'accès a l'information se fait de partout et tout le temps: téléphone, tablette, livre numérique et j'en passe.
  • ...
Regardez autour de vous il y en a plein qui vous regardent avec pitié et attendent que vous preniez une décision.

Alors si vous cherchez des résolutions pour cette nouvelle année, prenez celle de faire monter la température et chauffer l'eau d'un coup, c'est le meilleur service que vous puissiez rendre à la grenouille. De simplement la regarder affectueusement mène a la seule autre alternative, celle qui s'engage pour Kodak.


NB: GreenSI se décharge de toute responsabilité si vous mettez le feu à la DSI ;-)

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