lundi 21 septembre 2015

Internet des objets: Lords of the (connected) rings

A la conférence annuelle Dreamforce 2015 cette semaine, Marc Benioff le CEO de l'américain Salesforce a annoncé une nouvelle offre: IoT Cloud.

Une plateforme pour les connecter tous! Ou, comme le présente Salesforce, pour venir y connecter l'internet des objets avec l'Internet des clients; pour pouvoir y exploiter la puissance de l'analyse de données dans le Cloud et via des automatismes, y engager de manière proactive la relation avec ses clients. 

Un peu avant l'été, à l’occasion de Sapphire Now, l'européen SAP a aussi annoncé sa plate-forme pour l’Internet des objets: Hana Cloud Platform.
Hana c'est la base de données "in-memory" de l’éditeur, appelée en tant que service pour stocker et traiter en temps réel les données, augmentée de nouvelles fonctions de gestion propres aux objets connectés eux mêmes et à leurs communications. La cible de SAP: exploiter les données des capteurs au sein des applications métiers.

La bataille pour la plateforme qui connectera tous les objets de l'entreprise a visiblement commencé.

Les grands éditeurs très (trop?) présents aux côtés des entreprises voient là une riche opportunité de les accompagner et de les convaincre de fabriquer d'utiliser leur plateforme SaaS, Une plateforme qui sera le nouveau canal de communication en temps réel et intelligent de l'entreprise numérique, avec ses clients, ses partenaires et supportant ses processus. 

Mais est-ce la seule alternative ? Et si les entreprises fabriquaient elles-même leurs propres plateformes avec l'aide d'une communauté, de moins en moins mystérieuse pour les DSI ?

 
En 2020, il y aura selon les analystes entre 30 et 50 milliards d'objets connectés. Des objets cinq à dix fois plus nombreux et des centaines de fois plus "bavards". Certains spécialistes pensent que la limite à la croissance des objets connectés sera l'énergie pour les alimenter. Mais GreenSI se demande aussi si l'architecture actuelle du Cloud et des SI, le stockage de données et les réseaux, pourront supporter ces volumes à des coûts maîtrisés.

Car derrière la simplicité du discours marketing de ces géants du logiciel, et les paillettes qui l'accompagnent, se cachent une infrastructure physique et des opérateurs de télécommunications. Avec l'émergence de nouveaux acteurs comme SigFox, ou l'évolution d'acteurs historiques comme Bouygues Telecom, ou Orange (qui rejoint la technologie de Bouygues Telecoms) qui déploient des réseaux permettant de réduire l'énergie et les coûts par rapports aux réseaux mobiles actuels. 

Les 15 ans du protocole WiFi ce mois-ci sont aussi là pour nous rappeler que dans la maison et pour les tablettes, c'est bien la combinaison box-wifi-bluetooth qui a gagné la bataille des usages (connexion locale puis filaire) et non la connexion mobile, comme certains pouvaient le penser il y a 10 ans (voir un billet 2014: La maison connectée et les telcos déconnectés).

Les "apps" sur le mobile ont terminé le travail en utilisant la puissance toujours plus grande des terminaux, et en déportant et simplifiant les applications sur la tablette avec de simples API (voir: Après le PC habituez aux Apps, elles sont là pour durer).  L'informatique est de plus en plus répartie.

Ces objets connectés vont produire des quantités massives de données 24h sur 24, 7j sur 7. Cet afflux de données va demander une efficacité redoutable pour l'infrastructure de données et les communications. Or il sera certainement difficile de fonctionner en permanence en temps réel. Il est donc vraisemblable qu'un "middleware" va se charger de l'acheminement et offrir des services à plus forte valeur ajoutée.
Pour GreenSI, le scénario le plus probable autour des architectures pour les objets connectés est donc :
  • que la majorité des milliards d'objets connectés va d'abord communiquer avec d'autres objets,
  • puis via des réseaux "low cost & low energy" répartis, souvent de proximité, 
  • bénéficier d'infrastructure middleware pour fiabiliser les communications, 
  • et peu s'appuieront sur les architectures que nous avons en tête aujourd'hui pour les smartphones (une application connectée en direct sur le Cloud via un opérateur mobile) et qui est vantée par les discours marketing des éditeurs SaaS.
De plus, de nombreux objets connectés de demain vont avoir un microprocesseur ou équivalent, comme la voiture autonome, les robots domestiques, certainement les prochaines versions des montres connectées, etc. Donc de la puissance de calcul (car alimentés) qui sera utilisée par du logiciel permettant la prise de décision en local, ce qui est en décalage avec la vision très centralisée des éditeurs de plateformes SaaS. Au mieux le SaaS apportera la vision globale sur un ensemble d'objets (des tableaux de bord) mais ces derniers agiront de façon autonome, avec peu d'informations centralisées. 

On va donc assister à l'émergence de nouvelles architectures. Des architectures incluant du logiciel embarqué et des API pour l'interopérabilité. Elles permettront de gérer les volumes de données annoncés et de produire les expériences utilisateurs uniques attendues.  
La vision centralisée des données qui remontent dans le Cloud, traitées par l'ERP ou le CRM, ne concernera qu'une petite partie des usages, mais elle aura des coûts de stockage et de service certainement plus élevés, qui suffiront à assurer la fortune de quelques "lords" du logiciel en SaaS comme Salesforce ou SAP.

C'est bien sûr une vision que vous pouvez challenger dans les commentaires!

Dans ce nouveau monde que "deux tours" veulent se partager, GreenSI croit beaucoup plus à la "communauté de l'objet connecté" qui pourrait émerger: l'open source.

Qui mieux que l'open source pourra assurer aux entreprises et aux startups, avec une plateforme aussi stratégique au centre de leurs nouvelles offres numériques:
  • la propriété, partagée au sein de la communauté, donc une promesse de pérennité et de coûts de maintenance mutualisés,
  • la sécurité, la réponse à la faille HearthBleed a montré la réactivité de la communauté, surtout quand elle est supportée par les GAFAS,
  • le support, avec des légions de freelance et sociétés qui pourront se former sur des technologies ouvertes,
  • l'expertise technique, avec 20 ans de bons et loyaux services des couches logicielles d'infrastructure comme Apache, des frameworks php, et plus récemment la maîtrise des bases de données massives avec Hadoop ou Spark (fondation Apache).
N'oublions pas non plus que l'innovation est aujourd'hui tirée (et financée) par le grand public. Or, les plateformes grand public américaines, comme Twitter, Google, et Facebook, sont friandes de maîtriser leur technologies, et pour cela investissent massivement dans l'open source.

Le cabinet BlackDuck a publié une étude l'an dernier sur les domaines où l'open source semblait le plus pertinent. Les couches intermédiaires comme les frameworks, le middleware, les OS et les outils de développement (tous en bleu sur l'image) sont certainement les premiers domaines où les projets vont se concentrer. 

 

Dans deux mois se tiendra à Paris l'Open Source Summit, et au sein de ce sommet la conférence OpenCIO Summit dédiée aux DSI. Ce sera certainement le bon endroit pour faire le point sur les technologies open source à faire rentrer dans la DSI, en attendant le "retour du roi" qui ramènera la paix dans ce royaume qu'est l'internet des objets; aujourd'hui technologiquement risqué, mais plein de promesses pour l'avenir.
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