vendredi 13 mai 2011

Google et Amazon, la rupture c'est la continuité, pour construire le monde numérique de demain


L’actualité informatique des dernières semaines a été riche. Tentative de rachat de Skype par Facebook, puis Google (qui aurait fait semblant pour monter les enchères ?) et finalement Microsoft qui emporte le morceau. Elle rappelle que l’évolution de l’informatique se joue dans les services grand public comme l’analyse souvent GreenSI. Il permet aussi de lever le voile sur le modèle informatique de rupture qu’essayent de mettre en place Google et Amazon, sur les traces d’Apple avec Facebook qui regarde le spectacle. Action!
Première étape à la conférence Google I/O mercredi où se sont pressés des milliers de développeurs malgré le prix d’inscription ($450), des places vendues en 59mn le jour de la mise en vente. Un prix qui finalement aura été vite amorti grâce au généreux cadeau a chaque participant d’une tablette Galaxy Tab 10.1! Google se rappelle que pour avoir des applications plein l'Android Market il faut des développeurs. Bien joué!
Et justement Google y annonce qu'Android cartonne dans les mobiles, le tsunami annoncé l’an dernier a bien atteint la côte (100 millions smartphones compatibles dans le monde et 400 000 terminaux Android sont activés chaque jour)... mais Apple se porte toujours bien! Bonne nouvelle car le marché est plus gand que prévu finalement et largement pour deux.

undefinedLa domination sur le mobile de Google/Android étant acquise, la seconde offensive c’est Google Music un magasin dans les nuages qui permet d’y stocker sa musique, en attendant de pouvoir l’acheter et de négocier avec les majors pour cela. Mais surtout de pouvoir l’écouter de partout et de synchroniser instantanément toutes ses « playlists » sur tous ses terminaux.

Car la grande révolution de ces dernières années c’est aussi la multiplication des terminaux. La Ford-T des ordinateurs, le PC a vécu. Maintenant le « terminal » pour ne plus parler de PC, se décline en fonction de l’ergonomie attendue (smartphone, tablettes, grand écran, TV, console de jeu) et pourquoi pas de son humeur (il parait que les Geeks choisissent leur terminal soigneusement avant l’aller se montrer dans des conférences. A quand le terminal assorti a la cravate?) Et dans l'entreprise cette vague de terminaux est un véritable cauchemar pour les responsables d'exploitation
L’annonce majeure de Google, c’est la continuité sur les terminaux Androïd de l’accès à sa musique, personnalisée selon ses goûts, mais aussi a tous ses services en ligne. Une sorte de persistance de ses données personnelles incluant ses musiques (ou ses films après ses photos avec Picassa). Et çà Google adore car il a déjà le business modèle pour les valoriser par la pub (AdSense et AdWords), même si il semble évident qu'il va aussi se rémunérer un jour sur le service d’hébergement des données (et oui la gratuité aura une fin).
Parions d’ailleurs qu’Adwords deviendra vite Adprofiles car avec l’enrichissement de ces données personnelles, on passera de l’achat de mots, à l’achat de profils: Cible moi les ménagères de moins de 50 ans et non celles qui ont des mails de voyages dans Gmail ou ont tapé "voyage au maroc" dans Google. C’est peut être pour cela que Facebook, , embusqué derrière une agence de relations publiques qu'il paye essaye de discréditer Google sur la gestion des données personnelles et a mené une véritable campagne anti-Google. Car n’oublions pas que Facebook de son coté est clairement positionné sur la valorisation des profils d’internautes que l’on peut acheter sur sa plate forme pour effectuer des campagnes. Quel monde impitoyable cette Silicon Valley…
Mais revenons a cette rupture dans les fondations du monde numérique de demain : la continuité de ses données sur l’ensemble des terminaux.
Cette notion de continuité se retrouve sur toute une chaîne d’équipements de consommation de l’information et de services en ligne.
  • Je veux passer de la console de jeu au téléphone, c’est ce que Windows 7 permet si les développeurs exploitent ces possibilités.
  • Je veux passer du téléphone à la tablette. C’est ce que RIM essaye dans l’entreprise avec sa tablette PlayBook  et ses téléphones, grâce gamà son serveur de synchronisation BES (Blackberry Enterprise Server).
  • Je veux passer de la tablette, ou du Kindle a mon PC et c’est là que la stratégie de Google ou Amazon entrent en jeu.
  • Je veux passer de mon PC à mes écrans, car le PC se connecte maintenant a plusieurs écrans qui sont utilisés pour déposer des documents et se rapprocher du fantasme collectif de ces murs d’images rendus célèbres par le film Minority Report.
  • Et parmi ces écrans, un écran se distingue celui de la TV qui fait l'objet de toutes les convoitises d'Apple et de Google pour y raccorder leur boîtiers, pour encore une fois y assurer la continuité
Google vient donc de poser une pierre majeure de ces fondations, mais il reste encore des terminaux a conquérir et des passerelles à construire. Aussi, il n’est pas seul dans cette stratégie. Amazon est aussi à la manoeuvre.

Amazon, le grand père du e-commerce, qui est aussi un distributeur de musique et même de livres électroniques (plus de 400.000 titres). Sa force de frappe est décuplée par ses affiliés qui vendent depuis leurs blogs ou directement dans la Marketplace. Une musique que l'on peut aussi stocker sur un disque en ligne lancé fin Mars: Amazon Cloud Drive.
Amazon a aussi un terminal, le Kindle, dans sa troisième version, qui permet d’acheter un livre sans quitter son salon et même d'écouter sa musique en le lisant. Ce qui d’ailleurs me fait doucement sourire quand j’entends que nos députés s’excitent pour le prix unique du livre à l’heure de cette mondialisation des infrastructures. Si quelqu’un a un Kindle avec un compte ouvert dans le magasin anglais (amazon.co.uk) je ne vois pas trop comment il pourra acheter depuis Paris a un autre prix que celui du magasin anglais... à moins de brider les gentlemans en voyage en France, on vois déjà les titres des journaux à Londres!
La maîtrise d'un seul terminal c'est un peu faible vous allez dire et bien Jeff Bezos le patron d'Amazon a annoncé, de façon énigmatique, une famille entière de tablettes... sous la dernière version d'Android contrairement au Kindle. Coté Google, l'annonce des Chromebook avec les deux premiers vendus par Acer et Samsung vont aussi dans cette logique de part de marché Android versus iOS et Windows.

Amazon a aussi une avance considérable avec le modèle du Cloud computing. Même Salesforce le précurseur des applications en SaaS, reconnaît s’être inspiré des onglets d’Amazon pour penser l’ergonomie de son application.
Là où Google reprend l’avantage c’est dans ses ambitions dans la domotique, puisqu’il annonce aussi Android@Home, la plateforme qui permettra de connecter les objets de la maison. Donc encore plus de terminaux pour lesquels il faudra assurer la continuité des données. Je rentre dans ma chambre, mes équipements me reconnaissent, jouent ma musique et règlent la température de la pièce.
Méfions nous cependant car en 2008, Microsoft prenait aussi le contrôle de la maison avec notamment PC Windows media et un programme @Home. En 2011 on attend toujours.

Google c'est aussi la maîtrise du mode offline et on pourra écouter ses musiques récentes quand le réseau sera coupé. Certainement une utilisation d'un cache intelligent et non une réplication des données systématique. La gestion des données des terminaux sera certainement un enjeu de taille car ne révons pas il en restera et il faudra bien les gérer et les sécuriser.

Google c'est aussi une expérience forte dans le traitement des données en masse pour "les faire parler",depuis le moteur de recherche, en passant par la reconnaissance des visages de Picassa et les modèles prédictifs. Un gage que cette continuité des données sera certainement intelligente.

La bataille ne fait que commencer et Apple est toujours en tête de la création de valeur si on en crois Wall Street. Mais n’en doutons pas, si cela commence dans le grand public, ce sera aussi une rupture pour les SI des entreprises quand elles devront s’y connecter ou s’y fondre. A moins d'aller vivre sur une autre planète...


POUR ALLER PLUS LOIN : analyse d'Amazon très bien faite par Faber Novel



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4 commentaires: