samedi 30 avril 2011

La DSI face à la "consumerisation" de l'informatique


Nos responsables infrastructures ont le blues. Qu'est ce que c'était bien dans les année 1990 quand on avait réussi a éliminer Apple de l'entreprise et cantoner les Macintosh aux sociétés du secteur de la publicité et de la communication. Tout était PC. Et pendant 20 ans le tandem DSI et Direction des Achats n'avait qu'a organiser des appels d'offres pour baisser les prix des constructeurs. A tel point que celui qui avait dans les premiers industrialisé le PC et forgé son nom, IBM, a raccroché les gants et vendu son activité. Ce parc relativement homogène, administré et supporté professionnellement par des HelpDesk, a aidé l'entreprise a réduire ses coûts mais laissé des utilisateurs avec moins de liberté de choix et d'installation de logiciels "exotiques".
Mais depuis 2 ans la pression monte pour ces responsables d'infrastructures avec la "consumerisation" de l'informatique (tiré de l'anglais consommateur - Meaculpa à l'Académie). Elle leur rappelle au quotidien que les progrès de l'informatique en terme d'équipements sont tirés par le marché grand public. Leur champ de compétence s'est aussi élargi ces dernières années avec le rattachement de la téléphonie à la DSI ce qui fait sens sur le plan des infrastructures de réseaux convergentes. Mais cette nouvelle compétence est arrivée avec la responsabilité de fournir des postes téléphoniques fixes et mobiles aux utilisateurs, un domaine qui n’échappe pas non plus au phénomène de "consumérisation". De plus la téléphonie a jusqu'à présent bénéficié de plus de liberté que le PC et une partie des téléphones mobiles "de l'entreprise" sont souvent des téléphones personnels. Surtout à l'heure des smarts phones qui permettent d'avoir un accès internet en plus de pouvoir téléphoner et parfois l'abonnement est payé par l'entreprise (via la carte SIM) et le téléphone par le salarié. Ces smart phones évoluant avec les tablettes en véritables terminaux d'accès au SI. Alors on comprend qu'ils aient le blues du monde PC-Wintel (Windows Intel) si simple et si homogène... et si lucratif pour ceux qui le contrôlait.

Alors que leur environnement est en train de se transformer radicalement, les éditeurs cherchent à les convaincre de poursuivre leur route avec la virtualisation des postes de travail. En gros, on met tout dans le Cloud, les logins, les applications, la bureautique, et on y accède depuis n'importe où et n'importe quel terminal. En fait ce que vous voyez n'est qu'une image de ce qui se passe sur le serveur. Connexion réseau obligatoire bien sûr.
Sur le papier, ou plutôt sur la brochure commerciale quadrichromie car il y a encore peu de réalisation à grande échelle, c'est à la fois la poursuite de la stratégie de réduction des coûts engagée ces dernières années et la réponse aux nouveaux besoins des utilisateurs. C'est surtout rassurant pour les DSI car le cap du paquebot infrastructure n'a pas trop à dévier. Mais en est-on sûr que cela répond aux besoins des utilisateurs et qu'ils vont adhérer à la démarche ?
Depuis des lustres dans la Silicon Valley les développeurs peuvent venir avec leur propre machine et la connecter au réseau de l'entreprise. C'est la condition pour garder les meilleurs et éviter l'éternel débat Mac, PC ou Alienware. Cette tendance dite BYOD - Bring Your Own Device (amène ton propre équipement) est finalement plus un choix social et RH qu'un choix d'infrastructure. Bientôt peut être on reconnaîtra les salariés performant à la couleur de leur iPhone, noir en standard, blanc pour les cracks! D'ailleurs si salarié a décidé de se le payer (car il allait le faire pour lui de toutes les façons) il n'est pas évident que cela coûte finalement plus cher à l'entreprise... une fois la période de désorganisation de la DSI passée.
Ce n'est un secret pour personne non plus que les conseils d'administration des grandes entreprises se remplissent d'iPad, que les Directeurs veulent tous leur iPhone et les conseils généraux aussi d'ailleurs pour avoir discuté récemment avec la DSI d'une grande ville française. Après tout, ces "VIP" passent la majorité de leur temps d'utilisation de l'informatique, à lire des mails et des documents, regarder des tableaux de chiffres et valider des factures. N'est ce pas suffisant comme terminal ? On touche ici le point de la segmentation des usages pour fournir les équipements aux salariés. Le monde dont on vient c'est un peu comme si on demandait à tous les cadres du siège de mettre un casque et des chaussures de sécurité parce que peut être qu'une fois dans l'année ils vont aller visiter une usine.Les 80% de fonctions d'Office que l'on utilise pas sont certainement moins lourdes que ces équipements de sécurité mais tout aussi inutiles!

La virtualisation qui va certainement verrouiller une technologie unique pour au moins 5 ans, dans un monde qui change tous les 18 mois, serait une réponse à l'évolution des besoins profonds des utilisateurs et à la complexification a tous les niveaux (équipement, OS, application, réseau) de l'accès au système d'information. GreenSI ne peut s'empècher de penser qu'il y ait un risque qu'on soit  en train de se diriger au galop vers le Grand Canyon (voir La carte) avec une impasse au bout pour ceux qui n'auront pas fait les bons choix. Et surtout l’impossibilité d'atteindre les opportunités attendues par l'entreprise qui sont sur l'autre rive. j'espère que les éditeurs pourront nous expliquer dans les commentaires de ce billet pourquoi ce chemin n'est pas risqué. Car si les utilisateurs n'adhèrent pas à la démarche, ne nous leurrons pas, ils vont avec l'aide de l'informatique grand public, construire le système d'information dont ils ont besoin et ce sera une mauvaise nouvelle pour la gouvernance des entreprises. Et d'ailleurs, et si c'était eux qui avaient raison et que finalement cette virtualisation n'était qu'une étape superflue dans ce voyage vers le Cloud computing?
Pour revenir à nos responsables d'infrastructure, il va falloir qu'ils déploient des trésors de pédagogie pour expliquer à la Direction Générale que les millions d'investissements qu'elle s’apprête à signer vont lui permettre de vivre dans un monde meilleur. Mon conseil serait qu'elle puisse consulter le document sur un iPad... mais sans trop lui dire qu'il ne marchera plus ensuite.

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4 commentaires: