vendredi 19 novembre 2010

Cloud privé: étape indispensable ou concept marketing ?

Il ne se passe pas de semaine, comme me le faisait remarquer Bertrand Duperrin sur Twitter, sans que l'on ne parle ou annonce de nouvelles offres collaboratives en « Cloud privé ». Est-ce une tendance de fond, ou encore un concept marketing qui va nous amener "au bord Grand Canyon" sans autre possibilité d'évolution que le retour arrière ou la mort assurée de nos investissements (voir onglet Carte pour les nouveaux sur GreenSI) ?

Le Cloud computing, c'est la capacité à acheter ou mettre son informatique — logiciels, environnements, plateformes — « dans les nuages », traduire sur Internet accessible avec un navigateur, donc hors de l'entreprise et surtout derrière le sacrosaint « pare-feu». Celui qui a guidé nos démarches de sécurisation et de construction de nos infrastructures réseau, surtout depuis le développement du fameux Internet. Après tout l'entreprise physique à ses propres locaux avec son gardien au portail et ses hôtesses à l'accueil, pourquoi aller inventer un autre modèle pour l'entreprise numérique ?

Les avantages du Cloud computing sont principalement liés à la virtualisation (indépendance de la machine physique) et à la mutualisation :




  • L’abstraction sur la localisation (« les nuages »)
  • L’utilisation de ressources partagées et d’architectures « multitenant » (colocatives)
  • L’élasticité des ressources pour s'adapter aux besoins
  • Ce qui permet le paiement à la demande et le passage de coûts fixes en coûts variables
  • Et tout ceci résulte généralement en un meilleur « time to market»

  • Il y a bien sûr des inconvénients, du moins des points de vigilance, dans ce monde qui se décrit presque parfait. Je citerais :
    Le Cloud privé c'est la capacité pour une entreprise, a mettre en place "en interne" sur une infrastructure a construire, les offres normalement disponibles en Cloud computing. Les éditeurs qui peinent à faire basculer certaines entreprises dans le Cloud, utilisent cet argumentaire en fin de réunion dans un style très fast-food, et vous demandent si c'est pour consommer sur place (Cloud) ou emporter (Cloud privé).



  • Le prestataire et son infrastructure dont on dépend (contrats, SLA)
  • La réversibilité de cette décision, sujet que l'on connait bien avec la vague précédente d'outsourcing dans les DSI 
  • Les coûts sur le long terme, car il y a un acteur de plus à nourrir
  • Et enfin la sécurité, notamment des données sensibles

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    Franchement, à première vue, c'est faire ce que l'entreprise fait depuis toujours c'est-à-dire réinstaller son gardien et ses hôtesses à l'accueil du SI et assurer les investissements et les coûts fixes.
    Certains trouveront que Cloud privé est un néologisme. On n’a rien inventé, au contraire on a peut être détruit de la valeur car les économies d'échelles "tout seul" ne sont accessibles qu'au très grandes entreprises. Cela sent donc l'impasse a plein nez par rapport au Cloud computing industriel a destination des entreprises.
     
    Cependant en y regardant à deux fois on peut quand même trouver des bénéfices au Cloud privé :
    • La sécurité : une des règles en la matière est d'en maîtriser toute la chaine et il est vrai que l'insertion d'un prestataire qui a lui même ses sous-traitants dans la chaîne, n'est pas le moyen le plus direct pour y arriver. Pour des entreprises soumises aux règles « SOX», cela reviendrait à demander aux prestataires de se conformer aux contrôles prévus par les règles internes ou à brandir un niveau de certification comme SAS70 réservé aux meilleurs. Le Cloud privé permet de remettre sous contrôle cette dimension uniquement prévue dans les contrats avec le Cloud computing (et encore les meilleurs).
    • La localisation: les nuages c'est bien, mais pour remplir une déclaration qui demande la localisation des données personnelles ou bancaires, voire qui peut impacter la juridiction en cas de recours, de la maîtriser c'est mieux. Le Cloud privé permet de maitriser la localisation des données.
    • La conduite des changements: à supposer que le Cloud soit LE modèle informatique d'avenir, on ne va faire évoluer les mentalités du jour au lendemain. Cetaines entreprise ont aussi investi dans de l'infrastructure qui n'est pas encore amortie et que l'on ne va pas arrêter.
      Le Cloud privé permet donc aux DSI (et aussi aux intégrateurs) de « se faire la main» sur le chemin du Graal et de rendre progressive une bascule d'infrastructure.
      De plus toutes les offres annoncées en Cloud, ne sont pas encore professionnelles en terme de qualité de service, certaines n'étant d’ailleurs que du simple hébergement dédié sur serveur mutualisé dans le meilleur des cas (exemple comme beaucoup d'autres, One2team qui annonce du collaboratif en SaaS sur sa page d'accueil et offre en réalité un serveur dédié avec un paramétrage par ses équipes à la limite du développement spécifique). Dans le cas d'une "mauvaise offre Cloud" le Cloud privé devient clairement une alternative incontournable surtout en terme de sécurité, de connexion aux annuaires et de contrôle des accès.
    Donc le Cloud privé est finalement une première étape qui peut donner du temps au temps, pour que l'écosystème du Cloud computing se mette en place, et ce faisant en accélérant son développement. Après tout, Amazon a bien construit son offre "PaaS" (plateforme as a service) en mettant a disposition la surcapacité de ses propres datacenters et donc a commencé a construire un Cloud privé avant de revendre...

    Mais attention de bien construire votre Cloud privé en pensant a vos clients, fournisseurs et partenaires qui utilisent votre SI, donc sans trop l'enfouir dans une infrastructure fermée, car votre Cloud privé est le SI de votre entreprise numérique. La tendance étant a l'augmentation des liens et relations électroniques avec tous ces partenaires, comme pour le "social CRM" qui va demander une intégration temps réel avec les réseaux sociaux par exemple.

    22/11/2010 - COMPLEMENT - Baromètre IDC sur la perception du Cloud computing en entreprises. Il donne une pondération assez en phase avec les idées (vécues en DSI) développées dans ce post

    Télécharger le Second baromètre IDC

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